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La réforme des retraites : Quelles suites au mouvement de contestation ?

La réformes des retraites : Quelles suites au mouvement de contestation ?

Le projet de loi afférent à la réforme des retraites imposée, contre leur gré aux Français, par le président Sarkozy a été voté par le Parlement le 27 octobre dernier, conformément à la stratégie du passage en force dont il tient à faire la marque distinctive de son style de gouvernance.

Pour autant, il ne s’agit pas d’un point final aux problèmes posés par cette réforme conçue, selon son inspirateur, pour le bien des générations présentes et futures et dont on se souviendra comme ayant été, paradoxalement, à l’origine d’un puissant mouvement de contestation et du conflit sociopolitique le plus long que la France ait connu au cours des dernières décennies.

En dépit d’un certain éclaircissement des cortèges, lors de la journée d’action du 28 octobre, la septième depuis le début, démonstration a été faite qu’il ne s’agissait ni d’un baroud d’honneur, ni du spectacle d’un mouvement de contestation entrain de rendre l’âme, contrairement au message que les médias s’étaient attachés à marteler, dès l’avant veille, à la plus grande satisfaction de l’exécutif et du Medef.

Dans son éditorial du 29, Le Monde mentionnait qu’il s’agissait ‘’indéniablement d’une victoire politique du président de la République’’’. Certes... L’éditorialiste du Figaro, Paul-Henri Du Limbert quant à lui, exultait sur le même registre, en ajoutant qu’aujourd’hui en France, le pouvoir ne cède plus quand une réforme impopulaire (sic) déverse dans les rues des centaines de milliers de manifestants. Bien avant lui, faut-il le lui rappeler, quelqu’un pérorait déjà sur les grèves dont plus personne ne s’en apercevait quand il y en avait en France.

L’heure a néanmoins sonné de revenir sur les évènements qui ont, durant des mois, tenu la France en haleine alors même que dès le départ, ce projet présenté par la droite et les services de communication de l’Elysée comme emblématique de la politique réformatrice du président Sarkozy, était censée faire consensus et lui ouvrir la voie pour 2010.

Syndicats (CGT et CFDT) et formations politiques de gauche et d’extrême gauche, à une ou deux exceptions près, avaient montré une disponibilité plus ou moins marquée. L’ensemble de la presse s’efforçait, dans le même temps, d’accréditer l’idée que les Français s’y étaient résignés, en raison de son caractère inéluctable, pour cause de déficit des comptes publics hypothéquant la pérennité du système des retraites par répartition.

Nul n’ignore qu’en fait la réforme telle que voulue par le président de la République a pour but, ici comme ailleurs, dans l’éducation nationale et la santé, entre autre, de conduire à terme au désengagement de l’Etat au profit d’opérateurs privés.

Depuis Bruxelles d’où il a feint d’avoir ‘’entendu les inquiétudes souvent légitimes’’ des Français, ses propos du 29 octobre sur le financement des retraites, la solidarité intergénérationnelle, les petites retraites et la sécurité sociale ‘’(…) seule vainqueur dans cette affaire’’, exhalaient le cynisme et le mépris dont il est capable à l’endroit de ses compatriotes ordinaires quand il prétendait avoir, de la sorte, sauvegardé et sécurisé la perpétuité d’un système qu’il entend précisément détruire grâce à sa réforme.

Quel bilan peut-on alors esquisser, quelles perspectives peut-on dégager alors qu’une huitième journée d’action a été appelée pour le 6 novembre ?

Des limites des journées d’action à répétition.

L’opposition des Français à la réforme des retraites a soulevé une vague contestataire dont personne ne se doutait qu’elle prendrait une ampleur aussi importante sur le plan social et politique, en mettant au jour un malaise social et politique très profond. C’est pour cette raison, qu’à la surprise générale, les mobilisations se sont maintenues à des niveaux très élevés, tout au long des journées d’action successives.

D’aucuns ont cru y voir la fin du sarkozysme, voire la chute toute proche du gouvernement. C’était une grosse méprise et, pour le dire tout net, rien ne poussait en se sens, dans la stratégie des journées d’action à répétition, côté syndical ; ni, côté politique, dans l’attitude globale et l’état d’impréparation de la gauche, pourtant très présente et très active tout au long du conflit.

Côté syndical, la stratégie des journées d’action à répétition, chère aux dirigeants des deux principales composantes de l’intersyndicale que sont la CGT et la CFDT, a indiscutablement montré ses limites pour un mouvement social de cette importance.

Comme on l’avait si bien vu en 2008 / 2009, les journées d’action à répétition ou ‘’journées d’action à saute-mouton’’ comme on les appelle aussi, ont la réputation avérée de briser la montée des mécontentements et de conduire, par lassitude et sentiment d’impuissance, toute contestation sociale d’ampleur nationale dans l’impasse.

C’est pour cette raison qu’à aucun moment, même dans le cadre de cette stratégie, il n’a été question pour les dirigeants des deux syndicats précités, d’ouvrir la voie à la grève générale sur l’objectif du retrait pur et simple du projet sarkozien, comme l’ont appelé de leurs vœux, sans succès, d’autres syndicats comme FO, la FSU, Solidaires et bien d’autres par la suite.

Ils se sont systématiquement refusés à prendre en considération non seulement, d’une part, l’élargissement du mouvement de contestation, la multiplication des rassemblements, partout en France, la prolifération des revendications et dénonciations remettant en cause l’ensemble de la politique du gouvernement et surtout, le nombre de plus en plus élevé de cortèges brandissant des banderoles appelant à la grève générale pour le retrait du projet de réforme au fil des manifestations.

D’autre part également, face au développement des grèves reconductibles et reconduites, des jours durant, dans des secteurs de plus en plus nombreux à travers le pays, ils se sont empressés de dire que ce qu’il s’y passait relevait de la responsabilité des fédérations concernées et non des responsables confédéraux.

Dans ce contexte, et à la veille de la journée du 12 octobre, comme celles des 16, 19 et 28, devant l’affluence des préavis de grève, le soutien massif de l’opinion publique qu’on avait tenté, en vain, de dresser contre le mouvement de contestation et le rejet de la réforme par près de 70% des Français dont on avait dit qu’ils étaient résignés, nombreux ont été, sans doute, ceux qui auront éprouvé la désagréable surprise d’entendre B. Thibault expliquer que l’heure n’était pas à la grève générale et qu’un appel en ce sens ne serait pas suivi.

F. Chérèque, de son côté, a dû répéter, à de très nombreuses reprises, que l’intersyndicale n’appelait pas à la grève générale. Celle-ci devait être discutée et votée, avait encore ajouté B. Thibault, « au cas par cas, entreprise par entreprise » selon cette tactique bien connue et d’une efficacité redoutable pour disloquer toute aspiration unitaire montante quand se précisent les conditions d’une grève générale interprofessionnelle.

Tout en dénonçant le caractère injuste et inapproprié de la réforme, ils n’ont pas cessé d’en appeler à la négociation avec un gouvernement qui, sur instruction de l’Elysée, n’avait jamais eu l’intention de s’engager dans une telle voie et excluait d’ailleurs toute concession.

Sans doute s’agit ici de l’une des manifestations de cet esprit de responsabilité dont se sont fortement réjouis, ensemble, la droite, le Medef et un certain nombre de responsables du Parti socialiste à l’endroit de la CGT et de CFDT.

Dans ces conditions, la ‘’fermeté’’ du président Sarkozy a, en fait, consisté à tabler, dès le début, sur la disponibilité et la capacité des dirigeants syndicaux à mettre tout en œuvre pour désamorcer l’explosion d’une grève générale. C’était un pari risqué qui s’est avéré, en dernière analyse, fort payant, d’autant plus que malgré un écho très puissant au sein des formations de gauche, toutes catégories confondues, rien à l’horizon, côté politique, ne semblait offrir un cadre d’appui fiable à ce conflit social.

De l’impasse politique et idéologique de la gauche et du PS en particulier.

La gauche a été très présente non seulement dans les défilés, aux côtés des manifestants, mais aussi dans les médias audiovisuels et la presse écrite. Presque tous aussi étaient des déçus du refus de concertation sciemment voulu par le président de la République. Car, si ce dernier a systématiquement repoussé tout appel pressant à la négociation et fait procéder, dans les conditions que l’on sait, à l’adoption de son projet par le Parlement, c’est que cette réforme répond à de toutes autres préoccupations que celles officiellement proclamées.

Pour faire court, et sans la moindre prétention de révéler un secret, la réforme des retraites que vient d’imposer en France le président Sarkozy, relève de la nécessité de détruire le système des retraites hérité du Conseil national de la résistance, dans le droit fil des besoins du libéralisme, des marchés et organismes financiers.

C’est donc une réforme parfaitement cadrée idéologiquement et, de ce point de vue, une entreprise que la gauche aurait dû analyser comme telle et la rejeter tout net dès le départ.

Presque toutes les formations de gauche ont, à un moment ou à un autre, pris part aux débats, complexifiés à souhait, sur les projections démographiques confrontées aux conjonctures et conjectures économiques conditionnant le financement des retraites sur 20, 40 voire 60 ans, le nombre d’annuités selon telle ou telle hypothèse, etc, etc…. Sans compter le jeu des curseurs d’âge de début et de fin de vie professionnelle intégrant aléas et précarité en cours de carrière…

L’enjeu de la réforme des retraites se situait-il vraiment sur ce terrain ? Ces débats et discussions techniques très médiatisés ont-ils, d’une manière ou d’une autre, interpellé le président de la République ? La réponse est aujourd’hui évidente.

La gauche a été très présente tout au long de ce conflit, disions-nous, mais sans aucune alternative de projet gouvernemental achevé. Il y a des raisons à cela.

Pour ce qui concerne sa principale composante à savoir le Parti socialiste, de quelle alternative ce parti pouvait-il se prévaloir, alors même qu’il est, depuis bientôt deux ans, totalement absorbé dans une énième refondation dont les fondements idéologiques sont encore loin d’être visibles, si tant est que l’on puisse dire qu’une place quelconque a été accordée à cette dimension indispensable et à la construction du socialisme dans cette entreprise.

Cette lacune qui est l’expression de la crise identitaire idéologique et des difficultés existentielles et politiques dans lesquelles se débat le PS depuis des années, constitue un souci de taille. Elle peut, en l’occurrence, expliquer, en partie pourquoi, malgré une présence active, le PS n’est pas tout à fait en mesure de prétendre avoir recouvré sa crédibilité, bien que son image se soit indéniablement quelque peu améliorée auprès des classes populaires.

 Au moment où celles-ci sont engagées, corps et âmes, dans une bataille contre une réforme d’inspiration profondément libérale, elles n’oublient, pas pour autant, que le PS a, durant des décennies, tourné le dos aux valeurs du socialisme lui préférant celles du libéralisme et de l’économie de marché dont un éminent responsable socialiste ventait, peu de temps encore avant la crise, toute l’efficacité en matière de création des richesses.

Il est urgent que le PS prenne ses distances avec cette orientation, qu’il revienne sur sa reconversion à l’économie de marché qui lui a valu, c’est ici l’occasion de le rappeler, son échec cuisant aux élections européennes de juin 2009, le fort taux d’abstention et de pertes de voix qui ont terni ce qui aurait pu être un succès remarquable aux élections régionales de mars 2010.

Sa dernière « Déclaration de principes » qui consacre ces orientations doit être abandonnée au profit d’une nouvelle déclaration conforme à l’histoire et aux valeurs du socialisme.

Sur ce problème des retraites, et en raison du paradoxe idéologique et politique qui le mine, le PS a donné dans tous les sens, sauf dans celui qui lui aurait permis de mettre le doigt sur la signification et la nature véritables du projet sarkozien telles que nous les avons caractérisées plus haut.

Non seulement ses prises de positions officielles ont été constamment fluctuantes, mais chaque responsable s’est cru une obligation de jouer sa propre partition pour des raisons que chacun d’eux pense mettre au crédit d’une éventuelle image de présidentiable.

Et maintenant ?

Sur le plan politique, le malaise social mis au jour à l’occasion du mouvement de contestation de la réforme des retraites a révélé à quel point le sarkozysme a mis le pays dans une situation lamentable. Il n’est que de voir l’état déplorable dans lequel ont été jetés l’éducation, la santé et les services publics en général après avoir été broyés par la RGPP.

Que dire de la destruction des prestations sociales et médico-sociales, de la paupérisation croissante du fait d’un chômage galopant et de la réduction drastique des dépenses publiques en matière de protection sociale, de l’accroissement scandaleux des inégalités à la faveur d’une fiscalité uniquement favorable aux riches !

Les caricatures reproduisant Nicolas Sarkozy entrain de taper sur la France à coup de massue cloutée sont d’un réalisme saisissant. Les potentialités dévastatrices du chef de l’Etat sont énormes. Les dégâts déjà perpétrés sont tels qu’il faudrait, de la part de la gauche ayant vocation à gouverner, comme elle se définit, l’engagement ferme et sans ambigüité de prendre le contre-pied exact des œuvres accomplies par le régime actuel depuis son avènement.

Si le mouvement de contestation de la réforme des retraites a débouché sur une mise en cause profonde de l’ensemble de la politique du président de la République, au point de menacer effectivement son gouvernement, le sarkozysme n’est pas à bout de souffle, loin s’en faut.

Bien au contraire, les élans fusionnels du sarkozysme en direction du Front National lui donneront un second souffle. Les politiques identitaires et sécuritaires directement impulsées par le président de la République en personne, les atteintes gravissimes aux droits constitutionnels et humanitaires, la volonté de soumettre la justice à ses ordres et les actes attentatoires aux libertés démocratiques et à l’exercice sécurisé du métier de journaliste, en sont les points d’appui.

La gauche dans son ensemble, et le PS en particulier, devraient accorder une attention spécifique à cette évolution, déjà bien présente dans certains pays européens et qui semble émerger également aux Etats-Unis d’Amérique

En ce qui concerne la gestion syndicale de ce conflit, on se souvient que l’une des objections avancées par l’intersyndicale pour ne pas appeler à la grève générale en était le coût, insupportable, en terme de journées de salaires perdus. En considérant la puissance des cortèges le 28 octobre, on ne pouvait cependant s’empêcher de penser qu’il y a eu, dans ces journées d’action à répétition, comme un énorme gaspillage de ressources et d’énergie.

En effet, avec la huitième journée d’action prévue du 6 novembre et peut-être une neuvième et même une dixième en vue, dont 7 ou 8 au total, auront été appelées en semaine, on peut se demander si, tout en restant dans une fourchette équivalente en journées de salaires perdus, deux ou trois séries vagues de grève générale de 24, 48 et 36 heures chacune n’auraient pas été plus efficaces.

La question mérite discussion pour l’avenir, car une occasion vient d’être ratée. A entendre effectivement François Chérèque déclarer sur Canal+ « (…) On va s’éloigner peu à peu des retraites (..) » la cause est entendue.

Jean-Marie TOKO, sociologue-démographe, Paris. 


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8 réactions à cet article    


  • jako jako 10 novembre 2010 10:34

    La suite c’est en Mai 2012 smiley


    • iris 10 novembre 2010 10:52

      à condition que banlieues-et tous les perdants du régime actuel votent et ne se laissent pas embobiner-apeurer -et impressionner par les discours de l’umps


    • jako jako 10 novembre 2010 11:02

      Effectivement Iris.


    • paoum 10 novembre 2010 13:47

      merci l’auteur, bonne analyse.


      • fwed fwed 10 novembre 2010 15:19

        Y’en a qui écoutent encore les traitres Thibault et Chéreque ?

        « Quand un jour à force de nous faire croire
        que ca ira mieux qu’ailleurs c’est bien moins chouette
        Quand le peuple sens qu’on se paie sa tête
        Il se réveille et met le feu »

        Cours vite ...Nico


        • YVAN BACHAUD 10 novembre 2010 20:23

          bonjour,

          M. TOKO ne signale pas que les Suisses le 07 MARS 2010 par référendum d’initiative citoyenne ont voté à 73%OUI a l’abrogation d’une loi de décmebre 2009 qui AURAIT entrainé une baissze des retraites sans cette intervention.
          Il ne se demande pas pourquoi les syndicats ne demandent pas aux partis qui les soutiennent de mettre une proposition de loi en faveur du RIC à l’ordre du jour de l’A.N !
          Et pourquoi le PS qui affirme vouloir être utile aux Français ne souhaite pas qu’ile puissent se défendre contre les lois injustes.
          SEUL le RIC permet aux citoyens d’être maitre de leur destin. L’opposition le REFUSE ;ILS DEVRONT S’EN SOUVENIR en 2012
          Cordialement
          Y.B www.ric-france.fr


          • Jean-Marie 10 novembre 2010 22:09

            Bonsoir M. BACHAUD,
            Merci pour votre commentaire. Justement sur la question d’un référendum
            au sujet de la réforme des retraites, j’avais, il y a quelques semaines proposé un article sur le sujet mais il n’avait pas été publié. J’ai le plaisir de vous le communiquer pour vous permettre d’avoir mon point de vue.
            Merci bien, cordialement.
            J-M TOKO
            _____________________________________ 
            Réforme des retraites : Référendum contre grève générale.

            Depuis quelques semaines, certains responsables de gauche (J-L Mélenchon et S. Royal notamment) tentent d’accréditer l’idée de la tenue d’un référendum au sujet du projet de réforme des retraites. Certains organes de presse (L’Express.fr du 14 octobre) y verrait même, de la part de Mélenchon, des intentions bienveillantes à l’égard du président de la République en lui suggérant, de la sorte, une porte de « sortie par le haut »

            Ce dernier, de son côté, maintient qu’il ne cédera, en aucune façon, devant le rejet massif de cette réforme par les populations. Qu’il s’en sorte donc par le haut, par le bas ou par le côté, suivant le développement ou l’affaissement du mouvement de contestation actuel importe vraiment peu. La seule direction dans laquelle devraient œuvrer les responsables politiques de gauche est la victoire du mouvement social en cours.

            De ce point de vue, la proposition d’un référendum constitue un véritable contre-pied politique de la part de ceux qui, à gauche, adhèrent à cette idée. C’est la contribution la plus nocive qui puisse être formulée à l’heure actuelle.

            J’explique pourquoi :

            Depuis plus de six semaines, la mobilisation des salariés et de l’opinion publique en général contre ce projet n’a pas faibli. On pourrait même soutenir qu’elle a progressé d’une journée d’action à l’autre.

            Ce constat est, déjà en soi, très significatif quand on sait que les journées d’action à répétition, également appelées ‘’journées à saute-mouton’’, dont usent et abusent les directions syndicales, ont la réputation avérée de briser la montée des mécontentements et de conduire dans l’impasse, par lassitude et sentiment d’impuissance, toute contestation sociale d’ampleur nationale, comme on l’a si bien vu en 2008 / 2009.

            Mais aujourd’hui, à la surprise générale, manifestations et manifestants se maintiennent à des niveaux très élevés et prennent de l’ampleur. Bien plus, on aura remarqué que les cortèges brandissant des banderoles appelant à la grève générale pour le retrait pur et simple du projet de réforme des retraites se sont multipliés, journée après journée.

            Les reportages audiovisuels indiquant clairement qu’il est temps de passer à la radicalisation du mouvement se sont également multipliés. L’un des plus beaux était celui qui montrait des manifestants qui en appelaient à la grève générale et l’abandon de ce projet, devant le Sénat, lors du passage de Martine Aubry auprès des sénateurs PS dans cette enceinte, à l’occasion de l’ouverture des débats sur cette question, le 4 octobre dernier.

            Parallèlement, on n’a pas cessé d’entendre les dirigeants syndicalistes (F. Chérèque et B. Thibault) expliquer que les travailleurs ne veulent pas faire grève. L’avant-veille du 12 octobre, à la question qui lui a été posée, sur France Inter, de savoir comment il appréciait la multiplication des préavis de grève, B. Thibault a tranquillement expliqué que s’il allait dans ce sens, il ne serait pas entendu par les travailleurs et la direction de la CGT se couperait alors de sa base.

            N’est-ce pas curieux comme réaction, devant la prolifération des appels unitaires à la grève venant précisément de la base ? Sans doute, s’agit-il ici de cette position qualifiée de ‘’responsable’’ que saluent, ensemble, la droite et certaines personnalités du PS comme M. Valls, F. Hollande et J-M Le Guen… 

            Il est clairement palpable, aujourd’hui, que les directions syndicales (CGT et CFDT) constituent un obstacle interne majeur à la volonté des salariés d’engager une véritable épreuve de force avec le pouvoir sur cette question, et qu’il est probable qu’elles ont dû concéder, bien malgré elles, une nouvelle grève pour le 19 après la journée d’action du 16.

            Dans ces conditions, l’idée d’organiser un référendum, de même que la campagne de signatures du PCF sur ce sujet, prend à contre-pied ce qui est entrain de se dessiner.

            Outre le fait que la question à poser serait extrêmement difficile à formuler, quelles catégories de population seront concernées par cette consultation ? Les jeunes qui viennent de faire une irruption aussi inattendue que remarquée, et tout autant légitime dans ce débat prendraient-ils part à ce référendum ?

            Les efforts développés par les dirigeants de la CGT et de la CFDT pour endiguer la poussée de leurs adhérents vers la grève générale sont déjà suffisamment puissants pour que des politiques, qui savent sans doute ce qu’ils ont derrière la tête, viennent rajouter ici, une proposition qui revient à couper l’herbe sous le pied du puissant mouvement social en cours.

            Il y a bientôt deux ans, les politiques et associations diverses avaient entrainé les postiers et leurs syndicats dans une « votation citoyenne » qui a, au bout du compte, fait obstacle aux préparatifs d’une grève de la profession jusqu’au retrait du projet de privatisation de la poste.

            La votation qui avait drainé près de deux millions de participants et fait ressortir un rejet massif du projet gouvernemental n’a pas, pour autant, empêché le changement de statut préparant la privatisation de ce service public. Les projets du président Sarkozy sont finalement, si je puis dire, passés comme une lettre à la poste.

            De plus, nous savons tous ce qu’il peut advenir d’un référendum. Il suffit de rappeler que le « Non » au référendum sur l’Europe en 1995 n’a pas empêché la classe politique (gauche et droite confondues) de jeter les résultats de cette consultation à la poubelle au fil du temps.

            Le président Sarkozy a toujours montré une détermination inflexible pour imposer aux pays, les réformes conformes aux exigences des intérêts financiers et économiques qui l’ont porté au pouvoir. Sur cette nouvelle épreuve de force qu’il entend mener, seuls le refus et la résistance sous la forme d’une grève générale jusqu’au retrait du projet peuvent briser son obstination.

            Paris, le 16 octobre 2010

            Jean-Marie TOKO

            Sociologue - démographe.

             


          • pens4sy pensesy 11 novembre 2010 05:48

            voter ? jamais participer a cette arnaque.

            les français regardent leur télé, pujadas et ferrari leur dit quoi faire, ils le font, ils votent pour le nain escroc.

            demain comme hier.

            aller voter et faire 2 % comme le prévoit les sondages payes par le ouistiti ?

            non, faire la révolution plutôt ! et c’est a Neuilly qu’il faut aller bruler les voitures, pas a la Courneuve.

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