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Accueil du site > Actualités > Politique > L’écologie politique à l’ère de l’information

L’écologie politique à l’ère de l’information

Contrairement à ce qu’on croit, l’écologie politique n’a rien à voir avec d’anciennes traditions, c’est bien plutôt la confrontation avec la réalité la plus actuelle, celle de la mondialisation achevée, des changements climatiques, des accidents industriels et de l’épuisement des ressources, dans un monde dominé par la technique, monde unifié de satellites, de réseaux, d’informations, de marchandises, où nous cherchons à retrouver qualité de vie et convivialité perdue.

Il n’y a pas de mystère, l’exigence écologiste naît des désastres écologiques du productivisme, comme la sociologie et le socialisme sont nés de la destruction de la société par le capitalisme libéral individualiste et massifiant. C’est l’exploitation intensive des ressources naturelles qui a ébranlé les rapports de l’humanité à la nature, outrepassant les limites vitales. Notre souci va inévitablement vers ce qui nous menace, et comme toujours, on ne reconnaît l’importance des choses ou des gens qu’au moment où ils viennent à nous manquer  !

Qu’est-ce donc que l’écologie politique ? En mettant l’accent sur les pollutions, l’épuisement des ressources, la destruction des environnements et les risques technologiques, c’est-à-dire sur le négatif de notre industrie et du progrès, l’écologie nous conduit à relativiser le caractère bénéfique des innovations techniques et la légitimité de notre mode de développement, ce qui pose la question à la fois du principe de précaution et d’une alternative à notre société de consommation. L’écologie naît d’une réflexion sur la modernisation des sociétés, ce qu’Ulrich Beck appelle la modernité réflexive (La société du risque). C’est un nouveau stade cognitif, conscience de soi collective, qui est la négation de la séparation de l’économie avec la société et la nature, le savoir des limites, du possible et du nécessaire, mais surtout de notre ignorance, voire de notre folie (principe de précaution). C’est pourtant l’opposée du scepticisme libéral, car c’est aussi le refus d’un laisser-faire aveugle, d’une évolution subie passivement, au profit de l’investissement dans l’avenir et de l’action collective, exigence de réflexion sur les conséquences de nos actes et de notre production (principe de responsabilité).

Bien sûr, cette projection dans le futur peut se réduire pour certains à la conservation de nos avantages présents, ou même au retour des traditions du passé, mais se poser la question de notre avenir commun nous oblige à discuter de nos fondements, de ce qui nous importe dans la société, des conditions qui font qu’une société, pas seulement une économie, est soutenable. Dès lors qu’on refuse de se laisser faire et de s’adapter à des conditions de plus en plus "insoutenables" par la médecine ou la génétique, c’est bien la société qu’il faut changer au nom de nos finalités humaines et de notre "être ensemble", ce qu’on appelle la convivialité. La préservation de notre avenir, c’est le passage de l’histoire subie à l’histoire conçue, c’est la réaffirmation de notre liberté collective et de notre responsabilité envers les générations futures, mais c’est surtout c’est le rétablissement de la priorité des valeurs humaines sur les intérêts privés, le qualitatif avant le quantitatif, avec toute la difficulté du conflit des valeurs et des cultures...

L’écologie politique en tant que projet politique est loin de se réduire à l’environnement, puisque c’est un concept dialectique qui intègre les différentes contradictions et reconnaît la séparation pour la dépasser, reliant ainsi campagne et ville, nature et société, écologie et politique, local et global. En particulier, l’écologie politique ne se réduit pas au cosmopolitisme ni à la globalisation du monde, mais doit rester ancrée dans le local, exigeant même une relocalisation de l’économie. C’est la seule réponse au totalitarisme massifiant, aussi bien qu’aux désastres du productivisme, grâce à une économie plurielle et à des politiques décentralisées, à l’articulation de la totalité et de l’individu, à leurs interdépendances et à leur autonomie relative.

Au-delà d’une vague prise de conscience de l’étendue des destructions écologiques et des impasses du productivisme, il s’agit de participer à la construction d’une alternative politique écologiste et de nouveaux rapports de productions, plus conformes aux nouvelles forces productives.

En effet, il ne faut pas seulement subordonner l’économie à la société et aux cycles écologiques, mais aussi tirer parti de la révolution informationnelle exigeant de plus en plus d’autonomie et de formation, ce qui devrait se traduire par la réorientation de l’économie vers le développement humain, l’immatériel et les services, vers la production de l’homme par l’homme, plutôt que vers les consommations matérielles, vers la coopération des savoirs plutôt que vers la compétition marchande... Les technologies informationnelles se révèlent aussi indispensables dans toutes les régulations, en multipliant les capacités de rétroaction, d’évaluation des résultats, et de correction ou d’ajustement de l’action publique. On verra que c’est un des enjeux décisifs pour l’avenir que de reconnaître à quel point l’écologie-politique est liée à l’ère de l’information.

Extrait de l’introduction : Manifeste pour l’écologie politique

Le livre, publié aux jeunes éditions è®e et que j’ai dédié à André Gorz et Jacques Robin, dont je prolonge les orientations, sort dans toutes les bonnes librairies le 20 janvier. Existe aussi en version lybè®e, version numérique gratuite d’un livre papier payant, www.editions-ere.net


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5 réactions à cet article    


  • Philippe (---.---.93.175) 21 janvier 2006 18:16

    super ! la preuve, j’ai rien compris ! hahaha


    • michel lerma (---.---.59.247) 21 janvier 2006 18:46

      J’espere que ce bouquin n’a pas été financé avec de l’argent publique car c’est vraiment dramatique !

      Encore une raison supplémentaire pour que le PS ne fasse aucune alliance politique avec des partis extremistes et démago


      • Méric de Saint-Cyr Méric de Saint-Cyr 22 janvier 2006 22:46

        <>

        Une traduction en français courant aurait été la bienvenue...

        Le propos est certes passionnant, mais certaines formulations utilisent un vocabulaire et des tournures qui ne sont pas à la portée de tous.

        Je pense qu’un vrai discours politique et à plus forte raison écologique, doit être à la portée de tous et doit être mis à la portée de tous.

        Sans pédagogie, un message est voué à ne jamais être entendu (ni compris).


        • Jean Zin Jean Zin 23 janvier 2006 10:19

          Bien sûr il serait souhaitable que je sois compréhensible à tous mais je ne crois pas que ce soit vraiment possible, même si je dois indéniablement faire des progrès dans mon style.

          On connait la règle pour se faire entendre du plus grand nombre, il faut simplifier et réduire l’information pour améliorer le rapport signal/bruit. C’est assez contradictoire avec le maintien d’une certaine complexité. Edgar Morin est sans doute celui qui a été le plus loin dans cette vulgarisation de la complexité, on ne peut dire qu’il y réussit toujours.

          Il me semble que l’importance du sujet mérite un effort. J’écris très lentement, ce sont donc des textes qu’il faut lire très lentement. C’est tout de même du français et, en dehors de quelques lourdeurs, c’est plutôt l’idée qui est difficile à comprendre plus que les mots.

          On ne doit pas s’offusquer de ne pas comprendre car c’est ce qui arrive tout le temps. Faire de la recherche transdisciplinaire amène à lire sans arrêt des textes incompréhensibles, de même que faire de l’histoire des religions. C’est quand on reste dans nos préjugés, dans le sens commun qu’on s’imagine comprendre. Ne pas comprendre est le début de la réflexion. Valéry disait que penser c’est perdre le fil. Pour Aristote la philosophie commençait avec l’étonnement, la question, le fait de ne pas comprendre. Laborit définissait la conscience comme un manque d’information... Bien sûr c’est à mille lieux des médias de masse qui flattent notre plus petit dénominateur commun qui n’est pas forcément ce que nous avons de meilleur.

          Si on ne peut s’adresser à tous, mais seulement à chacun, il faut certes plusieurs niveaux de communication et cet extrait est déjà une très grande simplification... C’est un fait que mon livre n’est pas distrayant, c’est le moins qu’on puisse dire, ce n’est pas non plus un livre de sensibilisation à l’écologie. Les ouvrages sur l’écologie ne manquent pas, mais ce qui manque dramatiquement ce sont les alternatives qui sont l’objet de ce petit livre.

          Il serait souhaitable que mes propositions si elles sont bonnes finissent par toucher le grand public et trouvent des relais dans la population mais le préalable c’est qu’elles soient solides et argumentées, le préalable c’est de dire ce qui n’est pas encore « bien entendu » et donc difficile à comprendre.

          Je ne prétends pas ici faire oeuvre d’écrivain et, en m’excusant de mon « inhabileté fatale » je demande à être jugé sur l’importance (vitale) de ce que je dis.

          Bien sûr je déplore les incompréhensions, voire la haine, dont fait preuve le commentaire précédent car je ne fais plus partie des Verts depuis longtemps, je ne suis absolument pas extrémiste (ce sont les faits qui sont parfois extrêmes) et je serais beaucoup plus simpliste si j’étais un démago !

          Il n’y a pas de quoi rire car la situation est de plus en plus tendue, nous sommes dans l’impasse. Il faudra bien prendre au sérieux notre entrée dans l’ère de l’information, de l’écologie et du développement humain et arrêter de transformer les bonnes nouvelles en mauvaises nouvelles comme le souligne Roger Sue dans « La société contre elle-même ».


        • Christophe (---.---.156.228) 23 janvier 2006 12:04

          Approche somme toute pertinente quant à une orientation plausible des Sociétés. La force de proposition pour signifier des alternatives dans un monde charger de préconceptions pose certes problèmes ; l’auditoire ne souhaitant pas toujours entendre ce qui ne lui sied guère ou bien il crie au loup ; mais il est évident que le principe économique de croissance est antinomique avec tout principe de réduction de l’exploitation des ressources naturelles ; du moins dans notre conception actuelle.

          L’autre approche, dans ces principes, consiste à ramener les différentes parties au tout ; du local au mondial, de l’individu à la Société ; ce qui reste une approche cohérente qui permet, par exemple, le développement de l’individualisme sans atteindre son sens actuel dû au lien du tout à ses parties : l’égoisme.

          Quant au nouveau stade cognitif, cela nécessite évolution de nature humaine que les sciences ont tendance, actuellement, à anihiler. Nous ne pouvons évoluer que si notre environnement l’exige, alors que la science tente d’influencer l’environnement pour l’adapter à nos besoins ; malgré des risques environnementaux !

          Cela nécessite une réflexion de fond, sur le soi, notre intégration individuelle dans une Société (nous restons un animal social), et donc quelle forme de société peut mener au respect de l’environnement que nous léguerons aux générations futures. C’est une responsabilité individuelle ; les Sociétés sont à l’image de ce que nous voulons, consciemment ou inconsciemment !

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