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La rigueur en désenchantant

Trop de dépenses, trop d'impôts et trop de déficits. La France est plus qu'un Etat au bord de la faillite. C'est un modèle social à bout de souffle. Soumis à un premier traitement de cheval, notre pays est aujourd'hui au milieu du gué. Après la hausse des prélèvements vient désormais le temps de la douloureuse réduction des dépenses publiques. La question des allocations familiales ne sera qu'un amuse-gueule. Le dur, ce sera le sauvetage du régime des retraites et du système de santé.

La règle est simple et nos présidents ne la connaissent que trop bien. Pas de croissance, pas de redressement. En dessous de 1,5 points de croissance, le pays tape dans ses réserves et comme il n'en a pas, doit recourir à l'emprunt pour régler des factures de fonctionnement courant.

Avec le dernier budget voté en équilibre date de 1974, la France c'est un peu "Vol au-dessus d'un nid de coucous". On y vit à crédit sur le dos des générations futures. Au troisième trimestre de 2012, la dette publique était de 1 818,1 milliards d'euros, soit 89,9 % de son produit intérieur brut (PIB). La charge de la dette frise les 50 milliards et représente l'un des tout premiers postes de dépense de l'Etat.

Le problème est bien là. La France vit au dessus de ses moyens et pratique une générosité qu'elle n'a plus les moyens de se payer. Le plus inquiétant est assurément l'emballement des déficits alors qu'avec le vieillissement de la population, se profile les futures dépenses liées notamment à la dépendance.

Mais il est une autre dépendance tout aussi problématique. C'est celle de notre modèle social à l'égard de la croissance. Un peu comme un vélo qui tombe dès qu'il cesse d'avancer. Ainsi, l'affaiblissement de la croissance de ces dernières décennies et la chute des recettes qui lui est liée ont avancé la falaise des déficits de 20 ans

Autant dire qu'être Président de la République en 2013 n'est pas une sinécure. Nicolas Sarkozy voulait aller chercher la croissance avec les dents, François Hollande est lui contraint de racler les fonds de tiroir après avoir monté le niveau des prélèvements obligatoires à son quasi-maximum.

Didier Migaud, par ses messages d'alerte récurrents prépare la Nation aux efforts qui sont devant elle. Le Premier Président de la Cour des Comptes a ainsi indiqué qu'il fallait désormais "freiner les dépenses". Un message que s'est parfaitement approprié Jérôme Cahuzac. Le ministre du budget reconverti en père la rigueur a fixé un objectif de 50 mds€ d'économies à réaliser en 5 ans. Les lettres de cadrage adressées avec six mois d'avance à ses collègues du gouvernement ne finissent pas de faire grincer des dents.

Car la confirmation de l'absence de croissance en 2013 va contraindre François Hollande à revoir ses plans. Le Président avait planifié l'année en cours comme l'annus horribilis de son quinquennat avec un léger retournement de tendance attendu en fin d'année gage d'éclaircie sur le front du chômage. Las, cet espoir s'est envolé.

Le déplacement du Chef de l'Etat en Grèce sera une source de réflexion sur la quadrature du cercle. Comment avoir suffisamment d'austérité pour redresser les comptes sans étouffer les braises de croissance ? La seule variable possible, c'est de passer d'une logique brutale de réduction des dépenses à une optimisation, une efficience de celles-ci. Facile à dire, beaucoup moins à réaliser. Jamais indolore dans tous les cas.

Une spectrographie des dépenses publiques (56% du PIB), permet de cerner les enjeux. Si les dépenses de l'Etat sont stables (30%), celles des collectivités sont en passe d'être maîtrisées (20%), reste le gros morceau, les dépenses sociales (45-50%), en hausse constante.

Dans ce contexte, la question d'une fiscalisation ou d'un plafonnement des allocations familiales, même hautement symbolique, constitue un épiphénomène. Tout autant que la remise à plat des allocations chômage et des aides au logement qui se profile.

Les vraies cibles ce sont les retraites et la santé. Ainsi pour 2018, c'est-à-dire demain, le déficit prévisionnel du régime de retraite est de 20Mds €. Le gouvernement ne pourra jouer que sur trois curseurs pour régler le problème : augmenter les cotisations, allonger leur durée, supprimer l'indexation sur l'inflation. Une belle pagaille en perspective quand on mesure l'attachement des Français à leurs acquis.

Dans l'autre secteur à enjeux, la santé, le montant des dépenses de santé s'est élevé à 240,3 milliards d'euros en 2011. En soixante ans, la part de la consommation de soins et de biens médicaux dans le PIB a explosé, passant de 2,6 % en 1950 à 9,1 % du PIB en 2010 avec pourtant un secteur hospitalier au bord de l'implosion.

Ces éléments dressent un tableau très sombre. Celui d'un modèle à bout de souffle que des replâtrages permettront certes de prolonger mais dont la viabilité à moyen terme est compromise. Au-delà d'une médecine d'urgence c'est la refonte de notre modèle social et de ses financements qui doivent être abordés. Pour que chaque euro dépensé le soit au mieux mais aussi pour que soient mis à contribution des gisements de recettes inexploités, à commencer par la finance internationale et les transactions financières. Car un modèle social en déficit structurel, n'est plus un modèle.

 

Crédit photo : Wikipédia


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9 réactions à cet article    


  • al.terre.natif 19 février 2013 12:27

    « La règle est simple et nos présidents ne la connaissent que trop bien. Pas de croissance, pas de redressement. »

    C’est une « règle » que l’on a bien réussi à vous encrer dans la tête ! Mais vous pourriez élargir votre conception de l’économie en réfléchissant à d’autres horizons : la sobriété (et non la rigueur, qui n’a de rigoureux que le nom), la décroissance (oulala ça fait peur ! la bougie tout ça ...)

    Quel est le but de la croissance ? permettre de dépenser toujours plus ? Pourrions nous envisager une croissance en qualité plutôt qu’en quantité ?

    « Le problème est bien là. La France vit au dessus de ses moyens et pratique une générosité qu’elle n’a plus les moyens de se payer. »

    La fameuse générosité de la France ... vous pensez certainement aux aides, à la sécu, au chomage ... Mais ne voyez vous pas d’autres aspects ou cette « générosité » s’exprime sans aucune critique économique ?

    => le nucléaire (civil) est une piste, même si pro et anti ne sont pas d’accord sur les montants, tous s’accordent pour dire que de rénover ou détruire les centrales coutera des milliards sur des années .... peut être que cette générosité pourrait être abordée sans a prioris ...

    => notre armée : jamais concernée par les restrictions, notre armée est un des postes les plus couteux pour l’état. Et on n’entends jamais (ou rarement) parler d’austérité de ce coté... J’entends qu’il y a des priorités, notamment la défense de l’intégrité de notre territoire, mais les dépenses de l’armée vont bien au delà :

    - accords de coopération / formation avec de nombreux pays (à nos frais ?)

    - interventions militaires extérieures pour des raisons pas toujours très claires (Libye : 400 millions d’€ partis en fumée, ah non, partis dans la poche des vendeurs de missiles et pour le compte final d’un non imposé TOTAL ....)

    - ...

    => grands projets inutiles : type Notre Dame Des Landes ou le fameux Aéroport du grand ouest, qui sont des soi disant investissements pour augmenter la croissance, mais qui se font à nos frais, au bénéfice de multinationales, et dont les prévisions de rentabilités sont a peu près aussi fiables que les prévisions de croissance du gouvernement .... c’est pour dire !

    Combien de milliards engloutis chaque année dans des « investissements » et autres arrangements pour les copains des multinationales ?

    => les dépenses exceptionnelles et complètement inutiles : type vaccins H1N1 ...

    Il y en a de nombreux autres exemples pour lesquel la générosité de nos représentant n’a pas de borne et ne rentre pas dans les fameux plans de rigueurs ... Ne les oubliez pas s’il vous plait.

    « Pour que chaque euro dépensé le soit au mieux », il faut que NOUS décidions ce que l’on peut faire ou non avec nos sous, et certainement pas des bureaucrates qui utilisent les sous de nos enfants et les notre pour se gaver entre eux ...

    Amen smiley


    • bigglop bigglop 19 février 2013 19:05

      @Henri, si vous regardiez la dette publique allemande, elle est inférieure de quelques points et supérieure à 2100 mds€ par rapport à la France, c’est « l’exemple » à suivre tandis que son PIB stagne sinon diminue.

      Didier Migaud, Pdt de la Cour des Comptes, sort complètement de son rôle.
      En effet, il joue un rôle pervers en annonçant cette solution, qui lui a été, très certainement soufflée de l’Elysée, et sort de la neutralité de sa fonction et se discrédite totalement lui-même.

      Il est remarquable, que depuis un an, il défend, explicitement, les thèses néolibérales notamment le principe des « réformes structurelles », autrement dit de l’austérité, de la coupe dans les dépenses publiques.

      De plus, il ignore hypocritement que des financements existent, la preuve, le rapport de la Cour des Comptes de 2010 (PDF) sur les« dépenses » et les niches fiscales et sociales/ entreprises évaluées à minima pour 150 mds € (174 mds €) dont 50 mds€ pourraient être supprimées sans souci.

      Vous souvenez-vous du Fonds de Réserve des Retraites (FRR) qui devait être abondé annuellement pour atteindre 152 mds €, en 2020, pour combler le gap générationnel ?.
      A l’occasion de la dernière réforme des retraites en 2010, Sarko, avec la complicité du PS et de la plupart des syndicats a regroupé FRR et CADES gérés par la Caisse des Dépôts.
      Gestion calamiteuse, s’il en est.
      Enfin, le FRR est affecté pour partie au remboursement de la dette publique et n’est plus suffisamment abondé.

      Entre les cadeaux fiscaux/sociaux aux entreprises, la gestion calamiteuse du système de retraites,
      une nouvelle réforme va être « incontournable » d’après nos zélites.
       


    • viva 19 février 2013 15:46

      Il faudrait commencer par le début qu’il reste en Grèce ce monsieur et tout ces copains avec, tient même en leur conservant leurs salaires ils nous couteront toujours moins chers hors de France 


      • Pingouin094 Pingouin094 19 février 2013 17:20

        Didier Migaud et François Hollande devraient prendre quelques leçons d’analyse financière au FMI, ou auprès de leurs homologues japonais.

        Le FMI a révisé ses modèles de prévisions après un « retour sur expérience » de l’application de l’austérité en Grèce, en Espagne, en Italie et ailleurs. Son modèle prévoyait que pour 1% de PIB de réduction budgétaire, la baisse du PIB était de 0,5%. Le FMI a révisé son modèle en estimant qu’il fallait plutôt prévoir entre 0.9% et 1,5% de réduction du PIB.

        En clair, si vous réduisez le budget de l’état, vous réduisez encore plus rapidement ses rentrées fiscales, et l’équilibre devient impossible à atteindre. C’est ce qui pousse Mme Lagarde a inciter l’Europe à moins d’austérité.

        Parallèlement, le Japon (dont la dette dépasse les 200% du PIB et non pas 80% comme la France), se lance dans une politique de relance en faisant tourner la planche à billet. Planche à billet qui tourne également aux USA et en Grande Bretagne.

        En France même, on peut se demander si la révision à la baisse des prévisions de croissance est un aléas « métérologique » ou si ça ne serait pas plutôt les conséquences des politiques d’austérités menées tant par le précent que par l’actuel gouvernement, qui au lieu de sortir le pays de l’impasse économique, l’y plonge plus rapidement encore.

        Bref, il paraît nécessaire de lancer une autre politique, comme celle par exemple défendue par le Front de Gauche :
         * Politique de relance économique,
         * Une BCE qui, comme aux USA, au Japon, au Royaume-Unie soutient la croissance, y compris par la « planche à billet » si nécessaire,
         * Une restructuration de la dette française (ouh le vilain mot ! Mais c’est possible, lire le programme du Front de Gauche, ou bien « Nous, on peut ! » de Jacques Généreux)


        • al.terre.natif 19 février 2013 17:56

          « Politique de relance économique, »

          ou peut etre réfléchir à ce que personne dans le monde politique ne souhaite : la décroissance ...

          Elle viendra, de gré ou de force si le pari de la technologie toujours plus efficace échoue. Mais bon, on y pensera à ce moment hein, pas besoin de se prendre la tête avec des concepts aussi .... rétrogrades ...

          Vous savez comment est voté notre budget ? a partir d’un pari sur le montant de la croissance ... voila comment nous vivons depuis des années. A quand un peu de réalisme et de concertation avec les propriétaires que nous sommes tous ? A quand la fin des consensus entre « gens qui savent » (et qui ont le pouvoir) ? A quand la sollicitation ou la réaction du peuple SOUVERAIN ?


        • Le421 Le421 19 février 2013 19:28

          En fait, à partir du moment ou les « crânes d’oeufs » experts financiers, rigoristes donneurs de leçons et noteurs à tout va n’ont rien anticipé des problèmes financiers liés à la politique du « tout à crédit » comme voulait nous le faire avaler ce cher Nicolas, on peut légitimement se demander si, au final, nous n’avons pas affaire à une belle bande d’escrocs qui sont là pour serrer la ceinture des peuples pour mieux se goberger...
          Je ne crois absolument plus ces experts qui passent à la télé en expliquant qu’on ne travaille pas assez, pour trop d’argent, et que l’on est assistés de la naissance à la mort.
          Le modèle social français enquiquine tout un tas de financiers des pays anglo-saxons qui voient leurs citoyens crever de jalousie et de maladies diverses pendant que nous, nous subsistons tant bien que mal. Il faut absolument expliquer au monde entier que les pauvres ne doivent pas s’éduquer, se soigner, se loger, etc, etc...
          La solidarité, quel vilain mot, a été remplacé par le mot « assistanat ». Les champions de l’apéro au café du commerce n’ont à la bouche que l’exemple de ces étrangers arrivés en France avec deux femmes et quinze gosses, qui ne travaillent pas et roulent en Mercédès toute neuve avec toutes les aides qu’ils touchent...
          Nos dirigeants sont devenus des experts pour culpabiliser et déstabiliser les peuples. Sauf qu’en France, historiquement, quand ça a pété, ça n’a pas fait semblant.
          Va falloir leur rafraîchir la mémoire !!


          • mario mario 20 février 2013 01:27

            @l’auteur

            votre article est plein d’omission, vous parlé comme un membre du gouvernement ....(l’actuel et le precedant )

            si vous en avez le courrage, vous pouvez faire exactement le meme article, les memes phrases en remplaçant tous mots du social par ceux des pervers financiers et leurs carnages qui sont responsables de la detresse et du desespoir de millions de français .

            mais ca, c’est pas gagné.

             

             

             


            • Rémy Mahoudeaux 20 février 2013 11:42

              Les faits sont têtus et les derniers gouvernements (des 30 dernières années) s’obstinent à ne pas le constater. Deux points d’orgue (simple opinion personnelle) : 
              1) budget des collectivités locales stable - Il faudrait simplifier drastiquement le millefeuille (commune > canton > etc ...) pour revenir à une situation où il y a moins d’étages dans la fusée. Se contenter de la stabilité, c’est manquer une opportunité d’économies.
              2) sur les budgets sociaux, c’est à la foi dépenser moins et dépenser mieux - et je ne pense pas que le paritarisme soit capable d’une telle révolution culturelle.

                

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