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Le candidat José Bové court-circuite royalement le courant alternatif

Quoi qu’en dise l’intéressé, la candidature présidentielle de José Bové représente une nouvelle force d’appoint pour Ségolène Royal. Ce n’est sans doute pas ce qu’auraient voulu nombre de militants qui espéraient trouver enfin un candidat indépendant de la « gauche unie » ou « gauche plurielle » chapeautée par le Parti socialiste. Les intéressés se retrouvent peut-être, en ce moment, dans un avion pour lequel ils n’avaient pas forcément acheté un billet. Le nouveau candidat « antilibéral » a bien affiché sa position favorable à Ségolène Royal, malgré les critiques qu’il lui a adressées et les nuances de façade qu’il a par la suite émises à propos du second tour. Au premier tour, Bové pourra déjà faire campagne contre Nicolas Sarkozy ou empêcher François Bayrou de capter des voix à la recherche d’un « candidat nouveau ». Certes, ce sera fâcheux pour Marie-George Buffet ou Dominique Voynet. Mais pour le reste, quel programme propose José Bové ? Saura-t-on enfin ce que signifie la formule magique « un(e) autre » ?

La campagne des présidentielles, passablement discréditée avant même d’avoir officiellement commencé, a reçu la semaine dernière un nouvel apport avec la confirmation attendue de la candidature de José Bové qui dit représenter la « vraie gauche » et la « différence » en face de Ségolène Royal, laquelle incarne d’après lui « une gauche qui a renoncé ». C’était, vraiment, le moins qu’un « alternatif » pouvait dire. Mais le nouveau candidat, qui proclame haut et fort n’être, ni le candidat d’un parti, ni un professionnel de la politique, s’est empressé d’ajouter quelques bémols. Pour Bové, Nicolas Sakozy est « un homme dangereux pour notre pays », alors que la candidate socialiste serait « un peu naïve ». La différence est de taille. C’est pourquoi notre pourfendeur de l’« ultralibéralisme », qui évite soigneusement de se proclamer anticapitaliste ou anti-impérialiste, considère qu’au deuxième tour l’essentiel sera d’« empêcher la droite de gagner ». C’est précisément à ce sujet que les dépêches ont connu quelques flottements jeudi et vendredi derniers.

Les déclarations de José Bové annonçant sa candidature ont donné lieu à des controverses médiatiques dont la portée peut échapper au lecteur qui cherche, tout simplement, à comprendre. Comme Marie-Geoge Buffet et presque dans les mêmes termes, l’alter-candidat dit avoir « décidé d’accepter que mon nom incarne, sur le bulletin de vote, la volonté commune de battre la droite et l’extrême droite et de redonner l’espoir d’une alternative à gauche ». Pour le commun des mortels, cela signifie notamment qu’il appellera à voter pour Ségolène Royal au second tour si cette candidate s’y trouve opposée à Nicolas Sarkozy. Pourtant, lorsque la nouvelle a circulé dans le monde entier avec des titres faisant était de cette intention, Bové s’est insurgé avec l’explication : « Il est clair qu’on empêchera la droite de gagner. Mais aujourd’hui, on est dans cette bataille du premier tour... Toute phrase ou toute imagination sur ce qui pourrait se passer après n’est absolument pas d’actualité ». Quelle différence, dès lors qu’il s’agit d’empêcher Nicolas Sarkozy de l’emporter dans un éventuel second tour en face de Ségolène Royal ?

Quant au programme du candidat Bové, il faudra en évaluer plus en détail la partie écologique dans un article ultérieur. Mais, en ce qui concerne son contenu économique, social et macro-politique, force est de se baser sur sa déclaration du 1er février où il dit notamment :

« J’appelle aujourd’hui les élus communistes, écologistes, alternatifs, socialistes anti-libéraux à nous permettre, grâce à leurs parrainages, de participer à la campagne officielle.

Nous voulons être les porte-voix des sans-voix, de ces millions de citoyennes et de citoyens qui souffrent de la précarisation sociale et des discriminations. Nous voulons leur dire que l’abstention ou le vote Le Pen conduisent tout droit à l’élection de Nicolas Sarkozy.

(...)

Madame Royal incarne une gauche qui a renoncé. Face au social-libéralisme qui a conduit toute la gauche au désastre électoral en 2002, face au projet d’un parti socialiste autiste, qui manifeste un refus de rompre avec la logique économique libérale, nous voulons opposer une gauche de transformation sociale et, démocratique, une gauche antiraciste, féministe et écologique. Une vraie gauche.

Premièrement, nous voulons l’élaboration d’un plan d’urgence sociale...(...) C’est l’exigence de nouvelles relations dans le travail et de nouveaux droits sociaux que nous voulons porter. C’est la nécessité de lutter contre la spéculation financière et de contrer la puissance de l’actionnariat.

Deuxièmement, nous voulons instaurer un nouveau modèle de développement. C’est à la redéfinition du type de croissance, de production, d’échange et de consommation qu’il faut s’atteler. Il faut s’attaquer à la toute puissance des firmes transnationales et des marchés financiers, car leur soif de profit et leur mépris de l’humanité mettent la planète en péril. La question du nucléaire comme celle des OGM doivent être soumises à un débat citoyen qu’il faut conduire et trancher démocratiquement, en toute transparence.

Troisièmement, nous voulons que les millions de personnes qui vivent dans les cités de banlieues, dans les quartiers populaires - quelles que soient leurs origines et leurs croyances - ne soient plus considérés comme des sous-citoyens... (...)

Quatrièmement, nous réaffirmons que tout être humain, parce que c’est un être humain, doit être reconnu dans son humanité. Nous refusons qu’on continue de priver un être humain de sa dignité en le privant de papiers.

Cinquièmement, la transformation démocratique et sociale exige d’en finir avec le régime de la Ve République... (...)

Sixièmement, dès 2007, dans la cohérence avec le "non" du 29 mai 2005, nous entendons que la France propose la refondation de la construction européenne sur des bases démocratiques et sociales... (...)

Septièmement, nous nous engageons à pratiquer l’équité pour les départements et territoires d’outre-mer et leur laisser le choix de l’autodétermination.

Huitièmement, nous voulons, avec tous les peuples qui souffrent, combattre et faire reculer les politiques de libéralisation qui favorisent la guerre économique, l’exacerbation des concurrences, les privatisations et les déréglementations... (...)

Enfin... (...) L’objectif de l’égalité entre les femmes et les hommes doit être poursuivi dans toutes nos décisions... (...) »

(fin de l’extrait)

Curieusement, José Bové évite d’évoquer explicitement dans le huitième point la question du marché mondial de la main-d’œuvre, du dumping social et des délocalisations. A-t-il une quelconque solution à proposer ? Et si le premier des neufs points s’en prend à la spéculation financière, il ne nous dit rien sur l’exportation de capitaux. Comment tous ces problèmes pourraient-ils ne pas se poser, alors que dans le sixième point Bové défend la « construction européenne », même s’il en préconise une « refondation » ? L’absence de clarté dans tous ces aspects de son programme incite, pour le moins, à émettre quelques réserves lorsque l’intéressé cherche à se présenter comme le plus fiable défenseur de la grande majorité de la population.

Le deuxième point promet de « s’attaquer à la toute puissance des firmes transnationales et des marchés financiers », mais il n’y est finalement question que du nucléaire et des OGM. Dans l’ensemble, c’est un peu mince. Comme les attaques contre le « libéralisme économique » sans s’exprimer sur le capitalisme et l’impérialisme, qui n’apportent aucune réponse aux questions soulevées par mes articles des 28 novembre et 28 décembre. Que vient faire la notion de « libéralisme » à l’époque de la concentration à l’échelle mondiale du capital financier et industriel, et d’hégémonie planétaire des grands lobbies financiers ?

Certes, dans le huitième point José Bové s’en prend à des entités comme la Banque mondiale, le Fonds Mmonétaire international et l’Organisation mondiale du commerce. Cette mention était la moindre des choses, vu son positionnement public depuis des années et celui des militants dont il recherche le soutien. Mais quelle peut être la crédibilité de cette mise en cause, si en même temps il est prêt à soutenir au second tour la candidate d’un parti qui depuis 1981, voire même bien avant, a participé activement à la mise en place de ces organisations et de leur politique, signé ou cautionné les accords qui fondent leur fonctionnement, défendu la mondialisation sous leur égide ?

Quant au cinquième point, sur la réforme institutionnelle, son manque de contenu concret a de quoi choquer. Quelle réforme des institutions et de l’appareil d’Etat préconise José Bové ? L’allusion à une « sixième république » a été le faux-fuyant classique pour certains qui, par exemple, ne souhaitaient rien changer en matière de Justice après une affaire comme celle d’Outreau. Faute d’autres précisions de la part d’un Bové qui est prêt à soutenir Ségolène Royal au second tour, il faudra en conclure que, par défaut, c’est le programme du Parti socialiste qui se substitue au sien.

Globalement, on pourrait adresser au programme de José Bové un commentaire analogue à celui formulé dans mon article du 11 janvier sur celui de Marie-George Buffet : « Qui pouvait penser, dans la France des années 1970, qu’en 2007 la "gauche de la gauche" proposerait d’éradiquer le chômage, de relever en urgence les salaires et les minima sociaux, de garantir un toit pour tous, de garantir le droit à la santé pour tous... ? Pour la grande majorité des Français de l’époque, le pays était censé avoir résolu ces problèmes bien avant la fin du XXe siècle... » On a bien régressé. Et comment le nouveau candidat antilibéral propose-t-il de redresser cette évolution ? Rien de très précis, souvent une totale absence de réponse. Nous restons sans savoir ce que signifient vraiment les solgans « un autre monde », « une autre Europe »... Comme pour la candidate du Parti communiste, on pourrait penser à une entreprise charitable pour alléger les souffrances prévisibles, plus qu’à un programme politique destiné à nous les épargner.

Au fond, la petite phrase de José Bové proclamant « l’insurrection électorale contre le libéralisme économique » peut faire penser à l’appel de l’Abbé Pierre de 1954 et à son discours sur « l’insurrection de la bonté ». Mais, outre le fait que l’abbé n’avait aucun Roquefort à défendre, il ne semble pas que ceux qui se disent « antilibéraux » aient tiré les leçons du terrible bilan que l’Abbé Pierre avait dressé avec courage et lucidité cinquante ans après son appel : « J’étais surtout loin d’imaginer que cinquante ans plus tard des familles en France, avec de jeunes enfants, dormiraient toujours dans la rue ». Un constat bien plus politique que toutes les déclarations pré-électorales de José Bové, de Marie-George Buffet, de Dominique Voynet et d’autres « gauches de la gauche ».

Dans ces conditions, on peut comprendre que des courants qualifiés d’alternatifs se soient sentis court-circuités par les modalités de l’annonce de la candidature présidentielle de José Bové, et que la campagne à venir n’accapare pas forcément les discussions des militants.




par De ço qui calt ? (son site) lundi 5 février 2007 - 176 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par (---.---.---.238) 5 février 2007 16:24

    Parler des « conséquences du NON » est un peu facile, si on pense que la casse sociale vient en réalité des partisans du OUI.

  • Par Korandou (---.---.---.169) 5 février 2007 18:35

    Peut etre que la pression il faut la mettre sur les pays qui ont dit OUI a cette proposition de constitution europeenne...

    Privatiser l’eau est un veritable scandale, comme la privatisation des energies. Celle des services postaux egalement.

    il ne faut pas forcement se ranger derriere la voix des plus nombreux ou plus forts (cf gouvernement actuel des Etats-Unis d’Amerique). (Nota : Sarkozy aurait bien envoye des troupes francaises en Irak s’il avait ete president)

  • Par parkway (---.---.---.161) 5 février 2007 16:54

    M. REBOUL,

    si « Il n’ y a pas (eu), suite à la pseudo-victoire de leur non dit de gauche, d’alternative révolutionnaire au social-libéralisme », c’est parce que le gouvernement en place ainsi que le P.S. se sont dépêchés d’oublier ce non qui les emmerdait.

    faire la sourde oreille pour l’UMPS, c’est leur profonde qualité, ils sont très forts là... en plus, ils (l’umps) continuent d’appliquer les directives du TCE que la majorité des français ont sanctionnées.

    Si on avait vôté oui, vous croyez vraiment que les choses se seraient améliorées ?

    Leur façon de procèder sont très louches et irrespectueuses des citoyens.

    Mais ne vous inquietez donc pas outre mesure, sarko et sego ainsi que bayrou vont le faire revoter, vous serez satisfait...

    Vive la démocratie !

  • Par Korandou (---.---.---.169) 5 février 2007 19:45

    Architecturalement parlant les maisons bretonnes ne sont pas des longeres, mais plutot en forme de U pour les grosses fermes, ou alors de jolis blocs granitiques sur un etage pour les autres.

    Puis comparer Jose Bove a Coluche, c’est plutot n’importe quoi. Jose Bove viens de la societe civile, c’est eventuellement le seul point commun entre les deux personnes... Coluche c’etait pour montrer le « ridicule » du niveau politique (il n’avait pas tord). Jose Bove a un programme on ne peut plus structure, certe avec des manques (comme au sujet des prisons), mais on ne peut pas etre parfait...

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