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La révolution tranquille d’Internet

La révolution tranquille d’Internet.

« [...] when we speak about bringing mass-produced knowledge into our lives, we are also talking about putting it in the midst of democratic politics [...][1] »

Tiré du rapport « Understanding Knowledge Societies » des Nations-Unies (Juin 2005)

Depuis 1969 et la création d’Arpanet, plus d’un milliard d’internautes ont participé la création d’une nouvelle communauté. « La communauté internaute », « le citoyen du Net », « le cybernaute » : autant de désignations qui pourraient laisser penser à une ‘nouvelle civilisation’[2]. Parmi ce milliard d’internautes, près de 30 millions de français[3] viennent régulièrement sur la toile, soit pratiquement la moitié de notre population.

A l’aube des élections présidentielles, ils font et partagent le 5ème pouvoir évoqué dans ces mêmes colonnes. Ils amorcent une énième révolution Internet, une révolution tranquille, une révolution démocratique. Si elle paraît soudaine, inexplicable, ou complexe pour ces observateurs extérieurs, elle est également logique, naturelle et indispensable pour ses partisans. Le vent des présidentielles dans le dos, accrochée à la vague de la démocratisation d’Internet, cette révolution renoie aux sociétés de la connaissance évoquées dans le rapport « Understanding Knowledge Societies » des Nations-Unies diffusé en juin 2005, à « l’économie de l’immatériel » détaillée dans le rapport du même nom de Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet[4] ou encore aux horizons entre-aperçus dans le rapport de la Commission Européenne « Vers une Europe de la connaissance »[5].

Cette révolution démocratique libéralise l’accès et l’émission des informations et redéfinie ainsi les règles du jeu. A l’image des partis politiques qui s’invitent sur Second Life pour installer un QG virtuel puis des avatars du même espace qui viennent y manifestés, Internet rend le débat démocratique. Il gomme les aspérités spectaculaires des shows télévisés. Il démystifie l’orientation des grands quotidiens nationaux. Il renverse les volontés de pensée unique en instaurant la nouvelle liberté d’expression, celle qui anime les internautes et plus encore les reporters-citoyens. Cependant, on assiste déjà à quelques mouvements qui tentent d’encadrer le développement de cette nouvelle réalité démocratique. Dans ces colonnes, l’article récent « La France dit NON au journalisme citoyen » d’Erwin Act[6] fait écho à celui de début juin « Etats-Unis : débats houleux autour de l’internet à péage » publié sur zdnet.fr[7].

A l’aube d’élire un nouveau président, quoi de plus naturel de voir les campagnes des candidats s’appuyer sur la révolution démocratique. Les communications des uns, les outils des autres, et la réaction des internautes dégagent ainsi la connaissance propice à la politique démocratique ; s’il est difficile d’assister à des débats constructifs sur les média traditionnels, le Web quant à lui le crée naturellement. Dès lors, le prisme nécessaire pour observer ce débat n’est plus celui des intentions de vote, mais celui de la visibilité et de la popularité dans les forums de discussions, les blogs, les sites Web 2.0 , etc.

Les articles du Net mais aussi de la presse écrite consacrés aux sondages actuels relatifs aux présidentielles l’attestent : leur pertinence et parfois leur crédibilité rendent perplexes. Leurs résultats ont toujours été pris avec précaution par les journalistes. On connaît les limites imposées par les sondages, mais elles étaient encore largement acceptables avant l’essor citoyen d’Internet. En effet, la multiplication des blogs et portails politiques, la circulation des vidéos, l’utilisation des podcasts, l’incroyable réactivité des internautes sont autant d’atouts qui viennent peser de tout leur poids dans la visibilité d’un programme présidentiel ou dans l’image de l’homme politique.

Ainsi, certains logiciels spécialisés dans l’analyse de tendances sur le Web parviennent à avoir parfois jusqu’à 2 semaines d’avance sur les résultats des sociétés d’opinions. Quand François Bayrou est à 13% d’après l’Ifop au 1er février 2007, il est déjà à 19% sur des solutions comme Swammerpro[8]. En date du 12 février, il est 22 %.[9]

La comparaison avec les instituts de sondage s’arrêtera là, la matière première débouchant sur ces résultats n’étant pas la même. L’un calcule des moyennes à partir d’intentions de vote de personnes interrogées. L’autre sonde le Web en profondeur, identifie les signaux faibles, ressort les tendances et traduit la masse d’information collectée par un chiffre représentatif du couple informations collectées-sujet observé. L’objectif premier de ce type de solutions est l’analyse d’image d’un sujet observé et surveillé sur Internet, décomposée en valeurs et contre-valeurs. Sur un sujet comme les élections présidentielles et le parcours des candidats jusqu’à l’Elysée, on constate néanmoins que l’outil peut devenir un instrument de mesure de visibilité en temps réel, anticipant les intentions de vote des électeurs.

Cette mécanique est de l’ordre des nouveaux métiers qui accompagnent depuis quelques années l’essor d’Internet. Ce sont de l’intelligence économique, de la veille stratégique, ou encore du knowledge management. Il appartient aux entreprises depuis ces quelques années de s’approprier à la fois les enjeux et les techniques de ces disciplines ; il appartient désormais aux citoyens et aux politiques d’accompagner la révolution tranquille d’Internet sous peine de sérieuses désillusions. Car la révolution démocratique qu’amorce Internet n’est pas l’apanage des électeurs et des élus, elle est sans doute aussi le fruit des frustrés du vote blanc non comptabilisé, des déçus de la politique, des citoyens sans droit de vote et plus largement encore d’une civilisation pour qui « faire de la politique autrement » n’est pas un effet d’annonce mais bel et bien un leitmotiv ancré dans l’action.

Thomas OLLIVIER



[1] Document téléchargeable à l’adresse suivante http://unpan1.un.org/intradoc/groups/public/documents/UN/UNPAN020643.pdf

[2] Définition du petit Robert : « l’ensemble des caractères communs aux vastes sociétés les plus évoluées et des acquisitions des sociétés humaines »

[3] D’après le journal du net, chiffres de décembre 2006 ; http://www.journaldunet.com/cc/01_internautes/inter_nbr_fr.shtml

[5] Document téléchargeable à l’adresse suivante http://ec.europa.eu/publications/booklets/move/36/fr.pdf

[8] Voir sur Wikipedia


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3 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 29 mars 2007 12:15

    Il y a beaucoup de businessmen à l’affût pour voir de quelle manière le net pourrait être transformé en pompe à fric. J’avais eu l’occasion de dire sur agoravox tout le mal que je pensais du rapport Lévy/Jouyet quand il était sorti.

    Mais je signale en plus un point : Maurice Lévy est président de Publicis, cinquième agence publicitaire mondiale, dont le premier actionnaire est la famille Badinter, et qui n’est certes pas désintéressée relativement au net.

    La commission incluait également

    Pascal Nègre, président d’Universal MG, premier vendeur mondial de CD, groupe Vivendi

    Alain Lévy, président d’EMI France, quatrième vendeur mondial de CD,

    Ezra Suleiman, présenté comme universitaire, mais qui se trouve être ègalement administrateur d’AXA, un des principaux actionnaires de yahoo et google.

    Notre vie privée les intéresse.

    Plus d’informations sur ces liens dans « la forêt des médias ».


    • (---.---.164.149) 30 mars 2007 02:00

      Ce qui me chagrine c est que cette ’liberte’ est accompagne sur le net d une sur-information. On voit et lit tous et son contraire et (pour ma part) je trouve de plus en plus difficile de faire la part des choses entre les vraies infos et les fantasmes des internautes (et/ou manipulation par des tiers cf Forest Ent). C est ce qui m effraie le plus sur cette evolution et me cause le plus de soucis. Dommage que vous ne l ayez aborde.


      • steph42 (---.---.0.59) 4 avril 2007 10:03

        A propos des libertés et du control du net, quelqu’un sait comment se positionne le sieur Bayrou ?

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