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La France dans l’ombre, chinoise

Indécision, contorsions diplomatiques. A l’épreuve de la Realpolitik, Nicolas Sarkozy a du mal à trouver le bon ton.

La France dans l’ombre, chinoise...

Nicolas Sarkozy a raison de dire que la Chine ne dicte pas son agenda à la France, puisqu’en effet elle le remplit. Ecartelée, quelque part entre sa fidélité historique aux droits de l’homme et à la défense de ses intérêts économiques, notre diplomatie affiche un air perdu. Dans ces affaires, il ne se trouve rien de pire que la valse-hésitation. La confusion dans les objectifs poursuivis et l’indécision de choix non assumés compromettent gravement la crédibilité de la France sur la scène internationale.

On n’attaque pas en s’excusant. La Chine s’est insinuée entre les errements de la France, pour pousser son avantage et mettre notre diplomatie en difficulté. C’est ça, la Realpolitik. A la défense d’une diplomatie indécise, lointaine et chevrotante, il nous aurait fallu substituer un timbre diplomatique limpide, seul à même d’asseoir notre autorité et notre crédibilité parmi les nations. La Chine attend un interlocuteur clair, il sera alors respecté. Tendre une main moite ne nous vaudra rien. Pour mémoire, quelque affaiblie que fut la France au sortir de Seconde Guerre mondiale, de Gaulle a su joué du prestige historique de la France, de sa vocation universelle à faire valoir les droits de l’homme, pour imposer notre pays au cœur des institutions internationales. Retrait de l’Otan, pont incontournable dans le dialogue Nord-Sud, la France, au grand dam de l’hyperpuissance américaine, ne s’est pas alignée et a crû en influence et en autorité. Tout à l’inverse, Nicolas Sarkozy cherche ses repères diplomatiques ailleurs, la fascination pour le modèle américain dévoile une vision complexée de notre pays, de ses traditions et de ses valeurs. Fantassin zélé de l’administration Bush, acteur muet d’une Chine ventriloque, notre président solde nos intérêts diplomatiques et économiques. Les gestes de bonne volonté d’un président se pliant avec docilité aux objurgations de Pékin sont sans doute au-delà des espérances de la Chine, qui doit voir en Nicolas Sarkozy le citoyen exemplaire.

On l’aura compris, aux côtés des quelques conseillers diplomatiques « forts en thème », se trouvent des « forts en gueule ». Si Nicolas Sarkozy est au mieux, aux yeux des Chinois, un tigre de papier ou un poussin survolté, que dire de son plus fiévreux affidé, Bernard Kouchner ? Cet homme, tout en superlatif et tout en manière, confiait qu’une défense trop sourcilleuse des droits de l’homme confinait à la naïveté. Mais qu’en est-il alors de l’Allemagne ? L’Allemagne a choisi de tenir une position claire, et, de ce fait, a pris le parti de ne pas assister aux cérémonies d’ouverture des JO. Pourtant aucune mesure de sanction ou de rétorsion n’ont été prises à son encontre. C’est de cette position franche que dérive sa crédibilité internationale et lui vaut la considération de la Chine. L’Allemagne ne s’est pas couchée. Il n’est d’aucune utilité de se jeter aux pieds des Chinois en tendant la laisse que l’on s’est mise au cou. A ce titre, voici une suggestion de lecture d’été pour notre ministre des Affaires étrangères, l’excellent ouvrage de la Boétie : Discours de la servitude volontaire.

Après la Chine, quand Nicolas Sarkozy s’éveillera, il pourra constater que même un regard froid jeté aux coins du cynisme diplomatique montre, qu’indépendamment même de leur contenu, et outre qu’ils sont un gage indispensable à la stabilité de notre monde, les droits de l’homme constituent, une des cartes maîtresses de notre diplomatie, nous permettant d’être identifiés, d’être respectés, et ainsi de poursuivre des fins moralement honorables et stratégiquement efficaces.

Le cas de l’Allemagne est instructif autant qu’exemplaire. Depuis Schröder, la chancellerie allemande s’est efforcée de déployer une diplomatie économique intense, soutenue et efficace. L’objectif étant d’assurer à l’Allemagne un maillage international dense de PME. Le chancellier Schröder est allé jusqu’à quinze fois par an en Chine afin de consolider, dans la discrétion, la présence des entreprises allemandes. Loin de l’ostentatoire de la politique des grands contrats, il est une politique plus appliquée, plus minutieuse, d’implantation massive de PME et de conquête patiente et sûre des parts de marché. Ajoutons que les grands contrats signés cette année n’ont rien pu faire pour limiter le déficit de notre commerce extérieur, qui atteint ce semestre 25 Md d’euros cependant que l’Allemagne dégage un excédent de plus de 100 Md d’euros. Il semble donc que ni les contrats, ni la vente de nos valeurs et principes ne suffisent à rééquilibrer notre balance commerciale.

L’impasse dans laquelle nous nous sommes engouffrés souligne alors la nécessité dirimante de l’Europe. Notre atout réside alors dans une intégration politique plus poussée, et une diplomatie largement commune. Première puissance commerciale au monde, aucune économie, fût-elle importante, ne peut lui opposer un quelconque chantage économique. Imaginons 27 pays parlant alors d’une même voix, à l’unisson, et condamnant la répression féroce, les tortures, les exécutions sommaires et autres exactions dont sont l’objet les Tibétains. L’Europe aurait alors les moyens d’exercer une pression économique à laquelle la Chine ne pourrait se soustraire.

Voilà, triste spectacle, un Dalaï-Lama, prix Nobel de la paix, arrivé en France par la porte de service.

Comble de l’ironie, une secrétaire d’Etat aux droits de l’homme muselée. Tout un symbole...

Mehdi Benchoufi, vice-président des Jeunes Démocrates.

 


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2 réactions à cet article    


  • rach4 21 août 2008 14:01

    La chine n’a de l’interet que parce qu’on lui en donne.

    De meme , la chine ne nous vend des produits que parce qu’on les lui achete... smiley

    L’economie chinoise est basée completement sur la consommation occidentale.


    • ZJP ZJP 22 août 2008 01:16

      Il y a comme un cercle vicieux la.... smiley

      JP

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