Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > La gauche doit aussi défendre les nouvelles classes populaires

La gauche doit aussi défendre les nouvelles classes populaires

Dans un article publié dans La Revue du Projet de septembre 2011, Olivier Ferrand revient sur les nouvelles classes populaires analysées dans le rapport de Terra Nova "Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?". Jeunes peu qualifiés et mères célibataires frappés par le précariat, blacks et beurs de banlieue discriminés à l'embauche, ouvriers au chômage de longue durée : ce sont ces nouvelles classes populaires que la gauche doit défendre, en déconstruisant un discours prompt à en faire une population d'"assistés", alors même qu'une grande part vit sous le seuil de pauvreté. 

Le terme de « classes populaires » est source d’une grande confusion politique. Cette confusion est à l’origine de la polémique qui a entouré la publication du rapport de Terra Nova sur la stratégie électorale[1].

On nous a accusés de vouloir abandonner les classes populaires au Front national. Rien n’est plus faux. Ce que nous avons dit, c’est que les classes populaires d’aujourd’hui ne sont plus celles d’hier. Les classes populaires de 1981, c’étaient les ouvriers et employés en emploi. Leur cœur : la classe ouvrière. Leur figure emblématique : l’OS à l’usine. Ils étaient tous intégrés, en emploi stable (CDI), car ils vivaient dans la société du plein emploi. Dans la société en crise de 2012, la réalité des classes populaires n’est plus celle-là. À côté de ces classes populaires intégrées, il y a aujourd’hui une masse nouvelle de classes populaires déclassées, qui ont une relation plus ou moins éloignée à l’emploi. Le phénomène récent, c’est l’explosion du précariat. En 2010, sur 19 millions de contrats de travail signés en France, 12 sont des contrats de moins de… un mois ! Au total, il y a aujourd’hui en France six millions de précaires (CDD, intérim, temps partiel subi), auxquels s’ajoutent trois millions de chômeurs, et encore trois millions d’exclus qui ne cherchent même plus un travail. Soit douze millions d’outsiders, 40 % de l’ensemble de la population active.

 
Quels sont les visages de ces nouvelles classes populaires ?
 
Ce sont des jeunes peu qualifiés en galère de petits boulots en CDD, des mères célibataires employées à temps partiel fragmenté, des blacks et des beurs de banlieue discriminés à l’embauche, des ouvriers en chômage de longue durée… Les nouvelles classes populaires sont les principales victimes de notre société en crise. Elles ont les revenus les plus modestes et vivent le plus souvent sous le seuil de pauvreté. Elles sont les variables d’ajustement à la crise : 80 % des destructions d’emploi subies depuis 2008 ont été subies par les travailleurs précaires. Ce sont eux, les « gueux » dont parle Jean-Luc Mélenchon.
 
Pire encore, ces populations sont violentées politiquement, en butte à la vindicte populiste du FN et de l’UMP radicalisée. Elles sont agressées dans leur identité culturelle : les « jeunes » fainéants, la « racaille » de banlieue, les Français de l’immigration rejetés comme des étrangers sur leur propre sol. Et elles sont stigmatisées socialement comme « assistées ». À 466 euros, nous avons pourtant les minima sociaux parmi les plus faibles d’Europe : 35 % à peine du revenu médian, une misère, contre 60 % en moyenne dans l’Union européenne et 80 % dans les pays les plus solidaires (pays nordiques, Allemagne, Pays-Bas).
 
Le problème, c’est que la plupart des politiques et des intellectuels de gauche continuent à faire référence aux classes populaires de 1981. Quand ils parlent des « classes populaires », ils pensent en fait « classes populaires intégrées » et ils ne voient pas les nouvelles classes populaires déclassées. « Les classes populaires, c’est le salariat », dit Olivier Dartigolles, le porte-parole du Parti communiste. Or justement, la majorité des classes populaires actuelles ne fait pas partie du salariat ! Les nouvelles classes populaires sont un angle mort du discours politique de gauche, dont l’imaginaire demeure associé aux référents d’hier, incarnés par l’ouvrier à l’usine en CDI.
 
Le message de Terra Nova est simple. La droite sarkozyste a dressé la « France qui se lève tôt » contre les « assistés ». Il ne faut pas la suivre dans cette voie délétère. La gauche doit défendre aussi les nouvelles classes populaires.


[1]Olivier Ferrand et Bruno Jeanbart, « Gauche : quelle stratégie électorale pour 2012 ? » (rapport de Terra Nova, mai 2011 : http://www.tnova.fr/essai/gauche-quelle-majorit-lectorale-pour-2012)

Moyenne des avis sur cet article :  2.26/5   (19 votes)




Réagissez à l'article

8 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 21 octobre 2011 09:04

    La seule ligne de rupture pour donner espoir au peuple et à tous ceux qui
    souffrent du capitalisme, c’est le NON de gauche à la constitution européenne. Il
    est complètement incohérent que ceux à gauche qui ont voté « non » passent des
    accords avec ceux qui ont pris position pour le « oui » : ce sont deux choix de
    société complètement différents. Ce ne peut être que des accords de
    circonstances ! Mais apparemment le choix des appareils politiques sera une
    nouvelle foi de privilégier les alliances stratégiques…..et économiques
    nécessaire à la survie de certains.
    http://2ccr.unblog.fr/2011/09/21/sondages-sondages/


    • zelectron zelectron 21 octobre 2011 11:07

      Ah, bon ? elle ne les défendais pas avant ?




      • SI F HOLLANDE JOUE LE JEU DU CENTRE ET DE LA MOITIE DE L UMP....L’ AUTRE 

        MOTIE JOUANT LE JEU DU FN....................

        NOUS LE REMPLACERONS EN 2017 POUR ELIRE A MONTEBOURG AVEC COMME 1ER MINISTRE J L MELENCHON AVEC LE FG /PCF PAR LES URNES OU PLUTOT SI LE GOUVERNEMENT ET LES DEPUTES ET SENATEURS.. N’ ARRETENT PAS LEURS MAGOUILLES............................... OU .AVANT PAR LA RUE...
        COMME DIT MELENCHON IL A TOUT INTERET A SE « GAUCHIFIER »......................ET A NOMMER DES MINISTRES JEUNES PAS QUE DES ELEPHANTS DE LA RIE SOLFERINO



      • bnosec bnosec 21 octobre 2011 12:24

        Aaaaaaah d’accord....
        2017 vous dites ?
        Bon bah on se rappelle et on se fait une bouffe en avril 2017 alors ?


      • Nanar M Nanar M 21 octobre 2011 13:02

        2017 mais ça va pas non.
        Mélenchon c’est pour 2012 !


      • Scual 21 octobre 2011 12:23

        De toute façon, quand quelqu’un dit « la gauche » c’est déjà de la manipulation alors...


        • Pie 3,14 21 octobre 2011 23:05

          Tout à fait d’accord avec ce point de vue ;

          Les classes populaires d’aujourd’hui sont d’abord composées de personnes pour lesquelles le travail régulier n’est plus la règle.
          Elles naviguent entre CCD et chômage plus aide sociale, géographiquement occupent plutôt les zones de relégation.
          Rien à voir avec la classe ouvrière traditionnelle.


          • bigglop bigglop 22 octobre 2011 00:49

            Bonjour à tous,
            Terra Nova, think tank libéral et agence de communication du Parti Socialiste qui n’a plus de socialiste que le nom depuis longtemps. Un parti politique plutôt au centre, type social-démocrate ou social-libéral mais plus du tout un parti de gauche.
            L. Jospin disait « mon programme est tout sauf socialiste » ce qui était la vérité pour une fois.
            Depuis les années 80/90 la sociologie des adhérents du PS s’est radicalement transformée avec la quasi-disparition des « classes » populaires, des ouvriers, employés, maîtrise et quelques petits patrons pour favoriser la classe moyenne constituée essentiellement de fonctionnaires, surtout Education Nationale, de cadres moyens et supérieurs (privé, public).
            Cependant, les cadres sont issus des formations les plus « prestigieuses » comme l’ENA, Sciences-Po, INSEAD, Normale Sup, Polytechnique, mais aussi de familles plutôt bourgeoises sans citer de nom
            Il faut appeler de tous nos voeux un rassemblement des citoyens en dehors des partis politiques qui ont fait faillite par le vote utile pour élire le « moins pire ». Parmi nous existent des femmes et des hommes qui possèdent les qualités, les compétences pour gérer la France dans le sens de Politis ou l’art de gérer la Cité

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès