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L’alcool en centre ville

Les arrêtés municipaux se multiplient pour tenter de limiter les débordements éthyliques et sonores. Le cas de Bordeaux illustre le dérapage des politiques publiques, mais la situation prévaut dans tous les centres de grandes agglomérations...

Le 29 août dernier, Sud-Ouest publie les résultats d'une enquête sur un nouveau lieu de rassemblement des buveurs bordelais, le miroir d'eau (photo) aménagé il y a quelques années entre la Garonne et la Place de la Bourse, en plein cœur du port historique. Tous les soirs, en fin de semaine plutôt qu'au début, davantage à la belle saison que sous la pluie de février, le miroir aimante les noceurs. On y vient pour un apéritif ou après la fermeture des boîtes de nuit. Les uns trouvent les bars du centre au-dessus de leurs moyens, les autres préfèrent délaisser terrasses et trottoirs confinés pour fumer au milieu d'un décor mis en valeur par les éclairages puissants. Les cafetiers se méfient sans doute des groupes trop bruyants. Sur le miroir d'eau, toute retenue s'évapore dans une cohue joyeuse.

On y boit le tout-venant, transporté au besoin par le tramway qui s'arrête aux abords immédiats : bière ou vin rouge permettent de s'enivrer à moindre coût. La journaliste peine à utiliser les mots qui conviennent. Qui fâchent ? Ne voulant déplaire ni au réprobateur ni au fêtard, elle louvoie. Faut-il le rappeler, le législateur n'interdit ni de se réunir pour s'amuser, ni de boire de l'alcool. Il prévoit cependant des limites précises, en terme d'effectifs - mais si le rassemblement résulte d'un mouvement spontané ? - et de consommation. L'ébriété tapageuse tombe sous le coup de la loi. Dans les faits, trois clochards qui s'étrillent pour un litron de mauvais vin échouent dans un panier à salades. Plusieurs dizaines (centaines) d'étudiants peuvent - eux - laisser libre cours à leurs vociférations. Personne ne les importunera, faute de moyens de police pour les contraindre à respecter la loi.

A force de boire vient l'envie naturelle d'en disperser les effets. Faute d'urinoir, les plus délicats s'écartent et se soulagent incontinents dans le fleuve, si l'on en croit Camille Bourléaud. Cette discrétion implique de pouvoir enjamber le garde-corps qui précède le bout du quai, et de faire pipi debout. Plusieurs ont chu. L'un s'est noyé. La rive droite sur laquelle s'étend le port correspond à la rive concave de la Garonne, la plus profonde. A l'époque où bateaux et gabarres se figeaient sur les pentes vaseuses, à marée basse, pour charger et décharger leurs marchandises (photo), la marée haute soulevait les embarcations les plus lourdes ; même l'encombrant croiseur Colbert s'élevait le long des quais jusqu'en 2007. 

Les fantaisistes qui prennent le risque d'uriner dans la Garonne doivent savoir qu'ils peuvent surplombler jusqu'à quatre à cinq mètres d'eau ; à leurs risque et péril. Autant dire que beaucoup doivent se contenter du miroir ou de ses pourtours immédiats. La miction sur la voie publique est pourtant punie par la loi - dans les avions également - mais comment contenir les débordements urinaires simultanés de dizaines de personnes ?

" Si quelques groupes rassemblent leurs déchets au moment de partir, d'autres ne se donnent pas cette peine. Vers minuit et demi, le miroir d'eau est un cimetière de bouteilles vides et de bris de verre." Les parterres piétinés ou éclaircis constituent un autre dommage relevé par la journaliste, décrivant une jeune fille encombrée d'un bouquet improvisé à la main, offert par un inconnu à l'âme agreste. On cherchera en vain dans l'article une investigation sur les moyens consacrés par la mairie pour restaurer massifs et plate-bandes, et pour nettoyer tous les matins les reliquats de la soirée précédente. A t-on mesuré la charge financière représentant la mise en place du miroir d'eau ? J'en doute fort. Au lieu de cela, l'article du Sud-Ouest reflète le sentiment général, vaguement tolérant, mais au fond méprisant vis-à-vis des gens. Qu'ils festoient, mais en restant bien élevés, respectueux et propres, lit-on à travers les lignes. Et puis qu'ils ne se bagarrent pas, sinon illico au commissariat. Que ce souhait ne débouche sur aucune mise en examen n'indispose que les esprits chagrins.

A Bordeaux, comme dans d'autres grandes villes françaises et au-delà, le centre-ville gentryfié est un lieu où les enfants de périurbains ['Le cru bourgeois gentilhomme'], ceux des cités péricentrales (le Grand Parc) mêlés aux étudiants logeant sur place s'amusent plusieurs soirs par semaine. Les lignes de tramway se croisent devant la porte de Bourgogne ou au pied de la colonne des Girondins, place des Quinquonces. Devraient-ils rester confinés chez eux ? Que l'on ne me fasse pas le procès du laxisme. Je garde gravé dans ma mémoire ce 21 juin 2002, coincé dans un appartement du centre d'Angers. Avec un fils à l'hôpital, dans le comas. Et la fête de la musique dehors. Mais je rage quand même de lire que l'on offre une chance au plus grand nombre (tramway à Bordeaux, bus ou métro ailleurs) pour ensuite parler de dépenses imprévues ou de gênes occasionnées par les bénéficiaires des aménagements.

A Nantes, les automobilistes gênent et doivent rester à l'extérieur ['Nantes, capitale du bouchon vert']. A Paris, les Franciliens engorgent les gares ['Pas de hasards à Saint-Lazare'] et le centre se métamorphose en vaste musée : 'Le fantôme des Tuileries'. La densification des zones urbaines bute pour l'instant sur la bulle immobilière ['C'est à prendre ou à Scellier'] Tout concourt. Le retour (densification ?) des villes-centre me paraît inéluctable, même si les autorités freinent des quatre fers.

Je conclus sur une autre politique publique esquissée ici. J'hésitai avec baclée. Elle touche à la lutte contre l'alcoolisme, en particulier chez les plus jeunes. Camille Bourleaud cite un badaud : "On a acheté des bouteilles à l'épicerie du coin et on les descend ici". Voilà que l'on prend les empêcheurs de tourner en rond pour des lapins de six semaines ! Les petits boutiquiers ouverts à des heures tardives vendent certes de l'alcool. Mais les grandes surfaces desservies par le tramway à proximité (Mériadeck, au-delà de la place Gambetta) ou en périphérie en proposent aussi ! Les économistes connaissent bien ce phénomène. Les prix émettent des signaux. Ceux qui veulent boire cherchent quand même à ne pas gaspiller leur argent ; malgré leurs vices, ils ménagent leurs bourses ? Il n'empêche, les maires de Toulouse, Rennes et Lyon ont décidé de sanctionner les ventes : dans les épiceries de centre-ville, bien sûr [source].

Du côté du miroir d'eau, rien ne changera donc, malgré les arrêtés anti-vente, anti-distribution à domicile, anti-etc. Bourvil et Coluche rigolaient à gorges déployées sur le dos de monsieur-tout-le-monde. Les Inconnus brocardaient la bouteille dans leur sketch sur les chasseurs du Bouchonois. Désormais, la boisson est banlieusarde et ringarde ['Une poignée de noix fraîches'] ; peut-être, mais rien ne permet d'affirmer qu'elle disparaîtra demain. Au mieux obtiendra-t-on une disparition de l'espace public. On se saoûlera dans le confort feutré des habitations, au prix de quelques entorses aux libertés fondamentales. Il est vrai que les regards ne se tournent guère dans cette direction ces temps-ci. Eradiquer les beuveries comme on pousse l'eau assis dans une baignoire ne peut qu'accélérer les débordements contrariants. Faute de lever de coude, craignons que les fêtards ferment le poing. Même si l'eau ne débordera pas du miroir...

Les déçus du moment ne manquent pas de sujets pour récriminer. Je doute que ce soit à l'encontre de politiques publiques bruyantes et inutiles.

PS./ Voir aussi le dossier de La Croix du mardi 30 août 2011 (Pierre Bienvault et Eléonore Gantois). Le titre de l'article principal est 'Les maires veulent bannir l'alcool dans la rue'. On y retrouve en plus un rappel sur les modes d'alcoolisation rituelle aux Etats-Unis (spring break), une interview d'un sociologue sur les effets de groupe, et un entre-filet sur l'activité des urgences hospitalières en lien avec les soirées évoquées plus haut.


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5 réactions à cet article    


  • jymb 14 septembre 2011 13:12

    L’interdiction de vente ou de consommation d’alcool ne change rien au malaise qui amène aux beuveries du WE . Une nouvelle fois, on s’attaque aux problèmes par une facette mineure, faute de pouvoir ou vouloir améliorer les vraies causes

    Merci de mettre le doigt sur la folie des villes et de leur maires, grandes comme moyennes, voire petites. Toutes rêvent de se transformer en esplanade commerciale et touristique nonchalante pour riches oisifs et/ ou retraités. Quitte à expulser les laborieux dans des bouchons polluants en périphérie ou leur interdire l’accés par des tarifs de stationnements ou parkings supersoniques.

    Le retour de bâton pour beaucoup est éloquent : désertification des centres, inabordables et sans commerces de proximité sinon des bars « branchés » et quelques épiceries bio bobo-équitables, développement commercial périphériques dans ces zones gigantesques et laides... où rien ne peut se faire sans utilisation répétée et incessante de la voiture.

    Quelles municipalités anticipent à 10/ 15 ans la fluidité de circulation individuelle électrifiée ?


    • latortue latortue 14 septembre 2011 14:49

      je vous cites
      ’’Faute d’urinoir, les plus délicats s’écartent et se soulagent incontinents dans le fleuve’’,
      c’est sur c’est choquant surtout quand on s’appelle larivière drole non !!!
      plutôt que de s’attaquer aux causes c’est plus facile les jeunes et moins jeunes boivent pour oublier
      le chaumage
      la pauvreté
      le mal être
      le manque de dialogue
      réglons cela et il y aura moins de personnes qui picolent pour oublier leur condition.


      • vinvin 19 septembre 2011 20:25

        (@Latortue).


        Je partage tout a fait votre avis.

        Mal-être :

        Pauvreté :

        Chaumage :

        Manque de dialogue :

        Ainsi que souvent le contexte familial dans lequel on vit.... Sont souvent a l’ origine d’ une dépendance « éthylo-tabagique ».

        Avec mes 20 bière et mon demi litre de vin journalier, je parle en connaissance de cause !....

        ......................................................................

        Le problème est que je dois subir une intervention chirurgicale le 05 Octobre, et que j’ ai très peur d’ être victime de crises de « delirium-tremens » durant mon séjour a la clinique de 09 jours minimum, et/ou/ pendant mon séjours en centre de rééducation de hanche  !.....



        Cordialement.



        VINVIN. (Vin-vin ?....).





         

      • Bruno de Larivière Bruno de Larivière 20 septembre 2011 11:06

        Bon courage à Vinvin...


      • Raymond SAMUEL paconform 19 septembre 2011 10:44

        Le mal être a des causes, le manque de dialogue aussi. Commençons par faire cesser la ségrégation des enfants et ados qui sont coupés de leur famille et du reste du monde par le système éducatif et la mise en collectivité dès le berceau.
        La pauvreté est relative, elle se ressent surtout par comparaison et par soumission au système économico-financier.
        le chômage est inscrit dans l’urbanisation excessive. Il faut organiser l’exode urbain.

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