Marges internationales et économiques très restreintes pour le nouveau Président de la République, écart finalement assez serré du second tour de la présidentielle, mais probable victoire aux législatives dont le levier majoritaire est mécaniquement sans appel.
Une seule nuit d’état de grâce. Le 6 mai 2012 n’est pas le 10 mai 1981. Le nouveau Président François Hollande a décidé de ne pas fêter le 31e anniversaire de la victoire de François Mitterrand mais a préféré être présent à la 7e cérémonie de l’abolition de l’esclavage instituée par …Jacques Chirac au jardin du Luxembourg, près du Sénat présidé par son ami Jean-Pierre Bel.
La crise européenne n’en finit pas…
François Hollande se retrouve au milieu des turbulences extérieures, confronté à bien des difficultés dans une France et une Europe tourmentées : risque d’une nouvelle dégradation de la note financière de la France, effondrement de la Bourse de Paris, crise politique sans précédent en Grèce (que la flamme olympique quitte ce 10 mai) qui a élu ses députés le 6 mai 2012 avec une forte poussée de la gauche radicale et de l’extrême droite qui vont rendre le pays ingouvernable, convocation, pour cette raison, d’un sommet européen extraordinaire le 23 mai 2012 par Hermann Van Rompuy, le Président du Conseil européen, que François Hollande a reçu à Paris le 9 mai 2012 et aussi les déclarations provenant de l’Allemagne et de la Commission européenne qui ont affirmé qu’il était hors de question de renégocier le traité européen de stabilité budgétaire.
En revanche, il semblerait acquis qu’il y ait un additif sur la croissance, mais son contenu risque de faire frémir le nouveau gouvernement français puisqu’il s’agirait plus de réformes structurelles pour augmenter la compétitivité que d’une relance classique de la demande qui a toujours été un désastre dans une économie ouverte.
Ayant toujours refusé de prendre en compte la persistance de la crise pendant leur campagne électorale, les socialistes vont mesurer à quel point les pressions extérieures sont rudes mais aussi intérieures puisqu’il est aussi question de nombreux plans sociaux qui attendaient la fin de la période électorale avant d’être mis en œuvre.
François Hollande a prévu de rencontrer ce 10 mai 2012 le Premier Ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui est surtout le président de l’Eurogroupe.
Fin du quinquennat
Ce jeudi 10 mai 2012, le Premier Ministre François Fillon, qui a duré cinq ans à Matignon, soit le deuxième record de longévité sous la Ve République, derrière Georges Pompidou (1962-1968) mais devant Lionel Jospin (1997-2002) et Raymond Barre (1976-1981), va donner la démission du gouvernement au Président sortant Nicolas Sarkozy.
C’est à onze heures que Jean-Louis Debré, Président du Conseil Constitutionnel, a proclamé officiellement les résultats du second tour de l’élection présidentielle du 6 mai 2012. François Hollande a recueilli 51,63% des suffrages exprimés, avec 18 000 668 voix. Dans sa séance du 10 mai 2012, le Conseil Constitutionnel a annulé 8 571 suffrages pour irrégularités avec le code électoral (ce qui correspond à vingt bureaux de vote sur 65 000 bureaux de vote au total).
51,63% et 18 000 668 voix
C’est légèrement en dessous du pourcentage de François Mitterrand le 10 mai 1981 où il avait obtenu 51,76% et bien en dessous de son concurrent le 6 mai 2007 (53,06%). D’ailleurs, malgré la croissance démographique, François Hollande a recueilli moins de voix que lors des deux précédents seconds tours d’élection présidentielle (Jacques Chirac avait recueilli 25 537 957 voix le 5 mai 2002, record qu’il sera difficile de battre, et Nicolas Sarkozy avait obtenu 18 983 138 voix le 6 mai 2007).
La marge de victoire du nouveau Président a été d’un peu plus de 1,1 million de voix, ce qui est une belle victoire même si l’écart est finalement assez faible, parmi les plus faibles de la Ve République.
Il est en effet le second Président le moins bien élu si l’on prend le pourcentage par rapport aux électeurs inscrits : il n’a obtenu que 39,08% des inscrits, ce qui est comparable à la première élection de Jacques Chirac le 7 mai 1995 (39,43%) mais supérieur à celle de Georges Pompidou le 15 juin 1969 (37,51%), alors que tous les autres prédécesseurs se sont retrouvés avec des scores allant de 42,5% à 45,5% (à l’exception de la réélection de Jacques Chirac le 5 mai 2002 qui a eu 62,00% des inscrits).
Si l’on prend également le pourcentage de l’écart de voix par rapport aux électeurs inscrits, François Hollande est également le second moins bien élu avec 2,47% (nombre de voix d’écart sur nombre des inscrits). Il dépasse seulement Valéry Giscard d’Estaing dont l’élection le 19 mai 1974 fut la plus serrée avec seulement 1,39% et n’est pas loin de son illustre prédécesseur socialiste qui le 10 mai 1981 avait eu 2,93%. L’écart relatif par rapport à l’ensemble du corps électoral a toujours été supérieur à 4% (3,96% précisément le 7 mai 1995) allant jusqu’à 10,58% le 15 juin 1969 et même 48,58% le 5 mai 2002.
Les reports de voix
Le faible écart entre les deux candidats du second tour montre finalement que Nicolas Sarkozy avait eu raison de croire que, malgré son impopularité, sa réélection était possible. En effet, les données montrent en tout cas que ce n’était pas impossible. Pas sûr en revanche de savoir dans quel sens il aurait dû ponctuer encore plus sa campagne : vers le centre ? ou vers la droite ?
Je pense que c’est cette droitisation de sa campagne qui l’a perdu.
Si l’on en croit le sondage Ipsos pour France Télévisions, Radio France, "Le Monde" et "Le Point" (à télécharger ici), 27% des électeurs de François Bayrou au premier tour auraient voté pour François Hollande (et 40% pour Nicolas Sarkozy) tandis que seulement 13% des électeurs de Marine Le Pen auraient voté pour François Hollande (et 50% pour Nicolas Sarkozy). En voix, cela correspondrait ainsi à près de 900 000 électeurs de François Bayrou et à 830 000 électeurs de Marine Le Pen qui auraient voté pour François Hollande au second tour.
Cet un peu plus d’un million de voix d’écart entre François Hollande et Nicolas Sarkozy aurait donc pu s’inverser si seulement 570 000 électeurs avaient changé de candidat. Il est évidemment difficile de savoir quel a été l’impact de la position personnelle de François Bayrou (dont je reparlerai) sur ses électeurs du premier tour en sachant qu’un tiers d’entre eux (soit environ un million) avait été assez hésitant sur ce qu’il convenait de faire au second tour.

Élu par défaut ?
Autre remarque qui provient du sondage Ipsos déjà cité, François Hollande aurait été élu par défaut. En effet, parmi ses électeurs du second tour, 45% auraient voté pour lui pour qu’il fût élu Président tandis que 55% auraient voulu avant tout faire barrage à Nicolas Sarkozy. Ce rapport s’inverserait chez les électeurs de Nicolas Sarkozy dont 54% voulaient sa réélection tandis que 46% ne voulaient pas de François Hollande ni de la gauche au pouvoir.
Le vote Hollande aurait donc été majoritairement un vote de rejet tandis que le vote Sarkozy aurait été majoritairement un vote d’adhésion.
D’ailleurs, François Hollande l’a bien compris et c’est pourquoi il a eu le triomphe modeste. Pas question de parler de passage de la nuit au jour. Nicolas Sarkozy, parallèlement, a eu la défaite sportive, souhaitant le plus grand succès à l’élu pour l’intérêt du pays (ce qui est normal en régime républicain). Inaugurée le 8 mai 1995 au lendemain de la victoire de Jacques Chirac (le 8 mai a désormais "l’habitude" de "tomber" entre le second tour et l’investiture d’un nouveau Président), la commémoration biprésidentielle de ce 8 mai 2012 a eu lieu dans une ambiance de consensus républicain d’autant plus rassurant que la campagne a été violente.
Qui à Matignon ?

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Il est évident que Hollande n’aurait pas été président si l’UMP aurait présenté une (...)
11/05 12:47 - herve33« Le vote Hollande aurait donc été majoritairement un vote de rejet tandis que le vote Sarkozy (...)
11/05 11:20 - bernard29Et ce sera à peu prés tout.. Mais soyons patient..
11/05 07:07 - hgo04Donc vous nous expliquez que FH hérite d’un état en faillite, mais il fallait tout de (...)
10/05 16:58 - adelineLes posts de Sylvain c’est comme l’eau tiède... cela ne brulera rien... surtout son (...)
10/05 16:49 - Yvance77Elu doublement par défaut : d’abord en 5ème roue après l’éviction de DSK ensuite (...)
10/05 15:15 - Cocasse
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