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Accueil du site > Actualités > Politique > La boîte noire du sarkozysme

La boîte noire du sarkozysme

Malgouvernance, conflits d’intérêts, désinvolture et aveuglement d’une clique politique.

« Sous le masque de cire du marionnettiste, comment bat le cœur de ce politicien au corps raidi, qui semble se glisser partout comme une ombre, apparaître comme un fantôme, disposer de tout et de tous ? »

Jean-Claude Raspiengeas, Giulio Andreotti, la boîte noire de la politique italienne, à propos du film Il Divo, de Paolo Sorrentino, (2008) un portrait de l’homme politique italien Giulio Andreotti.

Comment bat le cœur politique de notre pays ? Comme un cœur qui présenterait des troubles préoccupants qu’il convient de traiter d’urgence.

« Dérive mortifère de la vie politique italienne, fresque impressionnante, mi-farce baroque, mi-opéra funèbre, sur les secrets d’un homme qui tient le monde dans sa main. Cynique, détaché, d’une froideur souveraine, entouré d’une camarilla courtisane, couvé par sa femme et sa secrétaire, Andreotti souffre de migraines terribles (poids de ses remords ? feu de ses forfaits ?), dort peu et, comme le chat de la fable, scrute ses interlocuteurs d’un œil énigmatique, sans laisser aucune émotion transparaître. »

La vie politique française présente d’autres traits, certes, mais certains ont à l’évidence un petit air de famille avec notre cousine italienne qui ne trompe pas.

« Ma vie est tellement tranquille, dit l’ancien président du Conseil italien, que ça aurait donné un produit sans relief, sans piment. Mon courant, par exemple, eh bien, ce n’était pas un zoo comme il est montré dans le film. Il y avait des jalousies, des crocs-en jambe, la carrière, mais la politique c’est ça."

Le zoo politique français se porte bien, lui aussi.

"Mon pouvoir consistait en un certain ascendant, en un certain type de rapports internationaux. Mais je n’ai jamais eu le désir de m’enrichir." Et le cynisme ? "Le cynisme n’est pas dans mon caractère, je ne m’émeus pas facilement, ça c’est vrai. Mais je ne suis pas insensible. Et j’ai dû endurer bien des choses parce que ça en incommodait plus d’un que la Providence ne se soit pas arrangée pour me faire débarrasser le plancher plus tôt. »

Goffredo De Marchis, Giulio Andreotti face à son double, Cannes 2008, réflexions de l’intéressé à l’occasion de la projection du film Il Divo.

Où l’on voit qu’avec les récentes affaires dans lesquelles se noie la majorité gouvernementale actuelle, conspuée par une opposition qui rate une fois de plus une occasion de se taire eu égard à ses propres turpitudes passées, la boîte noire de la politique française est en fait devenue la boîte noire du sarkozysme.

L’idée d’un remaniement gouvernemental au mois d’octobre prochain pour tenter de faire passer la soupe nauséabonde des scandales financiers et immobiliers qui frappent l’actuel gouvernement en parallèle à l’affaire « Woerth-Bettencourt » n’abusera personne. Elle n’effacera pas l’opprobre – ce déshonneur extrême et public – qui devrait conduire le chef de l’Etat à se retirer sans plus tarder, faute de mesurer à quel point ses agissements comme ceux de tel ou tel membre du Gouvernement qui ont oblitéré tout sens politique flétrissent les institutions de la France.

Corollaire de cette crise politique et économique qui traverse désormais le pays tout entier, la perte de légitimité qui frappe les hiérarques pris les mains dans le pot de miel (entre les Cigares du Pharaon et l’Ile mystérieuse perdue dans l’Océan Indien), appelle une solution de rechange immédiate à ce quinquennat qui fait eau de toute part.

« "Imaginerait-on aujourd’hui un homme d’état français qui insisterait, comme le fit le Général en son temps, pour payer de sa poche les repas des membres de sa famille lorsqu’il les invitait à l’Elysée ?", s’interroge l’historien britannique Sudhir Hazareesingh dans son superbe ouvrage intitulé « Le mythe gaullien. »

Les liens trop étroits et leurs dérives entre pouvoirs politiques et pouvoirs économiques donnent à la question de la succession présidentielle française une importance désormais urgente.

Comment ne pas voir que cette explosion de la prédation directe sur les ressources de 1’État est en effet devenue insupportable aux yeux de citoyens expressément invités à se serrer la ceinture pour les années à venir ? L’évolution de la structure même du régime est aujourd’hui en butée. Après avoir finalement pris le contrôle du parti unique de l’appareil d’Etat (2007), le président a en effet construit un régime politique dans lequel la seule règle de longévité est devenue la fidélité à sa personne et l’esbrouffe une ligne de conduite. En agitant la carotte du renouvellement des membres du gouvernement, en captant les ambitions insatisfaites d’opposants parfaitement conscients de leur impossibilité à prétendre à quoique ce soit dans un parti d’opposition soucieux de gouverner mais taraudé par l’inquiétude de voir surgir un triumvirat, en fermant les yeux sur un activisme prédateur à le petite semaine mâtiné de conflits d’intérêts indiscutables qui auraient dû ne jamais se produire, le Président a de fait ruiné, dans les perspectives et structures institutionnelles actuelles, la possibilité de faire naître des bases de pouvoirs indépendantes du sien.

Dans un contexte politique où l’organisation du pouvoir est intimement liée à une hégémonie économique et à la normalisation de pratiques semi mafieuses, la nouvelle donne politique économique et sociale qu’appelle la succession gouvernementale, partisane et , en un mot, présidentielle actuelle, est devenue urgente.

 

Sources :

Jean-Claude Raspiengeas, Giulio Andreotti, la boîte noire de la politique italienne, La Croix, 30/12/2008.

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2360853&rubId=1097

Goffredo De Marchis, Giulio Andreotti face à son double,Courrier International, 22/05/2008.

http://www.courrierinternational.com/article/2008/05/22/giulio-andreotti-face-a-son-double

Sudhir Hazareesingh , Le mythe gaullien, Gallimard, 25-05-2010 288 p ISBN 9782070128518


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7 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 1er juillet 2010 11:18

    L’histoire de De Gaulle payant de sa poche la consommation de ses proches, nos élus actuels, ça doit leur passer très « au dessus de la tête » .
    A mon avis, ça les dépasse, ils ne comprennent même pas que l’on puisse avoir ce degré d’intégrité et le souci de service de l’Etat.

    « Voyons, servir l’Etat, c’est pour se servir soi même », doivent ils penser...

    Aujourd’hui, pour s’imposer au pouvoir, mieux vaut, c’est même indispensable, être complétement vénal et disposé à toutes les compromissions. Inutile de chercher des exemples, n’est ce pas ?


    • plancherDesVaches 1er juillet 2010 14:22

      J’ai une méfiance à propos des avocats.. Je ne sais pas pourquoi. Un réflexe, peut-être.
      Indépendamment de la politique, ou en tout cas un peu, voilà ce qui explique l’actuelle :

      http://www.recit.net/IMG/pdf/CT_FAIRE_UNE_POL_D_AJUSTEMENT_OCDE.pdf


      • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 1er juillet 2010 21:30

        Je partage votre méfiance.Merci pour votre très intéressante contribution.J’invite les lecteurs à lire ce rapport du Centre de développement de l’OCDE dont vous communiquez le lien d’accès.Ce document est à rapporter à la situation actuelle. Ce rapport de l’OCDE sur la faisabilité politique de l’ajustement fut publié en 1996 pour donner des conseils aux gouvernants en matière de contrôle des mouvements sociaux, des réactions de la population face aux mesures d’austérité. Pour le centre de développement (de l’OCDE) c’est un manuel visant à faciliter les politiques adéquates et la stabilisation sociale, pour des politologues comme Eric Toussaint c’est un vrai manuel de « guerre économique contre les populations ».

        Cordialement.


        • BA 1er juillet 2010 21:35

          Le ministre du Budget a « remboursé » 30 millions d’euros à Liliane Bettencourt.

          Liliane Bettencourt a reçu de l’Etat, en mars 2008, une somme de 30 millions d’euros au titre du bouclier fiscal. Un virement effectué avec l’aval du ministre du Budget de l’époque, Eric Woerth, dont la femme gérait la fortune de la milliardaire.

          D’autre part, Mediapart peut révéler qu’aucune enquête fiscale n’a visé l’héritière de L’Oréal depuis au moins quinze ans.

          http://www.mediapart.fr/journal/france/010710/le-ministre-du-budget-rembourse-30-millions-deuros-liliane-bettencourt


          • takakroar 2 juillet 2010 05:59

            Dans l’affaire Woerth, quand j’entends les arguments invoqués pour encenser l’homme honnête, compétent, insoupçonnable qui n’a pas la tête à commettre la moindre indélicatesse et qui ne voit même pas comment il pourrait y avoir un conflit d’intèrêt, je me dis :« ils nous prennent pour des imbéciles ».

            Mais j’arrive à penser que c’est encore pire. Ils baignent tellement dans ces petits et grands arrangement entre amis, dans la confusion des genres, dans l’habitude de se servir en bricolant des montages pour que tout çà ait une devanture légale, qu’ils sont devenus étrangers à tout ce qui pour le reste de la population est encore de l’ordre des valeurs morales, de toutes ces choses « qui ne se font pas ».

            Petite anecdote personnelle : j’ai travaillé dans une administration à un niveau ou des arrangements étaient possible pour obtenir certains avantages financiers. Pour des raisons d’éthique personnelle j’avais banni d’entrée ces pratiques dans mon secteur. Quelques années après cette époque je rencontre un de mes anciens supérieurs qui me dit avec une certaine admiration : « dans votre secteur vous étiez très fort, on n’a jamais trouvé vos combines... » Il n’avait même pas envisagé qu’il soit possible de ne pas mettre le doigt dans le pot de confiture. Je n’ai pas su quoi répondre car si je lui avais dit qu’il n’y en avait pas ou il ne m’aurait pas cru ou il m’aurait pris pour un con...


            • furio furio 2 juillet 2010 08:16

              Les 53% de neus neus qui ont voté pour cette politique le savaient bien avant de glisser leur bulletin crasseux dans l’urne. On avait l’exemple des 300 000 euros de travaux offerts au futur talonetto1er
              contre l’attribution de terrains à prix réduit : C’était l’affaire de l’île de la Jatte. Mais il y avait aussi l’affaire de la Salle PLEYEL. Toute ces magouilles auraient dû attirer l’attention des électeurs. Eh ! bien non ! Volia le résultat. Et bien évidemment nous n’avons que la partie visible de l’Iceberg !! Les enrichissement personnels sont légions dans le cercle de talonetto1er. Ils vont tous être milliardaires !!! Et c’est le peuple qui paiera.


              • Thierry LEITZ 2 juillet 2010 09:01

                Bien vu furio,

                Ces 53% sont le résultat d’une vision étriquée et perso de ses « intérêts bien compris ». Argent, vénalité, peurs, aversion pour la solidarité qui « coûte plus qu’elle ne rapporte », refus de l’impôt républicain progressif, adoration de la richesse et ses symboles, perte du sentiment de justice réelle qui s’abstrait de sa propre condition, etc.

                Et aussi suivisme face au rouleau compresseur médiatique d’un secteur qui devrait être indépendant et qui est possédé par des marchands d’armes vivants de commandes publiques et autre (riches) industriels qui on en commun la haine des impôts et la protection hystérique de leur droit « divin » à s’enrichir sans limites.

                Entre vérités cachées et vérités révélées, on passe de l’ombre à la lumière ? Saluons le travail de Médiapart qui a le mérite d’éveiller les consciences. Après, à nous de ne pas tomber dans une hystérie subite, comme si « avant » rien de tel ne se faisait, comme si le FN était immunisé contre la vénalité, la prévarication et l’amour des privilèges...

                A voir le profil de son futur-ex-n°1, il est permis d’en douter...

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