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Accueil du site > Actualités > Politique > La quête pour l’autorité

La quête pour l’autorité

La gauche n’en menait déjà pas large. Maintenant, avec cette non-victoire de la grève de la SNCF, c’est à la rue que la France a donné son congé. Le temps de l’autorité est arrivé. D’où nous est venu ce Sarko autoritaire, farouchement LUI, qui arrive dans la vie politique française comme un anachronisme ? Un anachronisme, tout au moins, pour ceux qui sont encore bien jeunes.

Ceux qui pensent que la République est la seule réalité et qu’il n’y en a pas d’autre. Ceux qui trouvent un peu agaçant qu’on ait tous les problèmes de la démocratie, mais qui sont convaincus qu’on ne peut pas en avoir d’autres. Ceux qui ne s’inquiètent des autres problèmes, comme le fascisme, le stalinisme, l’américanisme... des maladies honteuses, depuis longtemps contrôlées chez nous. La peste ? Bien sûr, la peste, on connaît, mais pas en France !

Ne voyant qu’aujourd’hui, ils oublient que la France, depuis la Révolution, est passée par trois monarchies, deux empires, une dictature et cinq républiques, sans compter les consulats, directoires et autres originalités. Ils ont le double défaut de trouver plus tolérables qu’ils ne le sont objectivement les problèmes de la démocratie - incluant tout ce verbiage inutile et cette corruption débridée -, mais sans entrevoir dans la pénombre la possibilité même d’un État où l’on n’ait personne à qui se plaindre, ni députés, ni avocats, ni journaux, si quelqu’un en uniforme vient vous casser la gueule ou vous jeter au trou parce qu’il en a envie. Nous vivons en République.

Nous vivons encore en République, mais ça pourrait changer... Pas le mot « République » - il est aussi confortable qu’une vieille paire de pantoufles et on ne le laissera pas partir - mais l’idée de République, le concept, tenu fermement pour acquis, d’un État de droit absolu. Ça, ça pourrait partir. Pourquoi ? Parce qu’on est heureux et que tout va bien. La vie en France est devenue un fleuve tranquille. On glisse au fil de l’eau et le courant n’est pas très rapide... Le fleuve coule trop doucement pour charrier tous les déchets qui s’accumulent le long des berges et nous avons quelques problèmes...

Le plus grave de ces problèmes c’est que, dans notre "État de droit ", se sont développés, comme des colibacilles, une foule d’éléments qui ne sont plus soumis à la loi. De petits éléments malins pour qui la loi n’existe pas et qui deviennent autant d’irritants. Trop de gens qui ne payent pas les impôts qu’ils devraient payer. Trop de compagnies qui traitent l’environnement comme il n’est pas permis de le traiter... et qui s’en fichent. Trop d’arrogance, par trop de fonctionnaires qui, protégés par leur syndicat, mais surtout par la nonchalance des gens ordinaires, peuvent faire n’importe quoi et surtout rien du tout.

La loi ? Trop d’éléments criminels ont maintenant une parfaite connaissance de la loi et peuvent l’utiliser à mauvais escient pour voler et tromper. Trop de politiciens mériteraient d’être pendus, à qui l’on donne le droit, après leurs crimes, de revenir gentiment redemander qu’on leur fasse confiance. La loi est devenue comme ces tests qui cessent d’être discriminants, parce que les "autres" connaissent les réponses. La loi n’empêche plus rien, parce que ceux qui le veulent savent tous comment la circonvenir et qu’il n’y a rien au-dessus de la loi : nous sommes un État de droit. C’est bien ce qu’on veut, n’est-ce pas, un État de droit ?

Oui, c’est ce qu’on veut. La démocratie, c’est pour ça qu’on s’est battu. Mais, il y a des choses que la démocratie ne peut pas faire. La démocratie ne peut pas régler les problèmes inhérents à la démocratie elle-même. Le problème de la majorité qui s’impose aux minorités, le problème de ceux qui ont toujours la force de l’État de droit pour eux, puisqu’il est dans la nature du jeu que gagnent ceux qui le jouent bien et qu’il y a des règles du jeu qui mènent à l’injustice. Sans rémission. Alors, une certaine nausée chronique s’installe.

C’est pour ça que, depuis qu’on a dit "démocratie", on sait que, quand la loi n’apporte plus ce qu’elle devrait apporter, ni la sécurité, ni la justice, ni l’espoir, on la mettra en congé. Aussi sûrement que les glaciations et les phases de la Lune, on sait que, quand il y a trop de déchets le long du fleuve trop tranquille, vient un pouvoir autoritaire.

Un pouvoir qui n’est PAS démocratique et qui ne s’embarrasse pas des règles écrites. Pas un pouvoir fasciste corporatiste, collégial comme celui de Bush, mais un pouvoir personnel, comme celui de Louis XIV ou de Napoléon. Un pouvoir si absolu qu’il en devient débonnaire et qui vient faire un bon ménage. Le consensus populaire, tout à coup, est que, entre deux démocraties, quelqu’un vienne trancher le noeud gordien et remettre les pendules à l’heure...

Naturellement, ce sera l’heure que voudra celui qu’on aura choisi, mais ce sera aussi l’heure que nous voulons tous. Parce que c’est pour ça, que le consensus l’aura choisi. Vraiment choisi, parce que l’autoritarisme n’est plus le mode par défaut dans une société moderne. Dans un État moderne, l’interdépendance entre les partenaires sociaux est telle, qu’il est impossible de transgresser le consensus social bien longtemps. L’autoritarisme vient quand on le réclame. Il va sur son erre, le temps d’épuiser l’indignation qui l’a mis en action et qui lui a donné le pouvoir d’agir... puis disparaît.

La dictature demeure une abomination, mais elle a désormais la qualité rédemptrice qu’elle ne dure jamais. Elle ne peut pas durer. Une société, paradoxalement, ne peut renoncer au consensus que le temps qu’il y a consensus pour y renoncer ! C’est toujours le peuple qui décide, même quand la démocratie est en congé. Où en sommes-nous, aujourd’hui, dans la marche vers l’autorité ? Peut-être plus loin qu’on ne le pense.

D’abord, les problèmes sont là : la corruption, la violence dans les rues, l’invasion des "autres" que l’on prétend différents et qu’il est facile de voir comme la source de tous nos maux. Les atermoiements infinis qui font que justice n’est jamais rendue, que le progrès n’arrive jamais et que l’on n’a pas ce sentiment de devenir chaque jour un peu plus prospère, un peu meilleur, un peu plus heureux. Il y a une majorité - qui s’ignore encore - qui veut que l’on sorte le balai, que les choses changent, que la justice soit telle que chacun, en lui-même, la voit. La demande est là.

La réponse aussi, peut-être. Elle s’appelle peut-être Sarkozy. Il est venu parce que c’est ce que nous voulons. Sarkozy a des idées et aussi des émotions, ce qui est indispensable. Il est bien inspiré et totalement sans scrupules. Comment peut-il accéder au vrai pouvoir, à l’AUTORITÉ ? Les étapes sont simples.

D’abord, rendre inutiles tous les autres pouvoirs de l’État, qui s’équilibrent et qui font une France où tous les droits sont respectés..., mais aussi où tous les abus sont permis. Dans un premier temps, on peut reconstituer, au niveau de la présidence, une représentation pluraliste de la France. On peut y emmener assez de gauche, avec ce qu’il faut de droite, pour que des débats entre factions ressorte clairement ce que veut la population. On se parle, on écoute les doléances, on accepte quelques remontrances délicates, puis le chef de l’État - qui est celui qui sait ce que la France veut et qui peut donc agir comme arbitre - donne des instructions pour que chacun fasse ce qui se doit.

Tout se règle au palais. Le législatif, ce qui porte le nom d’exécutif et même le judiciaire obéissent aux directives. Ce sont, de toute façon, les directives que le peuple veut qu’ils reçoivent... Regardez les sondages... Chaque semaine, dans les sondages, la France plébiscite son chef. Quand tout fonctionne bien, il ne reste qu’à institutionnaliser cet ordre nouveau.

D’abord, un gouvernement d’Union nationale. Une crise, n’importe laquelle, et ça deviendra un devoir pour chacun de se joindre à un gouvernement monolithique. Tous ceux qui ne sont pas venus d’eux-mêmes à la présidence sont alors priés et convaincus de s’y présenter, de Besancenot à Marine en passant par Bayrou. Dans un deuxième temps, une nouvelle constitution : une VIe république. Avec un exécutif qui se confond avec le président, un législatif qui ne s’organise plus en partis politiques, mais est composé de députés indépendants, qui représentent directement les électeurs, comme des États généraux permanents de la nation française.

Ce sont eux que le président veut écouter. Pas les préjugés, les éléphants, ni les rhinocéros engoncés dans leurs idées d’hier et leurs privilèges. Une assemblée de députés indépendants, issus du corps de la nation - éviter de dire du pays réel - et les lois leur sont soumises. Une vraie démocratie populaire, presque directe. Par la grâce et sous l’égide, bien sûr, du (prince) président, formellement et massivement plébiscité...

Après, on règle les problèmes. On remet les pouvoirs financiers à leur place, en confisquant, dans la mesure du nécessaire, ce qu’ils ont pris de trop. Sans discussions, car bien des secrets sont sortis et la France est indignée... Heureusement le président est là, pour assurer l’ordre. Qui a dit que le chef était de droite ? Puis, on remet une frontière autour de la France, et une autre autour de l’Europe qui se confond avec la frontière de l’Occident. De ces deux frontières, la première est bien poreuse... dans la mesure où la seconde est bien étanche. Libre à l’Allemagne d’accueillir des Turcs, mais s’ils viennent en France, ce sera comme touristes. Le commerce international ? Oui, s’il fait l’affaire de la France. Les migrations de population ? Oui, si elles font l’affaire de la France... L’Europe ? Oui... puisqu’elle fait l’affaire de la France. Qui a dit que le chef était de gauche ?

Tout cela ne peut durer qu’un temps, car si on se lasse de l’ineptie de l’attentisme et des remises à demain de la démocratie, on se lasse encore plus vite, quand on y est soumis, des remises en question en cascades et de l’arbitraire érigé en dogme des pouvoirs autoritaires. Il n’y a pas de terrain plus fertile pour faire croître une démocratie que le terreau de l’absolutisme. On la regrettera, elle reviendra... Quand les problèmes sont réglés, l’indignation cesse, on envoie Sanson lui-même à la guillotine et l’on recommence une autre histoire d’amour avec la démocratie...

Une nouvelle démocratie virginale, bien proprette dont ont été brossés au kärcher les entourloupettes, les privilèges éhontés enchâssés dans un fatras de formules illisibles et toutes ces cohortes de petits copains, toutes ces théories interminables de petites fourmis profiteuses.... Combien de temps pour que revienne la démocratie, si elle part en vacances ? On ne sait pas, tout change très vite... Pour parodier la phrase de Lamartine, les dix-huit ans depuis la chute du Mur de Berlin ont été dix-huit siècles pour le monde...

Dans une société de tradition démocratique et avec internet qui assure la transparence, des vacances dans l’absolutisme ne devraient pas durer bien longtemps... Un mauvais moment à passer... Je serais bien surpris que cette "cette génération passe, avant que toutes ces choses n’arrivent"...


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10 réactions à cet article    


  • Atlantis Atlantis 19 décembre 2007 20:46

    La démocratie et le totalitarisme n’existent pas. Il y a des potentialités, des degrés entre les deux.

    De la même façon, la séparation des pouvoirs ne peut avoir lieu, de même que leur réunion totale. Il y a des niveaux. Le curseur se déplace tantôt d’un coté, tantôt de l’autre.

    C’est une grande supercherie héritée des lumières d’avoir à raisonner en noir et blanc. Et plus on examine ce qu’ils ont pu dire et plus l’on se rend compte qu’ils étaient pas lumineux finalement.


    • JL JL 20 décembre 2007 10:17

      @ Atlantis, à quoi bon les lumières pour ceux qui ne veulent pas voir : c’est vous qui raisonnez en noir et blanc en prétendant que les lumières nous ont appris à raisonner en noir et blanc.


    • brieli67 19 décembre 2007 21:10

      petit Anar d’Allard si c’est tout ce que tu as à nous souhaiter

      retourne et reste dans tes arpents de neige. Occupe toi des Amériques. Tu veux bien ?


      • aye 19 décembre 2007 22:22

        Tout avance comme le soleil dans la galaxie.

        Sarko était sans doute un passage obligé pour éclairer la bêtise collective.

        Espérons qu’il y aura un après avec des petits matins qui chantent.


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 20 décembre 2007 05:29

          @ Atlantis : Oui, c’est affaire de degrés ; maintenant ca vire à l’autoritaire en France.

          @ Brieli67 : Ne tirez pas sur le messager. Mon site est à gauche et j’ai été deux fois candidat socialiste, ou ce qui en tient lieu au Canada... Mais la politique de l’autruche ne règle rien. http://nouvellesociete.org/5175.html

          @ par aye : Oui, c’est un passage obligé. Mais pas « était » ; « sera ». On est dans la penombre ;le coeur de l’eclipse est encore devant nous.

          PJCA


        • JL JL 20 décembre 2007 10:11

          Cet essai que vous nous présentez dans ce discours cohérent mais lénifiant me laisse un peu dubitatif. A supposer que vous disiez vrai, l’Histoire n’attend pas, et il peut se passer beaucoup de choses pendant ce qui a priori pouvait se présenter comme un intermède (certains socialistes disaient que la gauche n’était pas prête et devait passer son tour, reculer pour mieux sauter en somme).

          En attendant, tout ce qui est déconstruit au plan des conquêtes sociales du passé est irrémédiablement perdu. Et pas seulement pour les citoyens mais pour la démocratie également : le temps des grands hommes est révolus.


          • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 21 décembre 2007 02:38

            @ JL Ce qui peut vous sembler lénifiant de mon discours est sans doute ma foi « charbonnière » dans le fait que, comme vous le soulignez, le temps des grand hommes est passé. Le mode par défaut de la gouvernance, c’est la démocratie, car notre interdépendance nous oblige à un consensus. Évidemment, j’aurais préféré que le monde devienne peu à plus consensuel sans faux-pas... mais je vois bien que ce ne sera pas ça. J’ai plutôt hâte qu’on fasse ce qui doit être fait et qu’on reprenne l’évolution. Je ne pense pas que les acquis sociaux passés soient perdus. On reprendra où l’on a laissé, peut être plus loin, car on aura le gôut d"aller vite dans la bonne direction.

            PJCA


          • JL JL 22 décembre 2007 19:04

            @ PJCA, puissiez vous avoir raison ! Puisque vous parlez de gouvernance, avez-vous lu l’article de Zen sur le sujet ?

            http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=33332


          • Fergus fergus 20 décembre 2007 10:24

            Excellent article. Dommage qu’il n’aborde pas l’écrasante responsabilité des médias dans l’émergence, largement favorisée par les politiques, d’une société de paillettes, de fric facile et de pipoles.

            Une société d’apparences et de valeurs dévoyées où l’on fait disparaître le chirurgien, la biologiste ou le sociologue derrière l’animateur en vogue, la top-model « up-to-date » et le surdéveloppé du deltoïde.

            Une société où la diffusion d’un Cyrano de Bergerac ramasse une gamelle quand « les 100 plus belles paires de fesses » fait un triomphe. Noyés sous des avalanches de débilité, d’insipides produits formatés et de « vies de rêve » souvent fabriquées de toutes pièces, les Français s’éteignent à la critique politique et à l’action syndicale. Faute de temps, faute de force morale, faute de solidarité. Désormais, soit ils s’identifient aux dominants et prennent fait et cause pour eux en espérant récupérer des miettes de leur pouvoir et (qui sait ?) se hisser au niveau de leurs idoles, soit ils s’écrasent dans leur coin, persuadés de leur médiocrité et de l’inéluctabilité de leur destin.

            L’évolution vers un pouvoir abolu, dont nous sommes effectivement menacés dans ce pays par un chef d’Etat aux tentations de prince-président, n’est pas un hasard : elle passe par une collusion politico-médiatico financière dont nous risquons, si nous ne sommes pas capables de nous ressaisir collectivement, de payer le prix fort !


            • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 21 décembre 2007 02:49

              @ Ferus : Je ne l’aborde pas, car elle n’est pas contestée. Quant au phénomène d’une « société d’apparences et de valeurs dévoyées » ... c’est l’une des choses que quelques années d’autoritarisme vont non seulement balayer, mais rendre odieuse pour longtemps... Nous allons payer le prix. Apprenons quelque chose...

              PJCA

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