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Accueil du site > Actualités > Politique > La politique est une marchandise comme une autre

La politique est une marchandise comme une autre

La campagne presidentielle ne dégage pas de thèmes dominants... Et pour cause, il s’agit de maintenir les choses en place, comme cela se passerait sur un marché concurrentiel.

A quelques semaines des élections, la campagne n’aura pas dégagé un thème prédominant... ou du moins si, mais en filigrane. 1981 portait le thème d’un changement de société et 1995 s’est joué sur la fracture sociale. En 2002, la sécurité fut la cheville ouvrière de la réélection de Chirac face à Jean-Marie Le Pen. Le thème dominant de la campagne actuelle peine à émerger. Une myriade de mini-débats prend place. On discute le lundi de logement, puis le mardi de la dette, on continue pêle-mêle par des déclarations d’amour aux chasseurs, aux agriculteurs, aux chercheurs, aux professeurs, aux patrons de PME (surtout pas ceux du CAC !) et on finit même par oublier l’Europe...

Cette segmentation des débats, qui cache en fait le principal, est accompagnée d’un certain nombre de révélations de « haut niveau » sur la vie des candidats. Le thème de la campagne est donc la campagne elle-même ! La politique est un marché. Cela n’est pas nouveau mais n’avait jamais autant transpiré que lors de ces dernières semaines. Depuis un an, Ségolène Royal s’est forgée une image à l’aide d’Ogilvy France et Mme Rastoin dont la société mère est proche de Bill Clinton. Au passage, il n’est donc pas étonnant de voir Hilary Clinton tenir la même mise en scène « centrale » lors de débats dits participatifs. Le but de la candidate PS était de contrer une autre image : celle du bouillant père fouettard de Nicolas Sarkozy. On a ainsi cristallisé l’offre. Et les médias ont déroulé. Il faut bien vivre, diront-ils.

On a donc suivi les pérégrinations de Ségolène Royal durant les primaires au Parti socialiste. La pré-campagne a aidé la demande à s’orienter sur elle : les thèmes du logement et l’affaire des Don Quichotte lui était favorable. Puis tout le monde connaît l’histoire. Nicolas Sarkozy est investi par son parti et les médias tombent sur les bourdes de Ségolène. Certains crieront à la manipulation. On pourra leur objecter qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Ségolène s’est brûlé les mains après avoir joué avec ce feu médiatique relativement clément pendant un an. De fait, ont suivi des commentaires sur les sondages, déplacements, petites phrases, remaniement d’équipe. Certes, cela peut s’avérer intéressant pour les suiveurs. On peut mesurer les hauts et les bas et cela fait des histoires à raconter cinq ou dix ans après pour donner des leçons quant aux Cassandre qui prédisent tel ou tel résultat. Et de temps à autre, on participe à une émission de glorification ou la contradiction professionnelle est absente. On voit des records d’audience dans des émissions de télévision indignes de la politique mais dignes de la promotion d’un artiste qu’il ne faut surtout pas mettre en difficulté. Mais le fond du débat ne s’est pas éclairci pour autant. La demande semblait être cadenassée par l’indécision. On avait pourri le débat après que l’image de l’adversaire fut écornée.

Mais, voilà que l’offre rebondit et que le scénario s’écrit avec plaisir et aide des médias. Aujourd’hui, l’offre politique s’est ouverte avec des grincements de dents. Pour prendre une métaphore de l’hypocrisie actuelle, les Français avaient le choix entre deux restaurants de manière quasi monopolistique : McQuick et Donald’s. Les deux leur proposent une carte similaire avec des aspects différents et malgré tout quelques différences sur l’origine des produits. Ces deux restaurants se partagent la totalité du marché. Pour éviter le piège d’abus de position dominante, ils renvoient de temps à autre sur un autre restaurant, exécrable pour le goût et donc favorable à la comparaison. Le frenchy mangeur de frites n’avait donc le choix qu’entre deux établissements. Un troisième vint ouvrir en face de la rue. Son credo était de stigmatiser la malbouffe chez les deux candidats. Après tout, pour exister et conquérir des parts de marché, il faut bien une stratégie. Soit. Mais les gérants du duopole souhaitaient garder leurs rentrées financières ! Pris un peu de court sur la qualité de leur menu, ils ont donc attaqué leur nouveau concurrent sur la forme et les intentions, soit tout sauf le goût des produits. Le dernier arrivé se fit attaquer sur la couleur de sa carte, ou bien sur le fait qu’on ne pourrait pas payer en carte bleue avant deux mois. La suite, personne ne la connaît. Le marché reconnaît la prédation et une joint-venture peut très bien intervenir tout comme une OPA hostile ou amicale. Le marché peut très bien aussi se transformer en oligopole.

L’hypocrisie actuelle consiste donc à masquer le débat sur les programmes. On ne parle ainsi que du déroulement de la campagne, et on attaque Bayrou sur ce qu’il fera ensuite ou bien sur son appartenance politique. Reconnaissons ici le jeu du marché politique plutôt qu’un véritable débat. Les patrons des restaurants veulent garder leur part de marché pardi ! Tout initié écartera les arguments avancés d’un revers de main. Les alliances se font et défont entre deux tours de scrutin. Au pire, l’échec législatif de Bayrou signifierait la fin de la Ve République et une Constituante à l’automne suivant. Au mieux, la configuration sera proche de celle de 1978 ou 1986 et Bayrou réussira son pari. Par contre où sont les débats d’avenir ? On voit poindre en ce moment celui sur le travail mais quid de l’Europe et de son appendice, les finances publiques ?

Ils sont sur le Net ! Car la demande a évolué et cela fausse le jeu politique depuis maintenant cinq ans. Les clients les plus expérimentés ont trop mangé de McQuick et Donald’s et se disent prêt à tenter autre chose pour que leur resto habituel change un peu les produits ou le menu. C’est le jeu de la concurrence ! Les nouveaux auront été comparer les menus sur Internet. Aujourd’hui, le rejet des élites est donc manifeste. L’élection présidentielle de 2002 et le référendum de 2005 viennent appuyer la mécanique si besoin est. En outre, il y a une nouvelle forme de citoyen. Il s’agit de ceux qui vont chercher des informations auprès d’experts et n’hésitent pas à les recouper avec d’autres experts. Le cheminement de l’opinion ne se fait plus avec un simple : « Il a toujours été de droite ». La comparaison se fait dans l’instantané et la simplification mensongère est démasquée rapidement quand on constate la faiblesse des clivages politiques. L’ancienne propagande des partis rencontre ainsi une double difficulté quant à la non -royance des slogans traditionnels et à l’explosion des sources d’information sur Internet. Face au scepticisme ambiant, le Net semble avoir choisi Bayrou. Pourquoi pas. Cela va-t-il être relayé dans l’opinion publique ? Pas encore, Internet se démocratise mais tout le monde n’a pas la facilité de recherche. Les nouvelles générations l’ont. On ne les convaincra plus par des promesses de niveau trop facile. Au contraire, il faudra un argumentaire solide et cohérent.

Pour autant, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal possèdent l’avantage d’être établis et d’avoir d’anciens gérants pour qui le maintien est indispensable. On verra donc une Simone Veil ou un VGE tacler celui qui ne veut plus d’énarques politiciens ni de conseils généraux. Le but du nouvel arrivant est de couper l’approvisionnement des concurrents ; approvisionnement se faisant par des sous-traitants et consistant en la livraison de produits dignes de la malbouffe. Il ne faudrait surtout pas changer les choses en place en laissant une nouvelle offre politique vont s’affoler les anciens sous-traitants maintenant gérant au pouvoir (Faites taire Duhamel et remplacez-le par un sarkozyste et un socialiste !). Finalement, Bayrou avec une VIe République ou une nouvelle gouvernance selon les législatives et/ou table rase de certaines élites, le vote Bayrou n’est-il pas un vote punk ? A vous de choisir quelle sera votre offre, la nouveauté ne sera pas forcément meilleure. Sans slogan en tête, le tout est de partir sans a priori. Allez, une dernière question pour la route. Qui a inventé la vie chère : un candidat ou un grand groupe de distribution ?


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5 réactions à cet article    


  • hubert (---.---.104.132) 15 mars 2007 11:52

    Face à toute cette malbouffe, je me dis que la grande cuisine reste à réinventer, mais pour cela il nous faudrait un chef à la hauteur..., j’ai beau chercher dans les guides/programmes je ne trouve pas le représentant dont l’imagination gastro-politique me ferait vraiment saliver...


    • Briseur d’idoles (---.---.168.138) 15 mars 2007 13:18

      Qui sort de la même boutique, je vous l’accorde !


      • (---.---.183.66) 16 mars 2007 00:18

        Non, non la politique est une marchandise à part : c’est de la m... smiley


        • moebius (---.---.153.60) 16 mars 2007 23:10

          bla bla bla


          • Jean-Charles DUBOC (---.---.102.41) 25 mars 2007 21:18

            Le principal sujet débattu pour la présidentielle sera celui de la VI èm République.

            Le fonctionnement de notre démocratie présente de nombreuses anomalies par rapport aux autres pays européens comme l’absence de scrutin proportionnel aux élections législatives, ainsi que le pouvoir démesuré du président de la République qui peut, par exemple, faire intervenir nos armées à l’étranger, sans même en référer l’Assemblée Nationale...

            Tout ceci a été parfaitement analysé par François Bayrou dans son ouvrage « Au nom du Tiers état ».

            Notre constitution est basée sur le culte du chef, qui pense, et décide, pour les citoyens...

            Mais si seulement ce chef était intelligent, si seulement il était honnête !...

            Car, à propos de l’honnêteté, il y a quoi dire...

            Notre pays est, en effet, d’après une étude de l’Institut des Affaires Economiques (IEA / London), parue le 22 juin 2006, le pays le plus corrompu des pays industrialisés...

            Pour l’instant les différents candidats ne formulent aucune proposition pour résoudre le problème de la corruption, car il faudrait ouvrir la boite de Pandore !....

            Pourtant celle-ci pourrait bien être ouverte prochainement.

            En effet, ce qui semble être le détournement des indemnités de la guerre du Golfe 90/91, près de 3,5 milliards de dollars, par François Mitterrand, est maintenant largement diffusée sur le Web, pourrait bien être rendu public avant le premier tour.

            Cette affaire est disponible sur le Forum « Planète-UMP » :

            http://www.planete-ump.fr/t602-D%C3%A9tournement-des-indemnit%C3%A9s-de-la-guerre-du-Golfe-90-91.htm

            Le dossier a été transmis au Procureur de la République, et une enquête de la Gendarmerie Nationale (délinquance financière) est en cours...

            La révélation de ce scandale sera l’élément qui obligera les Français à élire celui, ou celle, qui proposera les meilleures solutions pour qu’un tel crime contre la démocratie ne puisse jamais se reproduire.

            Jean-Charles DUBOC

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