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La révolte de Manuel Valls

Martine Aubry sommait hier Manuel Valls de cesser immédiatement ses critiques envers le parti dont elle a la charge, ou bien de le quitter. Cet acte, a priori réfléchi (le courrier mit six jours à parvenir à l’intéressé), se voulait une démonstration publique d’autorité. Il s’avère aujourd’hui un peu téméraire : Manuel Valls a en effet répondu explicitement à sa Première secrétaire qu’il ne reconnaissait pas légitimité en la matière, et ne comptait donc pas obéir à ses ordres. Le PS a donc désormais le choix entre une surenchère disciplinaire ou une spirale délétère.

Si Martine Aubry prit son temps pour apostropher Manuel Valls, ce dernier n’eut pas besoin de plus de 24 heures pour répondre à sa Première secrétaire préférée : pensez-donc, ce n’est pas tous les jours qu’on vous présente sur un plateau une polémique bien montée, initiée par la socialiste en chef (excusez du peu), avec en plus le statut de victime qui va avec ! Un ascenseur direct vers la candidature aux présidentielles n’eut pas été aussi efficace.

Bien entendu, la missive vengeresse s’égara comme par enchantement vers les ordinateurs de l’AFP dès sa finalisation. C’était de bonne guerre, et le bouillant maire d’Evry avait beau jeu d’y dénoncer la "méthode" Aubry - qu’il ne se privait pas lui-même par ailleurs de mettre immédiatement en pratique :

"Je suis surpris, par contre, par la méthode. Pourquoi avoir transmis simultanément ta lettre à la rédaction du Parisien ? L’objectif affiché par ton courrier n’est-il pas de clore l’ensemble de nos débats à l’abri des huis clos ? L’urgence était-elle donc telle qu’il ait fallu reprendre la plume pour masquer le cuisant échec d’une récente initiative épistolaire à l’attention des autres partis de gauche ?"

La suite est une réponse point par point - et même un peu plus - au sermon éthique de Martine Aubry. Manuel Valls, trop heureux d’accéder à ce statut médiatique inespéré il y a encore quelques jours, ne boude pas son plaisir, et ébauche même un projet socialiste nouveau qui annonce un autre projet, présidentiel celui-là. Vient ensuite la tirade finale, définitive et farouche :

"A la lecture de ta lettre, je ne te cache pas ma profonde inquiétude sur ta conception très datée du parti. [...] «  Je me révolte donc nous sommes  » disait Albert Camus. Par cette formule, il établissait une dialectique originale entre l’individuel et le collectif. J’espère que tu pourras aussi y voir, comme moi, une source d’encouragement et d’espoir. Et puisque tu me sommes de donner une réponse claire à ton ultimatum, je t’informe que j’entends bien rester fidèle à mon poste, à ma famille politique et à mes valeurs."

Baoum. En érigeant la révolte comme un acte de militantisme assumé, Manuel Valls affiche non seulement sa détermination, mais aussi son sens du moment politique. Martine Aubry a fait une double erreur en le plaçant dans cette posture, il le sait, et il s’en sert. La Première secrétaire ne peut s’en prendre qu’à elle, et au-delà de leur différend, elle devient en ceci le meilleur allié de Valls.

Sa première erreur fut de donner à son ultimatum un tel impact médiatique : en publiant sa lettre dans le Parisien, et même s’il s’agissait de l’humilier, Martine Aubry a hissé Manuel Valls au statut de rival, donc d’égal. En politique, la seule vraie violence reste l’indifférence. Etre socialiste et n’avoir pas appris cela de François Mitterrand est de l’ordre de la faute lourde.

Sa seconde erreur fut de mettre un élu de son propre camp le dos au mur - alors même que les positions récentes de Valls, qu’elle dénonçait, étaient déjà symptomatiques d’une forme de désespoir militant, par définition incontrôlable donc. En lui intimant un ordre contraire à son intérêt et à ses ambitions, loin d’affirmer son autorité, elle s’expose par un refus (prévisible) à devoir affronter une situation de crise grave. Tout, de son élection à quelques voix près face à Ségolène Royal, jusqu’aux résultats des dernières élections, contribue à fragiliser son assise : comment dans ces conditions espérer gagner son bras de fer face à un jeune loup déterminé, dont la sanction ultime (l’exclusion du PS) ne contribuerait qu’à conforter sa crédibilité en tant qu’alternative à un PS alors perçu comme stalinien et censeur ?

Martine Aubry a donc désormais le choix entre le cyanure et l’arsenic. Son seul réconfort, dans les épreuves qui l’attendent désormais, résidera peut-être dans la réflexion suivante : en se propulsant au rang de premier opposant à la garde institutionnelle du parti socialiste, Manuel Valls s’apprête à en déchoir l’une de ses divas étonnement silencieuse, en la personne de Ségolène Royal. A moins bien sûr qu’il ne l’y rejoigne...

http://lapolitiqueetmoi.hautetfort.com/

par La Politique et moi (son site) vendredi 17 juillet 2009 - 106 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Lapa (xxx.xxx.xxx.139) 17 juillet 2009 10:52
    Lapa

    Pour virer à droite faudrait il encore que le PS soit à gauche...

  • Par Philou017 (xxx.xxx.xxx.72) 17 juillet 2009 10:58
    Philou017

    Dans un vrai parti socialiste, ca fait longtemps que le bobo libéral M Valls aurait été viré.
    Un petit florilège de ses déclarations :

    Martelant qu’ « on ne peut être progressiste sans être libéral », Manuel Valls multiplie les propositions iconoclastes, qui ressemblent à s’y méprendre à celles d’Alternative Libérale : liberté des universités, retraites à la carte, régularisation des travailleurs clandestins, dénonciation de l’idéologie écologiste…

    "Sur des sujets tels que les OGM et le nucléaire, je suis très sceptique concernant une forme de dictature intellectuelle de l’idéologie écologiste. [...] on n’alimentera pas la planète en nourriture et en énergie avec de l’agriculture bio et des éoliennes."

    "J’admire profondément les Etats-Unis, il faut toujours être attentif à ce que pensent les intellectuels et les responsables politiques américains."

    "Le renouveau de la gauche française sera très difficile car il passe par des analyses qui nous conduisent souvent à faire le même diagnostic que la droite sur l’état de notre pays et sur les réformes dont il a besoin. Mais il faut passer par un constat lucide du monde dans lequel nous sommes, pour ensuite inventer de nouveaux concepts." (1)

    Le député-maire d’Evry qui se livre depuis hier à une guerre des nerfs avec la première secrétaire du PS expliquera pourquoi, selon lui, il est faux de dire que Nicolas Sarkozy applique une politique " libérale".

    Selon lui, la société de marché, le travail, la lutte contre l’insécurité, la refonte de la loi de 1905 sur la laïcité ne doivent plus être des questions taboues à gauche.

    Ce tartarin veut même changer le nom du PS. Le mot socialisme le gêne. Ceci dit, il n’a pas tort sur ce point. Ca fait longtemps que le PS n’a plus rien de socialiste.

    C’est le fond de commerce de ces tartuffes de se présenter comme étant de gauche. Ce qu’ils n’ont jamais été.

    Et bien entendu, Manuel Valls a participé au dernier Bilderberg (2008), en compagnie de Christophe Margerie, PDG de Total, Henri de Castries, président du directoire du groupe AXA, Bertrand Collomb, président du Conseil d’administration du groupe Lafarge, David Rockfeller et autres Chtistine ockrent...

  • Par Alpo47 (xxx.xxx.xxx.26) 17 juillet 2009 12:51
    Alpo47

    Question : Que changerait, dans notre vie de tous les jours, l’accession d’un de ces "socialistes" dont on parle actuellement au pouvoir supprème ? De ce parti au pouvoir ?
    En rapport au "hold up européen", à l ’ultra-libéralisme , à la mondialisation, à la casse des services publics, des acquis sociaux, des entreprises, l’effondrement du pouvoir d’achat des plus modestes, l’augmentation du chomage ....
    Réponse (personnelle) : RIEN.

    Alors, les "masturbations intellectuelles" à l’intérieur du PS ..... Pffffftttttttttt ....

  • Par pruliere (xxx.xxx.xxx.18) 17 juillet 2009 10:49
    pruliere

    Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour voir en M. Valls l’un des prochains ministres d’ouverture d’un gouvernement "Fillon III", en compagnie sans doute de "Djack" Lang et Gérard Collomb, sans doute. Son virage à droite, même s’il n’est pas sur l’aile, est perceptible depuis de nombreuses années déjà. Il reste au PS car il voit les horizons présidentiaux bouchés pour lui de l’autre côté, tant les postulants sont nombreux. Mais le PS n’est pour lui ni plus ni moins qu’un trampoline vers l’Elysée....
    Sachant que la moindre critique du PS par ses membres est reprise, amplifiée, chantée sur tous les tons par la presse à la botte de la Sarkosie, un peu de discrétion me semble une stratégie responsable pour sortir de l’impasse. Les membres du PS devraient comprendre que dans la guerre de la com, leur situation est plus que largement compromise, l’autre camp ayant la quasi-totalité des armes et des munitions. En ce sens, je ne comprends vraiment pas l’envoi de cette lettre au parisien. Si Martine Aubry avait choisi de régler le problème Valls en tête à tête, alors je l’aurais soutenue dans sa démarche.

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