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Accueil du site > Actualités > Politique > La publication des patrimoines, ou la mort du politique

La publication des patrimoines, ou la mort du politique

En prévoyant de publier les déclarations de patrimoine des élus, le gouvernement obéit à une autre logique que celle de la transparence et de la lutte contre la fraude. Il s'inscrit dans le rapport de suspicion constante des citoyens vis-à-vis du politique qui caractérise nos sociétés modernes, rapport qui est au coeur de la crise de la démocratie.

Dévoiler publiquement son patrimoine deviendra une obligation pour l'ensemble des élus. C'est ce que prévoit la réforme préparée pour "moraliser la vie politique", parmi l'heureux durcissement des sanctions envers les fraudeurs et la création d'une Haute Autorité pour améliorer le repérage de ces derniers. On ne peut évidemment que se réjouir d'une plus grande fermeté envers la fraude, à plus forte raison envers les élus, représentants de la Nation.

Mais le fait de rendre publiques les déclarations de revenus et de patrimoine semble dépasser cette volonté de combattre plus efficacement les fraudes. Car pareille lutte ne peut être menée que par des organismes compétents, et certainement pas par le citoyen lambda alors tenté par le voyeurisme. Mieux déceler les fraudes passe donc davantage par l'augmentation des moyens humains et matériels -augmentation nécessaire- qui sont alloués à ces organismes, comme la Commission pour la transparence financière de la vie politique (CTFVP) qui est chargée de contrôler les déclarations de plus de 6000 personnalités politiques, que par le libre accès à ces mêmes déclarations.

En prévoyant de les rendre publiques, le gouvernement obéit donc à une autre logique que celle de la transparence et de la lutte contre la fraude. Car enfin, l'hypothétique exigence des citoyens d'avoir accès aux déclarations de revenus et de patrimoine de leurs élus s'inscrit dans un processus de défiance vis-à-vis des politiques qui est observable en France depuis des dizaines d'années, mais également dans d'autres pays d'Europe. Un tel sentiment n'est pas nouveau, mais il se renforce : un sondage mené par le Nouvel Observateur indique ainsi que 70% des Français ne croient pas en l'honnêteté des politiques, soit 4 points de plus qu'en 2011. Et que dire de l'abstention croissante aux élections et du renforcement des votes contestataires ?

Au delà de la manifestation du caractère d'instantanéité toujours plus fort des mesures proposées par les responsables politiques, et qui montre bien que l'action de nos représentants est de plus en plus déconnectée de tout projet d'ensemble, l'idée de rendre visible par tous les déclarations de revenu et de patrimoine de nos élus est le symbole d'une profonde et inquiétante crise du politique. L'action publique se réduit toujours davantage à un rôle de gestion. Gestion économique d'abord, par le souci apparemment prioritaire du maintien ou du rétablissement des grands équilibres qui désomais s'auto-justifient (emploi, comerce extérieur, inflation, croissance). Mais gestion sociale également, incarnée dans l'évitement de tout conflit, dans la peur des réformes trop coûteuses électoralement et dans le caractère d'instantanéité des mesures que l'on nous propose, c'est-à-dire cédant aux exigences de l'instant et non pas inscrites dans une vision de long terme. Ce rôle de gestionnaire, s'il est bien sûr indispensable, ne peut suffire à définir le politique : celui-ci doit être le porteur d'un projet, le dépositaire d'une volonté collective, l'initiateur d'une impulsion dans la société. C'est bien cette crise du politique que traduit ce sentiment de défiance croissant des citoyens vis-à-vis des responsables publics et que révèle l'idée de publier les déclarations de revenu et de patrimoine de ces derniers.

Car enfin, la relation que nous entretenons avec nos élus ne doit pas être caractérisée par une suspicion diffuse, une méfiance sous-jacente, mais par une adhésion ou à l'inverse une opposition aux idées dont ils devraient se faire les porteurs. Si une transparence doit être renforcée, c'est donc bien davantage celle qui porte sur les modalités, les finalités et la cohérence d'ensemble de l'action publique, sur la présence d'un projet propre à remettre au premier plan la dimension noble du mot "politique", celui de la lutte et du débat d'idées.


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9 réactions à cet article    


  • adeline 23 avril 2013 11:17

    Les différentes affaires, surtout celles qui ont fait pschitt et celles à venir invitent chacun des citoyens à plus de « doutes » et la publication des patrimoines ( obligatoires aux states) est la moindre des choses, plus un ou deux mandats pas plus.

    C’est la fin (on peut rêver) des politiques politikards et un tout petit peu de retour de pouvoir au peuple.


    • kalagan75 23 avril 2013 11:23

      La publication de leur patrimoine a eu au moins un avantage : constater que aucun de nos ministres ne possèdent de parts sociales d’entreprises .
      Alors pour les idées, la notion de gestion et la vision à long terme, je pense que nous ne sommes pas gâtés !
      Les plus aisés ont leur patrimoine sous forme d’immobilier, la preuve qu’en matière de prise de risques, nos élus n’ont pas la moindre compétence ...


      • joletaxi 23 avril 2013 12:34

        aucun de nos ministres ne possèdent de parts sociales d’entreprises .

        plus choquant encore, ils ne possèdent pas un seul bon d’état, pas un seul papier émis par leur état qui les nourrit, pas leurs collectivités qui les gavent, par leurs innombrables « machins » où ils émargent et s’empiffrent de petits fours et de boissons pleines de gaz satanique.

        Et ils osent stigmatiser la finance internationale, les rentiers cosmopolites aux mains crochues qui leurs permettent de continuer leurs libations ruineuses.
        Au japon, la dette est aux mains de la population, mais quand on a pris une bonne raclée, on devient plus prudent.


      • foufouille foufouille 23 avril 2013 13:32

        et aucun n’a investit dans le logement social-iste .........


      • HELIOS HELIOS 23 avril 2013 13:43

        ... vous connaissez le proverbe : Chat echaudé craint l’eau froide ?

        Les français sont dans le même cas.
        Apres s’etre fait entubés par la classe politique, que ce soit de maniere indirecte (les on-dit, les langues de bois, les non-lieus) ou directe (les maisons, les passe-droits...) , les français sont mefiants.

        L’affaire Cahuzac n’est que la derniere en date, mais l’affaire Chirac et la maire de Paris payée par l’UMP, ou la campagne de Sarkozy et Kadafi...même si cela n’est pas vrai, sont les elements d’un rejet global de la classe politique, d’autant que cette même classe ne demontre pas son attachement envers l’interet des citoyens mais plutot ceux des entreprises multinationales ou bien d’une Europe non desirée telle qu’elle se presente. 

        l’ecosysteme politique actuel, « consanguin » comme on le dit, avec ses cumuls de mandats n’arrange rien les chose, le renouvellement des hommes ne se faisant peu et tres mal.
        Si vous rajoutez, l’emprise des partis, qui exigent de la representation nationale qu’elle ne vote pas comme les electeurs le demande mais ceux-ci le souhaitent, faisant fi des valeurs humaines de l’homme politique elu, alors vous comprenez, que TOUTE CONTRAINTE NOUVELLE envers eux sera bienvenue.

        Cet ecosysteme ne se regule pas lui-même dans le bon sens, mais plutot se contamine, chaque coup de canif dans la morale politique est un pas de plus vers le rejet par les citoyens.

        En affichant son patrimoine, qui n’a pas besoin d’etre public, le citoyen pense qu’au moins dans ce domaine, il y aura conformité avec la morale. reste a savoir si l’instance de contrôle sera vraiment independante, et reconnue comme telle par la population. il ne faudrait pas qu’une autre affaire arrive, apres la mise en oeuvre de ce controle.

        la mesure est une bouffee d’air et non pas une mort de la politique.


        • TSS 23 avril 2013 19:28

          Dans les pays nordiques c’est la règle, cela ne provoque aucun séisme... !!


          • titi 23 avril 2013 22:36

            Cette publication du patrimoine est un hochet.
            Tout d’abord parce que rien ne permet de le vérifier : Cahuzac aurait il spontanément déclarer son compte offshore si la loi avait été en place ? Je ne pense pas.

             

            Ce qui m’apparait plus grave c’est de vouloir interdire à un député de travailler. Ce qui de fait éloigne de la fonction tous ceux qui ne sont pas sûrs de ne pas pouvoir reprendre leur activité après leur mandat. Bref la plupart des actifs hors fonction publique.
            Déjà que les enseignants sont sur-représentés dans l’hémicycle, une telle décision fera définitivement des assemblées un zoo.


            • dominique 24 avril 2013 08:41

              la suspicion devient malheuresement la règle. Au vu des « affaires » qui secouent régulièrement le pays il devient de plus en plus difficile de faire confiance a nos chers élus....


              • TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE 24 avril 2013 09:55

                NON la mort du politique sera quand les citoyens sauront par les médias ceux qui cumulent sont lobbyistes des grands groupes et font de l’évasion fiscale organisée avec UBS ET D AUTRES.................

                CE JOUR LA NOUS CITOYENS POURRONT LES JUGER ET LES ENVOYER EN GALERES AU BAGNE DE CAYENNE REOUVERT POUR TOUTES CES VERMINES REPRESENTANTES DU FRIC.........................

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Louis


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