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Accueil du site > Actualités > Politique > L’Omerta des actes politiques des banlieues !

L’Omerta des actes politiques des banlieues !

Les banlieues, un désert politique miné par l’abstention ? « Ce n’est pas si évident que cela », rétorque le sociologue Michel Kokoreff, invité par la LDH de Marseille, qui affirme que des mouvements et actes politiques existent, mais qu’ils ne sont pas traités comme tel et ont du mal à s’insérer dans un système politique « raciste ». 

A l’heure où l’abstention effraie les militants associatifs, assoiffés de changement pour les quartiers populaires, la LDH (Ligues des Droits de l’Homme) a organisée le 2 avril dernier, une rencontre/débat avec le sociologue Michel Kokoreff. Objectif : nuancer le tableau des banlieues, dépeint par les médias comme étant des territoires où les isoloirs sont désertés et où aucun mouvement politique n’est engagé !

« Les choses sont bien plus complexes que cela », explique ce spécialiste des banlieues devant une tribune bien garnie, remplie de militants associatifs et politiques de gauche. Fustigeant une « amnésie collective », Michel Kokoreff fait états des divers « actes politiques de banlieues » et décrypte leurs handicaps pour réussir.

La voix des sans voix

« Exister, c’est exister politiquement », expliquait il y a quelques années, le sociologue d’origine algérienne et ancien directeur du CNRS, Abdelmalek Sayad ! Voter, s’engager pour choisir des responsables qui représente une certaines catégorie personnes et qui font évoluer leur droits, conditions… Cela, une partie des habitants des banlieues et quartiers nord l’ont bien compris.

Néanmoins leur engagement est masqué par l’abstention qui pourrait pour la première fois atteindre son record dans l’Histoire de la Vème république : 32% selon l’étude le d’IFOP, publiée le 2 avril. De quoi ennuyer la gauche et ravir la droite. Ces abstentionnistes étant principalement des électeurs des quartiers populaires, des jeunes dont le cœur a tendance à pencher à gauche !

L’omerta sur leurs travail dans les médias et cette « amnésie collective » concernant les diverses actions politiques menées dans les quartiers populaires inquiète d’avantage les miltants. Si le sociologue reconnaît « qu’il y a un manque d’études, d’enquêtes », il précise qu’au début des années 80, diverses marches et manifestations se sont organisées dans ces quartiers contre les discriminations. A Marseille, la marche l’Egalité et contre le racisme de 1983 suite aux ratonades en est le parfait exemple !

Ces actions collectives oubliées fausseraient la lecture du présent ? « Les émeutes de 2005 étaient des actes politiques  », s’exclame le Michel Kokoreff ! « Les jeunes en avaient raz le bol […] Ils visaient le pouvoir régalien, dénonçaient les violences policière, la discrimination le racisme ».

A la suite de ces émeutes plusieurs associations, telle que Aclefeu, sont venues garnir le tissu associatif déjà dense des banlieues. « Des listes autonomes se sont même constituées pour les municipales et cantonales », rajoute le spécialiste. Malgré ces actions, la représentativité des banlieues n’est toujours pas effective « dans ces conseillers généraux ou municipaux monocolores » et les problèmes sont encore bien présent.

A Marseille, les quartiers nords mais aussi les îlots de précarité au centre et au sud de la ville comptent plus de 40% de chômeurs. « Le premier frein à l’emploi dans les 1, 2 et 3ème arrondissement est l’illettrisme », expliquaient l’adjoint au maire du 1er secteur d’origine comorienne, Nassurdine Haidari. S’ajoute à cela « les problèmes d’insécurité et de délinquance qui touchent en premier lieu les habitants du quartier ! ».

Des militants inaudibles

Mais d’où vient cette incapacité de se hisser sur les bancs publics pour changer les choses ? Le sociologue reconnaît que les freins sociaux handicapent les habitants : « on ne sait pas comment finir le mois, on ne se soucis pas de la politique », lance le sociologue qui nous met cependant en garde contre « des thèses trop réductrices ».

« Il y a à la fois un problème externe et interne. Pourquoi la marche de 83 a marché ? », interpelle Michel Kokoreff. « Parce qu’il y avait des liens avec le monde extérieur. Des liens avec le Parti socialiste et l’Eglise qui soutenait ces mouvements ». Des ponts que l’on ne retrouve plus véritablement aujourd’hui « mis à part en période d’élection », lance un militant las des récupérations politiques !

« Quand on fait de la politique, on marche avec des alliances », rajoute le spécialiste. Une condition sine qua non pour faire pression et s’introduire dans les instance décisionnelles. Mais une fois introduit, « il ne faut pas oublier d’où l’on vient », s’exclame Fadela, militante de l’association quartiers nords, quartiers forts qui pointe les élues locales « Samia Ghali (PS) et Nora Préciozi (UMP) qui ne nous représentent plus ».

Le clivage générationnel de ces mouvements et idéologique peut-être un handicap. « Il y a une partie des militants, âgés de 50 ans, héritiers des mouvements sociaux émigrés. Les moins de 30 ans, eux ont un autre patrimoine de lutte : ‘ni putes ni soumises’, ‘ni proxo ni matcho’. Ces derniers sont loin « de la logique communautaire » de leurs aînés.

Les présidentielles étant un moment de débats et d’initiatives, certains associatifs ont annoncé leur candidature pour les législatives. « Ne partez pas seul », rappelle le sociologue qui confirme que « le racisme fait partie de la culture politique française ».

« Les attentes et les enjeux sont très forts pour ceux qui veulent redonner ses lettres de noblesse aux politiques, acteurs de la cité  ». A la fin de la conférence Florence Lardellon, salariée de l’association l’Université du citoyen prend la parole : « mon association organise des journées pour apprendre la démocratie aux jeunes. Si des associations sont intéressées, nous pouvons coopérer  ». L’Union aurait-elle déjà commencée ?

 

Coralie Mollaret

Retrouvez notre article sur News of Marseille


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2 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 4 avril 2012 18:54

    Chacun fantasme sur les quartiers populaires, mais ce qui est sûr c’est que le nombre d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté y est trois fois plus important qu’ailleurs. Le taux de chômage frôle les 20%, et chez les jeunes il a augmenté de près de 60% depuis janvier 2008. Si la crise économique et les réformes du gouvernement frappent l’ensemble de la société française, les effets en sont décuplés dans les quartiers populaires..................
    http://2ccr.unblog.fr/2011/03/30/quartiers-impopulaires/

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