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La Réinvention Démocratique à L’Ere des Républiques Electroniques

D’épais nuages de cendre s’échappant du volcan des insurrections démocratiques écument le paysage géopolitique mondial caractérisé par l’instabilité des marchés. La cendre des débris de putréfaction avancée de l’ordre ancien de nos sociétés industrielles baigne enfin l’arc de triomphe de nos nations piégées par l’ivresse d’une croissance privée de boussole. L’harmattan des mouvements sociaux a soufflé sur les braises d’aspiration pour un nouveau cap économique et politique. Nonobstant les longues veillées d’arme pour la paix sociale soupesée contre les stocks spéculatifs de l’anarchie, l’impérieuse nécessité des reformes couvait toujours dans le ventre mou de nos sociétés. Les mouvements sociaux des « Indignés », la mobilisation historique de Occupy Wall Street ainsi que les revendications démocratiques du Moyen-Orient ont dressé leur diagnostic sans complaisance. Nos sociétés modernes souffrent d’une amnésie antérograde. Les prouesses tant célébrées de la haute finance et les promesses démesurées des politiques ne construisent plus de nouveaux savoirs et pouvoirs utiles pour la société. L’économie politique souffre de trous de mémoire. Elle est frappée d’une cécité et d’une incapacité de se remémorer la pauvreté et les inégalités sociales qui justifiaient par ailleurs sa raison d’être. Rattrapée par ses péchés de commissions d’un concubinage avec les multinationales, elle porte des rides avancées attribuables au poids de ses graves péchés d’omission des inégalités sociales.

De New York au Caire en passant par Sanaa au Yémen, la mobilisation de la jeunesse pour réinventer l’ordre social ne faiblit point. Tahir Square devenu un laboratoire avancé de l’industrie de la protestation pour le changement démocratique. A l’ombre majestueuse des pyramides des pharaons s’affiche un déficit galopant de l’ordre de 8.4% du PIB et une dette intérieure de 74.1% pour l’Egypte. L’industrie des sarcophages des divinités anciennes ne représente plus un levier d’alternative de croissance au regard du chômage qui touche 25% de la jeunesse Egyptienne. Pas même Bahreïn n’a été à l’abri de la revendication démocratique. L’archipel aux 33 îles paradisiaques s’est immortalisé par le mythe du jardin d’Eden où trouvèrent exil Adam et Eve. Bahreïn revendique pour héritage Dilmum, terre des immortels où Gilgamesh, roi d’Uruk fit la découverte de la fleur de l’éternelle jouvence. La tige fleurie de Dilmum exhale aujourd’hui un parfum de mortalité chronique. L’archipel connait un taux de chômage de 15% dans un contexte d’épuisement de ses réserves de pétrole et d’eau souterraine. 85% des revenus de Bahreïn proviennent du secteur pétrolier. L’archipel devrait tracer les sillons de la paix sociale en diversifiant sa dépendance disproportionnée par rapport au pétrole. Une autre plante aux vertus sans égale. Le Yémen, jardin d’origine et d’expansion des graines robustes et précieuses de la plante du café. Le monde s’est assuré la primeur d’une libation quotidienne pour solder les dettes avec les filets du sommeil matinal. Le robuste café Mocha Yéménite a privé de sommeil toute une nation tenue en haleine pour exiger la démission du Président Ali Abdullah Saleh. L’indice de pauvreté a passé la barre de 60% au Yémen. Avec impuissance, les jeunes Yéménites contemplent l’hyperinflation et la dépréciation de leur monnaie que vient aggraver la longue crise pour le changement. Un avenir vissé en pointillé devant les défis de réinvention d’un autre mode de production et de distribution de la richesse hors des filons de pétrole. L’horizon de 2017 est fixé comme l’année du tarissement des puits de pétrole Yéménite. La sécurité économique que garantissaient les rentes du pétrole à hauteur de 80% des revenus du gouvernement local se transformera en source d’insécurité pour les générations futures. L’économie mondiale ne pourra plus, pour longtemps encore, impulser les rythmes de la croissance à partir du jeu d’équilibrisme d’une suspension de barils de pétrole.

 Partant, il y a urgence à domestiquer les tensions inévitables qu’engendre l’érosion des espaces économiques de sécurité pour s’accorder sur les compromis essentiels politico-économiques du 21ème siècle. Ces compromis chevauchent sur deux coursiers irremplaçables : la liberté et l’égalité comme souffle de la responsabilité démocratique. Les insurrections démocratiques globales auront sonné le rappel de la nécessité de marier la destinée démocratique à l’égalité économique. L’inégalité économique béante entre citoyens contribue à coup certain à nous métamorphoser politiquement en citoyens inégaux. C’est Montesquieu qui avertissait sans ombre que la survie de la démocratie est fonction de notre rapport à l’égalité fondatrice citoyenne. L’amour de la démocratie conduit inéluctablement sur les sentiers escarpés de l’amour de l’égalité. Que nul n’entre en démocratie s’il n’aime la géométrie de l’égalité pour tous ! C’est pourquoi, après plus de 2500 ans d’existence et de débats nourris, la sève démocratique continue d’abreuver les mobilisations politiques. Mieux, l’alternative démocratique s’est émancipée d’un mode de gouvernement à un style de vie tout court. Entre 1980 et 2002, les sables mouvants des régimes civils ont emporté 33 dictatures militaires et 81 pays ont fait une transition de l’autoritarisme à la démocratie. Par delà 70 occasions de conjectures et échecs démocratiques au 20 ème siècle, une marche vers le quai d’embarcation du terminal démocratique semble irréversible.

Le procès contre les missionnaires de la démocratie esquive l’enjeu de fond du compromis démocratique par une fixation stérile pour sauver la forme de propagation de l’idéal démocratique. La contagion démocratique reste une démarche à géométrie variable. Tandis que la Grande Bretagne et le les USA ont fait l’expérience d’une évolution graduelle vers les chemins de la démocratie, l’Inde quant à elle, a emprunté les sentiers de la démocratie à travers les raccourcis de l’imitation. L’Afrique du Sud, la Pologne et le Nicaragua sont passés démocrates par transplantation en usant la voie de recours aux négociations. Le Portugal et les pays du Grand Moyen-Orient ont contracté le virus de la démocratie par des révolutions. Le Japon, le Chili et l’Allemagne de l’Ouest ont fait allégeance à la démocratie par imposition. Non pas tant qu’il nous faille prôner un historicisme démocratique de tout poils au risque de fétichiser la substance démocratique. Autant il sied de garder vigilance pour que la démocratie ne divorce de la quête de l’égalité économique, autant il convient de se prémunir de la floraison des démocraties qui trouvent leur couronnement dans l’étiolement des libertés tant publiques que privées. C’est par des élections libres et démocratiques qu’Adolf Hitler est devenu chancelier en Allemagne. C’est par son succès à confisquer la liberté d’une nation qu’il a tué l’âme de la démocratie. Par ailleurs, en 2001, une foule compacte se massa dans les rues de l’Argentine avec pour revendication de donner congés à tous leurs politiciens. Il s’en est suivi comme conséquence la destitution à tour de bras de cinq présidents démocratiquement élus. Les élections démocratiques de 1999 n’avaient pas tenu leur promesse de juguler la crise économique en Argentine en aplanissant les inégalités sociales. Les banques locales avaient perdu 70% de leur valeur de titre de dépôt pour les contribuables. Ceux qui tenaient le gouvernail de la destinée du pays étaient plus assidus à appliquer les mesures d’austérité du FMI, privilégiant les intérêts des investisseurs étrangers qu’à alléger le fardeau de la pauvreté pour la classe moyenne et les salariés Argentins. Les citoyens Argentins ont eu le courage de rappeler que l’action gouvernementale tient lieu d’une « re-présentation » des intérêts des élus et ne saurait se jouer malgré et contre eux. En effet, le vote majoritaire par les urnes n’est pas un ticket gagnant délivré aux élus du peuple pour faire les kamikazes politico-économiques. D’où la nécessité des panneaux de signalisations civiques par l’industrie de la protestation.

Fort heureusement aujourd’hui, les technologies de la communication constituent les relais de transmission du consensus, de la révolte, de la perception de l’indignation et de la mobilisation citoyenne. Elles nous dispensent l’instruction politique par la manufacture des « nouvelles ». Désormais, le chemin de Damas s’emprunte via Twitter. Une journée de violence au Yémen engendre des répercutions mondiales grâce à la télévision et l’internet. Un appel à la mobilisation à Tahir Square ou à Zuccoti Park est suivi d’effet par une foule compacte de cyberdémocrates, co-producteurs du changement socio-politique. Les mobilisations citoyennes se traduisent souvent par un embouteillage sur Facebook. La techné est devenue politeia en cela même qu’elle offre enfin à l’opinion citoyenne publique une plateforme participative dans la réinvention de la démocratie. Une mort clinique a été prononcée pour le militantisme idéologique. Les mobilisations politiques s’organisent de plus en plus autour de solidarités transformatrices aux fins de solutions à des problèmes réels de société. Les citoyens se sont invités au sénat et au parlement via la révolution des gadgets de la communication. Nous voici tous entrés dans l’ère des républiques électroniques ! 

 

Narcisse Jean Alcide Nana, The University of Leicester, UK.

 

Référence

- Fareed Zakaria, The Future of Freedom : Illiberal Democracy at Home and Abroad (New York, W.W. Norton & Company, 2003)

- Ian Shapiro, The State of Democratic Theory (Princeton, Princeton University Press, 2003)

- Lawrence K. Grossman, The Electronic Republic : Reshaping Democracy in the Information Age (New York : Viking, 1995)

- Darin Barney, Prometheus Wired : The Hope for Democracy in the Age of Network Technology (Chicago, The University of Chicago Press, 2000)

- Robert A. Dahl, On Democracy (New Haven, Yale University Press, 1998)

Fred Dallmayr, The Promise of Democracy : Political Agency and Transformation (New York, Sunny Press, 2010)


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1 réactions à cet article    


  • Jean 3 décembre 2011 15:37

    Les démocraties sont rares dans le monde, et les élections amènent parfois des Hitler au pouvoir.

    Une vision nouvelle : la réelle démocratie et non un ersatz.

    Mon prosélytisme pour la France, en espérant contagion.

    Changement de vision du monde, capacité d’ envisager autre chose... Des démocraties, même partielles, fonctionnent bien (vetos du peuple, limogeage de d’ élus, référendums en nombre et respectés...)

    Le tirage au sort à étudier sérieusement (voir mes liens)

    Il faut en finir par la démocratie, et non un ersatz.

    La révolution a commencé en 1789, elle finira en 20..

    Aujourd’ hui,

    En finir avec les lobbies banquiers, pharmaceutiques, ..., medef, plus de prises pour eux sur les assemblées, plus de pouvoir personnel, de corruption (pas le temps, etc.)

    Depuis des siècles, nous sommes conditionnés à être dominés par des rois, pouvoirs personnels, ...

    On se fait croire à nous-mêmes qu’ il n’ y a pas d’ autres solutions (encouragés par l’ oligarchie et les obscurantismes religieux qui font bon ménage), des exemples contraires existent de plus en plus (démocraties même partielles) dans le monde, même si encore rares.

    Re : Il faut en finir par la démocratie, et non un ersatz.

    http://www.democratiedirecte.fr/

    http://www.dailymotion.com/video/xl...

    http://www.dailymotion.com/video/xi...


    Un parti sans étiquette
    pourrait rafler les voix des abstentionnistes, déçus etc.
    (y a du monde) ; un président alors élu est chef de la police et des armées, en outre il peut dissoudre les assemblées, donc bousculer l’ oligarchie et instaurer une nouvelle constitution, à la Suisse (même en mieux).

    On peut imaginer dans les petits bourgs, un conseil municipal sans élus, mais constitué des citoyens eux-mêmes, le maire est élu pour un court mandat en tant qu’ exécutant, et contrôlé.

    Les grandes villes ...un conseil de « tirés au sort », un maire élu (court mandat et non renouvelable ? ou une fois) exécutant et contrôlé.

    Idem au niveau de l’ Etat, un président élu (court mandat non renouvelable) exécutant des décisions d’ une constituante de "tirés au sort", aidé de ministres, et aux pouvoirs limités (par ex. urgence militaire avec compte à rendre), et très contrôlé.

    Bien étudier les thèses (liens) qui font leur chemin.

    Et les bienfaits de la démocratie, en perspective : les « jeunes » participent à la vie de la cité au lieu de brûler des voitures, parité homme/femme assurée (en moyenne par le tirage au sort), les luttes de classe disparaissent (ne reste que des sollicitations à la constituante), ... (liste non limitative)

    Manifestement un nouveau parti sans étiquette à voir...http://www.lepf.fr/

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