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La vraie rupture : le devoir d’utopie d’Albert Jacquard devrait être au centre des débats pour la présidentielle

Rencontre et ITW avec l’auteur et lecture de son livre. Albert Jacquard et son « Devoir d’utopie » devrait être au centre de la campagne pour les présidentielles. La « Cité idéale » en route...Par l’éducation, priorité des priorités.Et par le renoncement aux fringales de l’esprit de possession,aux mirages du sens de la compétition.Un personnaliste qui revendique à juste titre le droit et le devoir de créer « l’humanistique ». L’utopie ? Un rêve qui peut devenir réalité.Une réalité en formation.Si on le veut....Un « idéat », disait Spinoza.

medium_jacquard_2.jpgQuel plaisir de relire et de revoir Albert Jacquard, grâce au débat de La salle Blanche de la librairie Kléber (qui en l’occurrence s’est déroulé à l’ENA à Strasbourg). Un débat que j’ai eu l’honneur et le bonheur d’animer devant un public sous le charme d’une intelligence hors du commun, et qui rayonne bien au-delà des limites de l’hexagone. Son dernier livre, Mon utopie, (Stock), est un vrai message d’espérance, de volontarisme... Et une belle bouffée d’oxygène. Jacquard, c’est une séance de thalassothérapie de l’esprit. Oh ! que cela fait du bien...

« A mon âge, c’est devoir », sourit-il... Surtout en cette époque où (l’on ne s’en rend pas assez compte) « l’humanité subit actuellement une bifurcation radicale » et où nous sommes « comme emportés dans un tourbillon qui peut nous conduire au pire », à cause de cet économisme galopant qui nous fait oublier que « tout ce qui n’est pas renouvelable » devrait faire partie du « patrimoine (intouchable) de l’humanité ». A cause de cet « esprit de compétition » ravageur dès l’école maternelle. A cause de cette irresponsabilité collective et individuelle qui nous fait oublier l’essentiel : « Je ne suis je que parce que tu est un je. Je suis qui je croise, qui je rencontre. L’identité et l’altérité sont indissociables. »

Non, il ne radote pas, Albert, il enfonce des clous qui s’imposent. Et devraient dominer la campagne des présidentielles si la politique consistait d’abord à donner tout son sens au mot valeur (au singulier et au pluriel). Et toute sa valeur au mot sens.

Un personnaliste authentique, cet ancien professeur d’humanistique, cet enseignant qui considérait ses étudiants comme des « collègues en humanité », ce scientifique qui place la lecture (et l’écriture) au-dessus de tout, ce militant des Droits de l’homme qui s’illustrent dans des actes et pas seulement dans des proclamations et qui touchent aussi les droits dits « sociaux », ce pourfendeur des modes médiatico-« décervelantes », ce procureur d’un système scolaire et universitaire qui tue les intelligences au lieu de les développer. Un homme-vitamine, Albert ! Lui, qui sait ne pas confondre âge et vitesse, est d’une jeunesse d’esprit extraordinaire.

L’éducation, l’école... La « Cité idéale », c’est « une cité où tout serait l’école ». Son livre est d’abord un essai sur l’éducation, sur la technique et l’art d’enseigner, donc d’échanger, de rencontrer, de frotter sa cervelle à celles des autres et aux réalités du monde, sans ce "taylorisme scolaire" qui fait tellement de ravages. Dans un gouvernement digne de ce nom, le ministre de l’Education devrait être le premier des ministres. Et Bercy devrait être à son service »...

Certains de ses engagements peuvent faire sourire, bien sûr. L’utopie, c’est cela. Surtout quand on ne se contente pas de la proclamer, mais qu’on veut la faire vivre...

Il a mauvaise conscience de devoir prendre l’avion aussi souvent. Il sait bien que, même austère comme il sait l’être, il participe aux spirales du faux progrès qu’il condamne. Il sait même que son cheminement personnel atypique en fait un « privilégié ». Il en sourit : « l’annuaire de Polytechnique » est bien utile, y compris dans ses combats en faveur des sans-papiers et des sans-logement. Il ne pourrait pas être qui il est et comme il vit sans un sens aigu de l’humour, y compris vis-à-vis de lui. Il sourit encore d’avoir dû défiler avec les polytechniciens sur les Champs-Elysées, le 14 juillet. Il se console en citant Einstein : « Pour marcher au pas, le cerveau est inutile. La moelle épinière suffit. » Les grands esprits sont d’abord des hommes d’esprit.

D’ailleurs, lui qui dénonce l’esclavagisme du travail est un grand... travailleur. Il suffit d’écouter ses chroniques quotidiennes sur France Culture. Il suffit de lire ses livres. Il suffit de voir à quel point il prépare ses conférences, ses débats, ses rencontres, pour se dire que Paul Valéry avait raison : « Le travail doit finir par effacer le travail. » Mais c’est du travail-épanouissement que nous parlons là, non du travail-corvée, du travail-gagne pain, du travail forcé, du « travail-torture »...

L’étymologie du mot (le latin tripalium, trépied servant à torturer) recouvre une autre utopie : celle de la fin des servitudes. Nous en sommes loin... Mais Jacquard, hostile à toute « traçabilité » sociétale des individus, laissera une belle trace : celle d’un homme qui croit en l’Homme.

medium_jacquard_1.jpg Jacquard sur Amazon


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47 réactions à cet article    


  • tal (---.---.22.210) 2 novembre 2006 10:07

    @ l’auteur

    Sion leveut....Un« idéat », disaitSpinoza. ???!!!  smiley smiley smiley

    Sion ?

    Là vous faites fort ! Pour le reste excéllent article,en forme de panégyrique pour ce personnage émminent et respectable qui s’en serait probablement passé,vue la modestie qui le caractérise. Les écrits de Jaquard sont ren bonne place dans ma bibliothèque de chevet, et je vais de ce pas me procurer ce « devoir d’Utopie »

    Merci.


    • TEO (---.---.76.217) 2 novembre 2006 10:07

      Oui... un esprit puissant qu’a contribué à faussement « galvauder » une médiatisation excessive, quoiqu’utile.


      • MOISE (---.---.23.188) 2 novembre 2006 15:57

        un exemple, une citation svp ? Je ne vois pa de quoi vous parlez !


      • Depi Depi 2 novembre 2006 11:36

        J’ai une simple interrogation quand on parle de travail-corvée ou autre. Une des plus grandes utopies de l’Homme n’est-elle pas de croire que tous les hommes sont égaux et qu’ils naissent égaux ?

        Il est de bon ton de penser que tout homme devrait avoir l’opportunité d’avoir un travail épanouissant. Certains n’en ont pas alors qu’ils le mériteraient, certains l’inverse est de mise. Toutefois, le travail à la chaîne existe, et sans doute pour longtemps. Il faut bien que certains travaux non épanouissants soient faits, à moins d’imaginer une société tel I-Robot (c’est la première chose qui me vient à l’esprit)..


        • ALU (---.---.158.200) 2 novembre 2006 12:01

          Les hommes naissent égaux « en droit » et en droit seulement. Sinon en travaillant beaucoup, nous serions tous à la fois Zidanne et Einstein. Il faut bien constater que certains courrent plus vite et que d’autres pensent plus vite. Nous ne naissons donc pas égaux en tout.


        • Depi Depi 2 novembre 2006 12:05

          Pour beaucoup, les hommes naissent plus qu’égaux en droit. Tout du moins, c’est ce que je comprends dans de nombreuses discussions que j’ai. Que ce soit au niveau de l’égalité ou de la liberté.. C’est vrai au niveau de l’individu.. Du local, des pays et du monde..


        • Le chien qui danse 2 novembre 2006 12:25

          Il serait peut-être mieux de voir les choses d’une autre façon. Quelqu’un qui peut avoir un haut « degrés » d’intellectualité peut avoir un bas « niveau » de comportement et biensur vice et versa.

          Dans la majeure partie de l’actvité « travail » ce n’est certainement pas le « degrés » d’intellectualité, a ne pas confondre avec l’intelligence, qui fait l’echelle des réussites, mais ce gout particulier du pouvoir lié,selon moi, à la problématique de la personnalisation et donc du « niveau de comportement » qui fait croire à certains, et qui en ont le culot, qu’il peuvent diriger les autres et surtout les asservir.

          On nous propose, comme réussite personelle, d’être malin et d’utiliser nos avantages naturels pour asseoir la hiérarchie entre les êtres, pas trés généreux comme « comportement » social et humain ni, à mon sens, trés intelligent.

          L’économie et son corrolaire le travail, ne peuvent être les déterminations centrales d’une civilisation sur lesquels tout se reférerait.

          L’esprit, la culture et développement, la socialité et la relation avec tout ce qui n’est pas nous-mêmes (et aussi bien sur avec nous-même) sont des valeurs bien plus propices et réalistes pour qui veut penser intérét et avenir d’une société, voire sens de l’existence.

          Bon c’est un peu court, j’en convient, mais c’est juste pour renvoyer à Albert Jacquart que j’espère ne pas trahir avec mes raccoucis.

          Merci pour cet article, Albert Jacquart est (pour moi) dans le vrai.


          • thomas (---.---.153.54) 2 novembre 2006 12:56

            L’article est interessant mais l’auteur se crois supérieur à tout ses semblables. Garde ta suffisance ton mepris et ta condescendance.


            • krokodilo (---.---.219.45) 2 novembre 2006 13:06

              Pourquoi passer sous silence son engagement en faveur de l’espéranto, langue neutre et très largement plus facile, bien plus adaptée à la communication internationale que l’anglais, ou que tout autre langue nationale ? Il en a parlé en détail dans ses chroniques sur France-culture (disponibles sur le réseau.) Mais lorsque des gens brillants osent le dire, et rappeler que l’Unesco a par deux fois recommandé cette langue pour la communication scientifique par exemple, ce sont les journalistes qui le passent sous silence.

              Il me semble que vous auriez dû mieux séparer les faits de vos opinions et commentaires, par exemple vous dites « Certains de ses engagements peuvent faire sourire » sans préciser lesquels, et sans dire qui cela fait sourire, vous, tel ou tel groupe social, les chinois, le Pape ?


              • unlecteur (---.---.21.16) 2 novembre 2006 13:08

                L’article et l’homme sont très intéressants, malgré les fortes tentatives de distraction du clip commercial d’une femme dévêtue juste à sa droite.


                • erdal (---.---.242.88) 2 novembre 2006 13:09

                  Bonjour Mr Riot,

                  Mr Jacquard est plus qu’un homme respectable mais un modèle, il n’y aucun doute la dessus. En revanche, l’utopie est surement une valeur à la base saine et moteur pour nous, mais il peut aussi être génératrice de frustration et un esprit pragmatique se méfie des utopies. Car si l’on considère que nous devrions tous converger vers un modèle idéal, il n’en reste pas moins que le système actuel est encore loin des idées de Mr Jacquard.

                  Je pense que l’évolution nécessite des paliers et, malheureusement, nous sommes dans une époque ou nous sommes encore contraint à accepter les inégalités actuelles. Mais c’est à nous d’oeuvrer pour réduire les inégalités et tendre vers un équilibre. Et comme l’a dit un commentateur plus haut et vous aussi, le travail ingrat est une réalité qui n’est pas encore sur le point de disparaître. A partir de ce moment, ou le travail abrutissant sera éradiqué, la vision d’un modèle plus idéal sera viable. Pour l’instant la technologie n’est pas prête et est loin de l’être.

                  Pour finir sur une note moins pessimiste, le monde doit oeuvrer vers un équilibre, c’est un idéal pragmatique afin que les sociétés tendent vers une harmonie. Les esprits éclairés doivent se concentrer dans ce sens.

                  Salutation

                  erdal


                  • Seb (---.---.28.230) 2 novembre 2006 13:48

                    Sur le travail, je vous renvoie à une de ses chroniques sur France Cultures traduites dans « Tentatives de lucidités »

                    En gros (car il l’explique infiniment mieux que moi) les progrès technologiques permettent un rendement 40-100 fois supérieurs à ce qui était au début du siècle dernier. Et au lieu de fêter ce progrès, d’en faire profiter l’humanité en remplaçant progressivement la charge de travail par des activités humainement plus enrichissante, c’est la course en avant vers toujours plus et un insatisfaction permanente.


                    • parkway (---.---.18.161) 2 novembre 2006 15:45

                      AH ! Le matérialisme et ses armoires de plus en plus grandes et jamais remplies....

                      encore notre brave Alain Souchon peu écouté dans les médias...


                    • Stravos (---.---.132.162) 2 novembre 2006 15:43

                      Depuis Platon, le vieil arbre de l’Utopie ne cesse de réverdir périodiquement... Mais ses fruits sont empoisonnés. Car une utopie qu’on organise devient vite un goulag. D’où il résulte que le meilleur pays pour l’Utopie, c’est sous notre crâne, pourvu que le bel oiseau y demeure et n’ait point idée à faire ses nids ailleurs... Pour certains hommes, celà sera une bonne nouvelle, car se sont des « poètes » et ils ont l’Utopie pour ainsi dire à domicile. Pour d’autres, en revanche, un pays qui n’éxisterait que dans nôtre tête serait par là même aussi innacessible que les plus lointaines étoiles... Ils veulent l’Utopie à terre, dans la boue. Au fond, ils n’aiment pas l’Utopie, ce n’est pas eux qui s’allongeraient dans l’herbe pour causer avec les nuages...


                      • parkway (---.---.18.161) 2 novembre 2006 15:49

                        la perfection n’est pas de ce monde, mais il faut tendre vers ce but avec de l’humilité.

                        L’humilité, n’est-elle pas souvent notre gros problême ?


                      • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.232.213) 5 novembre 2006 01:38

                        joliment dit....


                      • jipé (---.---.221.74) 2 novembre 2006 16:06

                        M Jacquard a un discours sympathique, mais combien de grands scientifiques ont déçu en philosophes devenus idéologues ; la pureté utopique nous sera t elle -dans les défis de survie à venir- aussi utile qu’un relativisme raisonné (la démocratie moins pire des régimes, l’économie libre mais non envahissante, nos conforts limités par les besoins des autres..) ??


                        • (---.---.196.101) 2 novembre 2006 19:13

                          Banal

                          Un auteur autrement plus interessant est Jean Ziegler


                          • Sébastien Bosvieux Sebos31 2 novembre 2006 19:59

                            J’ai eu la chance de le rencontrer il y a quelques temps sur Toulouse. Ces livres m’ont, pour ma part, ouverts les yeux sur l’humanisme, la place de l’homme dans la société et la place de la compétition. je dois avoué que si aujourd’hui j’ai quasi arrêté la compétition en vélo c’est bien grâce à lui. La compétition n’est pas une émulation mais un combat néfaste que ne fait plus de perdants que de gagnants. Jacquard milite pour une école tournée sur la découverte de l’autre, sur le tissage de liens entre les individus, sur l’apprentissage de à aller vers son voisin et bien sur la prise de conscience de son rôle de citoyen responsable. En cela il estime que la compétition et les classement doivent y être bannis. L’école ne doit pas apprendre à lutter contre son prochain mais à s’en rapporcher. Sur l’utopie, c’est la chose qui n’a pas encore été expérimentée répond-il !!


                            • L'enfoiré L’enfoiré 2 novembre 2006 20:20

                              @Sebos31,

                              Tu as de la chance de l’avoir rencontré. J’aimerais aussi. Quand au vélo et à la compétition, je suis un peu moins chaud pour donner mon « Ok ». Le sport, c’est toujours autre chose. La vie de compétition au bureau. Horreur. La compétition restera un mal nécessaire dans le Sport. L’homme a besoin de se mesurer quelque part aux autres. En plus, n’est-ce pas un moyen de rencontrer l’Autre ? Personnellement, je suis cycliste solitaire aussi. La compétition, c’est pas mon truc. Ni là, ni au jogging que je pratique en solitaire aussi. J’aime tourner à gauche quand l’envie m’en prend sans devoir demander si un autre veut aller à droite. C’est un état d’esprit, mais je comprend l’autre voie. A+


                            • L'enfoiré L’enfoiré 2 novembre 2006 20:14

                              Bonjour,

                              Ca ne rime pas, mais Jacquard, j’adore. J’ai déjà lu pas mal de ses articles et livres. Profonds, précis, porteurs d’idées neuves, engagées. La philo, j’ai commencé assez tard à l’aimer dans ses fondements. Un livre que je conseille haut et fort en dehors de celui de Ferry (Apprendre à vivre) c’est celui d’un philosophe norvégien : « Le monde de Sophie ». Je le conseille à ceux que j’aime. Son originalité en font un bijoux de la littérature. Mais Jacquard, j’adore. A+


                              • Le péripate Le péripate 2 novembre 2006 22:46

                                Un article sur un homme incontournable pour ceux qui aiment réfléchir et penser.

                                Je n’ai pu résister au copier /coller suivant, son programme pour une présidentielle où il serait ministre de l’éducation.

                                Moi, Albert Jacquard, ministre de l’Éducation, je décrète :

                                Par Albert Jacquard

                                Préambule : L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir. Moi, ministre de l’Éducation nationale, je n’ai qu’une obsession : que tous ceux qui me sont confiés apprennent à regarder les autres et leur environnement, à écouter, discuter, échanger, s’exprimer, s’émerveiller. À la société de s’arranger avec ceux qui sortent de l’école, aux entreprises d’organiser les évaluations et la formation de leur personnel à l’entrée des fonctions. Il faut que les rôles cessent d’être inversés : l’éducation nationale ne produira plus de chair à profit.

                                Article premier : Il faut supprimer tout esprit de compétition à l’école. Le moteur de notre société occidentale est la compétition, et c’est un moteur suicidaire. Il ne faut plus apprendre pour et à être le premier.

                                Article deuxième : L’évaluation notée est abandonnée. Apprécier une copie, ou pire encore, une intelligence avec un nombre, c’est unidimentionnaliser les capacités des élèves. Elle sera remplacée par l’émulation. Ce principe, plus sain, permettra la comparaison pour progresser, et non pour dépasser les camarades de classe. Mettre des mots à la place des notes sera plus approprié.

                                Article troisième : Les examens restent dans leur principe, sachant que seuls les examens ratés par l’élève sont valables. Ils sont utiles aux professeurs pour évaluer la compréhension des élèves. Mais les diplômes ou les concours comme le baccalauréat sont une perte de temps et sont abolis. Sur tous les frontons des lycées figurera l’inscription : « Que personne ne rentre ici s’il veut préparer des examens. »

                                Article quatrième : Les grandes écoles (Polytechnique, l’ENA...) sont remises en question dans leur mode de recrutement. La sélection, corollaire nécessaire de la concurrence, et qui régissait l’entrée dans ces établissements, ne produisait que des personnalités conformistes, incapables de créativité et d’imagination. Pour entrer à l’ENA, des jeunes de vingt-cinq ans devaient plaire à des vieux de cinquante ans. Ce n’était pas bon signe.

                                Article cinquième : Les enseignants n’ont plus le droit de se renseigner sur l’âge de leurs élèves. Les dates de naissances doivent être rayées de tous les documents scolaires, sauf pour le médecin de l’école. Il n’est plus question de dire qu’un enfant est en retard ou en avance, car c’est un instrument de sélection. Chacun doit avancer sur le chemin du savoir à son rythme, et sans culpabilisation ou fierté par rapport aux camarades de classe. Par contre, un professeur a le devoir de demander à l’élève ce qu’il sait faire pour adapter son enseignement, éventuellement programmer un redoublement. Le redoublement est d’une réelle utilité s’il n’a pas de connotation de jugement.

                                Article sixième : Chaque professeur sera assisté d’un professeur de philosophie. Il faut en effet doubler l’accumulation des connaissances d’une approche par les concepts. Il faut en particulier passer par l’histoire des sciences, resituer les connaissances par rapport aux erreurs historiques d’interprétation des savoirs. Il faut que les élèves aient conscience des enjeux politiques qui se cachent derrière le progrès scientifique. On pourra rester quelques semaines sur un même concept, plutôt que de saupoudrer du savoir dans chaque cours.

                                Article septième : Le travail des professeurs par disciplines est annulé au profit du travail en équipe. La progression du travail des classes ne doit pas être perturbée par des impératifs de programme.

                                Article huitième : Chaque personne disposera dans sa vie, vers la fin de la trentaine, de quatre années sabbatiques afin de faire le point, se réorienter, apprendre d’autres choses. Chacun a le droit de vouloir changer de métier ou de vocation, parce qu’il n’est pas évident de se déterminer définitivement à dix-huit ans.

                                Article neuvième : le ministère de l’Économie ne dictera plus ses besoins au ministère de l’Éducation. Dorénavant, le ministre de l’Économie donnera tous les moyens nécessaires à l’Éducation nationale pour réussir sa vocation.


                                • Job (---.---.132.51) 3 novembre 2006 00:04

                                  Formidable.

                                  Mais ne faudrait-il pas convaincre les autres peuples d’en faire autant ?

                                  Ou bien, on fait çà entre nous sans se soucier du reste du monde ?

                                  En tout cas c’est de la vraie utopie.


                                • Daniel RIOT Daniel RIOT 3 novembre 2006 21:18

                                  Merci pour cet enrichissement. L’essentiel, c’est Jacquard, c’est l’humanisme authentique, qui se traduit (entre autres) par l’HUMANISTIQUE qui devrait régir à la fois l’urbanisme(qui oublie si souvent l’urbanité) et l’architecture (qui priviléfie trop soubvent la « chose », la réalisation « marchande », au détriment de l’Homme")


                                • Daniel RIOT Daniel RIOT 3 novembre 2006 21:35

                                  Merci à tous ceux qui par leurs commentaires ont enrichi mon texte sur une Personne que j’adore et que j’ai eu l’honneur et le bonheur de rencontrer plusieurs fois . Je crois avoir lu (presque) tous ses livres. Je n’adhère pas à tous ses engagements. mais notre société a besoin d’esprits aussi riches que le sien. Dans les commentaires ici alignés,, un me fait beaucoup de peine : celui qui le compare (en négatif) à Jean Ziegler. J’aime aussi Ziegler, riche de qualités Je le connais.Je l’ai lu. Nous avons mêm des relations d’estime et de chaleur réciproques..L’un et l’autre seraient tristes de cette comparaison stupide. Ils sont complémentaires. Les intelligences doivent s’ajouter, non se soustraire...

                                  Une confidence, si vous permettez : Albert Jacquard que j’ai la chance de connaître personellemnt depuis longtemps est l’un des Hommes qui enrichisent ceux (et celles) qu’il croise ou qui le lisent. C’était la seule motivation de cet article, heureusement repris par AGORAVOX. On ne voit pas beaucoup Jacquard sur les plateaux de télévision... Pas dans les les « promo-castings », Albert.Une question de « gueule », sans doute... Moi, j’ai fait une excellente mission non diffusée ç une « bonne » heure avec lui. C’est même l’une de mes productions dont je suis le plus fier. Heureusement, il a (encore)sa chronique sur France Culture. Les médias intelligents existent. La média-connerie n’est à confondre ni avec les média ni avec l’intelligence médiatique. Elle existe !


                                • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.166.6) 6 novembre 2006 11:07

                                  @PERIPATE

                                  Cette thématique, celle que vous évoquez, à travers les propos tenus ds le livre, n’est pas nouvelle.

                                  Elle était très à la mode il y a 20 ans et mme plus. Aujourd’hui qu’en reste-t-il ?

                                  La question en vogue ds les milieux des socio-pédagogues était :« Quelle école pour quelle société ? ».

                                  Trente après, avons-nous la réponse ?

                                  Et souvenez-vous de Illitch ds « Une société sans école » ?

                                  Et que sont devenues les utopies tiers-mondistes appliquées a l’ultra-libéralisme et à la vision d’une société plus juste ds laquelle les forces de productions étaient re-intégrées à la ré-appropriation par les classes laborieuses de ces moyens, concourrant au bien-être ?

                                  Il n’en reste plus grand chose, sinon un alter-mondialisme agité.

                                  Le monde à changé, d’autres utopies peuvent venir smiley)


                                • Daniel RIOT Daniel RIOT 6 novembre 2006 11:36

                                  Bien sûr que je me souviens d’IIicht...Est-ce une raison pour se décourager. Dans les jardins de l’utopie bien des plantes poussent lentement. Et il faut beaucoup semer pour peu récolter.


                                • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.160.37) 6 novembre 2006 16:29

                                  @Monsieur Riot.

                                  Je n’ai pas pensé au découragement, d’ailleurs votre article, m’a donné envie de relire Jacquard que j’ai seulement parcouru plus jeune.

                                  D’accord les défis restent entiers, je crains seulement que l’époque n’en veuille plus...

                                  Disons aux autres, comme vous le dites que cela vaut la peine...les utopies mme si elles ne sont pas des prophéties exhaustives , elles sont l’espoir souvent.


                                • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.160.37) 6 novembre 2006 16:37

                                  ...en fait vous n’avez pas tort, mon scepticisme est nourri de l’acualité et du climat lourd depuis un certain 11 septembre, je ne suis pas le seul...faisons un effort. Merci !


                                • Job (---.---.132.51) 3 novembre 2006 00:06

                                  Albert Jacquard, un homme rare.

                                  Il nous voit meilleur que nous sommes pris tous ensemble.

                                  J’espère qu’il y aura toujours des humains parmi nous.

                                  Des esprits qui ont gardé leur regard d’enfant enveloppé dans la lucidité de l’homme fait.


                                  • edivincison (---.---.245.25) 3 novembre 2006 20:31

                                    « Il (A. Jacquard) a mauvaise conscience de devoir prendre l’avion aussi souvent. Il sait bien que, même austère comme il sait l’être, il participe aux spirales du faux progrès qu’il condamne ».

                                    Difficile de savoir, cher M. Riot, si dans votre phrase ci-dessus vous condamnez l’aviation en bloc ou si, en parlant de faux progrès, vous incriminez notamment ce que j’appelle l’aviation concentrationnaire, et subsidiairement le mode de propulsion actuel des bétaillères volantes qui y participent.

                                    Par edivincison : inventeur du PA (Personal Aircraft) qui permettra à terme le transfert de la circulation routière dans l’espace aérien. Notez que d’ici là, le PA disposera d’un groupe propulseur à pile à combustible emprunté à une voiture de production de masse.

                                    Pour vous inciter à quelque prudence au cas où : l’avenir de l’humanité est dans l’air, croyez moi, et j’ai un argumentaire colossal pour soutenir ce pronostic !

                                    Le PC a permis la circulation planétaire instantanée des informations, grâce à laquelle nous communiquons ici-même. Le PA nous permettra de nous serrer la main dans l’heure qui suit !

                                    P.S. La rupture, c’était le PC, la vraie rupture sera le PA !


                                    • Daniel RIOT Daniel RIOT 3 novembre 2006 21:13

                                      Je ne condamne rien ni personne. Moi aussi je prends l’avion. J’essaie en revanche de me passer de voiture, parce que j’ai fait le choix de vivre dans un centre ville.Mais c’est là de l’anecdote ! Jacquard a un grand mérite : mettre en avant la responsabilité individuelle. Rien à voir avec tant de militants du plus grand parti de France : celui des « y’a qu’à ». Merci pour votre remarque.


                                    • edivincison (---.---.245.25) 4 novembre 2006 00:49

                                      Je ne commente pas mon propre commentaire, ni la réponse de M. Riot (dont je me sens poliment remercié), mais les deux votes négatifs que mon commentaire a d’ores et déjà recueillis :

                                      Emaneraient-ils du milieu des chasseurs français abattant chaque année des tonnes d’oiseaux migrateurs que cela ne m’étonnerait pas !


                                    • edivincison (---.---.245.25) 4 novembre 2006 01:12

                                      Réponse à M. Riot :

                                      C’est vrai que vous ne condamnez pas les faux progrès incriminés, mais insinuez seulement que par faux progrès qu’il condamne, A. Jacquard entend le fait de prendre souvent l’avion.

                                      Et si d’aventure il lisait mon commentaire ? Il prendra peut-être l’avion pour venir me serrer la main...


                                    • neonira (---.---.192.231) 3 novembre 2006 20:51

                                      Albert est un personnage unique, pertubant en ce qui me concerne. La première fois que j’en ai entendu parler, c’était à propos de l’AMI. Il manifestait, vertement contre et j’avoue ne pas avoir compris pourquoi au départ. Puis ses explications limpides, directes et humaines m’ont amené à réviser ma position.

                                      Assurément un grand penseur, et je vais m’empresser de lire ce « devoir d’utopie ». J’en ai besoin car je me sent sombrer ...


                                      • Daniel RIOT Daniel RIOT 4 novembre 2006 15:28

                                        Pourquoi dites-vous « je vais être censuré après ce message » ? Je ne connais pas personnellement les créateurs de ce site dont j’admire le succès. Je ne connais pas celles et ceux qui veillent à sa bonne tenue. Mais assidu lecteur et rédacteur, je ne décèle pas une « ligne politique » particulière, une orientation idéologique marquée. Quand un de mes textes a été refusé, je n’ai pas crié à la censure. J’ai constaté un devoir d’exigence. il est clair que je cesserais de fréquenter et d’alimenter ce site citoyen si d’autres constats étaient faits. je n’ai pas fait de commentaire sur la nouvelle formule adopéé, parce que je ne sais pas si elle est bonne : c’est à l’usage qu’on pourra l’apprécier. Mais je comprends le souci des responsables de ce site. Trop de commentaires, en effet, n’ont rien à voir avec le sujet, sont marqués par un esprit de dénigrement systématique, relèvent plus de proposde bistrot que de vraies réflexions ou s’inscrivent dans un militantisme aveugle... Grandeurs et servitudes d’Internet. J’en fait l’expérience tous les jours sur mes propres sites...DW, je comprends vos craintes. mais ne confondons pas appréhensions et réalité. Le succès d’Agoravox vient de la qualité des auteurs et des commentateurs. Le souci d’améliorer cette qualite est bien compréhensible. Citez-moi un exemple précis de la « trahison » dont vous parlez. Ce n’est pas la première fois qu’Agoravox est l’objet de critiques : j’ai reçu bien des e-mails. Mais, sincèrement, je reste très fier d’y collaborer et très heureux de lire bien des articles...Même ceux avec lesquels je suis en désaccord, bien évidemment. Restez vigilant, DW, mais ne tombez pas dans les procès d’intentions. Merci pour votre attention.


                                      • Daniel RIOT Daniel RIOT 4 novembre 2006 16:40

                                        C’est votre opinion. Je n’ai pas la même. C’est ainsi. Le consensus est un dissnesus surmonté...ou des désaccords constatés.


                                      • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.232.213) 4 novembre 2006 22:50

                                        Demian, l’utopie c’est de croire qu’Internet change le monde alors qu’il ne fait que le reproduire.

                                        Internet ne possède en rien la subversion du changement, il rend simplement plus présent les acteurs du ’système’ en ce qu’ils sont déjà.

                                        A moins que....


                                      • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.232.213) 5 novembre 2006 00:51

                                        Demian...je crois qu’il y deux attitudes à conjuguer ds la vie : la gravité et la légerté....


                                      • Antoine Diederick « the Contrarian ». (---.---.232.213) 5 novembre 2006 00:57

                                        Demian, ce n’est pas que je pense en surface, c’est que je veut être dans l’apaisement , un peu comme ds un ’carpe diem’ non indolore et superficiel smiley

                                        Il y a bien des choses dont il faut ’s’en foutre’ et laisser à d’autres la conviction pour mieux connaître la sienne propre smiley

                                        Ok Demian bonne nuit...un truc tout de mme ...allez plus au but quand il le faut, cela ne peut pas faire de mal !!!

                                        Bonne nuit Demian.

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