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Accueil du site > Actualités > Politique > La France schizophrène ?

La France schizophrène ?

Sans méconnaître les différences importantes qui existent entre la clinique individuelle héritée des courants philosophiques et psychologiques, tout particulièrement de la psychanalyse, et la vie politique, il est tentant d’utiliser certains concepts comme celui de « clivage » ou de « schizophrénie » pour décrire quelques réalités sociales à l’œuvre dans notre pays. Ce terme de clivage est d’ailleurs passé dans le langage courant pour désigner une séparation ou une division quelconque, par exemple à l’intérieur d’un parti quand deux tendances se séparent pour former des mouvements nouveaux et indépendants. Mais il est intéressant de noter qu’à l’origine cette disjonction se produit à l’intérieur d’un même sujet avec deux attitudes ou pulsions opposées qui coexistent côte à côte sans s’influencer réciproquement ce qui peut aboutir à un dédoublement de la personnalité, comme dans la schizophrénie, par exemple.

De la personne à l’Etat, je l’ai dit, les différences sont fortes, et il peut être abusif d’utiliser un concept précis dans une situation différente où d’autres qualificatifs seraient probablement mieux adaptés. Mais la difficulté provient que d’une part ceux-ci font défaut, et que d’autre part la différence sujet-société est peut-être moins marquée qu’il n’y paraît de prime abord parce qu’il existe chez tout individu une forme d’idéal du moi qui le fait s’identifier non seulement à des personnes, mais aussi à des groupes humains. Et ces groupes, inclus les uns dans les autres, sont très variés. Par exemple un niveau économique donné, un lieu d’habitation, une corporation professionnelle, une association sportive, une adhésion à un parti politique peuvent facilement représenter des marqueurs déterminants de différentes strates d’inclusions groupales mutuelles et réciproques qui aboutissent de fait à une position particulière de chaque individu qui est en réalité fondée sur des valeurs (supposées) partagées avec d’autres.

En France, il est par exemple classique de distinguer un peuple de droite et celui de gauche sachant qu’à l’intérieur de chaque groupe il existerait des formes de pensée voisines qui font que chacun peut se reconnaître suffisamment dans une autre personne du même ensemble identificatoire. Or ces séparations ne sont pas nouvelles dans notre pays car sans remonter à une histoire trop lointaine il est facile d’opposer les royalistes aux révolutionnaires, les partisans de la religion aux anticléricaux, les défenseurs de Dreyfus et ses opposants, les nationalistes et les pacifistes, les pétainistes et les gaullistes, les libéraux et les antilibéraux, etc. Jusqu’à présent, ces tendances opposées que l’on trouve sous des formes plus ou moins voisines ailleurs qu’en France ont coexisté peu ou prou dans des ensembles assez vastes de population généralement séparés (historiquement, géographiquement, etc.). Tout en militant activement chaque camp se résignait en général à attendre la chute du parti opposé pour parvenir au pouvoir jusqu’à ce que le mouvement reparte en sens inverse dans un phénomène connu sous le nom d’alternance consistant en gros à défaire ce que l’autre avait fait. Dans ce jeu de va-et-vient, la démocratie tenait encore un rôle, mais depuis quelques années on a assisté à une évolution un peu différente de notre société qui semble s’être figée en empruntant à la schizophrénie le symptôme du clivage rappelé un peu plus haut.

N’étant pas historien, j’avance avec prudence en me demandant si cette schizophrénie n’a pas commencé en France avec le phénomène de la cohabitation. On se rappelle que la première s’étend de 1986 à 1988 et voit s’affronter au sommet de l’Etat Mitterrand et Chirac. La deuxième, de 1993 à 1995 met en présence Mitterrand et Balladur. La troisième, de 1997 à 2002, oppose Chirac après sa dissolution de l’Assemblée nationale à Jospin. Il est d’ailleurs intéressant de pointer que tous les protagonistes de ces mariages forcés ont eu à cœur de rappeler que la Constitution ne s’opposait pas à la cohabitation (tout est donc parfait) et qu’il a toujours s’agit de parler d’une même voix au sommet de l’Etat (c’est encore mieux) malgré les problèmes évidents de prééminence et de prise de décision que cela a entraînés. Aujourd’hui encore on ne peut qu’être surpris par l’intensité de ce déni collectif, mais je ne souhaite pas ici faire un bilan politique de ces périodes pour insister plutôt sur le fait que pour la première fois peut-être dans notre histoire récente, la France a été incarnée en même temps et quasiment au même endroit par deux personnes que tout opposait.

Chaque Français pouvait ainsi supposer qu’il était représenté dans les plus hautes instances du pays quelle que soit son appartenance politique : si le balancier partait trop à droite il serait immédiatement corrigé à gauche car l’aigle avait deux têtes qui regardaient chacune dans une direction différente en même temps : à l’évidence pour réussir un tel exploit c’était sûrement un aigle omniscient et omnipotent. Il est probable que ces cohabitations ont laissé des traces : un immobilisme de notre pays en profondeur en dépit de mouvements de surface mais surtout la croyance en une forme de toute puissance de chacun qui s’apparente à ce que je serais tenté d’appeler le syndrome Astérix si bien représenté actuellement par notre président, même sans potion magique (quoique ?), avec un activisme forcené mais surtout chaotique : il suffit de foncer tête baissée dans la mêlée sans réfléchir auparavant. La victoire est forcément au bout quel que soit l’adversaire, et notre village gaulois résistera à la mondialisation pour rester uni dans l’adversité comme si l’activité désordonnée et morcelée de nos politiques en place ne pouvait conduire à autre chose qu’un cuisant échec. Même les personnes de droite (François Léotard) disent que « Ça va mal finir », c’est tout dire.

Mais cette schizophrénie qui suppose une forte dose de méconnaissance du réel, a pris aussi d’autres formes apparemment plus subtiles, elle s’est étendue et affinée pourrait-on dire, et cela ressemble à un tableau à la Prévert, la poésie en moins. Ainsi la droite a le sommet de l’Etat, mais la gauche est en mesure de tenir les commandes locales : il n’y aura ni gagnant ni perdant. Tout le monde il est content car rien ne change. L’un dit blanc en même temps que l’autre, son double, dit noir. Les sondages sont mauvais pour le président mais bons pour le Premier ministre qui fait pourtant la même politique. On se présente au suffrage municipal mais le parti de référence a subitement disparu : ni vu ni connu mais élu. On est un people avec son parachute doré mais on se préoccupe sérieusement des pauvres bien que vivant sur une autre planète. On est les champions de l’écologie tout en continuant de causer dans notre pays de graves dommages environnementaux. (cf. l’agriculture intensive, la pollution de l’eau, etc.). Les problèmes au long cours des psychotropes sont connus mais il faut soigner toujours plus d’enfants avec. Le président est le garant de la Constitution mais il aimerait la contourner. Le civisme doit être enseigné à l’école, mais surtout pas ailleurs. On se moque de Guy Môquet. Il faut parrainer ne plus parrainer un enfant de la Shoah. Il faut respecter ne plus respecter les quotas de pêche. Il faut faire défaire, il faut avancer reculer, il faut tromper mais parler vrai... Zut zut et zut mon disque dur tourne à l’envers car j’ai chopé une schizo : au secours mon ADN m’a trahi !

astus


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4 réactions à cet article    


  • Vilain petit canard Vilain petit canard 6 mars 2008 13:14

    Visiblement vous n’y connaissez rien en psychologie, psychiatrie ni psychanalyse. Vous reprenez le langage journalistique plein de clichés, qui pointe partout des "schizophrénies", des "psychoses", et autres "complexes", et vous essayez de trouver du sens dans cette bouillie. Et quand vous balancez "par exemple un niveau économique donné, un lieu d’habitation, une corporation professionnelle, une association sportive, une adhésion à un parti politique peuvent facilement représenter des marqueurs déterminants de différentes strates d’inclusions groupales mutuelles et réciproques qui aboutissent de fait à une position particulière de chaque individu qui est en réalité fondée sur des valeurs (supposées) partagées avec d’autres", on se demande si vous vous exprimez clairement. Partez sur des mots comme "incohérence" ou "démagogie", votre article se tiendra mieux. 


    • astus astus 6 mars 2008 15:30

       

      J’ai hâte de connaître les compétences que vous semblez avoir dans les domaines que vous citez mais que vous déniez abruptement à ceux qui ne partagent pas tout à fait votre point de vue.
      Personnellement je préfère utiliser un langage simple plutôt que des mots comme "Spaltung" "double bind", "injonctions paradoxales" ou "moi groupal" (qui n’ont certainement aucun secret pour vous) bien qu’ils eussent fait plus savants sur la toile.
      Je remarque en outre que vous ne semblez pas percevoir la dimension interrogative et prudente de ce questionnement (le titre notamment), qui est plutôt humoristique (la fin), et que vous ne relevez pas que l’"incohérence" que vous signalez est malheureusement un des symptômes, parmi d’autres, de la schizophrénie.
      Cet article n’avait d’autre but que d’établir des liens entre des domaines habituellement séparés pour tenter de comprendre mieux certains faits actuels mais cela nécessite de pouvoir jouer, ne serait-ce qu’un instant, avec des métaphores et des images, au lieu d’utiliser une pensée opératoire.

    • Aspiral Aspiral 6 mars 2008 17:25

      pour moi c’est notre civilisation toute entière qui est schizophrène... et JE suis supposé compétent !


      • ben ben 7 mars 2008 08:53

        Article intéressant, qui change du blabla habituel d’agoravox.

        Un titre plus accocheur, comme par exemple "Sarkozy schizophrène", voire "Sarkozy nazi schizophrène" vous aurait cependant amené un public plus vaste !

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