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Accueil du site > Actualités > Politique > La dictée à roulettes...

La dictée à roulettes...

Cet article, un peu long, sera publié, en trois parties :
1. De l'orthographe et de la dictée.
2. Des roulettes et autres stabilisateurs.
3. Des profs, des élèves et des conseilleurs.

 

Tout bon citoyen raisonnablement désinformé a entendu parler, grâce à notre chère médiacratie, de la nouvelle forme que devrait prendre la dictée pour ne plus "stigmatiser" voire "traumatiser" nos chers "apprenants".
Finalement la solution est fort simple : il suffit d'adopter un notation "positive". Que n'y avions-nous songé plus tôt, sots que nous sommes !

Ainsi l'épreuve traumatique de cet exercice est supprimé, les notes meilleures, les élèves et les parents rassurés. Les "progressistes" (alias pédagogistes) devraient être satisfaits et les "conservateurs" (alias républicains) également, tout en maintenant cette "épreuve" qu'on dénigre mais qu'on ne veut pas supprimer ( tiens pourquoi d'ailleurs, puisque c'est si mauvais).
Tout cela, évidemment fait beaucoup de guillemets et de parenthèses : mon propos est de gratter un peu la surface des choses.

Qu'est-ce donc que cette nouvelle méthode formidable qui va enfin régler cette question ? On trouve tout cela sur Eduscol avec les liens vers le rapport d' O. Barbarant sur l' expérimentation : [http://eduscol.education.fr/cid77753/un-bareme-graduel-de-correction-de-la-dictee.html-&gt ;http://eduscol.education.fr/cid77753/un-bareme-graduel-de-correction-de-la-dictee.html]

Et tant qu'on y est, en googueulisant (comme on dit d'nos jours) un peu le ci-devant, on trouve un article wikipedia : [http://fr.wikipedia.org/wiki/Olivier_Barbarant-&gt ;http://fr.wikipedia.org/wiki/Olivier_Barbarant]. Notez le parcours qui n'est pas non plus indigne d'intérêt, on y reviendra.

Voilà, nous possédons les tenants et les aboutissants, il nous reste juste à gratter ou à déconstruire, façon puzzle (comme disait l'autre).


De l' orthographe et de la dictée


Le niveau s'effondre en orthographe, vieille antienne franco-française. Logique d'ailleurs puisque cette matière est, à peu de choses près, typiquement française, la plupart des autres langues n'ayant que pas ou peu de lettres muettes, la question de l'orthographe, de la conjugaison et de la grammaire s'y résoudra à la question de l'apprentissage et de la maîtrise de la langue elle-même, et plus particulièrement, pour les enfants, à celle de la lecture.
Pour caricaturer un peu (mais pas tellement) : si on sait écrire ce qu'on entend et si on maîtrise ce qu'on entend, on écrit à peu près sans faute. En français on est obligé d'avoir une attitude réflexive permanente pour écrire "sans faute". Ceci explique, entre autres l'importance donnée aux enseignements de la grammaire réflexive et de la conjugaison en tant que sous-domaine à part entière, apprentissages qui ne laissent pas de surprendre nos collègues anglo-saxons, par exemple.

En deux mots, prenons une phrase simple ( le propos est osé j'en conviens ) et regardons un peu le travail de réflexion à effectuer pour bien l' orthographier dans quelques langues européennes en regard de la phonétique. La qualité de la traduction n'a ici aucun intérêt, on traduit littéralement.

- Mon père va travailler tous les jours à sept heures.
- My father goes to work everyday at seven o'clock.
- Mi padre se va à trabajar todos los dias a la siete.
- Mio padre anda a lavoro tutti i giorni alle sette.

Mon (My, Mi, Mi)
- Français : Mon
_ À part la majuscule, pas de problème, quoiqu'un torturé pourrait se dire qu'il y a un lettre muette et donc compliquer l'orthographe, cela arrive.
- Anglais : My
_ Phonétique ou peut-être Mi (mais enfin...)
- Espagnol : Mi
_ Phonétique.
- Italien : Mi
_ Phonétique.

père (father, padre, padre)
- Français :
_ Autres possibilités homophoniques : paire, pair, perd, pers.
_ Autres possibilités phonologiques : peir, peire, pêre.
_ Autres possibilités grammaticales : ajout d'un s à toute les précédentes sauf pers, donc 6 nouvelles orthographes. Au total (et on pourrait en trouver d'autres en tirant un peu le fil) 15 possibilités dont 9 sont bel et bien des orthographes existantes.
- Anglais :
_ Écriture phonétique. (s'il y avait une "s" elle serait prononcée)
- Espagnol et Italien :
_ Écriture phonétique. (le pluriel serait prononcé).

va (goes, se va, anda)
- Français (heureusement que je n'ai pas choisi part !) :
_ Phonétique.
- Anglais : goes
Peut-être le "e" en Anglais pourrait être oublié.
- Espagnol : se va
_ Phonétique.
- Italien : anda
_ Phonétique.


Brisons-là, car pour « travailler » , en Français ça va devenir vraiment très long à exposer et le propos n'est pas de faire une leçon d'orthographe. Chacun l'aura compris : on ne peut écrire, y compris des phrases simples et courantes en Français sans connaître un minimum de grammaire et savoir l'appliquer (habilement). En vertu de quoi nous faisons des dictées, tant pour entraîner les élèves à une situation difficile et hautement complexe que pour évaluer leur maîtrise dans une situation mettant en œuvre un grand nombre de paramètres tendant vers une situation « naturelle » (ce qui devrait toujours être la cas d'une évaluation plutôt qu'une segmentation artificielle en compétences et sous-compétences qui n'existent pas en réalité). Mais, me dira-t-on, c'est difficile ! Eh ! Oui ! Je suis bien d'accord, c'est même très difficile.

La question se pose donc ainsi : faut-il supprimer les apprentissages difficiles sous prétexte que tous n'y parviennent pas immédiatement ? Tout le monde répondra non, bien sûr. Alors que faire ?

On pourrait, par exemple, montrer une exigence importante dans ce domaine, exigence d'autant plus importante que le « niveau » est faible, car l'acte d'éduquer et d'instruire va au rebours de la tendance naturelle de l'enfant à satisfaire ses désirs immédiats, à imposer sa toute puissance.
 
Malheureusement ce n'est plus de mode, pas « moderne » et d'autant moins que tous nos actes sociaux, économiques et politiques se rapprochent dramatiquement de cette prolongation pathologique du sentiment de toute puissance, de ce désir primaire d'assouvissement des besoins immédiats. On verrait difficilement un homme politique aller à l'encontre de ce qu'il pense être la société « nouvelle » et par conséquent de ses intérêts électoraux immédiats (eux aussi, délabrement de la démocratie ?).

Cependant, dans un pays qui se veut (ou se vit) comme une nation culturelle et enracinée dans ses origines et son histoire blablabla..., il serait malvenu de décider la simplification de l'orthographe, de décréter que, dorénavant, les mots s'écriront comme ils se prononcent, et que les traces réglementaires des origines des mots ou, très souvent aussi, d' antiques approximations, seront supprimées. Ceux-là même qui critiquent tant l'apprentissage et l'évaluation traumatisante de l'orthographe le dénient, s'offusquent, se récrient, au nom de la Tradition, de l'Histoire de la Culture... bref ils ne veulent pas de cette solution non plus, mais alors que veulent-ils au juste ? Ni noir, ni blanc ni oui, ni non, ni chèvre ni chou.

Dans ce marasme de la pensée moderne que met au jour la question de l'orthographe en France, on constate surtout l'incapacité de nos « élites » à prendre une décision cohérente. Mais on y voit bien plus encore leur incapacité à penser, à étudier un sujet avant d'en parler, à émettre des idées un tant soi peu fouillées et fondées, plutôt que répéter à l'envi les recommandations délirantes de quelques spécialistes autoproclamés, des thuriféraires casimiriens de la pensée gloubi-boulga, des recettes débiles des médiacrates boboïsés. En bref nuls, zéro pointé.

Revenons à l'orthographe. Pour être parfaitement honnête (je sais, ça fait drôle, on n'a plus l'habitude) il ne serait toutefois sans doute pas facile de réformer l'orthographe française comme l'espagnole par exemple, et ce pour une raison phonologique : le « e » muet et les consonnes muettes. Contrairement aux autres langues latines, et encore plus aux langues saxones, la prononciation de la « langue d'oil », a évolué vers des finales muettes et en « e ». Ce qui a pour conséquence que toute marque du pluriel, qui ailleurs sera prononcée, ne le sera pas, qu'une immense partie des accords des verbes ne s'entendra pas, que l'accord féminin en « e » ne sera pas prononcé et par voie de conséquence les accords du pluriel qui le suivent. Exit donc une simplification extrême de l' orthographe française. Une réforme ne pourrait donc s'en tenir qu' à l'orthographe d'usage ce qui avouons-le serait déjà un considérable morceau. Mais même là, l'inquisition schizophrénique veille : pas touche  !

Pire ! Le comité Théodule pour la simplification du Français nous a même, par exemple, pondu un « Mél. » à l'image de « Tél. ». Je cite : « Le symbole retenu par la commission générale de terminologie et de néologie est Mél. (pour messagerie électronique), qui peut figurer devant l'adresse électronique, tout comme Tél., généralement utilisé devant le numéro de téléphone. » Sauf que Tél sont les trois première lettres de téléphone donc une abréviation classique et qu'on a voulu absolument conserver l'analogie euphonique anglo-saxonne pour mél qui constitue une anomalie en français, la graphie « el » se prononçant déjà [εl] tout comme ef, ec, et au-delà ac, af, ar etc., les fameux « sons inversés » du cp-ce1 (les parents d'enfants de six ans comprendront). Tout ça pour ça ! Alors que les Québécois avaient déjà conçu un mot correct, non pas sur une euphonie anglo-saxone, mais sur la structure, courrier électronique donne courriel, et ce avec en respectant l' orthographe sans ajouter de complexité irrégulière avec une sonorité française. Mais non, il faut quand même, de temps en temps justifier son salaire et son titre, comme on va au conseil d'administration pour toucher ses jetons de présence. Mort donc au courriel et vive le Mél.

Que de discours pour un simple mot/abréviation, bien sûr. Mais on aura compris que ceci n'est qu'un exemple symbolique de ce que l'on veut ou ne veut pas faire tout en disant qu'on le fait. Les comités Théodule sont légions et les « spécialistes » bien plus encore ! Rassurez-vous cela fait déjà quelques années que les profs ne sont plus considérés comme tel, à moins que leur carnet d'adresse ne soit assez fourni pour le redevenir ou obtenir un poste discrétionnaire quelconque et « général ».

Une solution alternative existe toutefois : ne plus avoir d'exigence orthographique avant un certain âge (restant à définir évidemment) ou au moins en primaire puisque c'est trop difficile : mais ça non plus « ON » n'en veut pas ! « ON » veut que le niveau soit bon dans une matière difficile mais sans y consacrer ni de temps, ni d'énergie, ni de volonté, ni de contraintes, ni « d'échecs ». « Gast » comme disait ma bretonne grand-mère ! « ON  » est un con.

La dictée reste donc indispensable pour entraîner et évaluer l'orthographe des élèves. C'est difficile, oui. Et alors ? Parfois on rate, oui. Et alors ? Il faut recommencer à apprendre et s'entraîner, oui. Et alors ? Il faut se donner du mal, faire des efforts, pour réussir une chose difficile, oui. Et alors ?

Ne serait-ce pas notre rapport à l' échec et par conséquent à l'apprentissage qui serait vicié, par opposition à la satisfaction toute mercantile et immédiate des désirs consuméristes. Finalement ne sommes-nous pas devant un problème éducatif profond plutôt que scolaire. Certains sociologues l'envisagent très sérieusement.

« Mais certains élèves n'y arrivent jamais, il faut faire quelque chose ! » Me diront les gentils pleins d'aménité. Certes.

Permettez-moi donc quelques questions. Pourquoi ? Pourquoi le niveau de langage d'élèves entrant au cp (et avant) est catastrophique, voire proche de celui d'un enfant de deux ans. Pourquoi une partie de la population dispose d'à peine 200 mots ? Pourquoi sont-ce toujours les mêmes ? Pourquoi veut-on leur faire croire qu'avec ce bagage ils sont égaux aux enfants des « élites » ? Pourquoi leur dire qu'ils ont les mêmes chances ? Pourquoi les enfant de classes populaires sont de moins en moins nombreux dans les « grandes écoles » au fur et à mesure que l'enseignement se « libéralise » ? Et enfin pourquoi charger l'école de tous ces maux, lui donner mission de les corriger tout en lui ôtant les moyens de le faire en la vouant aux gémonies ?

Il y a ici quelque chose d'éminemment politique, mais qui ne dit pas son nom.

Et pour faire bonne mesure « ON » s'empressera d'émettre des propositions démagogiques, pire, populistes car elles en sont l'archétype même. Et non, pas briser le thermomètre ! Trop visible ! Créons une nouvelle sorte de thermomètre, un bien complexe, auquel le quidam (et même un certain nombre de profs bien lobotomisés et pleins de bons sentiments bien naïfs) ne comprendra rien : la dictée à roulettes et crémaillères ! Mais des roulettes réglables par le jeu des crémaillères.

Pour continuer dans l'analogie, il s' agit d'un thermomètre dont le zéro change selon le climat : un zéro relatif donc. S'il fait froid le zéro baisse, il peut se situer à moins 5 voire moins 10 ou moins 15. Ainsi en hiver on pourra bravement et vaillamment annoncer 15°, ce qui correspondrait à un -5° d'été. Mais là aussi d'une saison à l'autre ce serait trop visible, alors réglons-le par pays, ou mieux par ensemble de populations, c'est bien ça, moderne, sociétal, vraiment très bien : un thermomètre sociaux-adaptatif ! Même le nom fait sérieux en diable et nous situe d'emblée dans la catégorie de l'expertise.

Le thermomètre sociaux-adaptatif me donnera donc du 15 ° pour le groupe des Populos, là où il n'aurait indiquer que 0° pour le peuple des Zélites. Parents Zélites qui, bien sûr ne sauraient se contenter du zéro pour leur marmaille, même relatif, et qui les mettraient immédiatement à l'abri du froid à coup d' heures supplémentaires des régulateurs de climat, qui, sous-payés et méprisés ne cracheraient pas dessus pour mettre du beurre dans les épinards, ce qui auraient également, l'immense avantage de les faire tenir tranquilles, sous peine de rationnement de la gamelle.

Ensuite on pourrait enfin constater, non sans une certaine satisfaction et en se haussant du col qu'il fait 15° partout et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Enfin ceux qui, bien que bénéficiant des mêmes conditions climatiques, continuent de juger qu'il fait froid, ne sont que des pisse-froid, des empêcheurs de tourner en rond, des séditieux. À surveiller.

C'est ce que propose le Barbarant. Sa dictée à roulettes et crémaillères c'est ni plus ni moins le thermomètre sociaux-adaptatif. Mais s'il est rassurant de s'entendre dire qu'il fait doux ça n'empêche toutefois pas l'eau de geler...

Olivier Barbarant se hisse donc, dans le domaine de la dictée, à la hauteur de Richard Phillips Feynman dans celui de la physique quantique, grâce au principe de moindre action. Et à son image nous pourrons sans doute lire un jour sous sa plume : « Je crois pouvoir affirmer que personne ne comprend vraiment le barème graduel de correction de la dictée »

Comme quoi, en France aussi, on a de grands théoriciens...


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9 réactions à cet article    


  • Julien Julien 12 juillet 2014 12:46

    Quel temps perdu à l’école... On ferait mieux de se spécialiser plus tôt, et offrir des ponts entre sections. L’école telle qu’on la connaît vit ses dernières décennies de toute façon (internet est le premier assaillant).


    • lcm1789 12 juillet 2014 13:31

      Excellent article...


      • xmen-classe4 xmen-classe4 12 juillet 2014 14:27

        à un moment se pose la compétence des femmes à ce poste d’enseignant. il y a des fautes d’orthographes assez classique.

        l’académie des lettre devrais écrire d’autre orthographes lorsque les fautes sont assez récurrente dans la population pour n’être qu’un besoin de montrer la fautes pour celui qui en a connaissance.


        • xmen-classe4 xmen-classe4 12 juillet 2014 14:30

          il y a des temps qui ont disparu totalement sauf dans l’education natonale.


          • xmen-classe4 xmen-classe4 12 juillet 2014 14:36

            il y a peut etre des bac +8 en français qui n’ont que cela a savoir du comment sont effectué les fautes d’orthographes.

            elle ne sont pas lié au hasard, il y a des problème phonétique ou de conception des mots.

            ça ne sert à rien d’écrire sans faute d’orthographe si cela ne fait que nous handicapé.

            calcule de probabilité coefficient 7 au bac L.


            • xmen-classe4 xmen-classe4 12 juillet 2014 14:38

              92% de réussite au bac, c’est que c’est le probleme des élèves que de l’avoir et pas celui des professeurs.


              • non667 12 juillet 2014 15:19

                anecdote
                après la loi de réforme de l’orthographe de 1990 sont sorti périodiquement décret et circulaires d’application notamment vers 2011
                le centre national de documentation pédagogique chargé de transmettre tout ce qui concerne l’éducation nationale vers les enseignants se l’appliquât à lui même ,créa un service chargé de mettre à la nouvelle orthographe phonique toutes les rééditions passées et a venir !
                un jours en 2011 un projet pédagogique ( nouvel orth )fût présenté à une 50aines d’inspecteurs !
                branle bas de combat , ils n’étaient pas au courant du décret !
                réactions :halte au feux !on arête toute cette merde ! on met au pilon tout ce qui a été imprimé !
                l’e.n. ne sait pas que comme dans l’armée quand on reçoit un ordre il faut attendre le contre ordre pour éviter le désordre smiley smiley smiley smiley


                • xmen-classe4 xmen-classe4 13 juillet 2014 11:34

                  C’est pas drôle, l’orthographe est un totem français de la discipline donc du savoir faire (zic).


                • JC_Lavau JC_Lavau 14 août 2014 13:33

                  Beaucoup de fautes d’orthographe dans ce texte. Inattentions...

                  Mon principal soupçon porte sur la Terreur, période où il fut prudent de singer la prononciation parisienne populaire pour conserver une chance de garder la tête sur les épaules.

                  Ceux qui ne singèrent point moururent plus tôt que les autres, ou partirent à l’étranger et y restèrent, tels le vicomte Chamisso, qui fit carrière en allemand, et a été immortalisé par la musique de Robert Schumann (Robert Schumann op. 42. Frauenliebe und Leben).

                  Faites le décompte des phonèmes que les français acceptent de prononcer, comptez les mots de deux syllabes qu’ils peuvent ainsi former. C’est clair : impossible de loger tous les langages experts dont les différents métiers ont besoin. Il s’en faut d’un rapport quinze à vingt (au moins), entre les mots que les français moyens acceptent de prononcer, et les besoins des métiers.

                  Il est populiste et dans le vent de taper sur la gueule des savants. C’est sûrement de la faute des savants si l’air n’est pas l’aire, qui n’est pas l’erre, qui n’est pas l’ère, qui n’est pas l’hère, qui n’est pas les ers...

                  Sans parler des travers régionaux.
                  Ma grand-mère prononçait « Bois ton lé mon petit ».
                  Avec l’âge, j’ai acquis plus de connaissances en voilerie et en couture, et appris qu’un lé ou une laize n’est pas du lait.

                  Dans cette région-ci, aucune différence de prononciation entre brin et brun...

                  Au temps de Rabelais, nombre de problèmes de ce genre ne se posaient pas, car on prononçait les consonnes finales et les « e » muets.
                  Le calembour de bien yvres « Dieu fit les astres et nous faisons les plats nets » ne sonnait pas comme à présent :
                  « astres » : le s final était prononcé, après le « e » muet.
                  « plats » : les deux consonnes finales étaient prononcées.
                  « nets » : les deux consonnes finales étaient prononcées.
                  « planètes » : deux consonnes de moins, un « e » en plus. Cela s’entendait.

                  « erre » : les deux consonnes étaient prononcées.
                  « aire » : le final était prononcé.

                  D’autres langues ont une phonologie bien moins paresseuse que la nôtre.
                  En russe, on déroule tranquillement le prénom et le patronyme : « Vladimir Aliexandrovitch ».
                  En norvégien, pas question d’avaler les syllabes : toutes se chantent selon une mélodie précise. Une longue n’est pas une brève, et un double ton comme dans « tredve » se savoure à pleine bouche. « Tredve » = trente, dans les parlers de l’Ouest, « tretti » dans l’Est (et simple ton).

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