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L’ouverture sarkozyste : une chance ou le baiser de la mort pour le PS ?

En politique, l’ ouverture consiste à faire appel, pour officier au sein d’un gouvernement, à des personnalités politiques d’un camp opposé au sien, que la personne soit membre de plein droit d’un parti ou pas.
Le but officiel de cette manoeuvre est de rassembler une équipe gouvernementale composée de personnalités de premier plan, à même de gérer au mieux un pays, sans considération d’opinion politique.

En théorie, cela pourrait marcher, mais un point de détail vient tout gacher : les ministres, quel que soit leur rang, sont responsables et solidaires. C’est à dire qu’implicitement, tous doivent accepter la voie choisie par le Premier Ministre et le Président et la soutenir devant les médias et la population.
Un ministre de droite ou du centre-droit doit donc publiquement soutenir les mesures prises par un gouvernement de gauche. Et inversement.
Ce point du règlement nous montre le véritable but d’un gouvernement d’ouverture : foutre le bordel dans le camp adverse, l’affaiblir électoralement de façon plus ou moins durable, et décrédibiliser un potentiel futur rival qui aura cédé aux sirènes adverses.


Les médias ont fait des gorges chaudes de l’Ouverture promise par le candidat Sarkozy. Mais très peu ont parlé d’un autre gouvernement qui a eu recours à un tel montage : celui de Rocard en 1988.
Mitterrand venait d’être réélu en battant sèchement Chirac d’un joli 54/46. Pour gérer le pays, après l’expérience désastreuse de 81-83, il prend Rocard, qu’il déteste, mais dont il sait qu’il n’est pas un idéologue socialisant obtu.
L’ouverture est à ce moment là une option, un moyen d’affaiblir encore plus le RPR en asséchant en partie son emprise sur le Centre, alors représenté par l’UDF et quelques clubs satellites. En cas de réussite, soit le RPR était certain de perdre les présidentielles de 95, soit il était contraint de faire alliance de façon plus visible avec un Front National alors à 14 %. Ce qui le coupait encore plus nettement du Centre qui ne voulait entendre parler de Le Pen à aucun prix. Bref, une stratégie gagnante à tous points de vue.
L’hameçon fut lancé, mais seules quelques sardines virent dans le panier PS. Des pontes comme Simone Veil étaient espérés mais ils avaient finalement renoncé à franchir le Rubicon. La pêche s’annonçait plus dure que prévue...
Et ce d’autant plus que les législatives qui suivirent ne donnèrent au PS qu’une majorité relative. Pour gouverner tranquillement, l’apport de quelques voix centristes ne serait pas de trop. Le remaniement qui suivit fut quelque peu plus fourni, mais là encore, seuls les seconds couteaux acceptèrent les postes proposés. Durafour, Soisson, Pelletier, Rausch, Stirn, Durieux, Stoléru, Dorlhac y virent une occasion de sortir de l’ombre des géants Veil, Léotard, et VGE.

Mais il faut bien le reconnaitre, aucun d’entre eux ne resta dans la mémoire collective, ou presque.

Michel Durafour est encore connu à cause d’un sordide jeu de mot qui valu une belle condamnation sociale et judiciaire à Le Pen.
Jean-Pierre Soisson, lui, consacra la suite de sa carrière politique à manger à tous les ratelier. Retournant à droite, et n’hésitant pas à accepter les voix du FN lors de régionales suivantes pour prendre un poste de président de région.
Olivier Stirn lui eut le malheur de trop vouloir bien faire. Craignant d’avoir une salle quasiment vide pour un meeting de son ministre de tutelle, il embaucha une centaine de figurants pour faire la claque. Mais cela se sut, et, penaud, il donna sa démission alors que personne ou presque ne lui demandait rien...

Et en 91, une fois le joujou Rocard usé jusqu’à la corde, Mitterrand le renvoie pour le remplacer par Edith Cresson. De l’ouverture, il ne resta que Jean-Marie Rauch. Les autres sombrèrent dans l’anonymat de la tombe ou les UDF restés fidèles à leur alliance première les inhumèrent vifs.
Car telle est la sentence qui attend le ministre Ouvert quand son gouvernement tombe, pour une raison ou pour une autre. Ses « amis » politiques ne se privent pas de lui donner une belle mort politique, s’il n’a pas pris la précaution de s’encarter au parti adverse avant, histoire de s’assurer une désignation dans une circonscrition pas trop pénible aux législatives suivantes.

La stratégie de François Mitterrand ne fut quand à elle pas pleinement une réussite. Usé par le pouvoir, victime d’une crise économique, discrédité par des affaires de financement occulte, le PS fut humilié aux législatives de 93. L’UDF en sortit cependant affaibli, amorçant un rapide déclin qui culmina avec sa dissolution, scindé entre MoDem et Nouveau Centre. Le RPR gagna la présidentielle de 95, mais avec une belle balafre entre balladuriens et chiraquiens qui marque encore quelque peu l’UMP actuelle.

Il est aisé de faire le parallèle avec la situation actuelle.

La nomination du gouvernement Fillon en 07 a fait l’effet d’une bombe au sein des médias (oui, je sais qu’on dit un médium, des média... mais le mot est naturalisé et francisé donc on met un « s »...), car cinq personnalités de gauche, dont trois officiellement encartés au PS, ont accepté de servir le gouvernement de Droite.

Il s’agissait de Kouchner, de Besson, de Bockel, De Amara, de Hirsch.

Tous, au nom de leur idéologie pleinement de gauche, ont accepté de soutenir publiquement un gouvernement à la politique ultra-libérale. Les membres du PS en ont été exclu et l’un d’eux (Besson) à déjà pris sa carte de l’UMP.
La destinée finale du PS est-elle de finir comme la feue UDF ? Scindée en deux petits partis, l’un plus à gauche que l’autre ou absorbé au sein du NPA ou de toute autre entité similaire ?

C’est une possiblité, mais ce n’est pas la plus probable.

Un point commun entre les deux situations. Les cadres passés à l’ennemi ne sont pas franchement des piliers du parti. Ni des personnalités de premier plan, à l’exception de Kouchner. Ce dernier à cependant un gros handicap pour la suite de sa carrière politique (s’il en a une...) : même au PS, il n’a jamais pu se faire élire député. Tous ses parachutages se sont achevés de façon grotesque.

Au contraire de l’UDF, qui a toujours un peu oscillé entre centre et centre-droit, le PS possède toujours une idéologie (même s’il est vrai que cette dernière mérite une bonne mise à jour !) et une base à laquelle se raccrocher. Sous la direction de Mitterrand et de ses proches, le PS est devenu une véritable alternative au PCF dont il a méthodiquement pillé les adhérents dès les années 70.

Deuxième différence : le PS possède toujours une grande capacité de renouvellement de ses cadres. L’UDF avait lui perdu des cadres chez Rocard, et la génération suivante avait été laminée par une vague de condamnations judiciaires pour financement illégal de parti et corruption massive. C’est ainsi que périrent les carrières nationales de Michel Noir, de Alain Carignon et de quelques autres.

Troisième différence : même l’annonce d’un proche remaniement n’attise pas de grands appétits. Seuls Allègre et (peut-être) Lang pourraient hériter d’un nouveau maroquin. Mais pour être sincère, ces personnes là ne font plus partie de la génération montante du parti, et ce depuis un moment...

L’option la plus probable est donc que le PS, ayant perdu quelques seconds couteaux, se voit contraint de réviser sa ligne, de mettre en avant une nouvelle génération de politiques et de rédéfinir sa politique et ses alliances. En bref, de se renouveler.
Et se renouveller de temps à autre, n’est-ce pas aussi ce dont les français attendent d’un vieux parti ?

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7 réactions à cet article    


  • geo63 21 mai 2009 10:10

    Allègre et Lang dans le gouvernement Sarkozy ? Chiche ! Ils sont tellement imbuvables et imbus d’eux-mêmes que le résultat pourrait être super marrant.
    Pour être plus sérieux, le PS traverse une période de vide sidéral quant à la définition d’une politique crédible et acceptée de tous. L’arrogance incroyable de l’UMP et de son kaiser a tué les intellos énarques du parti ... Il faut le reconnaître et les autres qui ont des tripes, où sont-ils ? 
    Un seul opposant a réussi un coup de maître : c’est François Bayrou dont le livre, parfaitement lisible, offre au moins aux citoyens un peu d’air. Je vois les agoravoxiens qui vont se déchaîner sur ce dernier point. Pourtant, modeste électeur du PS depuis des décennies, j’ai pris un vrai plaisir à sa lecture et même franchement apprécié l’humour. Où sont les plumes du PS ? François Hollande par exemple...Sur Slater.fr, ce machin de Colombani !


    • mojo mojo 21 mai 2009 10:56

      Sarkozy construit son système de pouvoir par une logique de clan, au point que même à l’UMP une opposition interne en ayant parfaitement analysé les ravages à long terme, fourbit donc ses armes de manière à être prêt quand le moment de la chute viendra.

      Le chef de l’UMP, a donc mis sous coupe réglée un parti dont l’organisation ne doit surtout pas révéler ses innombrables failles ; voire une friabilité qui peut à tout moment éclater comme une biscotte trop sèche.

      Souvenez vous l’étonnante débandade provoquée par Laurent Fabius, qui lors de la campagne des dernières législatives, avait réussi à coincer ce pauvre Borloo sur le thème de la TVA Sociale (contribuant à réduire la majorité de 60 députés) ; sans parler de la défaite subie par l’UMP lors des municipales de 2008, où, trop conscients des ravages de l’arrogance d’un personnage se comportant en petit monarque, peu de maires de droite osaient se réclamer du chef suprême de leur majorité.

      Le clan Sarkozy se doit donc ne pas apparaître comme tel, et doit en conséquences donner des gages républicains aptes à décourager toute velléité de lèse majesté. C’est ainsi que les séides du petit chef de l’UMP fournissent à leurs détracteurs potentiels et aux médias : un petit prêt à penser en mesure de couper court à ces considérations oiseuses relatives aux dérives de son pouvoir personnel.

      Et dans cette boite à outils du politiquement correcte (gracieusement fournie par les bons soins de messieurs Guéant et Lefebvre), il y a donc la recette (qui se veut imparable) dite de « l’ouverture à gauche ».

      Autant les médias ont abondamment puisé dans l’argumentaire sakozyste pour servir le but non avoué (mais oh combien prioritaire) d’affaiblir le PS, autant l’esprit critique et volontiers frondeur des français, n’a pas tardé à découvrir l’entourloupe de ce triste spectacle donné par la droite la plus bête du monde.

      C’est ainsi que le ratage de cette politique, se traduit de la manière suivante :

      - ouverture, qui est perçue encore plus durement dans les propres rangs de la majorité de droite ; qui en conçoit une frustration légitime de voir que des représentants de l’adversaire sont jugés plus aptes à servir leur chef

      - ouverture, avec des personnalités qui ne méritent en rien le qualificatif de gauche ; encore moins quand on se penche sur leur représentativité politique proche du néant

      - ouverture, avec des personnalités soigneusement choisies en fonction de leur animosité envers l’adversaire PS, pour des raisons non pas politiques, mais relevant bel et bien de leurs ambitions personnelles contrariées

      Bref, le moment est venu de dénoncer cette mascarade de l’ouverture à la sauce Sarkozy, où la désinformation règne en maître par la volonté d’un clan qui s’est fixé pour objectif de neutraliser toute forme de contre pouvoir ; qu’il soit le fait des journalistes, des élus de l’opposition, des représentants syndicaux ; et même de simple citoyens qui expriment leur indignation.


      • shadow shadow 21 mai 2009 12:34

        Il ne faut pas exagérer !! Tout ceux qui ont trahi le PS sont des mis au placard de leur ancien parti : Kouchner laissé dans les oubliettes du PS, Besson, humilié par Ségolène Royal, Bockel, un obscur parmi les obscurs, inconnu au bataillon !!, Allègre dont le bilan en tant que ministre de l’Education fut calamiteux (s’il devient ministre UMP, il a du souci à se faire !!), Hirsch, encore un autre mal connu qui déshonore Emmaüs, Lang, un vieux mammouth pelé sans plus aucune influence et qui mange à tous les râteliers.. Sont-ce cela les « glorieuses » prises de guerre de l’UMP ?? Les gens qui se laissent abuser par cette fameuse « ouverture » sont vraiment des idiots !!


        • morice morice 21 mai 2009 18:33

          si c’est pour ramener Allègre, ça ressemble à un suicide....


          • mardouk 21 mai 2009 19:57

            Le PS a bien un programme pour les européennes, mais celui-ci et ses candidats sont plus ou moins oubliés par une partie des télévisions et presse parlée/écrite.

            Situation différente pour le NPA et le parti de Mélanchon
            Effectivement, un éparpillement des votent sera bénéfique pour l’UMP, présente d’une façon ou autre tous les jours sur les médias .L’UMP fait partie du PPEuropéen (droite majoritaire au parlement). 



            • Internaute Internaute 21 mai 2009 23:01

              On remarquera qu’il n’y a jamais d’ouverture à droite mais uniquement à gauche. En fait il ne s’agit pas du tout d’une ouverture mais de la consommation d’un mariage de raison. Sarkozy a une communauté d’idées avec les socialistes. La mondialisation, l’abaissement de la France à l’international, la libre circulation des biens et des personnes, tout les unis. Le rapprochement entre le PS et l’UMP devient une étreinte pornographique qui souille la vie politique de notre pays. Il n’y a plus qu’un seul parti, l’UMPS.


              • TITUS471 TITUS471 22 mai 2009 10:42

                L’article est vraiment très intéressant ! Mais je pense que la véritable question devrait être la suivante : à quoi sert, aujourd’hui sous la présidence Sarkozy, un ministre qu’il soit de droite ou bien de gauche ? Il est bien connu que toutes les décisions sont prises à l’Elysée par le président et ses éminences grises. Le ministre se contente de faire appliquer les décisions présidentielles tel un fonctionnaire consciencieux. "Un ministre il ferme sa gueule ou il démissionne !’. Ils ferment tous leur gueule aujourd’hui en bons petits exécutants qu’ils sont sauf la très belle Rama Yade. Mais où est-elle Rama Yade ? que fait-elle ? bien au chaud dans un placard ! Elle n’a pas eu le cran de démissionner, tant pis pour elle.

                L’ouverture de Nicolas Sarkozy peut être une chance pour le PS. Elle aura permis de purger ce parti des vieux éléphants trop arrogants, prétentieux et trop éloignés des préoccupations majeures des électeurs socialistes. Que Nicolas Sarkozy récupère ces figures emblématiques de la « gauche caviar » : Kouchner, Lang, Allègre.... Est-ce une véritable perte pour le PS ? Les sondages créditent ces guignols de côte de popularité très élevée, aussi étonnant que ça puisse paraître, ce qui peut expliquer leur entrée (future pour certains) dans le gouvernement. Mais depuis longtemps ils sont discrédités auprès des militants de base du PS. Place aux jeunes !

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