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Accueil du site > Actualités > Politique > La guerre des Guest Stars

La guerre des Guest Stars

Parce que les électeurs votent pour un candidat, ses idées, et les célébrités qui viennent l’applaudir, Sarkozy et les autres candidats au Château remplissent leur carnet d’adresses.

La politique n’est pas qu’une affaire de grandes déclarations, de professions de foi, de promesses à ne pas tenir ou de grands principes. C’est aussi, et de plus en plus, une question d’image. Il faut passer, et bien si possible, à la télévision, dans la presse écrite, et pas seulement dans les chaînes à vocation culturelle (s’il y en a) et pas seulement dans les grands quotidiens du soir (s’il en reste). Il faut être bon partout : sur Canal+ comme sur M6, dans Gala comme dans La Tribune. Et pour être « bon » sur (au hasard) M6, c’est-à-dire faire de l’audimat, il faut de préférence apparaître en compagnie sinon galante, au moins populaire.

Sarkozy l’a compris, d’autres avant lui, mais lui à un point jamais atteint. Pour se tailler un costume de « super star » de la politique, il s’est attaché à attirer les objectifs de tous les paparazzis de France et d’ailleurs. Avec sa femme, sans elle, avec Tom Cruise ou Didier Barbelivien, il s’est appliqué, méticuleusement, patiemment, à figurer partout où on pouvait le voir : devant une barre HLM ou sur une pirogue, sur un yacht ou au Stade de France. Une stratégie à la Paris Hilton, qu’on voit partout sans qu’elle fasse quoi que ce soit.

Sarkozy, lui, travaille, dans ses différents ministères, court beaucoup, parle énormément, transpire abondamment et gesticule plus qu’il ne faut, mais avec une seule idée en tête : ne pas passer inaperçu. Remplir. Occuper l’espace. Sa stratégie a pour l’instant, plutôt été payante : il apparaît aujourd’hui comme l’incontournable de la politique française. Qu’on l’aime ou qu’il fasse peur, chacun a un avis sur lui. Tout le monde a quelque chose à dire sur Sarkozy. Rarement même un politique, de droite ou de gauche, aura autant monopolisé l’attention que le ministre actuel de l’Intérieur. Il est l’objet de billets quotidiens, de reportages, d’analyses, de sketchs, de chansons, pour certains le croquemitaine, pour d’autres l’homme providentiel. Les « people », ces vecteurs de popularité indispensables aujourd’hui à tout politique qui se respecte, n’échappent pas à la règle et se déchirent entre eux, entre ceux qui osent soutenir (à voix basse) la bête et ceux qui (bruyamment) le conchient.

Où en est-on, aujourd’hui ? Côté vieux, Sarkozy a réussi à chiper Johnny à Bernadette Chirac, et Pascal Sevran à Mitterrand. Côté jeune, Doc Gynéco et Steevy ont succombé aux charmes du caporal de Neuilly. Ajoutez-y une pincée de Christian Jacquouille Clavier et un zest de Jean de Montmirail Reno, et vous aurez une idée du cocktail Sarkozy. De l’autre côté, de l’autre bord, du côté de ceux qui ne peuvent pas voir Sarko en peinture, qui le jugent « dangereux », on trouve de fines fleurs comme Joey Starr ou Benjamin Biolay, des Cali (le Perpignanais niais) et des Josiane Balasko, bien sûr, et du Renaud, comment l’oublier, Renaud, qui a repris sa guitare et son verbe d’antan pour taper sur les bobos et les fachos, les Ségo et les Sarko, comme quoi arrêter l’alcool ne suffit pas pour retrouver l’inspiration. Tous ces anti-Sarko ne roulent pas forcément pour Royal d’ailleurs, puisque, par exemple, Joey Starr, rangé des voitures brûlées depuis sa paternité, est proche du facteur de la LCR, Besancenot, un mariage de la carpe et du marteau assez amusant, croisement entre NTM et l’Internationale.

On le voit, Sarko n’a pas le monopole des people, tout le monde y vient, à gauche comme au centre, ça coûte moins cher qu’une campagne électorale, et puis bon, quelques voix se ramassent à la pelle sur le canapé de Drucker.

Pour convaincre son électorat, il faut l’intéresser. Deux heures avec Nicolas qui expose ses idées, c’est plutôt rébarbatif, alors que deux heures avec Christian Clavier qui raconte ses souvenirs et invite son ami Nicolas, ça passe mieux. Pompidou avait compris la fascination des Français pour « la bagnole », Sarkozy, lui, et tous ses confrères, et consoeurs politiques, savent qu’aujourd’hui l’électeur moyen est fasciné par les vedettes, les stars, les people et leurs fréquentations. L’opinion des journalistes politiques compte moins qu’un concert à Bercy, et les livre dits sérieux sur les différents candidats ne se lisent pas, sauf Sexus Politicus, gros succès de la rentrée, qui soulève les draps et regarde sous les jupes... Le reste, la jeunesse de Sarko ou la ressemblance de Ségolène avec la Joconde, tout le monde s’en cogne.

Le serpent se mord aujourd’hui la queue, et les people se croient obligés, désormais, d’afficher leur couleur, de brandir leurs étendards sur les plateaux télé, surtout à la veille des élections. Et la caricature n’échappe pas au déballage : les salauds opportunistes sont pro-Sarko, et les bons intermittents sont pour Ségo. On entend ainsi Biolay faire la leçon à Steevy, sous prétexte qu’il ne « comprend rien à la politique et ose soutenir Sarkozy ». A quand un débat Biolay/Steevy ou Joey/Gynéco, qu’on s’amuse enfin sur la chaîne parlementaire ! Des primaires pour les people ! Une confrontation Sevran/Jamel, vite !

Finalement, Sarkozy n’aura fait qu’amplifier ce phénomène, et ceux qui l’ont pour cela tancé se sont empressés par la suite et en tailleur de lui emboîter le pas. C’est sans doute pour cela que la politique française ne se conjugue plus sans ce ministre de l’intérieur qui soigne ses extérieurs : ce « talent » qu’il possède d’imposer à tous sa façon de faire. De dicter ses règles. Même Royal n’échappe pas au panneau : quand Sarko parle de tolérance zéro, elle parle d’ordre juste, quand Sarkozy prétend que les Français pensent comme lui, elle répond qu’elle n’a pas peur du peuple. Du pareil au même. Du coup, on tranchera sur la garniture : Jamel ou Sevran ? Un concert de Johnny ou une cure de Renaud ? Les joints du docteur ou les griffes du Jaguarr ? Le chapeau de Mireille ou celui de Tata Yoyo ?

La guerre des Guest Stars a de beaux « prime time » devant elle.


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9 réactions à cet article    


  • (---.---.162.15) 24 octobre 2006 15:05

    Marre de ce genre d’articles...

    Am.


    • demain encore (---.---.241.223) 24 octobre 2006 17:20

      Cher lilian massoulier. Quelle plume productive, je lis vos articles le midi pendant ma pause repas et... ça fait du bien de sourire. D’accord, pas d’accord, là n’est pas la question, vous pensez, vous faites partager et ça suffit ! A demain ?

      PS : Du difficile exercice d’être critique(rédacteur ou « commentateur ») sans se croire au dessus de la mêlé.


      • Sam (---.---.116.120) 24 octobre 2006 17:29

        SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP.SarkoSego STOP. smiley


        • miteny (---.---.165.158) 24 octobre 2006 19:50

          Sarkozy n’a qu’à s’afficher avec Paris Hilton. Ils ont à peu près la même ambition : séduire les imb..


          • TEO (---.---.76.217) 24 octobre 2006 20:08

            Zut ! j’ai perdu 3 mn à vous lire...


            • olivier92120 (---.---.125.25) 25 octobre 2006 12:32

              Je trouve cela tout bonnement consternant. Le show à l’américaine en quelque sorte.Je suis dépité par cette déliquescence de nos exécutifs.Mettons un terme à la politique spectacle. Des idées, des objectifs clairs et la société saura retrouver du coeur à l’ouvrage.Je dis non au misérabilisme et à la sinistrose ambiante.

              Olivier


              • Dragoncat (---.---.246.87) 26 octobre 2006 10:50

                C’est bien vu.

                Il ne reste plus qu’un problème à soulever, celui des médias français qui jouent ce jeu avec délectation.

                Au-delà des candidats qui se montrent avec la vedette du jour, jeu pitoyable qui ne fait pas l’honneur du métier politique, il y a ceux qui font le choix de diffuser ce type de programme. Ceux qui préfère faire leur communication sur la Star Académy plutôt que sur des (ex) émissions comme « 7 sur 7 ».

                Les débats politiques ont disparu ou sont programmé, comme l’émission de Christine Ockrent, tellement tard dans la soirée qu’elles vont bientôt commencer après minuit.

                Je reprend encore une fois la phrase de Coluche : « ils voudraient qu’on soit intelligent et ils nous prennent pour des cons. Comment qu’on fait alors ? »


                • Ksty (---.---.170.245) 27 octobre 2006 17:48

                  Du vent et de la poussière.


                  • jltisserand (---.---.166.170) 3 mars 2007 08:47

                    Mr Massoulier j’adore votre « plume ». J’aurais voulu savoir comme vous relever l’incoherence de nos politiques, la betise de nos peoples et aussi ecrire la sottise de ceux qui passent leur temps a critiquer les ecrits des auteurs d’Agoravox.

                    Merci

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