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La guerre des roses

Le congrès de Reims n’a servi à rien puisque aucune avancée n’a pu voir le jour dans un PS au bord de l’éclatement.

Il y aura donc trois candidats au poste de premier secrétaire du PS qui sera désigné par les militants socialistes le 20 novembre 2008.

Ce congrès de Reims 2008 est donc pire que le congrès de Rennes 1990 qui avait quand même réussi à aboutir à la désignation unanime de Pierre Mauroy comme premier secrétaire (il l’était déjà depuis 1988).

Après un nuit de tractations (du 15 au 16 novembre 2008) qui n’ont pas pu conclure, la situation du PS est plus que confuse.

On se demanderait même pourquoi François Hollande ne reviendrait pas dans le jeu, tellement tout est confus et sa présence, certes molle, à la tête du PS serait un pis-aller.

Le congrès de Reims n’a donc servi à rien puisqu’il reste autant de divisions à la fin qu’au début. Les traditionnelles synthèses n’ont été d’aucun secours cette année.

Résultat, les militants seront amenés à départager les candidats au poste de premier secrétaire le 20 novembre 2008 et, le cas échéant, le 21 novembre 2008 en cas de second tour (si au premier, aucun candidat n’obtient la majorité absolue).

Une procédure qui ressemble à s’y méprendre à la primaire socialiste de novembre 2006 et qui avait avantagé Ségolène Royal.

Et surtout, une procédure plus "présidentielle" que "parlementaire", c’est-à-dire moins portée à la tradition du Parti socialiste mais plus adaptée au régime de la Ve République. Encore une fois, une procédure qui avantage la démarche de Ségolène Royal plus gaullienne ("moi et les militants") que politicienne ("moi et les apparatchiks").

Donc, reprenons les trois candidatures au poste de premier secrétaire : Benoît Hamon, Martine Aubry et Ségolène Royal.


1. Benoît Hamon (19% dans l’échelle du PS).

Il a refusé de se désister en faveur d’un front uni tout sauf Royal (Sego delenda est). En ce sens, cela lui permettrait d’intégrer la nouvelle direction du PS quelle que soit l’issue du vote.

Atouts : Il est jeune (41 ans) et représente une nouvelle génération. Il a déjà de l’expérience politique (il est député européen) et il a un charisme sympathique qui montre un homme ouvert et pas enfermé dans un égocentrisme ravageur (rare parmi les éléphants). Il a donc un grand avenir devant lui (espérons qu’il n’ait pas un avenir de dinosaure). De plus, en n’étant pas "présidentiable" (si on est lucide), il pourrait remettre le PS au travail sans arrière-pensée électorale.

Handicaps : Revers de la médaille, en n’étant pas présidentiable, sa présence à la tête du PS rendrait plus difficile le succès d’un candidat socialiste à la prochaine élection présidentielle, répétant l’erreur de 2007 (un candidat avec un appareil partisan qui ne vont pas dans le même sens, une chose impensable tant à l’UMP qu’au MoDem). Par ailleurs, représentant l’aile gauche, Benoît Hamon est le moins à même de convaincre les électeurs hésitants sur la capacité du PS à revenir au pouvoir. Il rassemblerait mieux les militants mais il y aurait risque d’érosion électorale de l’aile droite vers le MoDem. Et il ne représente que 19%.


2. Martine Aubry (24% dans l’échelle du PS).

Ses hésitations pour se présenter au PS ont été nombreuses : elle refusait de le faire le samedi 15 mais a changé d’avis dans la nuit qui suivit.

Atouts  : Elle est une vraie militante socialiste et a un véritable ancrage à gauche malgré sa gestion centriste de Lille. Fille de Jacques Delors, plusieurs fois ministre d’importance, dauphine de Lionel Jospin, elle a une stature nationale indéniable. Elle sait travailler de façon collective et ne pas miser que sur l’apparence.

Handicaps : Les 35 heures est son principal passif (malgré elle d’ailleurs). Elle cultive de l’ambition personnelle mais n’est soutenue par Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius que de façon ponctuelle pour faire barrage à Ségolène Royal. En cas de succès (Royal éliminée), fabiusiens et strauss-kahniens risquent fort de se chamailler et de faire défaut à Martine Aubry. Autre handicap : Martine Aubry ne dispose pas d’une équipe issue de l’appareil (contrairement à Bertrand Delanoë) et elle est soutenue dans sa candidature par de véritables dinosaures du PS : Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Lionel Jospin, Michel Rocard... qui ne semblent pas être le signe d’un renouvellement de génération.


3. Ségolène Royal (29% dans l’échelle du PS).

Elle l’avait joué le suspens pendant toute la semaine qui a précédé le congrès et s’est finalement engagée au début du week-end.

Atouts : Depuis quelques mois, Ségolène Royal a décidé de prendre d’assaut la direction du parti dont l’appareil lui est étranger (comme Mitterrand en 1971 toujours au PS, Chirac en 1974 à l’UDR ou encore Bayrou en 1994 au CDS). Elle a su très habilement manœuvrer pour rassembler des élus locaux (Collomb, Guérini) qui lui assurèrent la première place dans le vote du 6 novembre 2008 (alors que Delanoë était donné favori). Elle représente une véritable "révolution culturelle" dans les pratiques politiques au sein du PS, une meilleure écoute de la base et un court-circuitage des instances intermédiaires. Une sorte de coup de pied dans la fourmilière ou plutôt, dans l’éléphantière ! Enfin, c’est sans doute la seule candidate qui pourrait conduire de nombreux électeurs du MoDem à reporter leur vote sur elle lors d’un second tour présidentiel. Autre atout : Ségolène Royal mettrait en avant Vincent Peillon, de la nouvelle génération, et encouragerait la prise de responsabilité d’autres "jeunes" (en fait, pas si jeunes que ça si on songe que Fabius est devenu Premier Ministre à 37 ans !) comme Manuel Valls ou Julien Dray. Par ailleurs, depuis quelques semaines, elle jouit de la sympathie de la presse qui apprécie peu les lynchages collectifs.

Handicaps : Ses idées sont assez creuses. Son concept de "démocratie participative" est assez hypocrite. Elle irrite beaucoup de militants socialistes avec ses grands shows paillettes à l’américaine. Son ambition terrible la rend très condescendante et travailler avec elle est un véritable sacrifice personnel (il suffit d’interroger le premier vice-président du Conseil régional du Poitou-Charentes Jean-François Fountaine pour se faire une idée).


Et Bertrand Delanoë dans tout ça ?

Son échec du 6 novembre 2008 a été une catastrophe pour son ego. Bertrand Delanoë qui était sûr de devenir premier secrétaire à Reims avec l’appui de tout l’appareil sortant (dont François Hollande) tombe de haut. Au début du congrès, il a songé encourager la candidature d’un de ses représentants, Harlem Désir (ancien président fondateur de SOS-Racisme) ou encore Pierre Moscovici.

Le problème, c’est que son camp est très divisé lui-même, car il a rassemblé beaucoup d’ambitieux sûrs d’avoir choisi la motion gagnante (dommage pour eux) et ils se partagent entre des partisans du front anti-royal (rocardiens, jospinistes) et des delanoïstes de circonstance, pragmatiques, comme François Hollande, qui préfèrent Ségolène Royal à l’aile gauche.

Bertrand Delanoë ne concevait un front Delanoë-Aubry-Hamon que sous son propre panache car il était arrivé en deuxième position après Ségolène Royal.

En ne s’impliquant plus, il croit préserver ses chances pour l’élection présidentielle de 2012. Je pense qu’il fait là une grossière erreur.


Pas de "second couteau"

Aucun second couteau ne sera donc invité à participer aux olympiades du 20 novembre 2008. Et pourtant, les talents ne manquaient pas : Vincent Peillon (il serait l’adjoint de Ségolène Royal en cas de succès), Manuel Valls, Pierre Moscovici, Julien Dray, Arnaud Montebourg…

C’est à la fois un inconvénient (pas de renouvellement au sein du PS) mais aussi un avantage (l’enjeu du poste est trop important pour le laisser à un non-présidentiable).


Qui a gagné à Reims ?

Vu l’échec total, on serait tenté de dire : personne, et en aucun cas les militants socialistes qui doivent être meurtris de l’image que donne leur parti dans les médias.

Mais concrètement, deux personnalités à l’évidence ont gagné par rapport à leur situation il y a quelques mois.

D’une part, Ségolène Royal est revenue faire la course en tête et même si elle fait l’objet de nombreuses attaques, elle a évité à Reims la constitution d’un front anti-royaliste qui aurait pu lui être fatal. Elle a montré une réelle habileté dans les obscures procédures du Parti socialiste et s’est présentée comme ouverte et envieuse de rassemblement. Malgré son échec d’union, elle reste la favorite du scrutin du 20 novembre 2008 (au grand dam des jospinistes, des fabiusiens et des rocardiens) et elle a fait preuve d’un véritable courage politique traduit par de l’audace et de la détermination.

D’autre part, Benoît Hamon qui, avant novembre, ne bénéficiait pas de la notoriété nationale des vieux éléphants et qui, désormais, joue dans la cour des grands. Il a évité l’érosion de son courant après le départ inopiné de Jean-Luc Mélenchon. Dans tous les cas, ce poulain de Henri Emmanuelli va devoir compter au sein de la prochaine direction du PS et devient un espoir réel pour les tenants de l’aile gauche.


Qui a perdu ?

Le premier perdant est évidemment Bertrand Delanoë qui a tellement eu peur qu’il a abandonné toute velléité (même par procuration) de diriger le PS. Son amour-propre a dû en prendre un sacré coup, se voyant peu aimé au niveau national mais aussi au niveau parisien avec moins de 40% d’adhésion à sa motion. En refusant de faire concourir sa motion le 20 novembre 2008, il perd toute capacité de rapport de forces dans la direction du PS. Cela révèle aussi une véritable hétérogénéité de son courant (entre hollandais, moscovicistes, delanoïstes, rocardiens, jospinistes etc.) pourtant basé sur l’appareil sortant du PS et les nombreux élus locaux victorieux dans des collectivités UMP sortantes en 2004 et 2008.

L’autre perdant, c’est bien sûr François Hollande qui, après onze ans de règne (un record de longévité depuis 1969), laisse un PS en quasi-coma profond, en pleine tempête d’ego et sous les fous rires de ses adversaires, à tel point qu’il a annulé son discours de clôture.


Rendez-vous le 20 novembre 2008… et après

On pourrait croire que les militants statueront définitivement en fin de semaine sur la future direction socialiste. Il n’en est rien.

Effectivement, un premier secrétaire sera élu à l’issue de ce second vote des militants, mais il devra gérer un PS dont la direction sera complètement divisée car ses membres sont désignés à la représentation proportionnelle intégrale (une aberration dans le fonctionnement d’un parti politique).

De deux choses l’une : ou le futur premier secrétaire élu (je devrais mettre au féminin puisque c’est la plus forte probabilité, deux sur trois) réussira à trouver une majorité stable à la direction du PS le 22 novembre 2008… ou le risque d’éclatement est très grand (en cas d’échec, Royal continuerait sa marche vers 2012 ; en cas de succès, Royal pourrait faire fuir les Rocard, Jospin etc. vers la sortie à l’instar de Mélenchon).

Et un PS éclaté en deux entités, l’une moderne et aile centriste, l’autre traditionnelle et aile gauche, ne serait pas bien grave si ce n’est qu’il serait aussi divisé géographiquement (la plupart des fédérations sont complètement royalistes ou anti-royalistes) et serait en 2012 bien incapable de mettre en branle une machine de guerre efficace contre les candidatures de Nicolas Sarkozy et de François Bayrou à l’élection présidentielle.


Socialiste ?
Vous avez dit socialiste ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 novembre 2008)


Pour aller plus loin :

Pire que Rennes !

Bayrou s’invite à Reims.

Tu veux ou tu veux pas ?

Géopolitique des crabes.

Analyses sur le PS.

Le congrès de Reims et ses motions en pratique.

Histoire du PS.

Le congrès de Rennes.

Ségomania dans le presse (défense de la veuve et l’orphelin ?).

Seule Royal pourrait rénover ?

Profession de fois de Ségolène Royal (17 novembre 2008).

Profession de foi de Martine Aubry (17 novembre 2008).

Profession de foi de Benoît Hamon (17 novembre 2008).

Sego delenda est.

Le film catastrophe de Reims.

Vidéo : un beau cadeau pour… François Bayou.




Tout sauf ROYAL ! François BAYROU dit merci... from gueulante on Vimeo.



Documents joints à cet article

La guerre des roses La guerre des roses La guerre des roses

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9 réactions à cet article    


  • Lucie Vivien 17 novembre 2008 10:43

    Il reste encore 3 candidats, les militants pourront donc voter, c’est très bien comme cela. Quel intérêt de voter pour un candidat unique ?!


    • Dedalus Dedalus 17 novembre 2008 10:51

      Un congrès désespérant. Deux candidates désespérantes. Et Benoit Hamon pour ce qui reste d’espérance en un Parti Socialiste rénové et ancré à gauche. Les socialistes sauront-ils se souvenir enfin qu’être de gauche c’est d’abord oser aller de l’avant, oser renverser l’ordre établi ?…

      Et maintenant, camarades socialistes, osons Hamon !
      (sur Agoravox)


      • Proto Proto 17 novembre 2008 11:29

        "Son concept de "démocratie participative" est assez hypocrite."

        Vous pourriez développer ici ?


        • La Taverne des Poètes 17 novembre 2008 12:23

          L’auteur plaisante ? Ce n’est plus la guerre des roses depuis longtemps mais la guerre des épines ! (Ne pas confondre avec le concours Lépine car le PS n’a rien inventé).


          • Fergus fergus 17 novembre 2008 14:40

            La guerre des roses ? Que nenni : la guerre des rosses !


            • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 17 novembre 2008 15:59

              Pertinente analyse, d’autant plus qu’elle est extérieure et que je peux témoigner qu’elle est tout aussi juste de l’intérieur.

              Un cas significatif : le secrétaire fédéral du PS du Maine et Loire, signataire enthousiaste de la motion de B.Delanoë qui avait obtenu 39% des voix, devant la carence de son leader et l’échec, auquel il a assisté en direct, du congrès de Reims, vient d’écrire une lettre ouverte dans le "Courrier de l’Ouest" pour demander à tous les militants de voter Ségolène Royal jeudi prochain afin d’assurer l’avenir du PS....

              À mon avis il ne sera pas le seul !


              • Fergus fergus 17 novembre 2008 16:19

                Oui, et Delanoë vient de se porter un coup fatal en appelant aujourd’hui à voter Aubry alors qu’il ne l’avait pas fait lorsqu’il en était encore temps, avant le début (ou lors) de la réunion de conciliation.

                Décidément, Delanoë multiplie actuellement les gaffes et les initiatives à contresens. Et celle-ci, qui ne manquera pas de susciter la colère de nombre de ses amis, sera certainement fatale à un avenir qui restera co,finé dans l’enceinte du périphérique parisien.


              • Foudebassan Foudebassan 17 novembre 2008 23:15

                "la plupart des fédérations sont complètement royalistes ou anti-royalistes"
                C’est justement la question que je me pose : comment une fédération entière peut-elle être à 100% pour tel ou tel candidat ? Militants ou simples moutons ?



                • L'infiltré L’infiltré 23 novembre 2008 16:45

                   morice,

                  l’implosion du PS nous fait tous bien rire !

                  On se croirait sous un des tes articles ! (dommage que tu ais pris ta retraite prématurément)

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