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La société en mouvement

Alors que tant et d’autres cherchent à se distinguer dans la pré-présidentielle, il y a des hommes qui, loin de tout destin national, cherchent dans leurs actions à faire avancer ce qui leur semble juste.

Le ministre de l’Education nationale dirige sans doute l’un des ministères les plus difficiles. Mais après une expérience au transport, le voilà qui trace son sillon dans le gouvernement le plus explosif de la Ve République. Certes les étudiants et les lycéens sont descendus dans la rue, mais la cible n’était pas Gilles de Robien, qui fut pourtant le seul à défendre avec rigueur et sans aucune agressivité la politique du gouvernement, CPE compris.

Personne ne l’a attaqué d’avoir ainsi défendu ce CPE, il n’était pas la cible des attaques, c’est le premier ministre qui était en ligne de mire des opposants au projet. Ses pires ennemis sont d’anciens "amis" : à l’UDF Maurice Leroy et d’autres réclament sa tête, ils ne l’auront pas.

Alors que le débat se cristallise déjà, entre Ségolène et Nicolas, que la ligue anti-libérale(Fabius à Krivine) se cherche un candidat unique, que la ligue nationale populiste attend de récolter les fruits du travail de Nicolas Sarkozy, et que le centre cherche un nouveau souffle dans sa prise de liberté, Gilles de Robien lance un nouveau cercle de réflexion «  Société en mouvement  » dont le sous-titre « le cercle anti-dépresseur » ressemble à une publicité du premier employeur de France : les Artisans de France avec leur programme anti-morosité (PAM - www.antimorosite.frwww.antimorosite.fr) et le détail dans le communiqué de presse.

Ce qui est intéressant, je l’ai dit, c’est l’absence de projet présidentiel dans la démarche de Gilles de Robien et la volonté de changer en profondeur la donne, non pas par la contestation mais par la concertation, voilà au moins une originalité réellement centriste dans ce débat. Il faut lire à ce sujet la dernière tribune de Gilles de Robien dans La Croix du 20 juin, qui est aussi en ligne sur le blog du mouvement, cette tribune s’intitule « Rénovons le modèle social français » . Loin des bruits de la campagne, pas à pas, Gilles de Robien affirme que l’âge d’or n’existe pas et que notre société souffre de savoir ce qu’elle ne veut pas, et surtout de ne pas savoir ce qu’elle veut.

En ce sens, cela rejoint les différentes analyses des hommes et femmes politiques et non politiques qui veulent voir dans le combat présidentiel le débat qui permettra de dégager des orientations claires pour la France.

Si l’on considère le programme du PS pour 2007, qui sera sans doute amendé, il y a peu d’espoir de voir le PS réussir son recentrage. En effet les 35 heures restent un point d’achoppement particulièrement délicat à résoudre, car en 1997, par exemple, les socialistes sont élus grâce non pas à leur programme mais aux électeurs de droite qui s’abstiennent pour sanctionner leurs élus.

Ainsi, si la gauche avait proposé un référendum sur la question des 35 heures, nous aurions eu un débat très intéressant qui aurait permis à chacun de réellement discuter par la suite des modalités d’application et de retrait de ce système. Je ne peux pas dire si les 35 heures auraient été adoptées ou non, simplement le référendum sur ce type de question semble indispensable car ce n’est plus dans une élection présidentielle que les électeurs tranchent aujourd’hui sur les choix politiques de la France.

L’autre point de culture idéologique non dépassé par le PS réside dans la réthorique anti-libérale qui est inquiétante pour un parti qui a prôné par ailleurs un certain libéralisme sociétal. Ce qui fait dire au PS ceci : « Aujourd’hui, deux voies s’ouvrent aux Français, aux conséquences bien différentes, celle d’une rupture libérale, celle du développement solidaire ». La mise en abîme est bien réelle, car dans ces mots il n’y a rien.

La société est en mouvement, les clivages ne sont plus restreints au droite/gauche et sur les questions de société qui engagent l’ensemble de notre économie (l’Europe, la politique sociale, la politique de l’emploi, et surtout la politique économique) les clivages traditionnels explosent.

Malheureusement, si l’on s’en tient aux deux partis dominants, les clivages ne sautent réellement que sur l’Europe et les questions « mineures » de société (mariage gay, PACS, etc.).

La politique est en panne, je me lasse de faire le procès du chiraquisme de l’UMP et du PS, alors je vais directement à l’essentiel, c’est bien dans le pacte social que les Français doivent se retrouver. Au moins sur ce sujet l’accord est total à droite, à gauche et au centre.

Et cela, pourtant, ne sera pas simple. Entre l’ultralibéralisme financier et le communautarisme altermondialiste, il existe toute une panoplie de positions possibles.

En fait la question n’est pas réellement de savoir s’il faut que le monde soit libéral ou pas. La réalité est qu’aujourd’hui le poids des États-Unis dans l’économie mondiale est primordial (30% du PIB mondial). De fait nous dépendons de l’économie américaine et de sa croissance et de sa politique monétaire.

Cette réalité n’apparaît pas dans le programme du PS. En effet le programme économique du PS est pauvre, comme le sont souvent les programmes économiques des partis, cela parce qu’il existe un blocage idéologique national dans le rapport au libéralisme et à l’argent. Ce blocage politique pourtant est confronté à une réalité différente, les Français sont partout dans le monde et sont pour beaucoup des mondialisés heureux.

Faut-il pour cela les mettre en opposition avec les nationaux malheureux ? Évidemment non, nous commettrions un contresens évident, habiter en France n’est pas une gageure, seulement les notions d’égalité et de protection, le tout géré par un État centralisateur, sont à la source de nombreuses rigidités d’une part, et d’autre part, cela coûte cher, avec comme principale conséquence des prélèvements importants et donc une disparition des entreprises à faible valeur ajoutée ou à forte utilisation de main d’oeuvre/d’employés peu qualifiés.

Le coût des actions qui sont proposées doit être réaliste et surtout nos présidentiables doivent nous dire comment ils vont faire entrer de l’argent et dans quelles conditions. Il ne s’agit pas de condamner les uns et les autres, mais bien d’alarmer les électeurs et nos dirigeants que ce chiffrage est indispensable pour ne pas voir au bout de deux ans nos élus tourner à nouveau le dos à leurs électeurs et aux promesses faites.

La principale hausse de nos ressources provient de la croissance. Sans croissance pas d’emploi. Il apparaît donc indispensable de savoir sur quels leviers il faut agir. Ces leviers sont nombreux avec des effets nuls s’ils sont activés seuls. Pour réduire la dette de la France il faut réduire les déficits publics et donc les dépenses de l’Etat, certes, mais les dépenses publiques dans leur ensemble et en particulier les dépenses de fonctionnement fixes. Ensuite la baisse des charges fixes de l’Etat aura un effet positif sur les prélèvements et indirectement sur l’emploi.

En parallèle il est indispensable de poursuivre les progrès réalisés en matière de création d’entreprise sous le gouvernement Raffarin et surtout dans le cadre de la recherche et du développement par la création des pôles de compétitivité qui doit permettre aux grandes entreprises internationales de travailler avec les PME et PMI.

Toutes ces avancées ont été réalisées sans que personne ne prenne réellement conscience des progrès faits. Par contre dès qu’il s’agit de politique sociale, tout le monde s’agite pour un résultat qui finalement est relativement faible en termes économiques (par exemple, les services aux particuliers, secteur cher à M. Borloo, emploient, en équivalent temps plein en 2005, 2 139 000 personnes pour une valeur ajoutée de 73,6 milliards d’euros, alors que l’industrie de biens intermédiaires emploie 1 279 000 personnes pour une valeur ajoutée de 83,6 milliards d’euros. Sans appel ; la valeur ajoutée réalisée grâce à l’industrie est nettement supérieure à celle réalisée dans les services.

Je vous invite donc à lire le dernier dossier de l’INSEE intitulé « Innovation et niveau technologique des entreprises industrielles françaises »

Ce dossier met en évidence que la croissance économique passe par l’innovation, ce qui nous semble une évidence, mais elle est indispensable à lire pour comprendre les liens entre taux d’emploi, durée du travail et productivité globale et productivité horaire, qui vont permettre de définir une performance globale du pays et de voir que nos marges de manoeuvre sont à chercher dans la qualification de nos emplois, sur le temps de travail et le taux d’emploi.

Cela me permet de boucler sur notre Education nationale et à Monsieur de Robien avec deux points importants :

  1. les universités et l’indispensable nécessité d’avoir une orientation plus efficace et une sélection dont les critères ne doivent pas se limiter à nos traditionnels concours mais à des examens de dossiers et à l’évaluation de potentiels des étudiants pour que le taux d’échec en Deug (Licence dans le système LMD) soit limité à 10%.

  2. les qualifications de nos naufragés de l’école qui sont insuffisantes pour occuper des emplois où la productivité horaire est la plus forte.

D’où une conclusion sans appel sur notre système : à quoi cela sert-il d’être champion du monde de la productivité horaire pour laisser autant de gens sur le bord de la route - allocataires des minima sociaux, du chômage et exclus non répertoriés ?

La société est en mouvement, celle qui est dans le train de la compétitivité internationale, les autres le regardent passer, Gilles de Robien a bien raison, c’est pas à pas et dans la concertation que le changement se fera et je ne peux qu’approuver une démarche sans arrière-pensée personnelle dans un climat de tension politique épouvantable qui mène vite à la caricature, alors que nous devons avoir un débat de fond pour choisir enfin de réformer.


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4 réactions à cet article    


  • Adolphos (---.---.59.170) 26 juin 2006 11:52

    Il ne faut pas s’occuper du programme du PS, car de toute façon il ne sera jamais appliqué..


    • stephane73 (---.---.4.154) 26 juin 2006 14:24

      Consternant votre éloge de Robien « l’homme de la concertation ».... Non mais franchement, ne vous rappelez-vous pas ses simagrées à la Sorbonne au moment de la crise du CPE ? Sa violence contre les lycéens grévistes ? Son mépris des enseignants ? Sa circulaire oukaze pour la méthode syllabique (méthode que je défends par ailleurs, mais pas avec ce genre de diktats contre-productifs) ? etc... etc... Je ne parle même pas de ses positions anti-Bayrou tout en restant à l’UDF (!) qui, dans le contexte actuel déliquescent, ne redore pas vraiment l’image de la politique.


      • éric (---.---.153.27) 27 juin 2006 10:37

        « La principale hausse de nos ressources provient de la croissance. Sans croissance pas d’emploi. » Sauf si vous réduisez le temps de travail ! Car vous le dites, la France est championne de la productivité. Cela signifie que l’on produit davantage avec moins de temps de travail.

        Désolé de vous contredire, mais la vie ne se résume pas à l’argent. L’économie n’est pas le centre des préoccupations de tous. Pour allez très vite je dis simplement : faut-il rechercher la croissance économique, n’y-a-t-il pas d’autres choix de société ?


        • Yann Riché (---.---.114.114) 28 juin 2006 12:56

          @Eric

          Malheureusement l’argent reste l’essence de moteur de notre économie. La réduction du temps de travail n’est possible que sous certaines conditions : soit la réduction est réalisée par palliers alors qu’avec les 35h c’est une demi journée qui saute donc des coûts horaires qui grimpent soit l’économie tourne à plein régime avec un taux de chômage faible et les salariés sont en position de force (pouvoir d’achat croissant et volonté de travailler moins)

          L’argent est bien au coeur des préoccupations des français alors même que les prix du m² s’envolent et que de nouveaux services et nouveaux besoins apparaissent.

          Championne du monde de la productivité mais pas du taux d’emploi, or pour gagner il ne suffit pas de savoir dribbler, il faut aussi savoir passer.

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