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Accueil du site > Actualités > Politique > L’impuissance de la gauche politique à penser et donc à (...)

L’impuissance de la gauche politique à penser et donc à agir

Les appels à « relancer la consommation » ou à « améliorer le pouvoir d’achat » venus des différents partis de gauche, anciens et en voie de décomposition ou de paralysie (PS, PCF, Verts), ou en construction, très difficilement et de manière dispersée, (NPA, Parti de Gauche et Nouvel Espace Progressiste) semblent confirmer une incapacité à sortir de la vision productiviste (travail/consommation) dans lequel le capitalisme nous a enfermés. Que ce soit pour le réguler (PS, Verts) ou pour le combattre (NPA, PCF, PG, NEP), ces différents partis conservent cet unique référentiel.

La crise actuelle, qui touche le cœur même du capitalisme avec l’effondrement de ses trois piliers –le travail, la consommation et l’accumulation du capital –est pourtant une formidable opportunité d’accompagner, de façon civilisée, la sortie, déjà entamée, d’un système qui domine aujourd’hui la quasi totalité de la planète.

Encore faut-il accepter de penser autrement et, en premier lieu, de comprendre ce qui nous arrive. Dès 1958 ( !) Hannah Arendt écrivait dans Condition de l’homme moderne :

« Plus proche, également décisif peut-être, voici un autre événement non moins menaçant. C’est l’avènement de l’automatisation qui, en quelques décennies, probablement videra les usines et libérera l’humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le fardeau du travail, l’asservissement à la nécessité. Là, encore, c’est un aspect fondamental de la condition humaine qui est en jeu, mais la révolte, le désir d’être délivré des peines du labeur, ne sont pas modernes, ils sont aussi vieux que l’histoire. Le fait même d’être affranchi du travail n’est pas nouveau non plus ; il comptait jadis parmi les privilèges les plus solidement établis de la minorité. A cet égard, il semblerait que l’on s’est simplement servi du progrès scientifique et technique pour accomplir ce dont toutes les époques avaient rêvé sans jamais pouvoir y parvenir.

Cela n’est vrai, toutefois, qu’en apparence. L’époque moderne s’accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société tout entière en une société de travailleurs. Le souhait se réalise donc, comme dans les contes de fées, au moment où il ne peut que mystifier. C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. Dans cette société qui est égalitaire, car c’est ainsi que le travail fait vivre ensemble les hommes, il ne reste plus de classe, plus d’aristocratie politique ou spirituelle, qui puisse provoquer une restauration des autres facultés de l’homme. Même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société, et parmi les intellectuels il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu’ils font comme des œuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. Ce que nous avons devant nous, c’est la perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire. »

L’extension du « tout consommation » à l’ensemble de la planète a retardé cette échéance. La crise actuelle montre qu’aujourd’hui nous l’avons atteinte. Il serait temps que les partis politiques qui font de l’économie un moyen au service du bien-être et du vivre ensemble et non des citoyens des « ressources humaines » au service des entreprises, revoient leurs modes de penser. En commençant, comme les y incitent, par exemple, l’association trans-partis Utopia, par identifier les principales aliénations de nos sociétés développés : le dogme de la croissance comme solution aux maux économiques, le dogme de la consommation comme seul critère d’épanouissement individuel, la centralité de la valeur travail comme seule organisation de la vie sociale. En remettant donc en cause le productivisme et en construisant non des alternances mais des alternatives susceptibles d’entraîner le plus grand nombre.

Cette question devrait être positionnée comme centrale lors des prochaines élections européennes. A défaut, la régression sociale et politique continuera à s’étendre pendant que la gauche politique se déchirera sur les moyens d’accéder au pouvoir sans savoir pourquoi. Quand les idées sont confuses ou dépassées, le combat entre les personnes est dominant.

Comme en était convaincu André Gorz, la sortie du capitalisme a commencé. Il dépend de nous que cette sortie soit civilisée ou barbare.


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16 réactions à cet article    


  • TTO TTO 12 décembre 2008 14:47

    Le matérialisme me semble de votre côté. Le tout consommation n’a rien de flou. C’est l’extension de la sphère marchande à toutes les activités humaines. Nouvelle forme de totalitarisme dont on perçoit les résultats sur l’ensemble de la planète. Création d’une classe de riches voir d’hyperiches, appauvrissement des autres et perte d’autonomie pour ceux qui arrivaient à subsister par leurs propres moyens. Cette voie là est condamnée.


  • foufouille foufouille 12 décembre 2008 15:20

    @ mage
    au cas ou tu aurais pas remarque, chez nous il y a de plus en plus de pauvres
    ceux qui profitent de ton ouverture sont les tres riches et les ploutocrates


  • foufouille foufouille 12 décembre 2008 16:47

    pour tes clesses moyennes chinoises, en face il y a autant de chomeurs et de nouveaux pauvres en occident
    les riches sont eux devenus encore plus riches et grace a ton ouverture, ils n’ont plus de nationalite
    ce sont les multinationales qui controlent les pays


  • foufouille foufouille 12 décembre 2008 17:50

    l’esperance de vie n’a jamais augmenter, sauf evolution peut etre
    ton mondialisme nous inonde de nourriture empoisonner
    on peut etre pauvre et vivre tres vieux
    cherche vallee des hunzas


  • Iren-Nao 13 décembre 2008 02:18

    @ Foufouille

    Ah quelle joie, nous voici enfin du meme bord.

    Les suppots de la finance internationale apatride ne creveront pas moins vite.

    Moi je suis adepte du jardin tel que decrit par Anny Paule.

    La bonne nouvelle c’est que cela devrait en partie resoudre le probleme de sur population.

    tchao

    iren-Nao


  • TTO TTO 12 décembre 2008 15:37

    Le problème n’est pas "l’ouverture des frontières" mais le libre échange généralisé associé à la division internationale du travail. Adam Smith et Paretto seraient effrayésdes résultats. Ce qu’il préconisait ne s’entendait que pour des zones de développement équivalent. L’appauvrissement accéléré des pays occidentaux ne profite qu’aux très riches de ces pays et à une classe très limitée dans les pays en développement. La spécialisation liée à la division internationale du travail conduit à rendre dépendant des pays qui étaient autonomes en matière alimentaire d’où la crise alimentaire. Il fat être aveugle ou cynique pour ne pas voir que les dégats du libéralisme généralisé l’emporte mainteant de loin sur les apports. Les colonisateurs sont toujours là mais ils colonisent aussi leur propre pays. quel progrès !!!


    • bernard29 bernard29 12 décembre 2008 16:21

      je voulais savoir ; les membres de l’association UTOPIA ( motion utopia) ont quitté le Parti socialiste ou pas ? 

      Sinon , c’est pas bien de dénigrer son parti à l’extérieur. ( parti en voie de décomposition ou de paralysie.., d’après vos dires.


      • TTO TTO 12 décembre 2008 16:34

        Je n’appartiens pas, pour l’instant à Utopia. De ce que j’en sais, le porte-parole d’Utopia a rejoint, à titre personnel, le Parti de Gauche. Les adhérents d’Utopia appartiennent soit au PS, soit aux Verts, soit au Parti de Gauche ou à aucun.


      • bernard29 bernard29 12 décembre 2008 17:29

        merci de votre information


      • HELIOS HELIOS 12 décembre 2008 18:24

        Interressants vos propos...
         
        Toutefois, il me semble que le seul moyen de s’en sortir c’est de proposer un plan global d’equilibre a l’echelle mondiale qui ne prends plus la croissance comme objectif principal. C’est par cette voie la que nous pourrons batir un nouveau système economique. L’Europe a naturellement un role majeur.

        Evidement tout le monde n’est pas pret et n’est pas au même niveau.
        c’est probablement pour cela qu’il faut organiser la transition entre le modèle productiviste et a objectf unique de croissance en un modèle de stabilité a objectifs qualitatifs duquel les contraintes environnementales tiendrons une place majeure. Toujours de façon probable, il faudra effectuer ce passage par pan entier et par zone geographiques. L’agriculture, l’industrie lourde, les industries légères et technologiques etc....

        Mais, en plus, pour accompagner les difficultés de mises en oeuvre et les rancoeurs que cela va apporter il faut également fortement encadrer le système financier lui même, en imposant un equilibre plus equitable de la rémuneration capital/travail. l’idéal serait de tendre vers une sorte d’equité quitte a en revoir la definition (le mode de calcul).

        La gauche devrait porter ce type de projet et de travailler a en developper les voies permettant d’y acceder.
        En realité, si la gauche ne le fait pas, la droite n’y arrivera jamais et nous allons nous acheminer ...

        — - soit vers des revoltes sévères car les peuples occidentaux , anesthésiés par leur bien etre, ne réagirons pas comme le tiers monde d’aujourd’hui lorsqu’on leur aura tout retiré...

        — - soit vers une espèce de jungle composée de strates types classes sociales dont le passage de l’une a l’autre sera difficile et où les droits de l’homme ne seront qu’un souvenir erotique dans leurs rèves les plus fous.

        Rien n’interdit que cette derniere solution ne soit pas déjà en voie de developpement. Les ecarts de pouvoirs economiques et même de pouvoir tout court entre les "politiques et capitaines d’industries" se fait deja sentir.
        Quels sont ces gens qui possedent autant de yacht, d’avions, de voitures, d’immobilier et qui sont aux manettes des etats, des institutions et des groupes economiques ? Ne forment-ils pas déjà un groupe fermé, quasiment inaccessible vivants hors des frontières du monde (et se mariant entre eux) ?

        La droite actuelle au pouvoir n’est jamais qu’un echantillon de cette eventualité, mais les "éléphants" du PS dont Delanoé, le moins suspect aux yeux de certains, fait completement partie.

        La vrai refondation de la gauche ne peut passer que par des "trublions" à la Melanchon et surtout pas par des porteurs de nuances (Ségolène), des integristes, même aiguillonneurs, à la Besancenot ou des integristes à la Mamère et autre Bové.

        Faute d’une bonne perception de l’avenir, le paysage politique va devenir monolithique et se resumera a une homogeneité des objectifs servi par de petites variantes de formes. le peuple a tout a y perdre... mais le peuple a-t-il encore les moyen de s’en apercevoir et de réagir ? ? ? ? ?


        • anny paule 12 décembre 2008 18:24

          Ce que vous décrivez de la crise et de l’état de nos sociétés est fort juste. La référence à Hannah Arendt est tout à fait pertinente et sa "vision" se révèle, hélas, totalement exacte.
          C’est vrai que, durant toute la seconde moitié du XX° siècle, nos fondements économiques se sont radicalement modifiés, à la fois par l’automatisation, mais aussi par la perte des formes traditionnelles de vie.
          Dans les années 50, il existait encore des espaces, y compris chez nous, en France, où les familles vivaient plus ou moins en autarcie : dans les campagnes et les zones reculées comme la Haute Corrèze, il n’était pas rare de voir les gens vivre de leur propre production (polyculture, élevage, mais aussi artisanat local) et de n’avoir comme revenu extérieur que la vente d’un veau, d’une vache ou d’un porc (ou de plusieurs, bien sûr). Ils faisaient leur pain (de seigle) avec leur propre farine (moulue dans leur propre moulin, alimenté par la force d’un torrent) ... L’argent reçu en échange de leur bétail vendu servait à acheter des vêtements, payer l’électricité, le carburant pour leur véhicule (les tracteurs et autres engins agricoles n’étaient pas légion, la traction animale les remplaçait)... Dans ce mode de vie, la solidarité existait, les voisins venaient pour aider à rentrer les foins, pour moissonner, et pour bien des moments clefs de la vie quotidienne. Ceux qui vivaient ainsi n’étaient pas malheureux... et je dirais mieux, pendant la dernière guerre, alors que dans nombre de nos villes la nourriture était rare, ils ont vécu correctement. Je peux en parler parce que j’ai connu cela chez les grands parents corréziens.
          Dans cette vie, dure malgré tout, mais saine, ils mesuraient le fruit de leurs efforts, c’était encore "naturel"....
          Mais, productivisme oblige, à leur mort (et ils ne sont pas un cas isolé !) la ferme s’est vendue... est devenue une maison de vacances pour citadins en mal de nature...

          D’un autre côté, les politiques ont vanté les mérites de l’automatisation et l’ont favorisée : dans tous les domaines, les machines ont remplacé les hommes, ou du moins, la peine humaine.
          C’est à ce moment-là qu’aurait dû se poser la question de l’équité et du partage... Les politiques, les syndicalistes n’ont rien vu venir, n’ont pas su anticiper...
          Au lieu de cela, ceux qui avaient quelques moyens ont "investi", qui dans des machines, qui dans des terres... l’agriculture industrielle s’est installée, avec tous les dégâts connexes que nous subissons aujourd’hui... les industriels ont vécu leur rêve de grandeur, aidés par des crédits incommensurables...

          On pourrait écrire un roman sur cette révolution absolue mais discrète et insidieuse qui s’est déroulée sur la moitié du siècle passé... et dont nous commençons à mesurer l’horreur !

          Alors, aujourd’hui, que faire pour remédier à cela à gauche ? (la droite y est comme un poisson dans l’eau et ne mesure en rien la misère qui nous environne, et même si elle en a une idée vague, elle n’en a rien à faire !) .
          Vous parlez de "l’impuissance à gauche à penser et donc à agir "... Avez-vous, vous-même des solutions ?
          Il est sûr que la mondialisation (avec son cortège d’horreurs), le productivisme, l’appât des gains faciles (pour certains), le consumérisme établi comme règle d’or doivent être revisités. Il est sûr, également, que la très grande majorité de nos concitoyens ne peuvent subvenir à leurs besoins (élémentaires) sans travailler... et que, même en travaillant, ils ne peuvent que survivre dans des conditions intolérables...
          Le travail manquant, la pauvreté s’accroît d’autant et les inégalités avec...

          C’est tout qu’il faudrait remettre à plat. C’est un examen sans complaisance qu’il faudrait faire. Ce sont des Etats généraux qu’il faudrait instaurer.
          Associer ceux qui travaillent encore aux prises de décision, instaurer un pôle public de la finance par la nationalisation des grands groupes financiers afin d’affranchir l’économie de la dictature des grands marchés financiers, imposer une forme de mondialisation solidaire, remettre en cause les traités européens afin de réorienter l’Europe vers du plus disant social, restaurer (et non pas casser) nos services publics, mesurer l’impact environnemental des transports routiers, de l’agriculture intensive, des industries (du moins, ce qu’il en reste) et trouver des solutions collectives...
          Les pistes de réflexion ne manquent pas. Des solutions existent. Mais cela suppose que tout le monde joue le jeu... C’est un changement à 180° qu’il faut faire... Et ce ne sera pas du goût de tout le monde !
          Simplement, si la gauche politique avait joué son rôle durant les décennies précédentes, si elle osait "toucher à l’intouchable", l’avenir nous appartiendrait à tous ! 


          • foufouille foufouille 12 décembre 2008 18:54

            les ploutocrates ont voulut ce changememnt
            ca leur a permis de s’enrichir


          • Kalki Kalki 12 décembre 2008 18:56

            "On est les enfants oubliés de l’histoire mes amis, on n’a pas de but ni de vraie place ; on a pas de grande guerre, pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle, notre grande dépression, c’est nos vies." Chuck Palahniuk

            Pourquoi ne voient ils pas ?
            Pourquoi refusent ils de "voir" ce qui ne va pas ?
            Je ne pense pas qu’ils soient (tous) si bête que ca.

            L’impuissance de la gauche vient du fait qu’elle accepte le monde Droitisé, par la meme la gauche perd tout son, toute sa force, toute sa raison d’être.

            Si la gauche pense économie, si elle place aussi "monde économique" comme la suprême valeur
            (comme la première valeur de réflexion, mais sans pour autant donner autant de poids dans la réflexion que le ferait la "droite") qui décide et conseil au politique alors la gauche est de droite et c’est un non-sens comme on le voit dans tous les pays.
            Elle à des idées de droite.


            • Kalki Kalki 12 décembre 2008 19:09

              "La civilisation industrielle moderne s’est développée dans le cadre de mythes commodes. Le moteur de notre civilisation industrielle a été le gain matériel individuel, qui est considéré comme légitime. On en fait même l’éloge se basant sur le principe que les vices des uns feraient le bonheur de tous. Mais cela fait longtemps qu’il a été compris, très précisément, qu’une société basée sur ces principes s’autodétruira à terme. Un tel système ne pourra persister qu’avec la part de souffrance et d’injustice qu’il engendre, tant qu’il sera possible de faire comme si les forces destructrices que l’homme crée sont limitées, que les ressources de la planète sont infinies, et que le monde est une poubelle sans fond."


            • Frabri 13 décembre 2008 01:06

              A l’ére industrielle la gauche a joué un rôle essentiel dans la "glorification théorique du travail" grace au socialisme et au marxisme. D’ou leur incapacité a remettre en cause la place centrale du travail dans la société. C’est a la gauche que l’on doit la fête du travail. Quel parti de gauche est prét a supprimer cette fête ???? Pour le moment Il n’y a que les "chomeurs heureux" qui l’ont supprimée.


              • appoline appoline 13 décembre 2008 14:49

                Il n’y a guère que Dominique qui ne soit pas concerné par l’impuissance.

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