Les résultats des élections législatives viennent de tomber et, une fois de plus, l'Assemblée Nationale ressemble à tout sauf au peuple. Il est temps d'en finir...
Les chiffres de la composition de la nouvelle législature de l’Assemblée Nationale sont consternants. Rarement l’hémicycle n’aura été aussi peu représentatif de la population française. Plus que jamais, le mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours mérite d’être critiqué. Il est en effet inadmissible qu’en plein XXIème siècle, la chambre basse de notre Parlement en soit réduite à n’être qu’un vaste réceptacle à ambitions individuelles. On peut comprendre que les français s’abstiennent lors des élections législatives : leurs députés ne les représentent plus, ni politiquement, ni sociologiquement. Petit passage en revue des méfaits du mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours :
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Une représentation politique déformée. Certes, dimanche dernier, le PS et ses alliés étaient majoritaire en voix. Il est donc tout à fait logique qu’ils obtiennent la majorité des sièges. On relève toutefois deux méfaits particulièrement insupportables :
- Les forces autonomes sont laminées. Le Front de gauche, avec 7 % des voix, n’obtient que 1,7 % des sièges, et le FN, avec 13,6 % des voix, n’obtient que 0,3 % des sièges.
- A l’inverse, plusieurs petits partis accèdent sans problème à la représentation parlementaire avec des résultats beaucoup plus faibles. La palme de l’injustice revient au PRG qui, avec seulement 1,6 % des suffrages exprimés au premier tour, un chiffre qui inclut les nombreux candidats de ce parti soutenus par le PS, obtient suffisamment de députés pour constituer un groupe parlementaire ! Même constat pour Europe Ecologie Les Verts, qui vont avoir la possibilité de former un groupe indépendant malgrés les 2,3 % d’Eva Joly à l’élection présidentielle. Et ne parlons pas de quelques autres vastes blagues comme le Nouveau centre, grassement récompensé par l’UMP au moment des investitures alors que ce parti n’a pas la moindre notoriété auprès des électeurs.
Le constat est clair : le mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours fait la part-belle aux petits arrangements entre partis. Il est saisissant à ce titre de constater que les défenseurs de ce système arguent que la proportionnelle tends à mettre excessivement en valeur les partis au détriment des candidats… Mais alors comment expliquent-ils cette irruption des écologistes au Parlement ? A la proportionnelle, EELV n’aurait eu aucun élu, parce que c’est qu’on obtient lorsqu’on plafonne à 2,3 % des voix. Ras-le-bol de voir les partis décider entre eux de qui doit être représenté à l'Assemblée, rendons le pouvoir au peuple !
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Clientélisme et cumul des mandats. Le SMU2 a une autre grosse tare : pour être élu, ou tout du moins pour imposer sa légitimité auprès des partis politiques, il faut être « implanté ». Comprenez par là qu’il faut déjà avoir été élu, et si possible pas simplement conseiller municipal. On voit donc se multiplier, surtout au PS et à l’UMP, les candidatures de conseillers généraux, maires et autres présidents de communautés d’agglomération. Tout ce monde-la ayant à cœur de préserver cette implantation, on se met à cumuler à fond la caisse. Résultats : à l’Assemblée, les députés qui sont juste députés se comptent sur les doigts des deux mains ! On ne dira jamais assez combien le cumul des mandats est insupportable : des élus qui cumulent sont des élus qui remplissent mal leur fonction, et surtout qui contribuent à restreindre l’accès d’autres citoyens à la représentation du peuple. De fait, la démocratie a de plus en plus tendance à être verrouillée par les mêmes personnes.
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Toujours plus de professionnels de la politique, toujours moins de simples élus du peuple. Cette tendance au cumul des mandats et à la quête du bon notable local concoure aussi indirectement à « professionnaliser » la politique. A force de chercher à être élu à un poste pour pouvoir accéder à un poste plus élevé, on en vient à être élu toute sa vie ! On devient donc un professionnel de la politique had vitam eternam. Et ce d’autant plus que le départ à la retraite n’est pas obligatoire ! Résultats, alors que la population active compte 20 % d’ouvriers, cela fait des années, pour ne pas dire des décennies qu’ils sont de moins en moins nombreux sur les bancs de l’Assemblée. De manière générale, le salariat, majoritaire dans la population en activité, n’est pratiquement pas représenté à l’Assemblée nationale. En 2009, les professions les plus représentées parmi nos députés étaient, dans l’ordre, les cadres du public, les cadres du privés et les PDG, les enseignants, les avocats, les médecins et les enseignants-chercheurs… Qui tous ensemble sont ultraminoritaires au sein du peuple.
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Les femmes, les jeunes, les enfants d’immigrés… Restez à la porte de l’Assemblée ! Qui dit professionnalisation de la politique, reconduction systématique des sortants et promotion au mandat de député de notables locaux, dit écrasante majorité d’hommes grisonnants. L’Assemblée National ne compte même pas un tiers de femmes. Les jeunes de moins de trente ans y sont pratiquement absents. Quant aux représentants de la « diversité », si nombreux dans nos grandes villes, ils sont invisibles à l’Assemblée du peuple !
Vite, la proportionnelle pour plus de démocratie !
La démocratie représentative, comme son nom l’indique, est représentative. Elle ne peut se résumer à l’élection au suffrage direct de représentants du peuple. Pour que ces derniers soient légitimes à occuper leurs fonctions, ils doivent justement le représenter, le peuple ! Le scrutin de liste et la représentation proportionnelle permettent de faire très facilement ce que le mode de scrutin majoritaire ne permet plus :
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Une répartition des sièges entre partis en fonction de ce qu’ils pèsent en voix, et pas en fonction de la capacité d’untel ou d’un autre à rassembler plus de voix que ses concurrents. Finis les députés élus par 50,1 % de la population et les 49,9 % de citoyens restants qui se retrouvent privés de toute représentation politique ! Finis aussi les accords de répartition dans les couloirs des appareils politiques : quand on fait 2 %, on a rien, et c’est normal, parce qu’on ne représente pratiquement rien !
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La fin des petites tambouilles locales, le retour de la politique. Avec la proportionnelle, terminés les dissidents, finis les parachutages, exit la personnalisation à outrance et le parasitage du débat politique global par on ne sait quelles considérations d’ordre local. Un député représente le peuple tout entier, il légifère au nom de la Nation, et pas au nom de sa ville, de son canton, de son agglo. Quand on demande à l’électeur de voter pour une liste, on lui permet de choisir les idées avant les individus, on lui donne donc l’opportunité de choisir sur le fonds plutôt que sur la forme, et de ne pas céder aux sirènes du clientélisme.
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La constitution obligatoire de listes paritaires hommes/femmes sous peine d’invalidation, et pas simplement de sanctions financières. Dans les conseils régionaux, intégralement élus à la proportionnelle, c’est obligatoire et on ne compte pas moins de 47 % de femmes !
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La présence de simples représentants du peuple en sus des traditionnels notables locaux. En présentant plusieurs candidats, on s’épargne le ralliement résigné à on ne sait quel baron local incontournable. Outre les femmes, il est beaucoup plus facile de faire figurer sur des listes de plusieurs candidats des jeunes, des descendants d’immigrés, des ouvriers, des employés, des chômeurs. Bref des citoyens comme les autres, parce qu’on a tendance à l’oublier, mais n’importe quel citoyen jouissant de ses droits civiques peut candidater !
Bref, il est temps d’aller vers plus de démocratie et d’en finir avec cette vieille relique de la Troisième République qu’est le SMU2, qui rime avec professionnalisation de la vie politique, clientélisme, magouilles dans le dos des électeurs et surtout décalage total entre la composition sociologique de la population et celle de l’Assemblée nationale. La proportionnelle, c’est maintenant !