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Accueil du site > Actualités > Politique > La brique et le fusil... Pour une autre approche de l’engagement

La brique et le fusil... Pour une autre approche de l’engagement

Un article en forme de coup de gueule...

Trop souvent, les militants politiques et économiques de la "transformation sociale", du "changer la vie", d’un « autre monde possible », etc. se définissent d’abord contre quelqu’un ou contre une idée, plutôt que pour un projet et les modalités de sa mise en œuvre. S’opposer à une idée ou à une personne devient une fin en soi, LA finalité, le cœur de l’identité militante. Militer « pour » n’est plus qu’une option ou un engagement périphérique.

Je crois à l’inverse qu’« être contre » est un moyen et qu’« être pour » est une finalité.

Je lutte contre la financiarisation de l’économie mais cette lutte est un moyen au service de la finalité d’une économie saine, équitable et soutenable.

Je lutte contre une performance entrepreneuriale strictement économique et financière, mais c’est un moyen au service de la finalité d’un entrepreneuriat responsable et solidaire.

Je lutte contre l’arbitraire actionnarial, mais c’est un moyen au service de la finalité d’une démocratie d’entreprise et d’une gouvernance qui associe les autres parties prenantes.

...

Dis-moi qui tu hais, je te dirais qui tu es... Je suis fatigué de cette attitude qui se détermine par ses ennemis plutôt que ses alliés, par son rejet plutôt que son projet, par ses critiques plutôt que ses propositions.

Elle amène à diaboliser, caricaturer et rejeter tous ceux qui ne sont pas exactement en accord avec ses propres convictions, à considérer comme un adversaire, un traître ou un agent du Mal toute personne qui n’est pas en total accord avec soi, notamment avec les cibles à abattre... Tu es avec moi ou contre moi. Bush ne s’est pas comporté autrement...

Mais à rejeter ceux qui ne sont pas à 100 % du même avis que nous, on reste aussi entre soi et n’a même plus besoin d’argumenter, de convaincre ou de douter. Or, l’intelligence politique est un muscle : pour être performant, il doit être entretenu et soumis à l’effort, à la contradiction, à l’adversité et au débat. Sinon, les arguments s’émoussent, se simplifient, perdent de leur acuité et de leur force, ils peinent ensuite à se faire comprendre et à convaincre à l’extérieur de sa Chapelle... c’est-à-dire auprès la majorité des gens !

*

Derrière cela, il y a également la quête illusoire de la pureté. Quand vous êtes 100 % contre, vous pouvez être 100 % pur. Quand vous êtes pour quelque chose et que vous voulez la faire advenir, vous devez vous mouiller, essayer de bâtir, d’agir vraiment sur le réel, de faire des compromis. La destruction est toujours plus pure que la construction, forcément partielle et imparfaite.

D’ailleurs, quand vous lisez les essais écrits par des auteurs « purs », 95 % du contenu tourne autour de « le capitalisme c’est mal et ça fait mal » et 5 % autour des moyens constructifs et opérationnels pour en sortir. Inversons la donne !

Car, si l’opposition et la dénonciation de ce qui dysfonctionne sont évidemment nécessaires, elles demeurent largement insuffisantes : on ne peut pas supprimer ce qu’on ne peut pas remplacer. Rien ne sert de dénoncer ce qui va mal si ne sont pas proposées en même temps des propositions et solutions alternatives efficaces et crédibles.

Pour beaucoup de gens, la conviction dominante se résume en effet à : « le monde est tel qu’il est, il est peut être injuste, dur et violent, mais il n’y en a pas d’autres ; et les autres voies qui ont été essayées ont été pires »... Le fameux TINA (« there are no alternatives ») de Thatcher est, quoi qu’on en dise, toujours vivace !

Les critiques et les analyses des dérives du système et des pouvoirs en place ne suffiront pas à les faire changer d’avis, à combattre le sentiment d’impuissance qui les étreint, à les mettre en mouvement pour changer la donne.

Il y a besoin de se placer résolument dans une optique de construction et de proposition de solutions qui tirent vers le haut, réveillent l’espoir, ouvrent des perspectives concrètes d’action et de changement, « ici et maintenant », stimulent le désir de se mobiliser et de s’engager. Il faut donner à voir des expériences alternatives efficaces, des réponses concrètes, des engagements bâtisseurs, des résistances constructives.

C’est d’ailleurs ce qui rend particulièrement intéressantes et pertinentes les expériences d’économie sociale et solidaire et la mobilisation des centaines de milliers de bénévoles, salariés et entrepreneurs qui les font vivre.

Des approches de ce type manque aujourd’hui dans le paysage des mouvements politiques de transformation sociale, essentiellement focalisés sur de l’analyse critique, de la dénonciation, du combat « contre ».

Si leurs travaux sur le diagnostic de la situation (montrer que cela va mal), sont nombreux et approfondis, leurs contributions constructives, leurs propositions de mesures concrètes et précises que pourraient prendre le pouvoir politique (quel qu’il soit) sont plus rares et moins travaillées. L’incantation, l’abstraction et la « méthode Coué » leur sont souvent préférées (elles sont plus confortables et évitent de prendre le risque de « l’impureté »...). Avec comme conséquence un déficit important de crédibilité aux yeux du plus grand nombre.

Qui plus est, ces mouvements semblent même s’y complaire, et en tirer une certaine légitimité, comme si critiquer était « pur » mais tenter et approfondir des expériences et propositions constructives impliquait nécessairement de se compromettre...

*

Enfin, je veux souligner que ce n’est pas une question de réformisme bon teint contre une radicalité utopique... Comme il y a un bon et un mauvais cholestérol, il y a une bonne et une mauvaise radicalité (idem pour le réformisme) ! La bonne radicalité est celle, au sens premier du terme, qui s’attaque à la racine des problèmes plutôt qu’aux symptômes. Une radicalité stricte sur les objectifs mais souple et pragmatique dans les moyens. Une radicalité qui ne se réfugie pas dans l’incantation confortable, l’opposition permanente ou l’invocation de principes aussi beaux qu’inappliqués. Une radicalité qui ne combat pas a priori tout ce qui est dit, proposé et fait par d’autres, fussent-ils des adversaires politiques. Une radicalité qui se réclame d’une culture du concret, de l’efficacité et du résultat.

La mauvaise radicalité est celle des chiffons rouges, celle des taureaux dans l’arène, celle qui se construit d’abord de manière globalisante contre des idées et des personnes, contre des groupes sociaux ou des concepts. Contre les patrons. Contre la finance. Contre l’économie de marché. Contre l’individu. Contre Sarkozy. Mais ça veut dire quoi concrètement ? Et que fait-on de ces rejets ? Où est le projet ?

*

La crise offre un boulevard pour proposer concrètement un autre projet de société et convaincre une majorité qu’il y a une autre façon de produire, de consommer, d’épargner, d’investir, de travailler ; une autre façon de vivre le rapport à la planète (sobriété, écologie), à l’Autre (convivialité, participation) et à soi (intériorité, spiritualité). 

Au lieu de se contenter de jeter des anathèmes, de dénoncer untel ou untel, de défendre une pureté d’engagement improbable, plongeons donc les mains dans le cambouis, projetons nous dans une vision positive et constructive de la résistance.

Aujourd’hui, le diagnostic des défis sociaux, écologiques et démocratiques à relever est largement partagé. Il est urgent d’agir en s’appuyant sur ce contexte favorable.

Dès lors, il y a davantage besoin de briques pour construire que de fusils pour abattre...

Faites votre choix !

 

La fronde économique 


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5 réactions à cet article    


  • Blé 2 avril 2009 07:24

    "C’est d’ailleurs ce qui rend particulièrement intéressantes et pertinentes les expériences d’économie sociale et solidaire et la mobilisation des centaines de milliers de bénévoles, salariés et entrepreneurs qui les font vivre. "

    Cette économie sociale et solidaire est une alternative à l’économie de marché. C’est une proposition qui a été étudiée et qui est faisable (avec des palliers de transition). Mais jusqu’à présent ceux qui sont contre détiennent les cordons de la bourse au niveau national et international. Les rapports de force étant ce qu’ils sont, la plus grande majorité des individus subissent et souffrent de l’économie de marché et du capitalisme, mais leur voix est inaudible, leur pouvoir inexistant, leur volonté baffouée. (54% ont voté contre le contre la constitution européenne)

    Vous raisonnez comme si nous étions dans une démocratie vivante, réveillez-vous, la démocratie pour le moment est morte et si des fois nous n’avons pas bien compris qu’elle est morte, le nain, tous les jours nous le rappelle. L’urgence n’est d’être pour ou contre, l’urgence est que la volonté du peuple soit prise en compte, c’est exactement ce que les puissances d’argent, les aristocrates de la finance redoutent le plus. Le G20 vous confirmera.


    • dapeacemaker911 2 avril 2009 09:54

      RETABLIR LA DEMOCRATIE.


      • Emile Red Emile Red 2 avril 2009 11:47

        Pour obtenir des pierres il faut faire sauter les carrières. Il faut avant de construire avoir les moyens de détruire.
        Aujourd’hui c’est la médiocratie qui a les armes et ne se prive pas d’utilisation. C’est la première chose à modifier, le pouvoir ne peut se prendre que par la force quand les urnes sont truquées.


        • Elisa 2 avril 2009 14:45

          Opposer le fusil et la brique me paraît vain et la radicalité pragmatique peu consistante : on peut se perdre et désespérer dans des mouvements associatifs qui épuisent leurs acteurs et découragent leurs sympathisants.
          Bravo pour l’économie solidaire, les MAPA, les initiatives alternatives locales à condition qu"elles soient reliées à une stratégie politique d’affrontement du système auquel elles veulent se substituer. Le témoignage de la solidarité ne suffit pas pour la faire triompher.

          Ce n’est pas la brique contre le fusil ni l’inverse. L’engagement politique nécessite une stratégie et pas seulement une expérience. Si on veut changer la société, il faut aussi lutter contre les injustices et les inégalités et donner à ce combat une perspactive politique et sociale.

          Les expériences alternatives seules sont vouées à un isolement et un élitisme utopiques.


          • La fronde économique 2 avril 2009 14:54

            Le titre de l’article est bien "la brique ET le fusil" et pas la brique OU le fusil. Je n’oppose pas du tout les deux, les deux sont nécessaires je suis d’accord avec vous. 

            Ceci étant dit, le fusil est aujourd’hui beaucoup plus présent que la brique, et rien ne sert de détruire si on n’est pas foutu de proposer des choses concrètes alternatives. Mon article milite donc pour un rééquilibrage dans ce sens. 

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