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Accueil du site > Actualités > Politique > L’après Fillon. Tombeau pour 500 000 Euros

L’après Fillon. Tombeau pour 500 000 Euros

Considère mon amour, jusqu'à quel excès tu as manqué de prévoyance. Ah ! malheureux, tu as été trahi, et tu m'as trahie par des espérances trompeuses. Une passion sur laquelle tu avais fait tant de projets de plaisirs ne te cause présentement qu'un mortel désespoir...

Guilleragues, Lettres Portugaises (1669). Première Lettre

Seule l’exaltation faisait défaut, et dans l’indulgence de sa rêverie nostalgique, Lloyd mit son absence sur le compte de la maturité – il avait quarante ans maintenant, et non vingt-trois ; s’il était une chose que lui avaient appris ses dix-sept années comme policier, c’était que les espérances diminuaient au fur et à mesure que l’on comprenait à quel point le gros de l’humanité était taré et qu’il fallait tenir cent discours apparemment contradictoires pour garder ses plus beaux rêves en vie.

James Ellroy, Lune sanglante(p. 74)

La complaisance qui a jusqu'à ce jour entouré M. F. Fillon dans sa course à l'élection présidentielle vient de connaître un très sérieux coup d'arrêt. Le Penelope Gate et l'ouverture d'une enquête préliminaire par le Parquet National Financier sur les activités de Mme Fillon n'ont rien d'un accident. Les événements se sont compliqués avec d'autres maladresses en attendant peut-être d'autres révélations.

Un candidat « caramélisé », une réaction catastrophique mais parfaitement compréhensible d'une opinion publique lasse des dérives politiques et des combines financières à la légalité comme à la moralité discutables, une image écornée, la perspective d'un naufrage politique imminent par une nuit sans lune, voici autant d'éléments qui ont très probablement déjà conduit les soutiens discrets et puissants de M. Fillon à l'impérieuse nécessité d'envisager très vite de changer de cheval.

Les affaires ont en effet trop attendu. Il est urgent de solder le quinquennat désastreux qui s'achève et de préparer une remise en selle pour entrer au plus vite dans le nouveau jeu d'une année 2017 dans laquelle une Europe affaiblie par le Brexit, un Royaume-Uni trouvant un deuxième souffle dans une relation privilégiée avec les Etats-Unis, une France zombie à la remorque d'outsiders à la ramasse, une Allemagne tenue en laisse par les nouveaux Etats-Unis de D.Trump, une zone Euro moribonde, une Russie et une Chine vigilantes, vont traverser de sérieuses turbulences.

Il est vrai que le profil d'intégrité absolue du magistrat à la tête du PNF donne matière à penser que si une infraction est susceptible d'être retenue dans l'enquête préliminaire actuellement diligentée dans la nébuleuse Fillon, elle le sera, tout comme interviendra le classement de l'affaire si rien de sérieux n'est finalement retenu.

Seules demeurent l'incertitude et la question de savoir quelle sera la nature de la décision judiciaire et quand elle interviendra.

La situation est donc à l'heure actuelle plus que critique car si chacun nomme vérité la part d'espoir qu'il se taille dans l'incertitude, il n'en demeure pas moins que pour quelques commanditaires qui analysent froidement les circonstances actuelles et futures, le « cas » Fillon est probablement en passe d'être réglé et l'exfiltration de l'intéressé - politiquement très mal en point -, susceptible d'être désormais déjà inscrite au calendrier.

Certes, dira-t-on, le challenger Macron a lui aussi les fils d'un chewing-gum sous les pieds avec ses 120 000 Euros de « frais de bouche », mais il n'y a là en effet rien de commun avec les 500 000 Euros de l'autre favori, d'autant plus que dans le camp d'en face, après l'élimination de M. Valls au profit de B. Hamon, les pièces du jeu commencent elles aussi à se mettre en place.

Une forte odeur de brûlé s'échappe donc des cuisines politiques de la droite et ce n'est pas le discours de rassemblement de F. Fillon à la Villette et ses paroles incantatoires à base de "Debout, toujours ! A genoux, jamais !" qui seront de nature à forcer l'avenir et galvaniser un électorat qui se ment à lui-même.

La machine à perdre n'est peut-être pas loin de se remettre en marche et avec l'éventualité d'un trois de chute (Sarkozy, Juppé et Fillon), on ne voit pas tellement qui pourrait prendre la relève, sauf à imaginer un nouveau tour de bonneteau avec, sous chaque gobelet, un choix délicat à effectuer entre le retour de candidats déclassés ou de circonstances, tels MM. Bruno Le Maire, Laurent Wauquier, Xavier Bertrand, ou pourquoi pas François Baroin. Piètre perspective car l'heure tourne !

Inutile de préciser qu'avec un pareil attelage pour tirer de « nouvelles Primaires » si elles devaient avoir lieu, les carottes sont cuites, et que si d'aventure M.F. Fillon se trouve blanchi de tout reproche à titre personnel, il est fort probable que l'électorat qui l'a adoubé tout comme celui qui ne s'est pas reconnu en lui feront peut-être la grimace pour lui donner un blanc-seing, sans parler du reste du corps électoral que l'on voit mal parier sur un cheval aux aplombs fragilisés dont la cote est désormais devenue incertaine.

La « Trinité » Mélenchon, Hamon, Macron vivant sa vie tout comme la candidate Le Pen, on n'imagine pas non plus un Bayrou se glisser dans les interstices et tenter sa chance en raflant les quelques jetons politiques dispersés sur la table, ce qui reviendrait à confondre la mise avec la banque du casino.

Il n'y a donc plus personne susceptible d'émerger parmi la constellation politique qui s'agite sur scène depuis des années, de telle sorte que la porte est désormais ouverte.

Il ne reste plus qu'à souhaiter que l'électorat ne cède pas à la tentation de retomber dans les bonnes vieilles ornières électorales en essayant une fois de plus, mais pour la droite, cette fois-ci, de tenter in extremis de trouver comme candidat sortable le bibelot égaré ou le rossignol invendable traînant sur l'étagère, quitte à vendre finalement son âme...à un autre jeune homme qui lui aussi présente très bien et n'est sur le fond que l'autre face sinon l'image légèrement décalée de M. Fillon.

Où l'on voit, comme l'observait finement C. Baudelaire, que dans le jeu démocratique, ni les individus ni les valeurs n'ont plus de place définitive. C'est désormais le règne, non plus du premier, mais bien du dernier venu sorti du chapeau qui advient.

Rien n'est cependant encore joué car il existe une toute autre possibilité qui suppose que l'on réponde intelligemment à la question de savoir qui gagnera finalement le Grand Prix du Président de la République ?

 

Source :

Pierre Pachet, Le Premier venu, essai sur la pensée de Baudelaire, Denoël (2009)


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15 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 30 janvier 12:32

    "Certes, dira-t-on, le challenger Macron a lui aussi les fils d’un chewing-gum sous les pieds avec ses 120 000 Euros de « frais de bouche », mais il n’y a là en effet rien de commun avec les 500 000 Euros de l’autre favori"
    C’EST VRAI !
    120000 euros en quelques mois ce n’est certainement pas grand chose à côté de 500000 en 10 ans ...
    Macron est vachement plus efficace ! ! ! !


    • baldis30 30 janvier 14:41

      @jef88
      J’avais retenu le même passage mais avec des commentaires différents en raison du titre de l’intervention :

      - avec 500.000 euro le tombeau sera en marbre blanc, le cercueil en acajou avec incrustations d’onyx alors qu’

      -avec 120.000 euro seul le cercueil pourrait être en bois précieux


    • jef88 jef88 30 janvier 15:09

      @baldis30
      NON !
      les cercueils seront en panneau de particules ...
      parce que pour y mettre tous les politicards pourris .....


    • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 30 janvier 17:07

      @jef88 et Baldis
      Vous n’y êtes pas.
      Quid des poignées ?
      Le carton recyclable serait très tendance.


    • baldis30 30 janvier 19:08

      @Renaud Bouchard

       je m’incline devant une telle remarque écologique responsable

       smiley


    • jef88 jef88 31 janvier 19:37

      @Renaud Bouchard
      Moi aussi ....


    • foufouille foufouille 30 janvier 12:48

      candidat libéral est égal à voleur et escroc, menteur .......


      • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 30 janvier 17:08

        @foufouille
        ...et receleur ?


      • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 30 janvier 18:21


        Aux Lecteurs.
        Le ressac de l’actualité.

        Question : inconscience ou amateurisme ?

        Voici ce que l’on peut lire et écouter.

        http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/fillon-assure-ne-detenir-qu-un-compte-bancaire-le-parlement-en-impose-deux_1873947.html#xtor=AL-447

        L’ancien Premier ministre a indiqué ce dimanche qu’il ne détenait qu’un seul compte bancaire. Problème, le député de Paris doit obligatoirement percevoir ses indemnités de frais de mandat sur un compte bancaire distinct.

        François Fillon s’enfonce t-il dans les sables mouvants ?

        Soupçonné d’avoir attribué un emploi fictif à son épouse pendant plusieurs années, l’ancien Premier ministre multiplie les déclarations maladroites pour se défendre.

        Mercredi, le candidat à l’élection présidentielle a indiqué avoir employé deux de ses enfants comme avocats entre 2005 et 2007, alors que ces derniers ne l’étaient pas encore, l’obligeant à rétropédaler par la suite. 

        LIRE AUSSI >> A La Villette, François Fillon déclare son amour à Penelope et à la France 

        Ce dimanche, François Fillon s’est de nouveau posé en garant de la vertu lors d’un meeting à Paris.

        Il a ainsi affirmé ne détenir avec son épouse qu’un seul compte bancaire au Crédit agricole de Sablé-sur-Sarthe.

        Encore raté.

        Le règlement de l’Assemblée nationale impose en effet au député de Paris de détenir deux comptes, rappelle Libération

        Comme le soulignent plusieurs députés, les parlementaires reçoivent obligatoirement leurs indemnités de représentation et de frais de mandat (IRFM),sur un compte séparé. 

        Distincte de l’indemnité parlementaire, l’IRFM permet aux députés de "faire face aux diverses dépenses liées à l’exercice de leur mandat qui ne sont pas directement prises en charge ou remboursées par l’Assemblée". Par exemple, payer le loyer d’une permanence, des fournitures, des frais de bouche lors des déplacements, etc. Son montant mensuel avoisine les 6 000 euros. 

        Garantir la transparence de l’IRFM

        Cette indemnité est versée sur un compte distinct afin de garantir que le député n’utilise pas cet argent à des fins personnelles. La partie non utilisée de l’IRFM est ainsi obligatoirement « reversée » à la fin du mandat de chaque parlementaire, rappelle Libération. 

        En juin 2015, le déontologue de l’Assemblée nationale a rappelé que l’IRFM doit "être versé sur un compte bancaire spécifiquement dédié, et ne recevant aucun autre versement« afin de garantir »une meilleure gestion et une plus grande transparence« , précise France Info

        François Fillon ne respecte-t-il pas la règle ou s’est-il mal exprimé ce dimanche ? L’équipe du candidat a contacté Libération ce dimanche soir et assure que l’ancien Premier ministre détient »plusieurs comptes, mais dans une seule banque". 


        • mmbbb 30 janvier 19:59

          @Renaud Bouchard une des questions que Fillion ne pose pas, il veut supprimer des fonctionnaires, la droite vitupèrent contre ces assister mais il mange a la gamelle de l etat l enquête déterminera si cet emploi est fictif , Quoi qu il en soit sa femme penelope s’est prise les pieds dans les tapis avec ses arguments confus. Il paraîtrait que le camp Sarko ne serait pas etranger a cette fuite On s’aime beaucoup a droite Chirac avait deja torpille la campagne de Giscard


        • baldis30 31 janvier 09:11

          @mmbbb

          bonjour,
          « On s’aime beaucoup à droite »

          Mais c’est parfaitement vrai ! Et s’en offusquer est un manque évident de respect des convenances ....

          L’amour est une chose normale ..... les cannibales aiment les missionnaires.

           smiley


        • placide21 31 janvier 08:30

          C’est le b-a-ba en politique ,proposer une grenade au concurrent potentiel afin de pouvoir la dégoupiller en cas de besoin.


          • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 31 janvier 17:43

            Aux lecteurs.

            S’agit-il d’une série, d’un feuilleton ou d’une campagne présidentielle ?

            L’entourage du candidat fait le dos rond, se félicite de la qualité de sa récente intervention publique tandis que l’on se réjouit déjà de l’issue heureuse de l’affreux malentendu, chacun espérant que l’enquête ira très vite et que le fleuve ayant menacé de déborder regagnera vote son lit.

            Malgré tout l’inquiétude rôde encore car l’on attend avec un certain rictus la prochaine livraison « d’un hebdomadaire satirique » bien connu, et voilà que des informations circulent déjà, en primeur.

            Voici ce qu’il en est :

            "L’épouse du candidat de la droite à la présidentielle, François Fillon, soupçonnée d’emplois fictifs, aurait touché au total plus de 900.000 euros, comme « assistante parlementaire » et comme collaboratrice d’une revue littéraire, selon Le Canard Enchaîné dans son édition de mercredi.(Information reprise et diffusée par Le Figaro flash actu).

            Par ailleurs, le candidat conservateur aurait rémunéré deux de ses enfants comme assistants parlementaires à hauteur de 84.000 euros, selon les informations publiées par le journal le jour où les enquêteurs ont saisi des documents à l’Assemblée Nationale. Lui-même assure n’avoir rien à se reprocher."

            Sur RTL, mardi matin, l’avocat de François Fillon a expliqué que l’ancien premier ministre était « serein naturellement parce que, compte tenu des explications qu’il a données, des questions qui lui ont été posées, il n’a aucun doute sur le fait que l’issue de cette procédure sera favorable ». « On se réjouit de l’évolution rapide de l’enquête afin qu’elle soit tout aussi rapidement clôturée », s’est par ailleurs félicité Me Lévy après l’annonce de la perquisition.

            Sérénitude ? Restons sérieux deux minutes.

            Que comprendre ? Stop ou encore ?

            Si une telle comédie devait continuer, il serait urgent qu’elle touche très vite à sa fin. Il s’agit d’une élection présidentielle. En France.A moins que le pays soit effectivement en passe de s’installer confortablement dans le régime politique bien connu des « républiques bananières » où tout peut survenir.


            • Plus robert que Redford 31 janvier 18:50

              Dégoût !

              c’est le seul mot qui me vienne à l’esprit !

              Déjà lors du précédent combat de coquelets, on avait eu droit en prémisses aux turpitudes de l’érotomane du FMI, aux casseroles tintinnabulantes du nain à talonnettes...

              Chez nos voisins, pas mieux... (la perversion sexuelle fait plus fort chez les anglo-saxons que chez les latins...)

              Comment voulez-vous que l’on croie encore à la politique quand le mantra ressassé de tous les prétendants aux fonctions d’élus est :

              FAITES-MOI CONFIANCE !!!


              • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 31 janvier 19:58

                @Plus robert que Redford
                Bonsoir !
                "Comment voulez-vous que l’on croie encore à la politique quand le mantra ressassé de tous les prétendants aux fonctions d’élus est : faites-moi confiance !« .

                Je réponds à votre interrogation :

                En faisant le choix d’un candidat nouveau, qui a l’avantage de »ne pas faire partie du Sérail", qui n’a jamais été élu, ne s’est jamais compromis politiquement et ne traîne aucune casserole d’emplois-légaux-mais pas tout à fait fictifs, même si la réalité de la vie est différente, le comportement moralement discutable etc.

                Un candidat - et je parle ici pour moi - qui n’aura aucun état d’âme pour nettoyer les écuries d’Augias, faire un grand nettoyage de printemps et envoyer dans les poubelles de l’histoire toute une caste politique dont le métier est de vivre (largement ) sur les fonds publics et qui a plus que de raison fait son temps.

                Votre choix est très simple et le processus l’est encore plus : prenez rendez-vous avec le maire de votre commune, l’un de vos Conseillers, votre Sénateur, votre Député et invitez-les à me parrainer pour le 17 mars 2017 au plus tard.

                Cordialement,

                Renaud Bouchard

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