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L’avenir de la gauche

Alors que les pilotes de l'avion européen tentent désespérément d'éviter le crash fatal, certains se penchent déjà sur les moyens de faire redécoller l'aéronef et son équipage. Comment éviter les erreurs du passé récent ? Comment faire repartir la machine ? Petite revue de quelques ouvrages et propositions récentes qui ont en commun de critiquer vertement les excès du capitalisme mais cherchent, de manière différente, des solutions.

Philippe Aghion vient de publier, avec Alexandra Roulet, "repenser l'Etat, pour une social-démocratie de l'innovation". C'est, des trois ouvrages que nous présentons ici, celui dont le propos se révèle le moins original. Certes, les auteurs critiquent les politiques keynésiennes qui nous ont menées dans le mur, misant sur l'augmentation indiscriminée de la dépense publique pour relancer la croissance par la demande. 

Mais une fois cette critique posée, évidente dans le contexte actuel, les propositions restent bien décevante : la solution serait dans le choix des "bons" investissements. Certes, on ne peut qu'être d'accord pour promouvoir une économie de la connaissance. Mais choisir comme seconde priorité la politique industrielle, en proposant de protéger les petites entreprises contre les risques de la mondialisation, semble d'une grande banalité : faute d'avoir analyser, avec précision et pertinence, les raisons du crash actuel, Aghion répète des antiennes du discours classique de la gauche et fait le contraire de l'esprit d'innovation qu'il prône.

L'historien Pierre Rosanvallon, avec son dernier ouvrage, "la société des égaux" mène, de son côté, une stimulante réflexion. Il revendique l'importance du vivre ensemble. "Produire du commun" signifie redonner tout son sens à l'impôt sur le revenu, pilier de la réussite de nos sociétés au XXéme siècle. 

Si Pierre Rosanvallon propose de revenir aux "fondamentaux" de la gauche, comme on dit dans le rugby, il semble avoir des difficultés à préciser les réponses concrètes à trouver. Son propos souffre des mêmes faiblesses que celui d'Aghion : on fait référence aux valeurs de la gauche, on tire à boulet rouge et à juste titre, sur le massacre perpétré par le libéralisme triomphant, mais on a bien du mal à sortir du constat pour se projeter vers l'avenir, ce qui semble bien normal pour un historien tourné professionnellement vers le passé.

Finalement, les propos du philosophe Jean-Claude Michéa, auteur du "complexe d'Orphée, la gauche et les gens ordinaires et la religion du progrès" se révèlent plus stimulants et plus originaux.

Michéa prolonge la réflexion de Rosanvallon sur la perte du sens commun et du collectif. Le développement infini du marché menace de détruire de façon irréversible les valeurs communes dont personne ne songeait auparavant à questionner l'évidence. Quand les catégorisations philosophiques "de bon sens", qui fondent notre société, commencent à être perçues comme de pures constructions arbitraires et discriminatoires, il n'y a plus de limites et de repères. A une époque où la croissance économique illimitée est condamnée à épuiser nos ressources naturelles, cette "extension sans fin du droit de chacun à satisfaire ses moindres lubies personnelles" menace la survie même de nos sociétés. 

Au-delà de cette analyse, Michéa prolonge sa réflexion en s'attaquant à l'idée centrale, chez les gens de gauche, de progrès. Il revisite le complexe d'Orphée pour montrer que l'idée que quelque chose ait pu aller mieux dans le monde d'avant semble impossible à accepter.

Dès lors, ce mythe fondateur du progrès interdit toute projection différente et innovante dans l'avenir. En enfermant celui-ci dans un mystérieux sens de l'histoire construit autour de la croissance et du toujours plus, l'homme de gauche se condamne à n'envisager le futur que comme une reproduction des combats du passé.

On voit bien ici où pêchent Rosanvallon et Aghion : en se focalisant sur les refrains des réussites de la gauche du XXéme siècle, ils tentent de faire revivre les fantômes des combats anciens qui ont permis de construire nos solidarités collectives.

Qu'il fasse les réactiver semble bien utile, mais ils ne suffiront pas pour combattre les menaces multiples qui nous assaillent. Il faudra trouver d'autres alliés si nous voulons vaincre à la fois la crise financière actuelle mais aussi les nombreux et variés dangers environnementaux et économiques qui s'accumulent à l'horizon.

Pour ma part, et d'une manière résolument concrète, je cherche des solutions pratiques qui permettent, à la fois de retrouver ces valeurs fondamentales du vivre ensemble et de la solidarité collectif, et aussi de tenir compte des enjeux complexes de notre XXIéme siècle.

Par exemple, je ne crois pas que le retour et le renforcement de notre bon vieux impôt sur le revenu soit la solution miracle. Construit au coeur d'Etat-nations protégés par leurs frontières, l'impôt sur le revenu était, d'évidence, un outil de redistribution de la richesse.

La mondialisation l'a affaiblie. Il faut certes le défendre mais aussi chercher d'autres démarches fiscales qui permettent aux pauvres de bénéficier de la richesse des riches.

Par exemple, en taxant les propriétaires de logements énergivores pour financer leurs reconstructions, on crée une redistribution de fait qui favorise les locataires et les petits propriétaires faiblement argentés.

La lutte contre l'individualisme triomphant nécessite aussi une taxation des libertés individuelles quand celles-ci s'opposent à l'intérêt collectif. On ne peut pas interdire les 4x4, mais on peut les taxer lourdement et on peut utiliser cet argent pour développer des transports individuels et collectifs, faiblement polluants, au service du plus grand nombre. 

Tel est le but du site innovation politique/fiscalité environnementale, recenser et imaginer les méthodes et les recettes qui vont permettre à des gouvernements responsables de construire des politiques volontaristes au service du vivre ensemble et de la solidarité.


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6 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 3 octobre 2011 10:41

    Les salariés ne font plus confiance aux politiques, car les différentes
    expériences de gauche plurielle les ont déçus, et ils n’ont rien à attendre de la
    droite et de l’extrême droite ! Voter pour des parties trop à gauche leur fait peur,
    alors qu’un bon score de ces partis, qualifiés d’extrêmes, est la seule façon
    d’envoyer un message fort à nos gouvernants.Voir :

    http://2ccr.unblog.fr/2011/09/21/sondages-sondages/


    • Kalki Kalki 3 octobre 2011 10:50

      "Alors que les pilotes de l’avion européen tentent désespérément d’éviter le crash fatal, certains se penchent déjà sur les moyens de faire redécoller l’aéronef et son équipage. Comment éviter les erreurs du passé récent ? Comment faire repartir la machine ? Petite revue de quelques ouvrages et propositions récentes qui ont en commun de critiquer vertement les excès du capitalisme mais cherchent, de manière différente, des solutions."

      Ah le revoilà, vous avez aimé les diner qu’on a organisé ? vous viendrez au suivants ...

      D’ou vient le problème : qui a détruit le secondaire, et le tertiaire plus récemment,

      DEUX choix : le classe moyenne / inférieur , ou les dirigeants non élus de l’europe

      Réponse B) les dirigeants non élus et corrompus de l’europe

      le problème est une problème de GESTION, et de DECISION, et de corruption

      DE POUVOIR , de décideurs ... de personnes au pouvoir ...

      IL faut couper des têtes, COUPEZ TOUT CE QUI PEND


      • Kalki Kalki 3 octobre 2011 10:56

        a + b + c = d

        ressource, production , service = CONSOMMATION

        On a remplacé consomation par économie virtuelle

        TUONS TOUT LE MONDE DONC ... ca te va, c’est assez clair posé mathématiquement pour l’imbécile que tu es ?
         

        2) IL Y A TOUT L’ENERGIE, ET LES RESSOURCES (TOUT CE QU’IL FAUT ), ET LA PRODUCTION, LA NOURRITURE, LES SERVICES, LA CREATIVITE : ET LES GENS CREVENT !!!

        Vous voulez de la croissance : remplacez tous les emplois par des machines, comme le font les chinois

        A UN MOMENT IL FAUT PARTAGER POUR CONSOMMER

        VOUS AVEZ QUELQUE CHOSE A AJOUTER ?

        Attendez il faut qu’on demande aux imbéciles incompétents pour être sur des faits et des solutions qu’on connait depuis des décennies autant sur le plan technique, énergétique ou social, il faut leur demander si c’est à la hauteur de leur ubuesque personne : si ca ne requiert pas trop d’intelligence, de courrage, de compréhension

        PARTAGER

        PRENDRE OU IL Y A

        FAIRE PRODUIRE AU NIVEAU INDIVIDUEL ET NON PLUS CREER DES PYRAMIDES CAPITALISTES, OU DES PYRAMIDES SOCIALES, OU DES POLITIQUES QUI NE PENSENT QU’A ETRE ELUS ET LEURS CHIENS QUI NE PENSENT QU’A SE LAVER LEURS MAINS PLEINE DE SANG

        50 euro de materiel pour produire votre nouriture, votre énergie et votre réseau


        • foufouille foufouille 3 octobre 2011 14:01

          "

          Par exemple, en taxant les propriétaires de logements énergivores pour financer leurs reconstructions, on crée une redistribution de fait qui favorise les locataires et les petits propriétaires faiblement argentés."

          quand on est pauvre, on a pas un beau logement

          "La lutte contre l’individualisme triomphant nécessite aussi une taxation des libertés individuelles quand celles-ci s’opposent à l’intérêt collectif. On ne peut pas interdire les 4x4, mais on peut les taxer lourdement et on peut utiliser cet argent pour développer des transports individuels et collectifs, faiblement polluants, au service du plus grand nombre. "

          dis plutot pour reserver des choses aux ecobobos et mettre les vieux en mouroir


          • Jason Jason 3 octobre 2011 14:17

            Il n’y a personne, de droite comme de gauche, qui ne se lamente de la perte du vivre ensemble et du sens commun.

            Je crois qu’il ne faut pas être grand clerc pour s’apercevoir que cette hyper-inflation de l’individu et du moi consommant, de l’homo oeconomicus, y sont pour quelque chose. Sans être un matérialiste pur et dur, l’économie de marché, dont le procès existe depuis plus d’un siècle fait les ravages que l’on sait.

            Tous ces auteurs ne sont que de tranquilles jardiniers, selon l’expression de « La trahison des clercs ».

            Dire, comme vous l’affirmez que les enjeux du XXIème siècle sont complexes, on le sait. Mais il reste néanmoins que l’exploitation de l’homme par l’homme, la captation des surplus (richesse) par quelques-uns, les lavages de cerveaux ambiants, la promesse de lendemains meilleurs afin de gagner du temps grâce aux ordinateurs de la Finance, tout cela mérite qu’on en parle.

            Mais, entre temps, en politique, au niveau national ou régional, les réunions, les commissions « d’experts », les rapports, les médiations, les promesses, les lois, les décrets, les réglements, bref toute la machine des larbins de l’Etat, fonctionne à plein et fait gagner du temps à ceux qui, dans les coulisses de ce spectacle de foire, se tapent les cuisses et continuent comme devant en s’exclamant : « Business as usual ».

            Et cela mérite qu’on agisse. Ici et maintenant. Car, moi, je n’ai qu’une vie.


            • eric 4 octobre 2011 08:18

              A l’auteur : votre article fait froid dans le dos. Je ne doute pas que vous rendiez un compte exact de ces trois ouvrages. Comme eux, votre papier dénote de cette incompréhensible capacité à échapper au réel qui semble aujourd’hui plus que jamais, caractériser les pensées de gauche.
              Sur le plan quantitatif, les moyens de l’action collective sont ceux qui ont le plus augmenté.
              Depuis 50 ans au moins, la principale caractéristique de notre économie est la hausse de la part relative de l’Etat dans le PIB. Elle s’accompagne d’une baisse relative de celle des ménages et d’une stagnation apparente de la rémunération du capital après impôts. Apparente,parce que comme le stock de capital par emploi est en croissance continue, la stabilité de la part de capital implique en réalité une baisse de sa rémunération.
              Les prêts à l’État, si on tient compte des taux qu’il accorde, de l’inflation et de la croissance, s’’apparentent plus à un moyen de protection de l’épargne de ceux qui prêtent qu’à un transfert de richesse au bénéfice des prêteurs.( taux de 2 à 3 % inflation de 1 à 2, croissance de 1 à 2 en très gros.)
              Sur le plan qualitatif, on ne voit pas qu’il y ait moins de texte, de normes, de contrôles en tout et pour tout.

              Comment dés lors peut on encore parler d’excès du capitalisme, quand le dit capital voit sa rémunération en chute libre ? Quand les moyens de l’action collective sont ceux qui augmentent le plus tant sur le plan financier que sur le plan humain et réglementaire ?

              Votre analyse d’un individualisme croissant ne tient la route que si on l’applique aux publics de gauche. Oui, les structure associatives syndicales, partisanes de gauche se vident de leur substance. Parallèlement, on a jamais eu autant d’associations tant égoïstes que généreuses. Toutes sortes de mouvement collectifs citoyens se développent fortement.
              Le niveau de la natalité française, prouve que notre société est en pratique moins individualiste matérialiste et « consommatrice » que d’autres. Faire le choix d’un troisième enfant c’est délibérément, à niveau de revenu égal, renoncer au niveau de consommation de ses pairs.
              Là aussi, il est vrai que ces familles nombreuses, bourgeoises ou populaires, ne concernent pas trop la classe moyenne de gauche. Elles pèsent néanmoins fortement dans le pays.

              Entre les prélèvements obligatoires, les dépenses financées par emprunt, les dépenses règlementées, ce qui reste de secteur public commercial, c’est sans doute de l’ordre de 60% du PIB qui sont géré de façon collective et publique. A quel niveau, supérieur, jugerez vous que les excès du « capitalisme » sont enfin jugulés.

              Les 4x4 représentent 5% des immatriculations,. Ils sont déjà taxé beaucoup plus compte tenu de la place de la TIPP dans le prix du litre d’essence.
              Vous rajouteriez 1000 voir 10 000 euro de taxe par véhicule, de toute façon cela vous financerait de une demi à 5 rames d’eurostar, pas de quoi changer le physionomie des transports collectifs. Bon, il n’y aurait plus de 4x4, à part cela ....
              Mais c’est bien cette logique qui semble etre la votre.

              A 56% de PIB de dépense publique, une amélioration de 10% de l’efficacité de la dépense d’état rapporte plus que 100%de taxation des revenus du capital. Et surtout, ce serait chaque année, car à 100% de taxe, il n’y aurait tout simplement plus de secteur privé. Pourtant, c’est la seconde solution qui semble vous tenter en tendance. Comme si au fond l’enjeu n’était pas d’avoir plus de moyen pour l’action collective que de supprimer le capital : comme pour les 4x4
              Historiquement, ces idées portent un nom et ont fait leur preuve.....

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