Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > La politique de la corruption

La politique de la corruption

Imaginez un homme d’une quarantaine d’années, assez bien fait de sa personne, l’air avenant et mû par de grandes et saines ambitions pour son pays. Son plus grand désir étant de servir « l’intérêt général », il se destine à la politique, avec dans le coeur une vision « noble » de ce terme.

Après avoir subi les railleries collégiennes et suivi sans broncher le conditionnement classique pour ce genre de cursus, il serait parvenu -on ne sait par quel miracle- à conserver intacte sa passion pour le bien public, et aurait gravi sans « perdre son âme » les échelons qui conduisent au conseil général ou à la mairie, jusqu’à se présenter aux élections pour le poste convoité de maire dans une ville moyenne. Déjà il apparaît au lecteur que cette configuration a peu de chance de voir le jour, puisque parvenus à ce stade, tous les individus auront déjà à un moment ou à un autre dû se soumettre à des règles en contradiction avec leurs propres valeurs…

Mais admettons la chose et continuons à suivre le parcours de ce « jeune premier » : toujours sans avoir renoncé à ses principes ou à ses objectifs, il a triomphé d’une élection classique avec son lot de bassesses, de promesses démagogiques ou de mensonges éhontées. Il ne s’est fourvoyé dans aucune polémique stérile et s’est fait élire sur sa probité, son intégrité, et puis surtout sur ses idées.

 

Le voilà donc en poste à la mairie, toujours plus convaincu de sa charge, toujours porté par les mêmes idéaux de justice sociale et de bonne gestion, avec une équipe qui tourne bon gré mal gré au rythme des élections législatives, avec ou sans lui. Décidé à se pencher sur le sort de ses concitoyens, il lui arrive un jour de découvrir certaines « anomalies » concernant l’attribution de marchés publics (par exemple), et se prépare à saisir la justice lorsqu’il reçoit la visite d’un personnage « important », un notable de la ville « qui connaît du monde »… et qui a voté pour lui :

« Monsieur le maire, je sais que ce n’est pas bien, mais ça se passe comme ça depuis toujours, et puis c’est que les charges sont trop lourdes, nous avons du personnel, etc… Ne saisissez pas la justice, il faut éviter le scandale, imaginez un peu, moi qui ai tant fait pour votre élection, mais ne vous inquiétez pas on va tout arranger. »

 

Bon. Le maire a deux options : soit il se laisse corrompre et laisse étouffer l’affaire, mais il se peut que les sollicitations affluent ensuite ; soit il saisit la justice pour montrer sa valeur… et ne se fait pas que des amis… S’il continue dans cette voie, il ne fait aucun doute que les investissements dans sa ville vont baisser, que les soutiens extérieurs vont se faire moins nombreux, et surtout que sa carrière risque de se voir compromise assez rapidement…

Mais admettons encore que porté par une affaire médiatisée on le couronne ministre (qu’on ne me dise pas que c’est impossible !). Peu importe le ministère, toujours motivé et sûr de ses convictions, il arrive au sein d’une nouvelle équipe, assez nombreuse, avec des conseillers déjà là avant lui, et sans doute aussi après… On lui explique comment les choses se passent, ce qu’on attend de lui, et puis un jour ou un autre vient un dossier « chaud », porté par un homme dont la position ne permet pas qu’on le contrarie :

« Bonjour monsieur le ministre, ce que vous avez fait est très bien et je vous en félicite, mais maintenant vous êtes responsable d’intérêts qui vous dépassent, il ne faudrait pas que votre comportement puisse nuire au bon fonctionnement de l’Etat, et patati et patata… »

 

Le ministre sait à quoi s’en tenir, tout se passe pour le mieux quand un nouveau personnage lui est présenté :

« Bonjour monsieur le ministre, tout ce que vous avez fait est très bien, et je vous en félicite, mais il y a une ou deux petites choses qu’on ne vous a sûrement pas expliquées… Une grosse affaire se prépare, et il en va de l’intérêt supérieur de la Nation ; certaines pratiques ne sont pas tout-à-fait conformes à la législation en vigueur, mais nous n’avons pas le choix ; vous seriez bien obligé de ne pas vous y opposer ni d’ébruiter l’affaire, vous comprenez, l’intérêt de l’Etat, le bien public, enfin une affaire « gagnant-gagnant »… D’ailleurs, vous pourriez vous-même en tirer avantage, enfin si le coeur vous en dit ; vous seriez bien le premier à refuser ! »


Le ministre se scandalise, menace, mais l’homme en face de lui ne se démonte pas :

« Mais c’est que vous n’avez pas vraiment le choix, monsieur le ministre. Tant pis pour votre commission, si vous n’en voulez pas… Sachez tout de même qu’ici les choses se passent comme ça, que vous le vouliez ou non. Imaginez le scandale si ce genre de choses venaient à se savoir, vous seriez responsable de la dégradation de l’image du gouvernement, et de la patrie toute entière, presque un acte de trahison ! Vous ne voulez donc pas faire carrière, ou profiter du pouvoir qui est désormais le vôtre pour en faire profiter vos concitoyens ? Moi qui vous croyait avoir de l’ambition pour votre pays, vous n’allez tout de même pas compromettre votre réputation pour si peu… D’autant que maintenant que vous savez, vous êtes déjà mouillé jusqu’au cou. »

A cet instant le ministre est déjà corrompu de fait, qu’il le veuille ou non. Car qu’il dénonce ou qu’il reste coi, il est coincé : S’il « balance » l’affaire il risque de se voir rapidement évincé du pouvoir, sans compter le scandale qu’il provoquerait au sein de sa propre famille politique, et s’il se tait il passe d’une complicité « passive » à une complicité « active ».

Il peut toujours démissionner bien sûr, mais dans ce cas là à quoi bon faire de la politique ?

La morale de cette histoire, si l’on en veut une, est que ce ne sont pas les hommes qui changent la politique, mais la politique qui change les hommes.

 

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr


Moyenne des avis sur cet article :  4.79/5   (19 votes)




Réagissez à l'article

18 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 31 octobre 2012 16:42

    bon article
    je doutes toutefois qu’on depasser un certain niveau en etant honnete
    faut au moins fermer les yeux ou un floutage automatique


    • lucien bomberger lucien bomberger 31 octobre 2012 18:04

      Bonne idée de faire une corruption fiction. Mais la morale de votre histoire est insuffisante. Il faut lutter contre la corruption. Voici ma morale si vous le voulez bien : Les citoyens ont les élus corrompus qu’ils méritent si toutefois ils ne souhaitent pas les protéger contre. Ce sont les citoyens qui contrôlent la politique, s’ils ne le font pas les élus forment des clans par la corruption hiérarchisée.
      Voilà pourquoi depuis 5 ans bientôt je milite pour le mandat à points pour les élus. Vous savez cette idée de non respect code de la route pour les élus, et bien c’est cela !
      Protégeons nous des corrupteurs et des corrompus : protégeons nos élus.

      Lien FB : (les 660 membres ont été squizzer par le ravalement des pages FB !!) https://www.facebook.com/groups/138291650907/
       


      • Romain Desbois 1er novembre 2012 10:04

        D’accord avec vous Lucien

        Pour moi le plus coupable n’est pas le corrupteur mais le corrompu.


      • alinea Alinea 31 octobre 2012 21:08

        En France, on dit : « l’habit ne fait pas le moine » !
        En Allemagne, on dit : « l’habite fait le moine » !


        • curieux curieux 31 octobre 2012 23:07

          le moine ? Oh !!


        • Romain Desbois 1er novembre 2012 10:00

          En France on dit aussi : « si l’habit ne fait pas le moine, on a l’habit d’prêtre ».


        • gaijin gaijin 31 octobre 2012 23:34

          tout leader d’un groupe est obligé de s’appuyer sur le soutien des individus importants de sa communauté
          lesquels ne ne sont devenus importants que par appétit financier ou gout du pouvoir .....
          a partir la corruption sous une forme ou sous une autre est inévitable ( ordinaire : petits services, accélération d’un dossier, trouver un poste a la commune pour le cousin neuneu d’un ami. Plus intéressée quand il fait faire des ronds points par l’entrepreneur du coin qui est aussi son beau frère. ou simplement morale quand il ne révèlera pas ce qu’il perçoit des malversations des membres de son parti )
          de toute façon très vite il se retrouve isolé et prend conscience que tout les gens qui l’entourent le fond par intérêt.......

           politique et corruption ?
          mais l’essence même de la politique est la corruption !

          https://www.youtube.com/watch?v=Wlc5O5-cNDA
          « cendrillon pour ses trente ans est la plus triste des mamans
          .........elle commence a boire
          .......maintenant elle fait le trottoir »

          parce que l’ultime vérité de la politique est que nous n’en avons pas besoin ................
          a partir de là le seul moyen de garder le pouvoir est la manipulation le mensonge et la corruption.

          « notre père qui êtes si vieux
          a tu vraiment fait de ton mieux ?
          sur terre et dans les cieux
          tes anges n’aiment pas devenir vieux .... »

          « il part ....jolie petite histoire .... »


          • Michel DROUET Michel DROUET 1er novembre 2012 09:20

            Bonjour

            Si la corruption active existe bien, il y a des moyens de persuasion qui sont tout autant efficace, du style :

            « Monsieur le Maire, conseiller général ou régional, député, sénateurs, ministre (rayez la mention inutile), si vous n’acceptez pas ce marché public, délégation de service, partenarait public privé (rayez la mention inutile), vous porterez la responsabilité du licenciement de x salariés (sous entendu, nous ne manquerons pas de leur faire savoir que c’est à cause de vous, ce qui serait dommageable pour votre réelection) »

            Voilà, c’est aussi comme cela que ça se passe, cela évite les enveloppes qui sont trop voyantes et ça coûte moins cher.

            Ce que vous décrivez dans cette « fiction » n’est que la conséquence de la professionnalisation de la politique et du cumul des mandats qui va avec.


            • herbe herbe 1er novembre 2012 10:12

              Merci pour cet article sur un sujet majeur (puisqu’il favorise entre autres le maintien des inégalités en favorisant toujours le(s) plus fort(s) donc le(s) plus influent(s)...cercle vicieux...).

              Le « bon admettons » m’a fait pensé au sketch de la chauve souris :

              Bon sinon c’est une lutte de tous les instants contre la (les) corruption(s) à tous les niveaux (politique, justice etc) et aussi de type David conte Goliath...

              ça me rappelle des mécanismes que présente cet excellent film où Les deux parties essaient de contrôler la composition du jury, puis les positions des différents jurés. (comme quoi ça peut aussi se faire à posteriori même après tirage au sort) :

              • curieux curieux 1er novembre 2012 12:26

                Politique et corruption : ce ne serait pas des synonymes ?


                • xmen-classe4 xmen-classe4 1er novembre 2012 15:37

                  tu as compris, les partis choisissent, pour le peuple, les députés et les sénateurs.


                  • jmdest62 jmdest62 1er novembre 2012 18:09

                    Une partie de la réponse à ce problème est expliquée par étienne Chouard : une nouvelle constitution où les élus seraient choisis par « tirage au sort »

                    à voir sur agoravox TV

                    http://www.agoravox.tv/actualites/citoyennete/article/entretien-avec-etienne-chouard-le-36834

                    @+


                    • jmdest62 jmdest62 1er novembre 2012 18:16

                      Une autre solution , non exclusive de la précédente :

                      >> Qu’ils s’en aillent tous <<

                      @+


                      • YVAN BACHAUD 1er novembre 2012 18:41

                        La solution à la corruption serait donnée par le référendum d’initiative citoyenne à tous les niveaux territoriaux . Le corrupteur ne paierait plus l’élu s’il sait que l’autorisation obtenue pourra être remise en cause par un RIC. Par exemple pour une implantation ou extension d’une grande surface.


                        Le RIC permettrait également de voter une loi pour que l’on ne puisse faire qu’UN SEUL mandat dans sa vie, maire, OU conseiller régionaux ; OU député , OU député européen (Sénateur n’existera surement plus ! avec le RIC !!). 
                        PLUS de problème du au carriérisme... Plus de problème de ne penser qu’a sa réélection.

                        Pour la Constituante s’il y a ELECTION on aura les mêmes + 15% de FN si c’est a la proportionnelle. On aura donc rien de ce que les citoyens souhaitent.
                        Le tirage au sort en deux temps de 3.000 puis 100 constituants parmi ceux acceptant de participer au second tirage.
                        Sur le forum www.ric-france.fr on peut s’inscrire et proposer des améliorations de la procédure bien détaillée.

                        OU proposer une autre procédure de tirage au sort, qui sera débattue... à son tour.

                        C’est le RIC qu’il faut obtenir avec cet outil démocratique et efficace les citoyens pourront proposer et voter toutes les autres réformes majoritaires dans le pays..


                        • jean-marc R jean-marc R 1er novembre 2012 21:38

                          On s’est déjà « croisés » Yvan Bachaud.

                          Après moults réflexions, car cette histoire de RIC ou RIP on la voit un peu trop sortir de partout, tout comme on voit un peu trop sortir de partout la Suisse donnée comme modèle ultime démocratique meeeeeeerveilleux,
                          et ça commence à me gonfler.

                          Sans rentrer dans les développements, le RIC est devenu un moyen pour les politicards installés et en pleine débandade, mais hélas aussi pour tout un tas de gens qui vivent dans le passé politique avec leur tête très pleine croient ils,
                          le slogan RIC est devenu un moyen « marketing » comme un autre de faire croire que quelque chose changerait alors qu’ils veulent que rien ne change tant ils ont peur de perdre leurs privilèges pour certains ou leurs repères intellectuels protecteurs pour d’autres.

                          En outre, le « véritable » RIC que vous prônez est dangereux. Les excités d’une part et les manipulés d’autre part seraient sur-activés. 

                          Etc...


                        • Dwaabala Dwaabala 4 novembre 2012 21:09

                          À l’auteur.

                          C’est le synopsis d’un film que vous nous présentez : ajoutez une compagne, ou un compagnon pour être au goût du jour, grâce à qui la situation peut devenir cornélienne.

                          Il y a eu un Incorruptible.
                          Quand les Thermidoriens ( qui sont de lointains ascendants) l’ont empêché de parler, à la Convention, il aurait laissé échappé : « Les canailles triomphes ».

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès