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Accueil du site > Actualités > Politique > L’électorat ouvrier

L’électorat ouvrier

Il semblerait que l’on se pose la question de l’abandon d’un quelconque discours visant à séduire l’électorat ouvrier au parti socialiste, nous indique Le Figaro. Cette question se pose au regard des chiffres indiquant que non seulement la gauche ne séduit déjà plus les ouvriers, le PS en particulier, mais il vient s’ajouter l’impopularité de DSK chez les ouvriers alors que, nous disent les sondages, il serait presque plébiscité par les cadres.

Reprenons un rapide historique de la gauche en remontant très rapidement à mai 68, dans un pays industrieux et où la « classe[1] » ouvrière était nombreuse. La CFDT socialiste a été un des fers de lance des manifestations de l’époque, et cela contribua à asseoir le programme commun de la gauche. En 1981, un certain nombre de lois sociales s’assouplirent et la gauche arrivant au pouvoir elle attribua, dans la liesse générale, à la fois la semaine de 39 heures et la cinquième semaine de congés payés, mais voilà déjà qu’en 1982, elle signait, avec la CFDT, un accord visant à la suppression de l’échelle mobile[2].

En réalité, un tournant important avait été pris en 1974 de faire entrer la France dans la mondialisation ce qui avait déjà commencé à détruire de l’emploi comme le montre très bien Maurice Allais, prix Nobel d’économie dans son ouvrage. Cette mondialisation, vue globalement, consiste en deux points essentiels : libéralisation de la circulation des capitaux et mise en concurrence globale des populations du monde entier. Ainsi, étant en concurrence, nous sommes prisonniers, d’une certaine façon, de la politique sociale chinoise ou indienne et de toutes les autres. En effet, si notre main-d'œuvre est payée dix fois plus cher, il faut qu’elle soit dix fois plus productive. Or, sur le long terme, seul un écart d’intelligence peut laisser espérer un écart de productivité sur un produit manufacturé donné, et un Chinois, un Indien ou quelque autre être humain est, bien entendu, aussi intelligent, en moyenne, qu’un Français.

À l’époque, la trahison ayant été commise dans un certain secret (par la droite), les ouvriers, qui n’avaient rien vu venir, se plaignaient davantage de leurs conditions de travail et d’une faible rémunération. La gauche, compatissante, a tellement « aimé » les ouvriers qu’elle les a supprimés. Pour preuve ? En 1980 environ 28% du PIB français étaient d’origine industrielle, aujourd’hui nous n’en sommes qu’à 13%, en baisse rapide et vient s’ajouter à cela le fait que la proportion d’ouvriers dans l’industrie qui reste est très faible en comparaison de ce qu’elle était avant. À titre d’exemple, le cabinet Secafi Alpha déclarait en 2009 qu’en France, l’activité Airbus (globale) représente un tiers des emplois industriels civils[3]. Et l’aéronautique, par rapport au secteur textile par exemple, emploie beaucoup moins d’ouvriers en proportion. En réalité, en termes économiques, l’Occident, et donc la France, s’est concentré sur les activités intensives en capital délaissant les activités intensives en main-d'œuvre. Bref ! Un plan, au sens soviétique, de développement du chômage !

De facto, le coût de l’aménagement du poste de travail des ouvriers, globalement, s’en est trouvé grandement diminué, puisqu’il y avait beaucoup moins de postes de travail à aménager, mais il est aussi un autre facteur qui a joué, celui de l’abandon presque total de l’industrie lourde qui était celle qui montrait la plus grande nécessité de réforme et comportait les plus grandes cohortes d’ouvriers. On a donc enfin pensé aux ouvriers, mais il n’en restait, pour ainsi dire, plus…

Que s’est-il alors passé ? Les ouvriers ont vu les débouchés pour leurs enfants et leur entrée dans la vie active se tarir ainsi que l’espoir d’une vie meilleure. La valeur travail, remplacée par la valeur argent, leur a causé aussi un dommage considérable, car, et il y a là, peut-être, une notion de classe, le travail était une valeur chez ces gens-là. Or qu’ont-ils entendu dans les années où l’on a supprimé leurs postes par centaines de milliers ? Que les travaux qu’ils réalisaient étaient subalternes et ne sauraient être du niveau de la société postindustrielle ; que ce genre de travaux était fait pour les travailleurs des pays du tiers-monde, Chine en tête, avec un non-dit raciste évident pourtant, etc.

Trahis, donc, à la fois par la droite et par la gauche, la première les ayant poignardés dans le dos alors que la seconde les a seulement anesthésiés, l’on semble s’étonner aujourd’hui que les ouvriers se tournent vers des partis alternatifs. Mais que leur reste-t-il ? Que leur proposent les partis du centre, PS, Modem, UMP ? Le camouflage incessant des vrais chiffres du chômage qui sont au moins le double de ceux annoncés ne suffit pas à estomper l’échec patent de la classe politique au pouvoir depuis bientôt quarante ans. On entend parfois les journalistes se plaindre du fait que les gens considèrent les politiques comme des incapables. Mais quand on sait qu’en 1973 le PIB par habitant en France était le deuxième au monde derrière celui des États-Unis alors qu’aujourd’hui nous sommes au quinzième rang européen, on ne peut que conclure que nos dirigeants successifs ont été nuls, globalement.

Le PS réfléchit à abandonner, de facto, le vote ouvrier ? Pourquoi pas ? Il ne sera pas capable de redresser la barre et il ne considère pas les ouvriers à leur juste valeur. De toute façon, il n’y a presque plus d’ouvriers. Idem, un jour, la droite réfléchira à abandonner le vote paysan, car elle s’est comportée avec ces derniers exactement comme la gauche s’est comportée avec les premiers. Ce n’est qu’une question de temps pour que les élites se rendent compte que ceux qui restent dans ces « classes » sont trop peu nombreux pour être pris en compte. Que restera-t-il alors ? Cela me semble assez simple ; les cohortes d’électeurs qui vont rester seront les chômeurs dont on augmentera les pensions à ne rien faire, mais dont le pouvoir d’achat ne pourra que baisser, comme celui, global, du pays ; les drogués et les délinquants en général dont le nombre actuel a largement dépassé celui des ouvriers, les parasites qui insultent l’intelligence chaque seconde à la télévision et sont de plus en plus nombreux eux aussi, et, bien entendu, il y aura bien quelques banquiers qui n’ont pas oublié de profiter du système. Il reste encore une catégorie, qui est aussi aveugle que les ouvriers l’ont été en leur temps : les cadres. Ceux-là soutiennent DSK, nous l’avons vu, mais ils seront trahis, si ce n’est déjà fait. Les cadres industriels seront fossoyés avec ce qui reste d’industrie, ce qui ne devrait pas tarder. À la vitesse actuelle, cela devrait être réglé pour 2025 environ. Les autres, ceux du secteur des services, disparaîtront eux aussi sous le poids de l’Inde qui a environ dix ans de retard de pénétration sur ce secteur en Occident par rapport à la pénétration de la Chine dans le secteur industriel. Mais, là, les choses iront peut-être encore plus vite que pour l’industrie, car cette économie est beaucoup moins matérielle et donc beaucoup plus mobile.

Quelle leçon tirer de tout cela ? Nous sommes passés, depuis l’après-guerre, d’une situation de pays producteur à celle de pays consommateur. Nous avons délibérément méprisé[4] les producteurs. Nous sommes passés d’un peuple travailleur aimant les choses bien faites et valorisant le travail à un peuple qui ne valorise rien, sinon la médiocrité. Clairement, un tel système peut-il être durable ? À l’instar des réflexions socialistes sur l’électorat ouvrier, le jeu démocratique veut que le discours se porte sur la moyenne de l’électorat et non sur la marge. Or le système actuel tire, objectivement, la moyenne vers le bas. La démocratie, par essence, va donc servir d’amplificateur à ce phénomène… Et le crash sera violent !



[1] Mot que je n’aime pas ! Sur quel critère met-on les gens dans une « classe » ? Sur un critère de revenu ? De niveau d’éducation ? D’intelligence ? Et pourquoi pas de couleur de peau tant qu’on y est ? Par ailleurs, qui dit classe laisse résonner la doctrine marxiste qui veut que les classes soient en lutte les unes contre les autres. C’est exactement le contraire d’une société pacifique. Nous avons besoin de chacun et chacun doit être respecté.

[2] Pour les plus jeunes qui n’ont jamais connu cela, c’était un système qui garantissait des augmentations générales égales au moins à l’inflation, c’est-à-dire une garantie du pouvoir d’achat.

[3] J’assistais personnellement à cette réunion.

[4] Politique industrielle. Des idées neuves pour demain. Étude de Jean-François Geneste pour la CFTC – décembre 2010


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4 réactions à cet article    


  • Kalki Kalki 16 mai 2011 12:05

    Mais ou sont ceux qui travaillent , montrez moi une seule personne qui travail ( ou qui pense ) je n’en rencontre pas souvent

    Le travail humain est inutile, dans le secteur primaire, secondaire, et tertiaire des économies. Il est également inutile pour prendre des décisions, et pour gérer du fric.

    Vous êtes inutiles.

    Révolution Robotique : L’industrie 100% automatisée
    Culture de nourriture, ère industrielle, dans la singularité
    Le tertiaire : +75% des emplois des pays « dévellopés », les androids, hologrammes, et acteurs virtuels
    Et puis la politique, et les décisions, et les investissement  : et la maitrise de cette planète par une ou deux personnes

    • LE CHAT LE CHAT 16 mai 2011 22:10

      Skynet  dans quelques années ?


      • easy easy 17 mai 2011 09:42

        Ce que vous dites est difficile à dire car en dehors de la sémantique actuelle.
        Félicitations.



        Concernant le fonds.

        Il m’avait semblé que les syndicats ouvriers combattaient en acculant le patronat dans un coin d’un ring que eux, syndicats, considéraient fermé
        « Si tu ne plies pas, nous allons faire la grève et tu seras foutu » 

        Il y aurait eu surexploitation du droit de grève, trop de grèves et à force...le capital se sera méfié de tout ce qui peut virer à la grève.

        Tout compte fait, le capitalisme a très bien su trouver une échappatoire et a même amplifié ses gains pendant que les syndicats ouvriers ont complètement manqué de clairvoyance.

        Qu’auraient-ils pu faire de mieux ?
        Réinventer le dépassement de soi par le travail. Réinventer le sens du travail au-delà du travail. Pousser l’ouvrier à offrir plus de lui (c’est la voie du sublime) et non moins de lui.


        Le stakhanovisme n’est pas né dans la tête d’un patron. C’est l’ouvrier qui peut avoir de lui-même, le goût du sublime en travaillant au-delà du raisonnable, du suffisant.
        Mais à peine un Stakhanov apparaît, que des syndicalistes ou marxistes arrivent pour lui dire qu’il est à la fois stupide et dangereux.

        Il y aurait eu des syndicalistes de la métallurgie dans le sport, il n’y aurait plus de sport.


        Dans tout domaine, l’Homme a besoin une notion de sublime (d’infini) pour compenser son angoisse de finitude (de mort).

        Les humains aiment tôt mourir au nom d’un dieu.
        Les syndicats ont tué les dieux et ont poussé les ouvriers à dépérir de radinerie.



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