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La part du rêve

Pour pasticher Charles AZNAVOUR, je dirais, : « Je vous parle d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître .. » C’était en 1969. Jugeant sa légitimité mise en cause, le général de GAULLE quitte l’Elysée. Une élection présidentielle anticipée est provoquée.

Le dimanche 27 avril 1969, le référendum par lequel Charles de GAULLE appelait les Français à approuver la création de régions et la réforme du Sénat a donné un résultat négatif. Plus de 52 % des suffrages exprimés étaient des bulletins "non". Peu après minuit, le président de la République fait publier un communiqué indiquant qu’il « cessait d’exercer ses fonctions et que sa décision prendrait effet à midi »

Jugeant sa légitimité mise en cause par ce résultat qui intervient un an après les événements de mai 1968, le général de GAULLE quitte l’Elysée. Une élection présidentielle anticipée est provoquée.

Au total, six candidats sont en lice pour le premier tour le 1er juin 1969 :

Georges POMPIDOU : Premier ministre de 1962 à 1968, incarne la continuité du gaullisme sans de GAULLE.
Alain POHER : président du Sénat, le principal animateur de la campagne du « non » au référendum, Président de la République par intérim depuis le 27 avril.(1)
Jacques DUCLOS : pour le Parti communiste français.
Gaston DEFFERRE : pour le Parti socialiste.
Michel ROCARD : pour le PSU (Parti socialiste unifié).
Alain KRIVINE : pour la LCR (Ligue communiste révolutionnaire)

Quels sont les résultats au soir du premier tour ?

Pompidou 44,50%
Poher 23,30%
Duclos 21,30%
Deferre 5,00%
Rocard 3,60%
Krivine 1,10%

Dans ce cas de figure, que pensez-vous qu’il advint ?

L’affrontement Pompidou-Poher est qualifié par le communiste Jacques Duclos de « blanc bonnet et bonnet blanc ». Conséquence, le Parti communiste, le PSU et la LCR appellent à ne pas se rendre dans les isoloirs.

Le 15 juin 1969, le second tour est marqué par une abstention record (31%) et par la victoire sans appel de Georges Pompidou qui recueille 58,2% des suffrages exprimés mais seulement 37% des inscrits.

Hormis le rapport de force inversé dans le camp de gauche ou le Parti communiste ne représente plus aujourd’hui que 3 à 4% des intentions de vote, on est bien obligé de constater (au vu des derniers sondages) qu’un deuxième tour opposant un héritier du gaullisme et un centriste est une hypothèse crédible.

Même François BAYROU semble trouver une analogie avec l’élection de 1969 puisqu’il déclare : « Et croyez-moi, je ne serai pas dans le rôle de Poher ! »
-Encore faudrait-il que les militants et sympathisants de gauche accordent à François BAYROU le moindre crédit ! Si en 2002, le vote de gauche en faveur de Jacques CHIRAC était un réflexe républicain, il n’aura pas lieu d’exister alors que le deuxième tour opposerait deux candidats (quoi qu’on puisse en dire) parfaitement attachés à la démocratie et à la république.

L’appel du pied à gauche que François BAYROU a tenté en parlant d’un premier ministre socialiste « dont il connaît le nom mais à qui il ne l’a pas encore annoncé » est une ficelle de trop grosse dimension. Les militants et sympathisants de gauche savent très bien que les élus UDF ont toujours mené une politique de droite, voir plus droitière que celle des élus RPR.

On peut tout à fait envisager un score proche du deuxième tour de 1969, y compris en ce qui concerne l’abstention.

Tous les acteurs de la vie politique sont unanimes, nous avons en 2002 été privé d’un débat et d’un choix de société. L’offre de joueur de poker de François BAYROU qui consiste à créer un inédit parti démocrate qui rallierait surtout des opportunistes et des « traîtres » n’a rien de rassurant pour l’avenir du pays et apporterait une frustration complémentaire à celle de 2002.

Il n’y a rien de novateur dans l’actuelle démarche du candidat de l’UDF. En effet, il y a un peu plus de 30 ans Valery GISCARD D’ESTAING lançait son célèbre « Les français aspirent à être gouverné au centre » et bien que doté d’une solide majorité, son mandat resta unique.

Mais, en l’état, le nombre d’élus UDF à l’assemblée nationale est de 27 et d’une trentaine au sénat. On peut donc légitiment envisager la pire des cohabitations en sachant que comme en 1997, elle peut durer 5 ans.

La seule solution pour le président BAYROU consisterait donc à donner des gages alternatifs à certains partis ou mouvements politiques pour pouvoir exister. En clair : le contraire de ce que François BAYROU nous explique et propose.

La démarche de François BAYROU aurait eu une valeur s’il avait il y a un ou deux ans « liquidé » l’UDF pour créer le fameux parti démocrate qu’i prétend aujourd’hui initier entre deux votes.

Il a préféré avec son mouvement naviguer entre le soutien à la majorité parlementaire et l’abstention (Le premier vote d’opposition n’était déjà que l’ébauche de la posture qu’il adopte aujourd’hui) mais, à cette époque, les sondages ne lui donnaient qu’environ 5%. A tel point qu’on peut se demander si François BAYROU lui même s’accordait la moindre chance !

L’expérience proposée par François BAYROU tient plus du bricolage que de la stratégie et le nombre de paramètre nécessaires à la réussite de sa mandature en cas de victoire est tellement important qu’on peut douter de l’avenir de la France à court et moyen terme.

Il est, décidément grand temps, que la campagne officielle démarre et que des débats contradictoires soient organisés par les media nationaux afin que les électeurs puissent faire la part du rêve dans les offres de ceux qui prétendent administrer leur quotidien et leur avenir.

 

(1) Il est à noter que Alain Poher sera à nouveau président de la république par intérim en 1974 à la mort de Georges Pompidou.


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8 réactions à cet article    


  • LaEr (---.---.126.214) 15 mars 2007 14:03

    Je ne veux pas critiquer, mais juste faire remarquer : il y en a encore qui prétendent qu’il n’y a que des pro-bayrou sur Agoravox ? :D

    « François BAYROU tient plus du bricolage que de la stratégie et le nombre de paramètre nécessaires à la réussite de sa mandature en cas de victoire est tellement important qu’on peut douter de l’avenir de la France à court et moyen terme. »

    Ce n’est pas parce qu’un article a été refusé (d’ailleurs, les vrais raisons de ce refus mériteraient d’être exposées) qu’Agoravox est pro-bayrou... Cet article, et beaucoup d’autres le prouvent.

    Longue vie au débat, mais svp, oubliez les copier/coller qui inondent les commentaires actuels...


    • Internaute (---.---.72.252) 15 mars 2007 19:10

      Alain Poher poussait son parti en avant, le centre. Il ne prétendait pas gouverner à la fois avec les communistes et avec les gaullistes mais seulement avec les centristes. De même Giscard a créé les Républicains Indépendants pour s’en servir comme tremplin à la présidentielle.

      Le problème de Bayrou est qu’il s’est lui-même placé en porte à faux s’il arrive au second tour. En effet, pour le premier tour il s’appuie volontairement sur les socialistes et sur l’UMP en disant qu’il veut gouverner avec les deux. Au second tour, dans le cas d’un duel avec le PS ou l’UMP, il sera bien obligé d’abandonner la moitié de son électorat pour s’appuyer sur l’autre en espérant vaincre la première. Soit il est en face de Ségolène et il trahira les promesses faites aux socialistes pour le premier tour en s’appuyant résolument sur l’UMP, soit ce sera l’inverse. Sa position n’est vraiment pas claire.


      • Jules Lebenet (---.---.181.25) 15 mars 2007 19:42

        Si vous pensez que SARKOSY est un héritier du GAULLISME, il faudrait revoir vos tablettes sur les définitions de bases du GAULLISME.


        • Oncle Archibald (---.---.51.160) 15 mars 2007 20:23

          A cette élection là j’avais voté Pompidou, me souvenant de sa gestion très fine et très réussie de la crise de Mai 1968 malgré les hésitations et incompréhensions du vieux général.

          Je suis surpris que l’auteur ne semble obnubilé par le poids des partis et tout son raisonnement est construit sur leur importance... Il fait « comme si » à part les militants, quelqu’un leur accordait encore quelque importance. Mais à ces partis le peuple a déjà dit non alors qu’ils attendaient un oui sur la constitution européenne... N’ont-ils pas encore compris que le peuple veut autre chose que des promesses répétées à l’infini et jamais tenues, autre chose qu’une droite qui favorise honteusement le « grand capital » au détriment des autres petits entrepreneurs, une gauche si maladroite au pouvoir et si empêtrée avec le risque de voir les entreprises quitter le pays qu’elle a été capable d’inventer « le smic encore moins payé que le smic » à l’occasion du passage aux 35 heures.... Si Monsieur JOSPIN n’a pas compris pourquoi le bon peuple n’a pas voulu de lui en 2002, c’est parce qu’il ne sait pas comment les « petits travailleurs » vivent avec un smic.

          Alors les électeurs de 2007, ils se disent carrément qu’on ne risque rien de pire que ce que l’on a déjà connu en choisissant François BAYROU, et les « grands partis », au lieu de se gausser en disant qu’il n’arrivera pas à gouverner, ferraient bien de réfléchir à ce que veulent vraiment leurs électeurs avant d’aller se présenter à leurs suffrages aux législatives avec une fois de plus l’appel à la peur de l’autre... Ce sont tous ces « professionnels du votez pour moi » qui nous font peur, pas l’avenir s’ils ne sont plus la pour le polluer. De bons gestionnaires remplaceront avantageusement ces idéologues et enragés.

          Assez d’Enarques qui vivent dans une bulle, sans contact avec la réalité et prétendent nous diriger, que dis-je, qui nous dirigent depuis des années. Offrons nous un agrégé de lettres qui sait aussi conduire des tracteurs et qui sait aussi qu’à un cahier de comptes, il y a deux colonnes : une pour les recettes et une pour les dépenses. C’est le seul qui ait clairement dit qu’il serait impossible et de baisser les impôts et d’augmenter la dette publique. Et moi j’aime bien ceux qui disent clairement ce qu’ils pensent, qui ne nous promettent pas tout et n’importe quoi, y compris ce qu’ils savent parfaitement être hors de portée.

          J’espère que l’honneur du prochain président de la République sera de gérer nos affaires sans faire de « politique » au sens qui est devenu hélas très courant, c’est à dire sans favoritisme ni démagogie, parce que nous le valons bien. En gros c’est le contraire du programme des favoris de cette élection qui après avoir flatté leurs troupes habituelles et fustigé « l’ennemi » d’ou vient tout le mal, sans aucune retenue, après s’être rendu compte que François BAYROU hélas ne serait pas une simple « force d’appoint » pour le second tour comme ils le pensaient, se mettent à flatter un espèce « d’extrême centre » pour essayer d’aller draguer ceux qui ont décidé de lui faire confiance.

          Il y a longtemps que je n’avais pas pu voter « pour » à une élection Présidentielle, me contentant comme beaucoup de votre « contre » celui qui parait le plus nuisible. Cette année au moins au premier tour, je vais pouvoir me faire plaisir et espérer un changement qui ne parait pas être pure utopie. Ce sexagénaire est bien naïf penserez vous ... Peut-être, mais que les « politiques-pro » se méfient du grand nombre d’électeurs des « classes moyennes », ceux qui n’ont droit qu’à bosser dur, payer leurs impots et se taire, qui sont déçus depuis des années de voir ce que l’on fait de leur argent et pensent qu’il n’y a rien à perdre en donnant un grand coup de pied dans la fourmilière.


          • (---.---.162.15) 16 mars 2007 10:01

            Que cette comparaison est mauvaise !! Pompidou était beaucoup moins dangereux que Sarkozy et Poher était beaucoup plus rassi que Bayrou !

            Je me souviens nettement avoir voté Rocard au premier tour. Pour le second tour je me souviens vaguement avoir voté pour le moins pire, c’est à dire Pompidou, qui avait une autre stature que la chiffe molle de Poher...

            Votre analyse basée sur la comparaison d’appareils politiques d’orientation proche n’a que piètre valeur. Entre blanc bonnet et bonnet blanc, on jauge les candidats. Pour la majorité des Français, entre Pompidou et Poher le meilleur était Pompidou ; entre Bayrou et Sarkozy, le meilleur est Bayrou. Qu’on soit de droite ou de gauche, c’est pratiquement évident !

            Am.


            • JC BENARD (---.---.92.11) 16 mars 2007 10:07

              IP:xxx.x28.162.15,

              C’est votre avis mais il aurait été préférable de l’exprimer de façon moins désagréable.

              Maintenant votre « démonstration » ne répond pas à la légitimé de F BAYROU en cas de victoire


            • (---.---.37.71) 16 mars 2007 10:07

              « Pompidou était beaucoup moins dangereux que Sarkozy »

              On ne voit pas en quoi Sarkozy serait « dangereux »..

              « entre Bayrou et Sarkozy, le meilleur est Bayrou. Qu’on soit de droite ou de gauche, c’est pratiquement évident ! »

              Ah bon ? Pourtant Bayrou c’est un type qui n’a jamais rien fait dans son ministére. Si pour vous il est meilleur, c’est que vous êtes pour l’immobilisme, c’est tout. Vous avez le droit d’être un conservateur, mais tous les français risquent de ne pas être comme vous.


            • Harald 17 mars 2007 13:04

              Bonjour

              J’ai trouvé votre article intéressant, quoique péremptoire.

              Je viens de la gauche et voterais sans doute Bayrou qui a une voie royale au 2ème tour pour être élu. Quelque soit l’autre.

              Je crois que c’est un homme sincère et intègre.

              J’ai lu aussi ses propositions que je trouve réalistes et créatives.

              Là où je coince -et je vous rejoins dans votre analyse- c’est sur quelle majorité compte t-il s’appuyer ?

              Il veut distiller de la proportionnelle mais la 1ère chambre qui sortira sera élue au suffrage majoritaire.

              2 mois pour former un grand parti et disposer d’une assemblée favorable au gouvernement ?

              Je n’y crois pas non plus.

              Les 6/8 mois qui suivront son élection seraient très très difficiles.

              Bonne journée

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