• mercredi 8 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Politique > La France tentée par un bon tyran ?
20%
D'accord avec l'article ?
 
80%
(10 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

La France tentée par un bon tyran ?

Les Français tiennent-ils vraiment à la démocratie ? Que dire, alors que l’on vient de vivre une abstention record aux élections européennes ? Difficulté à comprendre l’Europe, certes, mais l’abstention électorale est un mal récurrent. Voilà une question intéressante du point de vue du storytelling, parce que la réponse est de nature à transformer sérieusement les histoires que nous vivons.

Le 26 mai dernier sur France Inter, Pierre Rosanvallon, historien et professeur au Collège de France, également président de l’association La République des idées, déclarait que la démocratie ne se résume pas au vote, mais que sans vote il n’y a pas de démocratie.

Avec l’abstention record des Européennes, ne peut-on pas soupçonner également de la part des Français une tentation sourde de renoncer à la démocratie pour appeler à l’avènement de ce qu’on appelait dans la Rome et surtout la Grèce antique un « bon tyran » ?

Qu’il y ait ou non un « bon tyran » potentiel prêt à prendre le job, ça c’est une autre question.

Mais qu’est-ce qu’un bon tyran ?

Initialement, tyran signifiait « maître », « chef ».

Dans la Grèce antique, le « bon tyran » est apprécié par le peuple, qui le soutient (même si le contraire n’aurait rien changé à l’ordre des choses).

Le tyran Cypsélos de Corinthe pouvait, paraît-il, se promener sans gardes en pleine ville sans risquer quoi que ce soit. Aucun dirigeant d’aujourd’hui ne pourrait se le permettre. Le fils de Cypsélos, le tyran Périandre, est même classé parmi les 7 Sages de la Grèce antique, lui dont la devise était « prudence en toute chose ».

Et si Jules César portait le titre de dictateur, c’est bien parce que le peuple romain, plein d’admiration, le lui avait décerné.

Un bon tyran était à l’époque un chef qui régnait sans partage et parfois par la terreur (Cypsélos et Périandre liquidèrent les aristocrates), mais faisait le bien autour de lui.

Cypsélos est par exemple connu pour avoir réparti les terres agricoles de manière plus équitable. Périandre supprima les impôts à Corinthe tout en réalisant des grands travaux.

Sans que cela ne soit en rien rassurant, ne peut-on pas voir dans l’indifférence populaire face à des propositions ou décisions gouvernementales jugées liberticides par les parties adverses mais en tout cas marquées par la volonté de redonner en toute légitimité de la vigueur à la valeur « autorité », l’amorce, de la part des Français, d’un appel du pied pour aller encore plus loin ?

Resterait encore, donc, à trouver quelqu’un qui accepterait d’être ce bon tyran.

Aristote observait déjà que lorsque le peuple se sent menacé dans sa suprématie il se choisit un protecteur et les oligarques (lorsqu’un groupe restreint d’individus concentre le pouvoir) un tyran.

Platon ajoutait que « tout excès provoque une réaction en sens contraire », une tyrannie naissant donc d’une grande liberté.

Les qualités du bon tyran : ses partisans sont plus nombreux que ses détracteurs, il protège son peuple en persuadant riches et pauvres que leur salut dépend de son maintien au pouvoir et il évitera la haine et le mépris en récompensant lui-même ceux qui le mérite et en laissant châtier par d’autres.

Machiavel conseillait aussi au tyran d’être intelligemment cruel, c’est-à-dire juste au début pour assurer la prise de pouvoir sans poursuivre, en laissant place à une politique recherchant le bien des sujets.

Parmi les tactiques proposées par Machiavel : la délégation de la cruauté à un expert en la matière, exécuté dès sa tâche accomplie, pour le remplacer par de vrais organes de justice.

Autres conseils de Machiavel : paraître pitoyable, être fidèle, intègre, humain, religieux... en étant prêt à faire le contraire si nécessaire.

Autre habileté encore, soulignée par l’Académicien et homme de la droite extrême Jacques Bainville, en parlant du dictateur athénien Périclès : « son habileté consista à persuader le peuple qu’il se gouvernait lui-même alors qu’en réalité ce qui lui était proposé avait été filtré de tout antagonisme".

Gare pourtant à celui qui accepterait le rôle de bon tyran : à la fin de l’histoire, les tyrans sont la plupart du temps assassinés.

Plus d’infos sur le storytelling : http://storytelling.over-blog.fr

par StevDang (son site) mercredi 17 juin 2009 - 20 réactions
20%
D'accord avec l'article ?
 
80%
(10 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Gabriel (xxx.xxx.xxx.98) 17 juin 2009 12:03
    Gabriel

    Bonjour,

    Je ne pense pas que nous attendions un bon tyran comme vous le supposez. Il faut comprendre :

    1°) les électeurs votent pour un candidat qui a présenté un programme, malheureusement une fois élu il fait le contraire de ce qu’il a dit. Que faire ?

    2°) Un référendum a lieu, le résultat ne plait pas au dirigeant et il le refait voter par ces amis. Que faire ?

    3°) La majorité du peuple est contre tel ou tel réforme, le dirigeant s’en fout. Que faire ?

    Tous ces exemples sont des insultes à la démocratie, donc le doux tyran nous l’avons déjà. Quant au vote cela devient une parodie de démocratie. 

  • Par Vilain petit canard (xxx.xxx.xxx.67) 17 juin 2009 15:58
    Vilain petit canard

    Un tyran, au sens grec (ancien), c’est un dirigeant qui a le pouvoir sans être passé par la légitimation dynastique (en général en le prenant par la force). Denys, tyran de Syracuse (l’homme de l’épée de Damoclès), a un fils (appelé lui aussi Denys), qui ne peut pas être appelé tyran, puisque son père lui transmet le pouvoir (et il se fera lourder au bout de quelques années). Notre Président est donc un tyran au sens antique, prétendument légitimé par une consultation populaire.

    Consultation sur laquelle le peuple n’a en fait aucune prise, ni sur la date, ni sur le choix des candidats proposés, ni sur l’agenda médiatique de propagande qui découle. Au point où on en est, il vaudrait mieux adopter la formule du plébiscite (vous êtes pour ou contre moi ?), qui serait plus économique et plus claire.

    En fait, une caste bien délimitée de politiciens professionnels choisit ses "candidats" à intervalles plus ou moins réguliers, nous les montre, nous demande de choisir parmi eux, puis nous explique que tout ça c’est nous qui avons décidé, et donc qu’on va être forcément d’accord avec eux. Du coup, après, ils font n’importe quoi, jusqu’à la prochaine mascarade.

    De toute façon si un candidat ne passe pas, on nous le représentera jusqu’à ce que, par épuisement, on finisse par le laisser passer. De même si par malheur ou manque de bol, la réponse est "non", on va repasser le truc jusqu’à ce que ce soit le "oui" qui sorte.

    A l’intérieur de la caste, il y a toute fois différents camps (factions, partis), c’est une tribu comme une autre, d’une remarquable unité malgré les divergences apparentes. Regardez nos fameux partis, paraît-il si différents : ils sont tous passés par les mêmes écoles (ENA...), viennent du même milieu social, se comportent pareil à la télé, etc. Ils pourraient tous passer chez Drucker, c’est d’ailleurs un bon indicateur de compatibilité à l’intérieur de cette tribu dominante. Vous trouvez que j’éxagère ? Imaginez Obama chez Drucker, vous verrez, il ne passe pas aux standards français. Ou Ahmaninejad, ou Angela Merkel, ou encore Omar Bongo, tiens.

    En face du tyran, un prétendu contre-pouvoir, c’est-à-dire deux Chambres composées de membres de la même caste, joue à s’opposer, plus fréquemment courbe l’échine devant le nouveau Maître - en espérant avoir un bout du gâteau le prochain tour. Donc, pas de contre-piuvoir, mais un co-pouvoir, dont le rôle rappelle celui du choeur des tragédies antiques, qui souligne et rythme l’action du tyran.

    Et nous on paie la redevance télé pour avoir le droit de les regarder faire les cons avec notre fric, qui avec sa nana au bras, qui avec sa lubie bien-pensante. Dans mille ans, les historiens qui présenteront notre époque en cours diront : ah vous savez, on arrive à une période marrante, les gens étaient vraiment cons, ils laissaient faire tout ça sans réagir, c’est dingue, vous vous rendez compte ?

    Démocratie, vous me faites rigoler.

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.22) 17 juin 2009 15:14
    non666

    J’en suis au meme point que vous Gabriel.

    La seule diffrence , c’est que je suis un peu plus loin que vous dans le questionnement.
    La seule reponse est evidente et a déjà été trouvée en 1789.
    La guillotine ne racourci pas que les corps , mais egalement l’ arrogance des "elites".

  • Par Cogno2 (xxx.xxx.xxx.178) 17 juin 2009 14:58

    Cherchez déjà les causes de l’abstention, avant d’en tirer des conclusions grotesques.

    J’ai décidé d’arrêter de voter car j’en ai assez de voter "contre". Les gens s’imagine qu’en votant "contre" un candidat, on vote "pour" l’autre, c’est ce qui m’a décidé à arrêter de cautionner ce fouttage de gueule qu’est devenu le vote.
    Alors en attendant le jour ou peut être, dans un lointain futur, je pourrai voter "pour", et bien je m’abstient.

    Les politiques s’assoient sur les votes des gens, la tyranie est déjà la, c’est celle de l’intérêt privé.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox