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La féodalisation des régions : un caillou dans la chaussure du PS

Des pieds en béton mais une tête en argile. A défaut de réussite nationale le PS confirme son implantation locale. Martine Aubry a salué hier soir une victoire “sans précédent”, des “listes de la gauche rassemblée” avec 53,85 % des voix. Un record depuis les législatives de 1981 qui constitue son deuxième meilleur résultat depuis 1958. Le plus dur n’est pourtant pas de gagner, c’est de ne pas décevoir. L’ancrage de l’abstention à un niveau élevé (48,8 %) tout comme la montée en puissance d’un Front National (17,81%) qui capte un électorat populaire désorienté donne à la gauche une lourde responsabilité. Plus que jamais, le changement de logiciel, notamment au PS constitue un impératif faute de quoi le scénario de 2007 pourrait se reproduire en 2012.

Première erreur à ne pas réitérer, ne pas laisser se constituer sous prétexte d’un socialisme de terroir une féodalisation du territoire. Plus que la mise en avant de particularismes régionaux sympathiques, le dernier mandat a été l’occasion pour un certain nombre de personnalités de se constituer des fiefs à partir desquels il devient aisé de défier ou de s’opposer aux structures nationales.

C’est cette dérive qui doit aujourd’hui être abandonnée. Le défi est de taille pour la Première secrétaire du PS : réussir la synthèse entre ses strates locales et ses sphères nationales. Un succès en 2012 passera par la capacité de Martine Aubry à s’imposer non comme le général en chef des régions par une caporalisation brutale mais plutôt, comme son chef d’orchestre naturel grâce à une main de fer dans un gant de velours. 

Fortes de leur autonomie, les régions doivent constituer le laboratoire de la gauche en termes de dispositifs innovants articulés dans un cadre national qui privilégie le partage d’expériences et alimente un corpus idéologique à rénover.

Nombre de présidents de régions sont réticents à voir Solférino mettre le nez dans leurs petites affaires. Dès hier soir, le sénateur-maire socialiste de Lyon, fervent défenseur “des grands élus”, a multiplié les déclarations, reprenant en boucle le leitmotiv selon lequel la victoire est à mettre au crédit des élus locaux et non pas des stratèges parisiens. Un son de cloche partagé par Ségolène Royal et par celui qui incarne le mieux la féodalisation d’un territoire et ses dérives, l’indéboulonnable Georges Frêche.

Les nouveaux exécutifs régionaux devraient pourtant méditer l’avertissement lancé le 27 janvier dernier par Aquilino Morelle dans les tribunes de Libération. Pour l’ancien conseiller de Lionel Jospin, ” trop souvent, la gauche s’est engluée dans une fascination gestionnaire qui a fini par l’immobiliser dans le conformisme et à stériliser son action“. Si le propos vise le niveau national, il trouve largement à s’appliquer à l’échelon local.

Le sentiment d’une impuissance du politique face à l’Économie se nourrit, de l’idée et parfois du constat que droite et gauche, c’est pareil. Comme si, une fois aux manettes, la gauche responsable n’avait d’autre choix que de se glisser dans les habits d’une gestion conforme aux canons de la doxa libérale. Il n’y aurait pas de gestion de droite et de gestion de gauche mais seulement une bonne gestion des affaires, incolore.

 ”Là où il y a une volonté, Il y a un chemin” aimait à dire François Mitterrand. La gauche de 2010, à commencer par les élus qui viennent de sortir des urnes, se doit de renouer avec une détermination à changer le cours des choses qui s’est émoussée au fil des ans.

 De l’audace ! Aquilino Morelle considère que le seul moyen pour la gauche, de dessiner la solution alternative, c’est d’articuler utopisme et réalité : “le réalisme n’est pas la soumission au réel. À gauche, le réalisme impose l’audace, la créativité, la liberté d’analyse, le courage dont les propositions, suppose la volonté de transformer la société, propose la vision d’un progrès collectif partagé“.

Côté travaux pratiques, le scrutin qui vient de se dérouler pose en filigrane la question de la ruralité. Le PS tant au niveau national que régional, trop souvent urbain, à tendance à l’oublier. Le fait que Jean-François Copé ait profité des médias hier pour se positionner comme le défenseur de la France rurale qui a entendu son appel de détresse doit inviter la gauche et notamment les exécutifs régionaux à s’intéresser un peu plus au sujet.

 
 

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6 réactions à cet article    


  • finael finael 23 mars 2010 13:29

    J’avais déjà écrit, avant les résultats, que Frêche était simplement un « grand baron », le Comte de Languedoc. A perpignan, la dynastie Alduy règne depuis plus de 30 ans.

    Cela fait 20 ans que je crie dans le déseret : Nous sommes en train de retourner au moyen-âge, aux féodalités et baronnies. Mais personne ne réagit


    • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 23 mars 2010 14:43

      «  tout comme la montée en puissance d’un Front National (17,81%) »


      Ce chiffre ne vaut que pour les 12 régions où le FN était présent au deuxième tour , car dans toutes les autres il avait été éliminé au premier tour ; aucune comparaison donc n’est possible avec les chiffres de la gauche et de l’UMP présents dans toutes les régions au deuxième tour...

      • caramico 23 mars 2010 15:13

        Je ne me sens aucunement « serf » d’un baron en ayant voté Frêche.
        Je n’attends personnellement rien de lui, ni pour moi, ni pour mes proches, et ne suis surtout pas d’une nature servile.
        Vivant à Montpellier et connaissant cette ville et son évolution depuis les années 60, je rends hommage à celui qui s’est « cassé le c.. » pour cette région.
        Les « barons » sont déboulonnables s’ils font des conneries, ils vireront, tout comme certains présidents...
        Sinon d’accord avec vous pour admettre que ce n’est pas une victoire de l’appareil socialiste, et qu’ils ont intérêt à ne pas commettre les mêmes erreurs à la prochaine présidentielle, surtout organiser des primaires loyales et suffisamment tôt pour que les esprits s’ apaisent.


        • matthius matthius 23 mars 2010 18:01

          Il faudrait déjà que les gens votent pour les parties démocratiques pour que le peuple soit entendu. Or le peuple aime les partis autoritaires où les chefs sont vus comme des gurus.


          • poetiste poetiste 24 mars 2010 10:26

            Une « victoire sans précédent », pour qui ? Pour les éléphants ? Le jeu électoral se boucle sur lui même. Il y a de bons fonctionnaires régionaux au parti socialiste, là où les responsabilités sont régionales. Mais gérer une région et concevoir une stratégie nationale et internationale, ça fait deux. Ce n’est pas la même réalité.
            Y a-t-il un candidat crédible à la présidence dans l’avion socialiste ? Pas que je sache !
            Le machisme franco-français et particulièrement au sein de l’élite socialiste fait que l’on discrédite une femme qui fait 60 pour cent de voix dans sa région.
            Combien de pourcentage une femme doit elle faire pour être reconnue ?
            Bon, d’accord, la « participation », c’est utopique, une idée trop en avance, mais sans utopie, on n’en sortira jamais de ce bourbier. Et la conjoncture n’est pas rose.
            Comme Anne, je ne vois rien venir qui pourrait sortir du marasme. Ce n’est pas un sauveur que nous attendons mais une personne responsable, une personne qui s’engage, un Mendès France par exemple. Mais c’est une espèce éteinte noyée dans l’eau du jeu électoral et des ambitions personnelles.
            Recherche : dirigeants socialistes, partageurs, responsables, à l’écoute des plus démunis, socialistes n’aimant pas le caviar ou les représentations télévisées stériles. Des hommes capables de justes, courageuses et véritables réformes.
            Ambitions personnelles, s’abstenir !
            Ce n’est pas une annonce, c’est une bouteille à la mer.
            A.C

             


            • bernard bernard425 24 mars 2010 23:31

              Ce n’est pas un caillou dans sa chaussure, c’est un boulet bien accroché à la cheville. Il va être difficile de s’entendre, pour trouver un candidat pour 2012, tant les égos son importants et omniprésents. Chassez le naturel, il revient au galop. Voir l’antagonisme Royal/Aubry, l’union PS/ Europe Ecologie, les peaux de bananes et les « en embuscadeS » . . .
              Déjà les dissonnances se font entendre et nous allons les subir pendant deux longues années. C’est fatiguant de voir et d’entendre toujours les mêmes discours fait par les mêmes têtes à gauche comme à droite d’ailleurs, c’est une véritable foire et les politiciens n’en sont que les camelots. Pffffffffffff ! ! !
              Les mêmes erreurs reproduisant toujours les mêmes effets, il y a gros à parier que les résultats escomptés pour 2012 soit très différents des espérances. Ajoutons à cela le machisme bien français des protagonistes en présence et la « gente » féminine à peu de chance de réussir. Mais ce n’est que leur histoire, pas la mienne, trop déçu que je suis par les politiciens de tout poils.

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