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L’irrésistible ascension de Besancenot

Le tournant politique dont on ne parlait jusqu’à présent qu’au conditionnel est en train de se négocier tranquillement sous nos yeux : face à l’incapacité du Parti socialiste à se réformer, l’extrême gauche, avant tout par le biais d’Olivier Besancenot, leader de la LCR, déploie lentement mais sûrement une stratégie de rassemblement qui ne devrait pas tarder à porter ses fruits. Dont le premier devrait être l’accélération de la chute socialiste.

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Le Monde fait le point sur cet état de fait : Olivier Besancenot rejoint désormais, en termes de popularité, les leaders du PS, au point de rattraper Ségolène Royal :

« Le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot, s’installe en leader de la gauche de contestation. Au point de faire jeu égal - en termes de popularité - avec Ségolène Royal. En obtenant 4,08 % à l’élection présidentielle, M. Besancenot avait devancé ses rivaux de la gauche radicale, Marie-George Buffet (PCF) et José Bové. Il vient concurrencer les leaders du Parti socialiste dans un sondage BVA-Orange, réalisé du 18 au 20 octobre auprès de 1 078 personnes, et publié dans L’Express du 25 octobre : 40 % des personnes interrogées "souhaitent qu’il ait davantage d’influence dans la vie politique française" (Le Monde du 27 octobre). En un mois, M. Besancenot a gagné trois points d’opinions favorables. Mme Royal en a perdu deux.  »

Ce nouvel élan de popularité intervient au moment même où la jonction est peut-être imminente entre les partis d’extrême gauche, Lutte ouvrière d’Arlette Laguiller envisageant pour la première fois sans animosité manifeste cette éventualité, rappelle (toujours) Le Monde - dans un autre article :

« Lorsque, fin juillet, le porte-parole de la LCR annonce son projet, Mme Laguiller ne réagit pas. Un mois plus tard, alors que M. Besancenot renouvelle son appel, changement d’attitude : Mme Laguiller explique au JDD.fr que son organisation porte "un regard sympathique et attentif sur la LCR et sur Olivier Besancenot". Ajoutant : "On attend de voir." Aujourd’hui, la direction de LO assure accueillir de manière "favorable" la proposition de la LCR. Expliquant partager son souci de s’élargir, les dirigeants disent que la "Ligue" "a raison de le tenter". "Il y a des moments qui peuvent sembler favorables", souligne George Kaldy, membre de la direction. [...] Contacts avec le PCF dans certaines villes, discussions avec la LCR dans d’autres, le congrès début décembre tranchera. D’ici là, le 14 novembre, les deux organisations doivent se rencontrer. »

Et pendant ce temps, au PS ? Eh bien on fait ce que l’on sait le mieux faire, du fait de l’expérience, et qui reste pour autant le moins efficace, au vu de la même expérience : on tente de masquer les divisions. Le sujet concerné ? La ratification du TCE. D’après - encore - Le Monde,

« Dans leur majorité, les partisans du traité de 2005 le sont également en 2007. François Hollande s’est personnellement prononcé en faveur du oui même s’il "déplore" une ratification par voie parlementaire. [...] Alors qu’un projet de consultation des citoyens était inscrit au programme de Ségolène Royal pour l’élection présidentielle, l’ancienne candidate socialiste jugeait, pour sa part, dans Libération, que "la question de la procédure d’adoption, référendaire ou parlementaire, n’est plus une question de principe. Ce traité, même imparfait, peut remettre l’Europe en marche", insiste-t-elle. Côté "nonistes", seul Jean-Luc Mélenchon affiche sur son blog une franche hostilité au nouveau traité. Vincent Peillon fervent défenseur du non en 2005 a changé de position. "Je crois que la bonne solution, et je le dis en tant que partisan du non, c’est de dire oui, aux conditions du oui socialiste, qui n’est pas le même que le oui de Sarkozy", a-t-il déclaré au site de 20minutes.fr. Laurent Fabius a quant à lui reconnu qu’il y avait "un certain nombre d’avancées, par exemple la création d’un président, d’un haut représentant des affaires étrangères", critiquant toutefois qu’il n’y ait "rien pour débloquer la situation sociale et fiscale de l’Europe". »

Dans ce contexte, quelle solution adopter à moyen terme pour sauver le PS d’une agonie longue et douloureuse ? Ce n’est pas que cette idée me traumatise, c’est juste que tout cela se déroule sous les caméras, et qu’il y a des enfants qui regardent... Faut-il donc à nouveau envisager la sempiternelle « modernisation », sans cesse évoquée et jamais amorcée, pour une transition en douceur vers le XXIe siècle ? En d’autres temps, j’aurais applaudi à cette annonce virtuelle, par souci de l’existence d’une opposition digne de ce nom. Seulement, il semblerait que les peuples de gauche européens ne soient pas forcément sensibles à cette démarche, ainsi que le rappelle Pierre Bocev, correspondant du Figaro à Berlin, à propos du SPD :

« Hors d’Allemagne, on ne peut que se frotter les yeux. Les réformes prennent, le chômage est en baisse constante depuis 19 mois et l’économie se porte à merveille. Partenaire junior de la "grande coalition" d’Angela Merkel, le SPD pourrait s’en prévaloir, lui qui a été à l’origine du grand chambardement douloureux, le 14 mars 2003 quand Gerhard Schröder a lancé son "Agenda-2010" avant d’être emporté par la lame de fond du mécontentement aux législatives de 2005. Le parti social-démocrate, au contraire, renie cet héritage potentiellement prometteur. Son congrès, il y a une semaine à Hambourg, a amorcé un virage à gauche qui revient en partie sur les réformes et traduit un retour au credo social traditionnel et douillet. Il est vrai que l’opinion publique, à en juger par une noria de sondages unanimes, n’a en rien honoré le courage réformiste du SPD. Cette semaine encore, le magazine Stern le situe à 26 % des intentions de vote, à 13 points de la CDU/CSU de la chancelière. Et cela fait deux ans que cela dure. Autant dire que le label modernisateur n’a pas réussi au SPD. »

Dans le même édito, Pierre Bocev parle d’une « prise en tenaille du SPD », du fait - quelle coïncidence - de la création d’un nouveau parti unitaire à sa gauche :

« Sur sa gauche, les laissés-pour-compte des réformes à l’Ouest, dans l’ancienne RFA, et les néocommunistes héritiers du parti unique de l’ex-RDA ont convolé pour créer Die Linke, prête à promettre tout et n’importe quoi. »

La crise du SPD, suivie de son revirement conservateur, montre au grand jour le décalage existant entre certains partis de gauche européens et leurs électeurs. Les leaders politiques se rendent compte que les réformes sont indispensables, que certaines de leurs positions idéologiques et économiques sont dépassées, et ce depuis le premier coup de marteau sur le Mur de Berlin. Cependant, leurs électeurs, gavés par leurs soins de cette même idéologie depuis des décennies, n’entendent pas la régurgiter si vite. Et ce même s’il faut creuser le sable plus profond pour y plonger sa tête.

Il serait donc temps que François Hollande s’en aperçoive : la méthode Couet, qui a fait les beaux jours de la gauche durant la seconde moitié du XXe siècle, n’est désormais plus un socle politique solide... celui-ci s’étant évaporé avec les frontières nationales. Le reflet allemand est aujourd’hui la prédiction inexorable de l’avenir socialiste français, si le parti du même nom fait l’économie d’une refondation structurelle profonde et pragmatique.

par damocles (son site) lundi 5 novembre 2007 - 83 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Blackeagle (xxx.xxx.xxx.2) 5 novembre 2007 10:43

    La chute du PS est clairement la conséquence de son acceptation sans broncher de l’économie neolibérale et du capitalisme finacier. La différence avec la droite sur les sujet centraux que sont la redistribution des richesses, l’économie et le modéle sociale est de plus en plus minime. Sur ces questions, le PS c’est une version soft de l’UMP qui n’aura jamais le courage de faire passer des mesures qui pourraient être désgréables pour les puissants de ce monde. Du coup le PS se différencie de l’UMP sur la securité, les droits des homosexuels et autres sujets socioculturels.

    Du coup, l’électeur qui souhaite élire un gouvernement progressiste, qui influe sur le cour des choses et participe de la création d’une société plus juste, plus humaine et moins inégalitaire n’a plus de choix viable et en est réduit à voter LCR. LCR, dont le programme pour les présidentielles, il faut le dire, n’avait rien d’extréme ni de révolutionnaire. La création d’une société communiste était loin d’être la ligne du parti. Son objectif était de revenir à un capitalisme qui offre la même répartition capital/travail que dans les années 70. Quand les revendications de l’extéeme gauche sont de cet ordre, il est normale de se poser la question : où est passé la gauche non extreme ?

  • Par JL (xxx.xxx.xxx.192) 5 novembre 2007 10:44
    JL1

    Intéressante en effet, cette montée du leader de la LCR.

    Le PS confirme les pires craintes énoncées pendant la campagne électorale, à savoir : "laisser Sarkozy fourguer aux français le TCE et attendre qu’il libère le poste".

    Ce n’est pas le commentateur précédent qui dira le contraire (Gloagf), même si je ne partage pas ses espoirs. Et le PS joue avec le feu tout en se moquant de la démocratie. L’UMPS face à la LCR, voilà le nouveau paysage politique que nous appelons de nos voeux.

  • Par Serviteur (xxx.xxx.xxx.110) 5 novembre 2007 11:29
    Serviteur

    On se calme les gens c’est que des sondages.Le petit facteur est bien sympathique mais franchement vous y croyez un instant vous à sa victoire ? Faudrait voir à pas confondre les phénomènes de mode et la politique. D’accord il pourrait jouer sur sa "condition" dans le style revanche des petites gens, je vous comprend parce que je suis "un individu lambda" mais il faut pas oublier qu’en face de lui il aura la machine UMP (certe pas toujours disciplinée) et notre cher président qui reste un grand orateur et un fin tacticien( je crois pas dire de connerie au vue de la situation actuelle.De plus s’il a une forte sympathie venant de la jeunesse faut pas oublier que c’est les "vieux" qui feront les élections a venir (cf vieillissement de la population).

    Votre serviteur.

  • Par gloagf (xxx.xxx.xxx.161) 5 novembre 2007 11:24

    Meme si le programme de la LCR a evolue vers quelque chose de moins communiste, le seul nom "LCR" reste "diabolise" : j’entends par la que la LCR au second tour creerait un mouvement comparable a celui de 2002 face a LePEN. C’est peut etre seulement mon avis, mais si la LCR arrivait au pouvoir en 2012, au bout d’un mois, toutes les principales fortunes de france se seront expatriees, et comme la richesse cree la richesse, avec une telle hemoragie, la France aurait bien du mal a se relever.

    Et c’est la le principal probleme de la LCR, pour l’instant elle ne peut rien faire car elle n’a pas assez de deputes, et si elle avait du pouvoir, elle ne pourrez rien faire car avant meme de pouvoir reformer, les richesses francaises (qu’elle voudrait repartir) se seraient deja cassees en suisse (ou ailleurs).

    Enfin, c’est la le noir scenario que je vois en cas de victoire LCR. Je suis peut etre pessimiste me direz-vous, mais il y a surement un peu de realite dans ce scenario.

    Voili voilou, remarquez simplement que je me borne a donner un avis sur la chose, et que j’aimerai ne pas subir les foudres de personnes aux avis differents. Vous pouvez critiquez, debattre, mais s’il vous plait, faites le en montrant le respect que je me suis efforce a garder dans ce message.

    Merci

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