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Accueil du site > Actualités > Politique > La paix et du pain !

La paix et du pain !

Transformons « la paix et du pain » par « du travail et de la sécurité », et nous abordons tout de suite la tragédie de la démocratie française.

A travers les âges de l’histoire, deux éléments essentiels ont, pour les peuples, donné légitimité à leurs gouvernants, la paix et du pain. Que ce soit dans les dictatures, dans les démocraties ou les monarchies, ces deux facteurs ont permi leur pérennité aux politiques, ou provoqué des révolutions... ou « coups d’Etat ». Les manques de liberté ou d’égalité peuvent exister mais restent des frustrations tant que le régime politique apporte le pain et la paix. Mais que vienne à manquer drastiquement l’un ou l’autre, et l’autorité s’écroule. Des dictatures furent emportées parce qu’elles se révélaient incapables de nourrir leur peuple ou de laisser les gens vivre en paix. D’autres cherchent des solutions car savent leur avenir compromis (Cuba, Corée du Nord). Il est aussi des régimes liberticides pouvant surprendre par leur longévité, parce qu’ils garantissent ou donnent l’illusion de le faire le pain et la paix, comme la Chine ou l’Iran. Mais que ces régimes mettent en péril l’économie ou la sécurité, et leurs peuples, malgré les moyens de rétorsion des gouvernants, pourraient les abandonner.
Il en va de même pour les démocraties. Que des gouvernants n’entretiennent pas l’un ou l’autre ou les deux éléments, et l’échec aux élections survient. Et à force d’alternances, l’échec de tous peut devenir l’échec de l’Etat démocratique... De même des gouvernants médiocres ou peu ouverts aux libertés se voient ils maintenus au pouvoir par leurs peuples, comme des G. W. Bush ou V. Poutine, car ils basent leurs actions ou leur communication sur la sécurité, de même de bons politiques peuvent être écartés du pouvoir car les résultats se font attendre.

L’élection présidentielle française illustre ces propos. Les électeurs depuis 1981 ont joué systématiquement de l’alternance. Or, cette alternance électorale devient de plus en plus forte, tranchée, même, projetant un Le Pen au second tour en 2002. Il est d’ailleurs surprenant que la presse ne s’en soit pas rendu compte, elle qui, pour la plupart des médias, veut toujours nous imposer le duo Ségo-Sarko, à croire que c’est leur souhait médiatique...

Transformons « la paix et du pain » par « du travail et la sécurité », et nous abordons tout de suite la tragédie de la démocratie française. L’explosion du chômage, fissurant notre société, asphyxie tout gouvernement n’ayant pas le courage - ou le sens des responsabilités... ou les deux - d’adopter une nouvelle politique économique, voire d’en établir une, tout simplement. Le poids des charges, la réforme de l’Etat, une politique courageuse concernant l’offre, sont d’après moi les éléments majeurs. Or, ce sujet, nous l’avons déjà souvent abordé sur ce blog, et d’autres y reviendront.

La question de la sécurité ne peut, ne doit, pas être ignorée. On ne peut laisser le monopole de ce sujet à la droite conservatrice ou extrême, ni à la com’ ventilée de S. Royal. L’ordre démocratique doit être imposé pour pérenniser la démocratie tout en préservant les libertés. Mais l’ordre démocratique, ou la sécurité, ne doivent pas être perçus comme la réponse univoque à la question de la sécurité en général. Elle n’est qu’un aspect de ce que j’ai nommé ailleurs la double face de Janus. Car il s’agit autant de sécurité intérieure qu’extérieure. Et de la sécurité de nos entreprises. L’intérêt économique de notre société, « l’intelligence économique », est l’interface de ce double et même visage.

Je sais combien le sujet est brûlant et beaucoup préfèrent ne pas l’aborder pour ne pas paraître « réac ». Ce genre de manque de bravoure (ou bravitude dirait la Royal), a fait le lit de certains. De plus, ayant un plaisir particulier à provoquer les tartuffes et autres donneurs de leçons, j’aime à penser que rappeler les réalités que vivent nos concitoyens contribue à renforcer l’idéal démocrate.

Je vais aborder rapidement la question de la sécurité extérieure. Sans doute un article ou commentaire futur abordera plus profondément le sujet. Ce qui m’intéresse plus spécifiquement ici, c’est le lien, que j’ai nommé plus haut, entre sécurité extérieure et intérieure par la notion de « zone grise ». L’expression de « zone grise » provient du monde militaire. Elle concerne des espaces dans le monde où l’autorité de l’Etat est faible ou nulle, où dominent l’économie parallèle et les groupes politiques et/ou religieux radicaux (par exemple, Afghanistan, Somalie, et sans doute l’Irak). L’intervention de forces armées doit y être réfléchie. En effet, ces zones relèvent moins d’un affrontement militaire traditionnel que de l’envoie de « forces de pacification », dont les missions auraient pour objet la lutte contre les guérillas, mafias et économies parallèles, groupes radicaux, etc.

La France, avec la gendarmerie, a la chance d’avoir un corps militaire convenant à ce type de missions, capable, dans des zones civiles, de rétablir l’ordre légal, d’effectuer des enquêtes judiciaires, d’investir les nouvelles technologies, etc. La spécificité de ces « zones grises » exige la présence de forces spécifiques. Or aujourd’hui, les dangers menaçant les intérêts français se situent dans ces zones grises. L’accroissement des moyens et personnels de la gendarmerie doit donc devenir aussi un élément important d’une politique de défense cohérente quant aux nouveaux dangers internationaux. Il paraît évident que ce qui personnifierait l’identité européenne serait la création d’un corps européen de « pacification », d’établissement ou maintien de la paix, façon gendarmerie européenne.

Le lien se retrouve d’ailleurs à nouveau, avec la sécurité intérieure, par cette force de sécurité bicéphale qu’est la gendarmerie, propre à notre pays, et aussi par l’emploi de certains types d’armement. Je pense en effet qu’il serait pertinent de détenir et de diffuser un armement non létal, (ne causant pas la mort), qui trouve particulièrement sa justification en situation de crise avec des groupes civils hostiles (bandes, hooligans, manifestations agressives entre communautés).

Et le lien entre les deux faces de la sécurité se retrouve encore à propos de l’intelligence économique (IE). La Guerre Froide a laissé la place aussi à une guerre économique sans merci. Longtemps, l’Europe, et particulièrement la France, sommes restés aveugles devant cette nouvelle réalité. Or, pour la première fois, a été créé un poste de haut responsable chargé de l’intelligence économique, qu’occupe excellemment Alain Juillet. La France entre progressivement dans une culture du combat économique qui agit sur nos emplois, nos savoirs, notre industrie. D’une certaine façon, c’est le retour du militaire dans l’économique. Pourtant, parmi les candidats à l’élection présidentielle, seul François Bayrou s’est saisi de ce sujet brûlant (« Faire de la France un pays pro-entreprise »). Au-delà de la protection de notre économie, de la maîtrise des technologies sensibles ou encore de la conquête de nouveaux segments sur le marché mondial, le choix d’une politique d’IE concerne l’avenir et l’identité de la France (1). Par exemple, le gouvernement américain a aidé à l’intrusion de Google et Yahoo en Chine en acceptant que soient interdites toutes pages abordant l’évènement de Tien An Men en particulier et le système politique communiste chinois : c’est un choix politique... Ou encore, souvenons-nous de la grippe aviaire, de l’entêtement de l’information, de la surinformation même, sur cette maladie, qui n’a pas eu les conséquences escomptées, sachant qu’un des rares médicaments qui existait appartenait à une entreprise américaine, détenue par le vice-président américain... drôle de coïncidence, non ?

Je crois qu’il serait normal que les différents candidats à la présidence s’expriment sur ce point stratégique pour l’avenir de la France.

Je profite aussi de la divulgation des chiffres sur la délinquance. On constate quelques permanences depuis la prise en main par N. Sarkozy du ministère de l’Intérieur. Comme je l’ai écrit ailleurs, il faut reconnaître quelques réussites. Les décisions concernant les effectifs de la police et de la gendarmerie, ou abordant les moyens ou cadre de vie de ces derniers, sont heureuses. Il ne faut pas oublier la manifestation des gendarmes sous Jospin, première dans l’histoire de la République, prouvant le degré de ras-le-bol de ces personnels aux prises avec les pires tourments de notre société. Il était affligeant d’apprendre, par exemple, que les gendarmes devaient payer eux-mêmes leurs gilets pare-balles ou leurs ordinateurs, de constater l’état vétuste de leurs logements ou véhicules. Je n’oublie pas non plus qu’à l’époque, le rapport des officiers supérieurs de l’armée, sur l’état des matériels, fut pour la première fois interdit de diffusion au sein du Parlement : on y révélait en effet que l’emploi de certains matériels était devenu dangereux pour la vie de nos propres soldats...

Je reconnais que nous avons connu une évolution positive sur ces plans. Mais force est de reconnaître aussi que l’augmentation des recrutements n’a suffi qu’à pallier les départs à la retraite et les 35 heures ! Les chiffres sur la délinquance illustrent d’ailleurs ces propos : faible baisse générale de la délinquance mais comportant une augmentation inexorable de la violence faite aux personnes : bref, cela se passe mieux pour les biens, moins pour nos personnes ! Alain Bauer, président du Conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance, constate une augmentation du taux d’élucidation ainsi que celle de personnes interpellées mais aussi la progression des violences aux personnes, y voyant même un enjeu majeur de société.

Cela fait pourtant longtemps que des spécialistes ont interpellé les politiques sur cette évolution : explosion de la délinquance des mineurs, augmentation de la délinquance féminine, spécificité française de l’importance des viols (2), violence urbaine (symbolisées par les dernières « émeutes » des banlieues), c’est-à-dire agression des symboles et services serviteurs de l’Etat, devenue significative. Les zones de non-droit, « zones grises » sur notre territoire, n’ont pas disparu, malgré les prétentions sarkoziennes. La transformation des bandes en de véritables gangs assujettissant des territoires s’observait depuis plus d’une décennie (3). Or il apparaît bien que le candidat Sarkozy n’a pas compris ces évolutions, car ses réponses ne conviennent pas. Le directeur général de la Police nationale, sous Jospin, avait décidé de « débrancher » les compteurs du système d’analyse informatique des violences urbaines parce que les chiffres étaient très mauvais. N. Sarkozy a pour sa part préféré ne pas le rebrancher...

Autre erreur importante : il a fait le choix de « tourner le dos » à la police de proximité. Ainsi la police à présent fait des « raids » mais se tient à l’écart des cités (4). Elle se retrouve coupée de ceux qui pourraient lui donner des informations importantes et la coopération avec les élus locaux, HLM, transports, relais sociaux s’est plus que réduite. Les forces de l’ordre ne connaissent plus les cités, les dernières émeutes des banlieues (5) l’ont prouvé par leur difficulté à appréhender les meneurs.

N. Sarkozy veut nous faire croire que la - faible - baisse générale de la délinquance serait de son fait. Pourtant cette baisse est générale dans toute l’Europe et ne concerne que les biens (cambriolages, vols de voitures). Par contre, si la baisse de la délinquance dépendait de l’efficacité des forces de l’ordre, ne devrait-elle pas se manifester concernant les délits, les violences faites aux personnes ? La consommation des drogues dures est à présent diffuse sur tout le territoire, dans les villes comme dans les campagnes, et elle a augmenté de 40 % depuis 2003 (6). Cela prouve qu’il y a un vrai problème de crime organisé...

Afin que l’Etat démocratique retrouve son autorité, puisse rétablir la sécurité, la paix, des Français, il est impératif de poursuivre le recrutement de personnels affectés aux forces de l’ordre. Mais il est hautement nécessaire de recréer aussi une police de proximité (F. Bayrou et J.-C. Lagarde, député-maire de Drancy, font partie des rares conscients du problème) afin de réinvestir les « cités » et permettre une coopération efficace entre les différents intervenants. L’objectif doit être de rentrer dans la République ces « zones grises », de combattre efficacement l’économie de la drogue et ses acteurs, et de porter une attention toute particulière à la jeunesse adolescente et préadolescente. Pour ce dernier cas, l’aspect éducatif et la responsabilisation de ses acteurs est premier (7). Enfin, concernant les atteintes aux personnes, les juges doivent aussi prendre conscience que la probabilité d’être sanctionné par une peine de prison a été divisée par trois depuis 1960 : ils contribuent ainsi à l’impunité des délinquants, et au sentiment général d’impunité.

La question de la sécurité est donc loin de trouver ses réponses de la part du duo Sarko-Ségo. Surtout, concernant la sécurité extérieure et l’IE, il y a une forte probabilité que ce duo évite d’y répondre : chacun nous a refait le coup de rendre l’Europe responsable de nos problèmes, sachant que ces deux-là sont bien placés pour savoir, par leur expérience ministérielle, que c’est faux. De plus, la posture politique
- l’une avec Chevènement, l’autre lorgnant toujours plus sur sa droite et l’Amérique - me font craindre un vrai bond en arrière en matière européenne et un vrai bond en avant vers le pré carré, cher à la France des années 1940...

En reprenant le thème de l’IE, il serait judicieux que F. Bayrou (parce que c’est le seul qui ait une vision réaliste et responsable de l’Europe) propose une structuration européenne de l’IE : parce qu’il s’agit à présent de défendre l’idée de l’Europe, de l’Union démocratique européenne, de notre culture, face aux intérêts divergents de la Chine communiste... et des Etats-Unis ! De même, la création d’une « gendarmerie européenne », possible et pratique pour l’Europe, et la France, ne risque pas d’interpeller le duo.

Ceci signifie clairement que des sujets fondamentaux pour l’avenir de notre pays, et donc notre intérêt à tous, subiront la politique de l’évitement !
Cela prouve aussi combien les postures politiques peuvent être des impostures.
« Du pain et la paix » ? Il est fort à craindre que nous ne puissions attendre de bonnes réponses du duo, à l’inverse de F. Bayrou, et n’en déplaise à Namias. Il faut que le courage des démarches responsables soit récompensé, il en va de notre avenir, de notre sécurité.

(1) E. Delbecque, L’intelligence économique : une nouvelle culture pour un nouveau monde
(2) M. Agrapart-Delmas, De l’expertise criminelle au profilage
(3) F. Haut et S. Quéré, Les bandes criminelles
(4) S. Roché, Police de proximité
(5) S. Roché, Le Frisson de l’émeute, violences urbaines et banlieues
(6) Mesures par le ministère de la Santé
(7) J.-M. Petitclerc, Les nouvelles délinquances des jeunes


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4 réactions à cet article    


  • cambacérès cambacérès 31 janvier 2007 19:11

    Les stratégies ont toujours été diverses pour parvenir à l’Elysée, c’est sûr. Mais la méthode pour gouverner lorsqu’on y est installé, c’est une toute autre affaire !

    Donner la parole à l’opinion « avant », pour mieux limiter le débat, « ensuite », à l’heure des réformes inéluctables et impopulaires Il faut beaucoup d’audacitude et de culottance...

    Les ficelles sont éprouvées, elles ont déjà servi : pour faire accepter l’inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicales ont été imposées durant les années 1980 à 1990 : chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

    Quelques autres « ficelles » : la diversion d’un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes ; créer d’abord une « situation » prévue pour que le public soit lui-même demandeur des mesures ; présenter une décision impopulaire comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur ; s’adresser au public comme à des enfants en bas âge ; faire appel à l’émotion pour court-circuiter l’analyse rationnelle ; maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise, l’encourager à se complaire dans la médiocrité, à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire et inculte ; remplacer la révolte par la culpabilité en faisant croire à l’individu qu’il est seul responsable de son manque d’intelligence, de capacités ou d’efforts ; connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes, grâce à la biologie, la neurobiologie et la psychologie appliquée, etc...

    Le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes .

    En 2007, quels garde-fous, alors que syndicats et partis ne sont plus crédibles ? Comme dans la pièce de Molière, l’électeur « participatif » doit-il s’apprêter de nouveau en 2007 à jouer ensuite le « Cocu Magnifique » ?


    • roumi (---.---.74.206) 31 janvier 2007 21:07

      meuhh là tu déconne sérieux.

      reprend toi respire ; mets de la ponctuation .

      une idée vas jouer avec tes mome .


      • Kris (---.---.30.190) 31 janvier 2007 23:31

        D’où tenez-vous comme certitude que les Russes ne maintiennent au pouvoir V Poutine, donc aient voté pour lui, que pour des raisons de sécurité ?


        • jp (---.---.241.153) 1er février 2007 20:47

          il existe des candidats démocrates, libéraux en Russie, qui ont peu d’avenir parce que Poutine contrôle tout (voir la « liberté » de la presse en russie, les assassinats de journalistes), on croirait au retour du kgb. l’économie est traitée de façon étatique, selon une lecture politique (exp le gaz, moyen de s’imposer sur la scène internationale et tenter de rendre dépendant l’occident comme avec le contrat longue durée avec edf, sans pour autant faire les investissements ou accepter des capitaux étrangers pour répondre à la demande russe et internationale). poutine s’est imposé en voulant donner figure du président qui rétablie l’ordre de l’Etat, face aux mafias et nouveaux riches. or beaucoup de ces mafieux sont d’anciens communistes et kgb. il se veut le candidat de l’ordre, qui redore le blason de la grande russie. or les règles du jeu ne sont pas claires concernant le marché. la justice paraît bien aléatoire. cela risque de se retourner contre la russie.

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