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Accueil du site > Actualités > Politique > La déification de Mitterrand

La déification de Mitterrand

Les médias, en ce moment, sont lancés, à l’occasion de l’anniversaire de la mort de François Mitterrand, dans un grand programme de déification de notre ancien président. Les émissions se multiplient, sur toutes les chaînes, sur sa vie, son oeuvre, sa période de gestion de la France, et même sur sa vie privée. Les livres sur sa vie et son oeuvre pullullent. Assez naturellement, le parti socialiste relaie ces émissions et y ajoute ses propres célébrations à Paris, Jarnac ou ailleurs. Même le pouvoir en place lui apporte en quelque sorte sa caution morale, en participant aux cérémonies officielles. Le sondage effectué à cette occasion le présente comme le dernier "roi" de France, et comme le président le plus populaire de la 5e République (après de Gaulle, néanmoins).

La description de son action pendant sa période élyséenne nous rappelle pourtant quelques erreurs majeures et quelques comportements mensongers d’une moralité douteuse.

Je parlerai d’abord de la période 1981/1983, pendant laquelle il a conduit la France, sous le gouvernement de Pierre Mauroy, à la faillite en deux ans, apparemment à sa grande surprise, et à celle du parti socialiste, qui ne pensait pas arriver aussi rapidement à un telle déconfiture économique. Il est vrai que pour François Mitterrand, le politique décide, et l’économique suit ! Malheureusement, les faits sont têtus.

Je passe sur l’erreur de casting d’Edith Cresson comme Premier ministre.

Quelques comportements et mensonges indignes de lui : ceux sur son état de santé, qu’il a tenu soigneusement secret, en contradiction totale avec ses engagements face au peuple français, avec pour seul but, grâce à cette tricherie, de conserver le pouvoir lors de sa deuxième élection présidentielle. Autre mensonge, celui sur les écoutes élyséennes ; la séquence dans laquelle il refuse de répondre aux questions d’un journaliste sur ce sujet, et affirme publiquement n’en rien connaître, avant de congédier méchamment le journaliste, est révélatrice d’un certain mépris du peuple et du contre-pouvoir de la presse.

Autre élément embarrassant pour le personnage, son passé, revendiqué et es amitiés de la période de Vichy, certaines actions comme ministre de l’Intérieur de la 4e République pendant la guerre d’Algérie, et la mise en scène de son enterrement à Jarnac avec femme, maîtresse, et fille, suivant le cercueil, qui ne m’a pas paru, personnellement, digne de la France.

En dehors de ces travers, un personnage qui savait susciter l’admiration, qui avait une vision de la France de sa grandeur, un grand enthousiasme européen, une forte résilience face à l’adversité, une extrême habileté manoeuvrière, en particulier pendant les périodes de cohabitation.

Un grand président, très intelligent, très habile manoeuvrier,oui, mais aussi imbu de sa personne, dogmatique par calcul et par interêt personnel, et sans beaucoup de scrupules, qui a fait beaucoup souffrir autour de lui. Un homme normal, avec ses grandeurs et ses petitesses !


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9 réactions à cet article    


  • Scipion (---.---.38.90) 11 janvier 2006 10:45

    A mon avis, l’actuelle crise de Mitterrandolâtrie doit beaucoup à la médiocrité de l’actuel locataire de l’Elysée.

    Alors, le jeu consiste à deviner qui, en 2007, pourrait être nul au point de faire passer Chirac pour un aigle en 2017 smiley)


    • Adam Kesher (---.---.93.247) 11 janvier 2006 15:30

      Je suis on ne peut plus favorable au « devoir de mémoire » mais quand je vois ce qui se passe en ce moment autour de Mitterrand, je me dis que le devoir de mémoire ça peut être très con.

      Merci de remettre les choses en perspective. j’ai toujours eu le sentiment que Mitterrand n’avait jamais travaillé pour autre chose que pour l’image qu’il laisserait dans l’Histoire et les faits actuels sont l’accomplissement de ce travail.

      Tous ces mensonges (et tu en oublies) sont indignes d’un soi-disant grand président. Si effectivement cette Mitterrandoïte aigüe doit à la médiocrité du locataire actuel de l’Elysée, elle était à mon avis également prévisible. La nature humaine est ainsi faite : 10 ans après, les plaies sont refermées et on pardonne plus facilement. Mais qu’en était-il de la popularité de Mitterrand avant l’élection de 1995 ? On en oublierait presque que Chirac avait été principalement sur la foi du désastre de ses deux septennats.

      Dans un tout autre genre, mais qui corrobore ce que je pense sur le travail d’oubli que chacun d’entre nous fait : John McEnroe. Aujourd’hui tout le monde le regrette, voyait un tennisman exceptionnel, ses coups de gueule mettaient du piment... Hier, je regarde le documentaire « The French » sur Roland Garros 1981. On y voit un McEnroe très énervé, mais surtout, incroyablement odieux avec les arbitres, vraiment insultant. j’ai vraiment été choqué. Quand on entend ses propos aujourd’hui, on a du mal à comprendre qu’on ait laissé ce type entrer sur un court de tennis. Mais plus personne ne s’en souvient et McEnroe est devenu une idole cool et rock’n roll.

      Voilà, désolé de passer de la politique au tennis mais je crois que cet exemple illustre également bien les phénomènes d’amnésie collective.


      • Jerome (---.---.205.1) 11 janvier 2006 20:54

        Je n’ai que la trentaine, je me suis ouvert a la politique vers la fin du second septennat de Miterrand. Je ne connais donc pas forcement tout son passe, tout ce qu’il a pu faire. Mais moi ce qui me derange en ce moment, c’est cette obsession de forcement rabaisser tout le monde. Bien sur il a fait des choses par ego, des choses aussi stupides que les ecoutes telephoniques, mais pourquoi dit-on qu’il a ete un mauvais president ? Les raisons souvent evoques ne sont que des choses « non politiques » (sa vie privee et sa fille cachee, enfin cachee pas pour tout le monde vu qu’elle se baladait a l’Elysee ; les ecoutes de personnalites...). Bien sur ces choses sont condamnables, mais pourquoi oublie-t-on toujours de parler du RMI dont une bonne part de la population profite, des 39 heures, de la retraite a 60 ans dont beaucoup ont profite et profitent encore, de ses grands travaux qui ont donne une certaine dimension internationale a la France, la construction europeenne ... enfin je dois sans doute en oublier encore. Alors soit il me manque de nombreux faits economiques et sociaux, soit les gens, comme souvent en France aiment a descendre en fleche toute personne qui a un tant soit peu reussi quelque chose (il suffit de voir le nombre de star en France, des qu’elles reussissent on les casse ... typiquement francais). Donc voila, si vous pouviez m’aider en m’expliquant exactement tous les points negatifs des septennats de Mitterrand, je vous en serait tres reconnaissant.

        Jerome Jeanblanc


        • Jerome (---.---.205.1) 11 janvier 2006 23:32

          J’ai oublie au credit de Mitterrand, l’abolition de la peine de mort, l’ouverture des frequences radios, premier pas de l’ouverture des medias au « peuple », l’amelioration des aides au travers des allocations familliales. Et pour les points negatifs, j’ai oublie le Rainbow warrior.

          Jerome

          PS : desole pour les accents, etant aux USA, mon clavier n’en est pas pourvu smiley


        • Azür 12 janvier 2006 09:00

          Vous écrivez CaDérande « comportements et mensonges indignes de lui ».

          Permettez-moi de penser que la fourberie et le mensonge sont totalement dignes de F. Mitterand. A se demander même, s’il n’en serait pas l’inventeur !

          Plus sérieusement, ce que je reprocherai toujours à Mitterand, c’est d’avoir trahi mes rêves d’adolescent. Quand il est arrivé au pouvoir, il me manquait une année pour avoir le droit de vote. Je l’ai regretté. Aux présidentielles suivantes, j’avais ma carte d’électeur depuis six ans et j’ai été heureux de ne pas avoir pu voter pour lui en 1981...

          Mitterand est une honte pour le socialisme. Et à mon humble avis, toutes les réformes dites sociales réalisées sous son règne il s’en fichait comme de sa première chemise. S’il était né et avait vécu en Centre-Afrique il n’aurait eu aucun état d’âme à devenir empereur.

          Quant à Mazarine, les enfants n’ont pas à faire les frais des errances et des erreurs de leurs parents. En lui donnant ce prénom il l’a déjà assez marqué. Si c’eut été un garçon, je peux aisément imaginer qu’il aurait eu assez d’ascendant sur Anne Pingeot pour l’appeler Machiavel...


          • Jerome J (---.---.205.1) 12 janvier 2006 18:45

            Encore une fois toutes ses critiques ne sont des critiques que sur sa personnalite et non pas sur ses actes. Et quand bien meme il n’en ai rien eu a faire de ses reformes « sociales » (pour ma part elles le sont bel et bien sociales, retirez les maintenant aux gens qui en profitent et vous verrez bien). Concernant le choix du prenom, c’est une attaque basse et qui n’a rien a voir avec l’homme politique. Tous les jours, des enfants se retrouvent affubles de noms plus ou moins ridicules ou difficile a porte, mais la ca ne vous gene pas apparement. Donc en ce qui concerne les faits politiques, je n’ai toujours pas ma reponse sur ces actes negatifs. Je veux entendre par la des desicions qui ont eu un effet sur la population francaise dans son ensemble, pas le fait que sa fille s’appelle Mazarine ...

            Jerome


            • (---.---.136.3) 12 janvier 2006 21:40

              Réponse de CaDerange :

              Je pense que l’erreur majeure de MItterrand à été de se faire élire sur un programme économique que tous les économistes savaient voué à l’echec mais auquel les Français avaient cru, qu’il a mis en oeuvre comme prévu en 81 et qui s’est terminé en déconfiture économique piteuse par rapport aux immenses espoirs suscités. La réaction de notre lecteur ci dessus est justement un exemple des déceptions suscitées.

              Il est reparti ensuite à partir de 83 sur une politique « classique » comme Giscard d’Estaing aurait fort bien pu en conduire et comme tous les premiers ministres qui ont succédé à Mauroy, de droite comme de gauche, ont conduit.

              C’est un bel exemple de ce que le dogmatisme idéologique qui veut ignorer l’économie peut produire.

              En dehors de cette erreur majeure, il a été comme je me dis en conclusion un grand président néanmoins avec quantité de mesures positives. Comme l’a dit dans une émission récente Charles Pasqua, que l’on ne peut soupçonner de flagornerie, il était au niveau de la fonction.


            • Remy CHAMPENOIS (---.---.216.3) 23 janvier 2006 16:10

              Mitterand n’a JAMAIS été socialiste. Il avait même peur des journalistes, tellement l’idée du socialisme lui était étrangère.

              Il a utilisé le concept d’Union de la gauche pour prendre le pouvoir en 1981. Il a détruite cette Union avec l’aide du clown, Georges Marchais, au lieu de demander l’aide des travailleurs.

              François Mitterand a eu une seule position courageuse dans sa vie, sa position contre la peine de mort. C’est la seule fois où il a risqué son plan de carrière.

              Pour le reste, il s’est toujours adapté pour être dans le camp de ce qu’il pensait être le vainqueur : Vichy, la résistance, la IVème république et sa lutte contre l’indépendance de l’Algérie, il est devenu « socialiste » contre De Gaulle mais il n’a jamais été anticapitaliste condition indispensble pour imposer le programme d’union sur lequel il avait été élu président.

              Sur sa vie privée, je n’ai pas à prendre position. Seuls, les femmes qu’il a aimées et leurs enfants ont le droit de le faire.

              François Mitterand n’a jamais été qu’un pâle opportuniste. Il n’a JAMAIS suscité mon admiration pour sa vie publique.


              • andre (---.---.38.140) 3 février 2006 15:14

                Pourquoi la deification de Mitterand ? etait il acteur , chanteur, top model ? on doit juger un homme politique sur ce qu’il apporté de positif au pays. Là, le bilan est contrasté. A titre personnel, il n’y a qu’un homme de gauche pour qui j’ai du respect au 20eme siecle c’est Jean Moulin.

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