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Accueil du site > Actualités > Politique > L’Occident a inventé le fascisme et la démocratie

L’Occident a inventé le fascisme et la démocratie

Occident est-il le continuateur de la polis grecque, autrement dit, un monde en quête d’invention et de perfectionnement du politique conçu comme une recherche de points de convergence permettant l’action humaine, à l’échelle d’un empire, ou bien autre chose ? Telle est la question que je me suis posée à la suite d’une remarque de Pierre Manent accordée lors d’un entretien avec Elisabeth Lévy du Point :

« Il existe à ce sujet plusieurs théories qui mettent l'accent sur la science ou le capitalisme ou la religion. Mon hypothèse est que l'invention propre de l'Occident, c'est le politique, c'est-à-dire la recherche de ce qui est commun pour parvenir à l'action humaine par excellence : se gouverner soi-même. Dans cette perspective, ce que nous appelons " modernité " ne constitue pas une scission radicale qui ferait de nous des êtres totalement différents de nos ancêtres. Evitons le double écueil du progressisme béat et du catastrophisme sans issue : nous ne sommes ni le nouvel homme ni le dernier homme (…) Ce changement de l'orientation temporelle est très mystérieux. L'ordre traditionnel est un ordre des pères : la règle est déjà là quand vous naissez. Que les hommes décident de la fabriquer ensemble constitue une révolution spirituelle. La vie bascule vers l'action et l'action bascule vers l'avenir. Que faire ensemble ? Quelle est la société juste ? Ces questions suffisent à définir l'Occident et ne vont cesser de l'animer. » (P. Manent)

Ces propos mettent l’accent sur l’Occident qui, à travers le ressort politique, structure un espace commun, doué de conventions, gouverné par un Etat, afin que les hommes puissent trouver un milieu cohérent pour exercer leur action non pas de manière purement aléatoire, mais comprenant un minimum de cohérences organisée autour d’un ordre nécessaire. Longtemps, les édificateurs de cet ordre nécessaire se sont disputés la légitimité et la place. Les régimes se sont succédés, alors que les penseurs politiques ont répondu chacun à leur manière, et en fonction de leur époque, à l’interrogation sur qui donne la feuille de route de la nation et qui détermine les règles de l’action publique tout en encadrant l’action privée. Ce processus social suppose que les actions d’un individu concernent, de près ou de loin, la société. L’Etat moderne s’est posé en instance légiférante et légitimante des actes individuels. Aux débuts, il ne fut pas aisé de faire comprendre aux citoyens d’un Etat que leur action regardait la collectivité. Dans les zones rurales, les campagnes, les villes moyennes, on assistait aux corporatismes les plus sectaires. La démocratie d’opinion est arrivée sur les décombres de l’Ancien Régime, ses corporatismes, ses ordres fermés, ses nobles autocrates. Le politique nécessite que les citoyens soient attentifs aux autres, qu’ils ne soient pas indifférents à ce qui se décide, à l’action publique. Mais aussi qu’ils puissent sortir de l’égotisme et de ramener l’action politique à ce qui les intéresse de près, laissant les autres à leur sort, qu’ils soient compatriotes ou bien à l’autre bout de la planète. C’est sans doute ce mauvais côté de l’individualisme qui engendre cette situation de dépression politique telle qu’on la constate en France, avec une droite arrogante orchestrant la jungle pour tous et une gauche repliée sur un anticapitalisme intéressé car servant à défendre l’Etat providence en bloc, sans aucune critique. En résumé, aucune perspective d’action collective. Mais que savons-nous de l’action ? Une notion fortement analysée au 17ème siècle. Qui avec la volonté a accompagné les trois vagues de la Modernité, celle de Hobbes, Rousseau puis Nietzsche (Leo Strauss). Sans vouloir simplifier à l’extrême, on dira que Hobbes veut équilibrer l’action, Rousseau tente de la moraliser et Nietzsche, de la transfigurer de telle manière qu’elle s’élève au-dessus du trop humain.

Un des ressorts de l’Occident, le principal sans doute, c’est le Savoir. Foucault ne s’y était pas trompé quand il avait compris cet intérêt tout spécial des savants pour l’homme et le cheminement du savoir humain, qui est aussi un savoir-faire de l’organisation et de l’utilisation de l’homme. Chaque point du territoire est marqué du sceau humain, excepté le fin fond des forêts et encore, pas si sûr. La nature vierge a été supprimée. L’universalité du genre humain doit s’étendre sur la totalité du territoire accessible. Où qu’il se déplace, l’homme sait que la nature n’est plus vierge, qu’elle a subi l’empreinte de l’homme et qu’elle est entre les mains du savoir-faire humain. Foucault avait anticipé un possible effacement de la figure humaine et comme pour lui rendre un écho posthume, Pierre Manent de signaler une pléthore de productions intellectuelles alors que paradoxalement, la foi dans la connaissance de l’humain s’est estompée. L’esprit n’a plus confiance et n’espère plus comprendre l’homme. Le sociologue d’Etat ne s’intéresse plus à l’homme en tant qu’être mais en tant que sujet pouvant faire l’objet d’une manipulation, disons d’un arraisonnement subtil en suivant un chemin de pensée heideggérien. Ce n’est plus la centrale du Rhin qui arraisonne la nature mais l’usine scientiste qui arraisonne le psychisme humain. J’ajouterai qu’il n’a pas la patience de le faire et que la règle dans l’université impose qu’on joue le jeu et s’agite à publier rapidement tout en restant dans le cadre assigné par les examinateurs de jurys et les comités de lecture. Ce faisant, la perte de la connaissance de l’homme induit la difficulté à penser le politique, surtout en Europe et en France, pays naguère précurseur mais devenu scolastique, pour ne pas dire stérile comme au Moyen Age, période où d’interminables disputes portaient sur des détails, comme dans les articles de revues savantes où chacun essaie de se positionner contre l’autre et se distinguer en apposant quelque fioriture analytique dans son propos. Les jeunes enseignants et les doctorants s’affairent dans la ruche qui les héberge, n’osant pas trop s’écarter des normes. Le déroulement des joutes et carrières universitaires est au fond un reflet ou alors une allégorie de la société française. Une dose de fascisme et pas mal de démocratie.

L’homme ne se réduit pas à la volonté mais aussi à l’intérêt, personnel ou collectif. Et si c’était la notion d’intérêt général qu’il faille examiner dans le contexte d’un renouvellement de la pensée politique ? Quel peut être l’intérêt général et quels sont les facteurs qui s’opposent à la prise de conscience, voire la connaissance, que peuvent avoir les citoyens de l’intérêt général et même personnel ? Vaste énigme qui sans doute, à échappé à l’Occident, trop obnubilé par la fascination de la volonté, qu’elle soit héroïque ou générale, qu’elle serve l’Etat ou l’économie, le pouvoir ou la technique industrielle. Ordre et progrès, cette formule positiviste érigée en programme d’espérance mais dont l’issue se solde par un goût de cendres.

Le fascisme arrive quand il encadre strictement la volonté générale, faisant converger de manière autoritaire les actions des populations. La démocratie se développe quand elle débat sur l’intérêt général en mettant à jour les divergences d’intérêt qu’il faut arbitrer. Lorsque ces débats semblent lents et parfois stériles, le pouvoir s’impatiente, devient autoritaire et n’hésite pas à adopter des comportements proches du fascisme. Les nazis ont incendié le Reichstag pour faire taire les discussions. L’histoire des pays européens, mais aussi arabes, montre qu’elle s’est déroulée autour des tensions opposant les velléités fascistes émanées des pouvoirs directeurs et les aspirations démocratiques venues des populations. Mais le schéma est plus contrasté puisque les élites dirigeantes ont souvent soutenu la démocratie alors que les populations ont parfois appuyé le fascisme ; dont on peut dire qu’il a pour conseil adressé au dictateur : « si tu veux régner, fabrique une cohorte de collabos en faisant du peuple ton dévoué ». Maintenant, nous pouvons nous interroger encore et toujours sur l’essence du politique et la manière dont elle est menée en Europe. Des mesures a priori évidentes, naturelles, nous ont été proposées, voire imposées. Pourquoi le politique s’intéresse-t-il à nos assiettes, à ce que nous mangeons, comment nous vivons la sexualité et des tas d’autres comportements pouvant faire l’objet de mesures, de normes, de vérifications ?

Quelques questions. Le politique, après s’être affranchi de la tutelle sclérosante du religieux en Occident, n’est-il pas en voie de dissolution, d’étiolement, de dénaturation à cause de la science galopante, du scientisme et de la technique envahissante ? Et cette technique, n’a-t-elle pas été une incitation au dévoilement des tendances totalitaires et fascistes déployées entre 1870 et 1945 ? Enfin, la technique ne rapproche-t-elle pas, en rusant de ses ressorts incitant à la maîtrise, le fascisme et la démocratie, ou alors la dictature et l’Etat de droit ? La philosophie politique ne peut contourner ces interrogations car elles engagent la réflexion fondamentale devant animer tout esprit épris de liberté et de démocratie. Comment se conçoit, arbitre, décide l’intérêt général ou à défaut, l’intérêt public ? Peut-être, les choses sont-elles pliées pour un bon moment, l’intérêt public étant éclaté au profit d’une lutte d’influence pour des intérêts privés, le tout accentué par l’appui de la technique qui en tant que finalité autonome, supplante les délibérations démocratiques. La technique est alors complice de la dictature. A voir, pliée ou pas cette affaire ? Qu’en pensez-vous ?


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9 réactions à cet article    


  • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque 2 mars 2011 11:39

    La matrice des totalitarismes a été le christianisme, dans lequel la technique n’a joué aucun rôle.

    Ernest Renan, L’Avenir religieux des sociétés modernes, 1860, III : « Le christianisme, avec sa tendresse infinie pour les âmes, a créé le type fatal d’une tyrannie spirituelle, et inauguré dans le monde cette idée redoutable, que l’homme a droit sur l’opinion de ses semblables. »

    Secondairement, la Révolution française :

    « Nous appelons esprit révolutionnaire, le désir exalté de sacrifier violemment tous les droits à un but politique, et de ne plus admettre d’autre considération que celle d’un mystérieux et variable intérêt d’État. » (Portalis, Discours préliminaire sur le projet de Code civil)

    « À beaucoup d’égards, la Révolution française a correspondu à une sorte de purge à la russe. »
    Robert Jaulin, L’Univers des totalitarismes, Conclusion.


    • Kalki Kalki 2 mars 2011 11:58

      Le plus grand danger pour l’humain, c’est lui meme , c’est l’humain

      Pour le moment, c’est le seul a se faire du mal, pour toutes les raisons qu’il peut trouver, et tout ce qui peut l’aider a se laver la conscience du mal qu’il s’amuse a faire, a perpétuer ( en se croyant FORT : et je reviendrai sur ce point : c’est plutot de l’enfantillage puéril )

      La société technologique est tout sauf humain, et ca continuera mais des humains puéril la dirige

      Ce n’est pas parceque vous donner le bouton de l’arme nucléaire a des gamins, que l’arme nucléaire est dangereuse en soi

      Oui ces enfants terribles, sont terribles parcequ’ils sont incompétent, et incapable de définir une société stable, par manque de capacité d’intelligence et cognitive

      Pour prendre du nietzsche , ou les philosophies transcendentale

      Il n’était pas question de transcender par le matérialisme

      Ce n’est pas la matiére ou l’utilitarisme, la technique, qui transcende la matière

      AU FINAL

      La révélation, la lumière, c’est de l’ordre du spirituel, de la conscience

      Sérieusement, on aurait pas fait la révolution industriel dans le sens Energie ( charbon ) et machine a vapeur et usine, on aurait pas autant de population,

      ca nous aurait pris un petit peu plus de temps pour arriver a cette singularité ( quoi que ? ) et par cette autre voie

      on serait arrivé a la meme révélation

      Ca n’excuse par le nihilisme, ou la politique de l’autruche des politiques, et des écologieste face a la souffrance humaine : tout au contraire

      la révélation : ce n’est pas que le plus fort est libre de faire ce qu’il veut

      c’est que aucune être humain n’est fort

      et que si on transcendé cette bétise congénitale humaine, ce qui sera le cas

      on comprendrai toute nos erreurs, pourtant flagrante

      L’histoire actuelle sort de l’esprit d’êtres humains, c’est un discours narratif, et c’est tout a fait artificielle

      et tout a fait ce dont on pourrait se passer

      l’hécatombe comme les guerres,et les guerres économique est un jeu pour petit enfant de l’élite

      Ca se prend pour des fors, mais c’est loin de l’être

      ETRE


      • Kalki Kalki 2 mars 2011 15:48

        vous vous souvenez : tout le monde est remplacable et interchangeable

        disons qu’on prend deux cas opposé ( pourtant bizarrement similaire )

        on va prendre une pauvre fammille débile , mais pauvre, c’est à dire tout en bas sur l’échelle sarkozy

        et elle peut très prendre la place d’une famille ttrès riche mais tout autant débile et incompétente, voir inconsciente

        c’est équivalement, c’est la meme chose, c’est la meme débilité,

        c’est beau la connerie et la société de classe

        regardez darkcity pour avoir une demonstration en image, c’est plus facile a comprendre comme qui dirait


      • Kalki Kalki 2 mars 2011 15:49

        c’est le comble de l’ironie

        l’imbéciité se vaut partout


      • Kalki Kalki 2 mars 2011 15:53

        Comme vous l’avez écrit pour être un superriche mégacon, il suffit d’être superprédateur, supermenteur, super presdigitateur, super trompeur

        ce n’est pas de l’intelligence, ca ne demande aucune compétence, aucun savoir

        c’est à l’a porté du premier imbécile venu

        Ah platon, il fallait y penser avant


      • lavabo 2 mars 2011 15:15

        Un discours aberrant de l’auteur du à sa haine du système universitaire francais qu’il juge trop technique et pas assez créatif à son goût..........


        • Kalki Kalki 2 mars 2011 15:57

          Un discours aberrant d’un lavado ( qu’il esst pas beau le lavabo ?) 0u à sa haine du système démocratie dans une place telqu’agoravox qu’il juge trop démocratique et pas assez méritocratique à son goût..........


        • 2102kcnarF 2 mars 2011 15:50

          l’Occident a inventé le fascisme, le communisme, le colonialisme et donc le sionisme... et la démocratie *

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