Loin de représenter la diversité politique de notre pays, l'Assemblée que nous venons d'élire est maintenant réduite à une chambre d'inscription du gouvernement et confirme l’instauration de la monarchie quinquennale.
Depuis le début de la Vème république – et en particulier du système quinquennal – nous assistons vainement à une bipolarisation de la vie politique autour de deux grands partis (l'UMP et le PS), les autres ne devant leur existence qu'au bon vouloir de ces deux derniers. Ainsi, si l'on regarde la composition de notre nouvelle assemblée (Fig. 1), nous observons que deux partis disposent à eux seuls de 82 % des sièges, alors même qu'ils ne réunissaient que 56,5 % des voix du premier tour. A ces deux partis s'ajoutent un petit nombre de satellites, décrochant quelques sièges grâce au soutient de l'UMP ou du PS dans certaines circonscriptions. On observe en outre des résultats pour le moins surprenants, comme l’existence de groupes parlementaires pour des partis ne disposant que d'une très faible assise électorale – le Nouveau Centre et le PRV pour le Groupe Union des démocrates et indépendants et le PRG pour le Groupe Radical, républicain, démocrate et progressiste. A l'inverse, le Front de Gauche, le FN et le Modem, ne disposant d'aucun accord, n'ont pu faire entrer à l'assemblée qu'un nombre très restreint de députés, alors même qu'ils réunissaient à eux trois près de 40 % des voix du premier tour de la présidentielles et que les deux premiers faisaient respectivement 6,9 % et 13,9 % le 10 juin. Ainsi, il faut 7 fois plus de voix à un député du Front de Gauche pour se faire élire que pour un député du PS ou même du PRG, 8 fois plus pour un député du Modem et jusqu'à 65 fois plus pour un député FN.
Bien sûr, le mode de scrutin actuel présente quelques avantages : il permet de dégager facilement une majorité (contrairement à la proportionnelle intégrale qui a montré sa grande instabilité par le passé) et évite également l'entrée de l'extrême droite en trop grande proportion. Mais divers artifices existent pour corriger cette instabilité. En Grèce par exemple, le parti arrivé en tête obtient un bonus de 50 sièges. La raison de l'extrême droite, quant-à-elle, n'est pas démocratiquement recevable. Tout d'abord, on ne peut pas réfuter un mode de scrutin pour l'unique raison qu'un parti autorisé y serait fortement présent. C'est pour le moins paradoxal. Ensuite, c'est cette absence relative à l'assemblée qui permet au FN de se donner cette image hors-système, alors qu'il en est le chien de garde.
Si l'on instaurait un scrutin à la proportionnelle intégrale, notre assemblée ressemblerait à celle représentée en Figure 2. On observe que la gauche reste en tête de l'assemblée, bien qu'elle ne dispose plus de la majorité et que le rassemblement de la majorité présidentielle à proprement parler ne représente plus que 42 % des sièges (contre 56,15% actuellement). Différentes formations se trouvent fortement renforcées, c'est le cas du Front de Gauche, du Modem et du FN. Ce type de scrutin est plus à même de représenter la réalité politique du pays, le revers de la médaille étant malheureusement une présence en force de l'extrême droite. Afin de dégager facilement une majorité, il est possible d'instaurer un scrutin à la manière des législatives grecques (Fig. 3) : le parti arrivé en tête reçoit un bonus de 50 sièges. La gauche serait donc ici majoritaire, le rassemblement de la majorité obtenant 49 % des sièges.

Nous venons de le voir, notre assemblée ne reflète pas la diversité politique de notre pays. En outre, elle ne le représente pas sociologiquement : nos députés sont à 73 % des hommes, majoritairement âgés de 50 ans et plus, issus de catégories sociales aisées. Ainsi, les jeunes sont absents – ou presque – de l'assemblée alors que ce sont ceux qui paieront demain ce qui sera décidé aujourd'hui ; les femmes (plus de 50% de la population française) et les classes populaires et moyennes, ne sont que très peu représentées.
Ainsi, l'Assemblée ne représente qu'une distorsion de la réalité politique et sociale de notre pays, favorisée par le mode de scrutin, la proximité avec les élections présidentielles et le taux record d'abstention. Le PS disposant de la majorité de l'assemblée, celle-ci perd son rôle de débat, remettant l'ensemble des pouvoirs exécutifs et législatifs dans les mains d'un seul parti, si ce n'est d'un seul homme.
Philippe Katz

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