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La retraite

La retraite, mot ambigu, qui évoque alternativement un sentiment de liberté, la retraite qui a été un élément de la lutte ouvrière, une conquête sociale, mais la retraite qui est aussi devenue un élément de fragilisation des individus, une menace pour certains d’entre eux. C’est un moment charnière dans la vie des individus avec des ressentis très différents et des situations disparates. La France entretient une relation particulière avec ses séniors et donc ses retraités. Elle est l’un des pays du monde occidental à exclure le plus ses séniors du monde du travail. Il en résulte beaucoup de souffrance, un gâchis et une perte réelle de compétitivité pour les entreprises et l’économie française. 

Il existe, en simplifiant trois situations :

1) Celui qui part au moment où il le décide, avec la totalité de ses trimestres, voir plus, ce qui lui permet d’encaisser un bonus conséquent 5 % par année de plus.

2) Celui qui est en poste, mais auquel on fait comprendre que plus tôt il partira mieux ce sera.

3) Celui qui est exclu du monde du travail, passé la cinquantaine, et qui subit l’humiliation de se voir fermer toutes les portes.

 

Le premier cas de figure ne mérite pas de développement, il est largement minoritaire, voire inexistant. Pour atteindre ce nirvana, il faut être un tueur né qui a passé sa vie professionnelle à gravir les échelons en flinguant ses collègues. Il arrive à un point de responsabilité où il est intouchable. Son éventuel départ est l’occasion de lui signer un chèque astronomique.

 

Le second cas représente une situation malheureusement courante, il suffit de regarder autour de soi. Malgré la réforme initiée par Nicolas Sarkozy qui a retiré aux employeurs la possibilité de mettre à la retraite d’office les salariés ayant atteint le nombre de trimestres requis, les employeurs se « débarrassent » de leurs seniors avec des méthodes scandaleuses.

Dans un premier temps, on retire peu à peu les dossiers, les responsabilités, on isole le salarié de son environnement professionnel. On fait bien sentir que celui-ci est « vieux », inutile, dépassé, qu’il ne sert à rien, en général on lui pousse dans les pattes un jeune loup aux dents longues pour le remplacer. Parfois même, on nie ce qu’il a pu faire dans le passé pour l’entreprise. On appuie très fort sur le fait qu’il serait dépassé. 

Avec un régime de ce type sur plusieurs mois, voire quelques années, on amène le salarié à perdre l’estime de soi, de glisser peu à peu, soit dans la dépression, soit dans l’amertume et l’aigreur qui le mineront jusqu’à sa mort. Il devient fragile, perd l’intérêt à son travail. Il est mûr pour une négociation qu’entreprendra l’employeur en situation de force.

Car à bout, amoindri, le salarié lâchera facilement pour en « finir ».

On ne peut pas s’empêcher de penser aux contrats solidarité promis et mis en place avec un fracas d’annonces par François Hollande. La formulation abstraite d’un couple ancien/jeune dans l’entreprise, le plus vieux formant le plus jeune, avec à la clef des exonérations de charges. Leur échec cinglant est la démonstration s’il en fallait une de la situation des entreprises françaises et de la mentalité qui y règne.

Sur le papier on aurait pu imaginer, en effet, une préparation à la retraite qui consisterait à ce quelques années à l’avance, un salarié transmette son savoir-faire, son expérience à l’entreprise ou directement aux salariés concernés. Cette valorisation faciliterait le départ et la rupture que représente la retraite, mais aussi l’entreprise y gagnerait à une continuité de son savoir-faire.

Faut-il ici évoquer le poison mortel que distille cette manière de faire ? Se lever chaque matin pour se rendre sur le lieu de son supplice, y subir journalièrement l’humiliation publique de son inutilité ! Qui peut survivre longtemps à un tel régime, il faudrait une force d’âme peu commune.

Le pire dans cette situation, c’est que l’on ne peut pas incriminer le seul chef d’entreprise, car pour mener à bien son projet il dispose de « collaborations » précieuses de la part des collègues de la victime en puissance. Ceux qui peuvent hériter de ses attributions, de son poste de travail et ceux qui règlent enfin des vieux comptes. Du haut de la hiérarchie, jusqu’aux bureaux jouxtant le sien, tous s’y mettent… la violence en est d’autant plus terrible.

On ne dispose pas d’étude sur le sujet… il est tabou. On ne dispose surtout pas d’études économiques mesurant l’impact de cette situation.

Non chacun agit sournoisement pour pousser dehors « l’ancien », en fermant les yeux pour ne rien y voir, et surtout ne pas penser à ce qu’il lui advienne quant son tour sera venu.

Enfin le troisième cas de figure est tout aussi alarmant. Le taux d’emploi des personnes âgées de 55 à 64 ans est de 39,7 % en France, ce sont donc 60,3 % des séniors qui sont au chômage. Nous sommes bien loin derrière la Suède, dont le taux d’emploi est de 70,5 %, l’Allemagne 57,7 %, le Royaume-Uni 57,1 %,…. Certes on peut se consoler avec l’Italie à 36,6 %... Mais j’aimerais connaître les chiffres sur les tranches précédentes 50 à 55 ans, voir 45 à 50 ans. On me dit que dans le secteur de l’informatique vous êtes déclarés « inemployables » dès 45 ans !

Que vont-ils devenir ceux qui perdent leur emploi à 55 ans par exemple ? Ils auront 3 années de couverture par pôle emploi, cela les mène à 58 ans et ensuite ... Rien, des allocations de misère. Souvent à cet âge on a encore des enfants qui font des études, pourquoi ne voit-on pas de reportage sur ces situations qui existent ? Poursuivons, selon leur parcours et la législation en cours ils atteindront l’âge légal de départ à la retraite, que le gouvernement se félicite d’avoir préservé, à disons au mieux 62 ans ! Dans ce cas, cela fait 7 années qui manquent, soit 28 trimestres qui ne seront pas la ! Imaginez la décote que cela représente. Le gouvernement met en avant la Grèce où les retraites ont été baissées de 20 %, eux ce sera encore plus.

Ce sont donc des bataillons de retraités qui se préparent à vivre encore longtemps, 20 ans en moyenne, avec des retraites insignifiantes. La durée de vie, dont on se félicite qu’elle ne cesse de croître (elle a cessé pourtant d’augmenter pour les hommes), risque de marquer fortement le pas. Car qu’en sera-t-il de leurs conditions de vie et de soins ? Quant au troisième âge, ce sera terrible, qui payera leurs maisons de retraite ? Leurs enfants devront payer, les mêmes dont on aggrave la situation en les faisant travailler toujours plus tard, peut être seront-ils déjà dans la situation de ne plus avoir d’emploi, c’est à l’état que reviendra la responsabilité de payer.

On aurait pu attendre d’un gouvernement de gauche qu’il intègre ces données afin d’y apporter des correctifs, ne serait-ce que d’exiger de la part du MEDEF des compensations à l’augmentation des la durée de travail.

Les individus sont de plus en plus abandonnés à leur sort, livré à une société implacable et sans âme.


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17 réactions à cet article    


  • jako jako 23 septembre 2013 10:15

    Merci Jean, c’est exactement ce qui m’arrive à l’approche de mes 59 ans, je suis séché si l’on peut dire, plus de travail , plus de mail, on ne te parle plus etc etc... mon collégue a attendu 2 années comme cela , c’est un énorme gachi et une méthode inhumaine à mon avis.


    • Pelletier Jean Pelletier Jean 23 septembre 2013 10:56

      @Jako,

      Peux-tu m’en dire un peu plus, je cherche des témoignages pour écrire un article plus long et mener ma propre enquête puisque les journalistes ne le font pas.

       

      Bien à toi.


    • jako jako 23 septembre 2013 11:19

      Bonjour Jean, un peu plus oui, en effet. J’avais observé cela au sujet de mon collègue parti depuis en retraite , et maintenant l’horloge avançant, c’est mon tour. Ton hiérarck coupe peu à peu tes accès à différents serveurs stratégiques ( je suis dans « l’informatique ») , tu n’es plus consulté pour les projets nouveaux (il y en a en permanence dans une grande société) et plus formé non plus sur les nouvelles applications. Ta boite mail se vide , pour le travail du week end on se passe de toi, tu découvres par hasard que dans un autre siège on forme quelqu’un qui fait exactement le même boulot.
      La semaine dernière on m’a demandé gentiment de le former bientôt en « double ».
      Derrière chaque phrase est bien précisé que : « ne t’inquiète pas tu auras un bon chèque.... » et tout baigne sauf que moi la nuit, cela me bouffe mes rêves et cela n’est pas dans la « négociation ». Le pire dans tout cela c’est que tes collégues de longue date, c’est le silence. Voilà j’espère répondre un peu a vos attentes.


    • Pelletier Jean Pelletier Jean 23 septembre 2013 12:08

      @Jako,

      Oui c’est assez précis...en fait ils vous proposent quelle formule pour le départ : la rupture conventionnelle ou le licenciement ? cela une incidence sur les cotisations à payer ou pas... n’empêche que ce n’est pas un chèque, si important soit-il, qui va compenser la souffrance engendrée par de tels comportements.

       

      http://jmpelletier52.over-blog.com/

       

       


    • jako jako 23 septembre 2013 12:18

      En fait le problème c’est que tout se passe dans des discussions non officielles à la machine à café avec le manager, on me proserait soit la rupture conventionelle (divorce parisot) soit d’être intégré dans le plan « PSE » de l’année, rien de précis quoi . Mais ce dont je souffre , c’est la méthode. Mais bon , comme « ils disent » c’est pire en Corée...


    • Pelletier Jean Pelletier Jean 23 septembre 2013 14:05

      Jako,

       

      Un licenciement pour raisons économique serait la meilleure formule, mais très provisoire, car après c’est Pole emploi et direct la retraite, amputée si vous n’avez pas tout vos trimestres.

      http://jmpelletier52.over-blog.com/

       


    • howahkan Buddha 23 septembre 2013 10:37

      bon j’ose le pire......le plan trotskoleninostalinoneoconousionistopatronal....le chaos total , la haine des gens , de la vie , le gout du sang, de faire mal etc est à l’œuvre ?
      la haine des autres à ce point est une maladie mentale grave...les plus fous sont aux commandes...accepter cette folie en est une autre.......................


      • devphil30 devphil30 23 septembre 2013 10:42

        « ne serait-ce que d’exiger de la part du MEDEF des compensations à l’augmentation des la durée de travail. »

        Utopie d’exiger du medef même si Benoît Hamon annonce que c’est pas le medef qui dirige la France , rien que de le dire me fait penser au contraire ..... !

        « Les individus sont de plus en plus abandonnés à leur sort, livré à une société implacable et sans âme. »

        Cela a toujours été le cas dans l’histoire mais la situation empire et nous reviens comme un boomerang après une période dit des 30 glorieuses ou un sentiment de bonheur croissant entre les générations permettaient d’avoir de l’espoir.

        Aujourd’hui l’espoir n’hésite plus , le danger vient du désespoir qui fait prendre des chemins sans issue ou à l’issue fatale 

        L’histoire encore et toujours se répète .... 

        Philippe




        • spartacus spartacus 23 septembre 2013 12:46

          La curiosité de ce texte, c’est qu’il ne montre pas le principal responsable. L’exemple étatique et des sociétés gérées par l’état !

          EDF, GDF Suez ils ont embauché combien de salarié de 55 ans ? ...
          Chez eux la moyenne de départ est de 53 ans.

          L’état a embauché combien de fonctionnaire de catégorie B ? ...
          Chez eux 5 ans cotisés= 6 ans de droits. Il partent en moyenne à 55 ans.

          La SNCF, elle a embauché combien de conducteur TGV de plus de 50 ans ? ...
          Chez eux le départ est à 49 ans...

          Avec cet exemple étatique, vous croyez que c’est incitatif, a la fois pour ceux qui continuent et ceux qui embauchent ?

          Vous avez voulu du social clientélisme. Vous en avez les résultats.
          La « pénibilité » relève du même clientélisme....

          Quand les exceptions sont la règle, la règle n’est plus une règle.


          • Pelletier Jean Pelletier Jean 23 septembre 2013 14:07

            Spartacus,

            Cessez de chercher des poux dans la tête aux rédacteurs.... l’article ne développe pas cet aspect, c’est vrai, mais il y manque aussi de nombreux sujets ...

            Ayant été DRH dans des établissements publics je confirme que l’Etat ne fait pas mieux que le privé... c’est pourquoi cela n’est pas prêt de changer.

            bien à vous.

             

            http://jmpelletier52.over-blog.com/

             

             


          • spartacus spartacus 23 septembre 2013 17:25

            Non pas de critique du rédacteur, juste du texte !


          • gogoRat gogoRat 23 septembre 2013 12:50

            « On me dit que dans le secteur de l’informatique vous êtes déclarés « inemployables » dès 45 ans ! »

            Ben alors vous avez des oeillères et vous êtes mal renseigné ! ...
             le déclassement commence bien avant !!
             voir ce lien : http://pro.01net.com/editorial/561304/le-mal-etre-des-salaries-de-ssii-enfin-quantifie/
            extrait :

            • Mozart Consulting pointe notamment du doigt la forte augmentation des accidents du travail et des maladies professionnelles (+ 20 %) et des départs forcés (+ 20,8 %) en SSII. Ce dernier point « traduit une persistance de la mauvaise gestion du turn-over, endémique dans ce secteur ».
              De la pression au harcèlement moral
              ...

            • gogoRat gogoRat 23 septembre 2013 13:41

              autre écho : http://pro.01net.com/editorial/506285/technologia-les-ssii-connaissent-une-recrudescence-de-suicides/

              • Et puis il y a la spécificité de l’intercontrat...
                Une SSII développe son marché intérieur de l’emploi. Les affectations se font par copinage avec le chef. S’ils ne savent pas se vendre, de très bons professionnels restent en intercontrat durant des mois. C’est dévastateur. On souffre autant, si ce n’est plus, de sous-activité que de suractivité. D’autant que, dans ces métiers, la compétence est liée à la pratique. En restant sur le flanc, on devient vite obsolète.
                Dans le même ordre d’idée, les anciens sont souvent considérés comme moins pointus techniquement. Ils coûtent cher et sont peu malléables. Il faut donc épuiser les jeunes cohortes d’informaticiens et pousser les seniors sur la touche. La concurrence interne crée un climat délétère.

              ( Nota Bene : il me semble clair qu’il ne s’agit pas ici d’idéologie ! ...  )

            • Robert GIL ROBERT GIL 23 septembre 2013 13:07

              les capitalistes incapables de creer quoi que ce soit et a bout d’imagination, veulent maintenant s’emparer de la retraites et la gerer de maniere privé, ensuite se sera le tour de la secu...

              voir :http://2ccr.unblog.fr/category/retraites/


              • Ruut Ruut 23 septembre 2013 16:42

                Actuellement la mode est a la sous traitance, ce qui conduit a la destruction de la maîtrise de l’outil informatique de chaque boite.


                La sous traitance ne tien jamais compte des spécificités de chaque postes de travail de ses clients, ce n’est pas rentable, c’est donc au client de se plier a la sous traitance.

                C’est une facture plus gros a la longue, mais c’est la mode.

                Les vieux informaticiens, si ils sont bons ils ont tout a gagner a rester a jour, lorsque la boite les rappellera parce que la sous traitance aura merdé ou ne supportera plus leur outils de production, ce sera le jackpot.

                L’informatique c’est le seul domaine où les retraités peuvent encore se faire désirer.
                Les jeunes de par les formations actuelles incomplètes (et ce dans tous les pays), si ils maîtrisent les nouveaux langages sont incapables de gérer efficacement les ressources systèmes (ce n’est pas au programme).



                • LE CHAT LE CHAT 23 septembre 2013 16:57

                  la mode dans les transports , c’est de remplacer les chauffeurs quinquagénaires par des jeunes chauffeurs, roumains ou polonais et si possible tractionnaires ....


                  • Mugiwara 9 octobre 2013 17:04

                    je suis pour une augmentation des taux de cotisations, et contre une augmentation de la durée des cotisations, donc fallait laisser à à 41 ou baisser à 39 ans de cotisation. voilà une partie de la réponse concernant la retraite. pour une autre partie, il y a la possibilité de réduire dans le temps le temps de travail de nos séniors. genre 10h par semaine dans un premier temps après la retraite, disons entre 60 et 63 ans, puis 5 heures entre 63 et 65 et plus rien après 65 ans. 

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