La bataille de l’UMP fait rage. Copé versus Fillon. Habituée aux rivalités de personnes, la droite retrouve sa tradition querelleuse. Pourtant, il ne s’agit pas d’un clivage idéologique. Il s’agit surtout de configurer le paysage politique français pour les cinq voire les dix prochaines années. Première partie.
Le dimanche 18 novembre 2012 aura lieu l’un des événements cruciaux du quinquennat de François Hollande, à savoir l’élection, par ses adhérents, du nouveau président de l’UMP. Fait "historique" dont il s’agit de bien mesurer l’ampleur puisque des changements de leadership à droite ne sont finalement pas si fréquents que cela dans la vie de la Ve République et pèsent pendant longtemps sur l’avenir politique. Le dernier changement remonte à huit ans quand Nicolas Sarkozy a succédé à Alain Juppé à la présidence de l’UMP.
Chirac aux commandes pendant 30 ans !
En effet, le leadership de Jacques Chirac sur le grand parti gouvernemental positionné à droite et au centre droit, que ce soit l’UDR, le RPR ou l’UMP, fut quasiment incontesté de décembre 1974 à mai 2005 (soit plus de trente ans !). Bien sûr, il y a eu quand même des contestations, des guerres intestines, des grosses rivalités parfois fatales contre Valéry Giscard d’Estaing (il en eut fini en mai 1981) et contre Édouard Balladur (1993-1995), aussi quelques petites querelles contre Philippe Séguin, Charles Pasqua et plus récemment, Nicolas Sarkozy (de 1998 à 2005), mais globalement, il a réussi à surnager d’un siècle à l’autre sans perdre ni sa légitimité politique ni sa stature et en dominant parfois avec arrogance majorité ou opposition selon les cas.
Plus dur fut de lui trouver un successeur et les rivalités minaient déjà le RPR, entre Alain Juppé et Philippe Séguin (cause de la défaite du 1er juin 1997), puis entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin (de mai 2002 à mai 2012). Finalement, c’est sans l’onction ni l’autorisation du leader ni de son dauphin présumé que Nicolas Sarkozy s’est emparé de l’UMP le 28 novembre 2004. Sa conquête n’avait rien d’imprévisible et dès mai 2002 voire dès 1999 (l’élection de Michèle Alliot-Marie à la présidence du RPR), cette succession était imaginable.
L’héritage de Sarkozy
Bien qu’élu Président de la République, Nicolas Sarkozy resta tacitement président de l’UMP (ce qui a choqué dans l'esprit de nos institutions) au contraire de Jacques Chirac qui laissa à son Premier Ministre Alain Juppé le soin de présider le RPR en 1995. Plus précisément, la fonction de président de l’UMP fut mise entre parenthèses pour le temps du quinquennat. Le "patron" opérationnel en devenait le secrétaire général, poste laissé d’abord à Patrick Devedjian le 22 mai 2007, puis, à Xavier Bertrand le 8 décembre 2008, puis, enfin, à Jean-François Copé le 17 novembre 2010.
Ce dernier avait bien compris que la légitimité au sein de l’UMP passait par ce poste stratégique : au contact avec tous les militants, les fédérations départementales, les investitures aux élections locales, après avoir présidé le groupe UMP à l’Assemblée Nationale et avoir tissé pendant trois ans et demi des fidélités amicales chez les parlementaires. Pendant quelques années, la rivalité a porté sur ces seconds couteaux, entre Xavier Bertrand et Jean-François Copé. Xavier Bertrand a finalement renoncé le 16 septembre 2012 à la bataille de l’UMP, se justifiant par la volonté d’être candidat à la candidature présidentielle en 2016.
Héritier récalcitrant, c’est un peu le rôle qu’avait adopté Jean-François Copé pendant ce dernier quinquennat vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, le même que ce dernier vis-à-vis de Jacques Chirac pendant le quinquennat précédent. Indépendance, ambition, mais malgré tout, loyauté apparente. Équilibre fragile. Après tout, Jacques Chirac avait agi pareillement vis-à-vis de Valéry Giscard d’Estaing entre 1976 et 1981.
L’échec de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle du 6 mai 2012 remettait logiquement à plat toute l’organisation interne de l’UMP. Cela fait huit ans que l’UMP avait le même leader, une UMP initialement fondée pour accompagner Alain Juppé jusqu’à l’Élysée…
Différences entre 2002 au PS et 2012 à l’UMP
Les nombreuses ambitions qui pouvaient s’exprimer bien avant 2012 au sein de l’UMP auraient pu aboutir à une sorte de statu quo, comme au PS en 2002 après l’échec brutal de Lionel Jospin. À ceci près qu’il n’y avait pas de François Hollande de service. Au PS, la règle était à celui qui n’exprimerait pas le premier son ambition présidentielle, considérant que le premier serait "mort", ce qui est une erreur dans la conquête du pouvoir puisque en général, c’est le premier et celui qui crie le plus fort qui obtient gain de cause (Nicolas Sarkozy a martelé sa candidature de 2007 dès 2002 et Jean-François Copé l’a imité très rapidement, dès 2007, pour parler de 2017, pour que cela devienne une "évidence" et que ce soit "naturel"). Au PS, tous les éléphants classiques (et Dominique Strauss-Kahn avait un boulevard à l’époque) se sont fait prendre de vitesse par une candidate imprévue (et imprévisible), Ségolène Royal.
Autre différence entre l’UMP et le PS, c’est qu’au PS, depuis sa création le 11 juillet 1969, il y a des "courants" qui sont à la fois des ailes idéologiques mais aussi des écuries présidentielles. À ceux-ci, il faudrait d’ailleurs ajouter les candidatures à la primaire de 2011. À l’UMP, les choses sont un peu différentes. Initialement, lorsque ce mouvement rassemblant le RPR et une partie de l’UDF fut créé en 2002, il était aussi question de faire des "courants" mais la tradition monolithique des gaullistes l’a emporté d’autant plus facilement que celui qui était initialement contre le principe de l’UMP l’a conquise deux ans plus tard.
Maintenant, en 2012, la situation change : Jean-François Copé, au contraire, a mis en place des "mouvements" ("courants" en langage UMP) pour bénéficier du soutien actif de Jean-Pierre Raffarin. Inversement, François Fillon est peu partisan de ces "mouvements" car pour lui, ce ne sont pas des vecteurs de diversité mais des futures causes de division, et l’exemple du PS est là pour le prouver. Mais Jean-François Copé a réussi pour l’instant à déconnecter les "mouvements" des écuries présidentielles puisque la motion, par exemple, soutenu par Jean-Pierre Raffarin est soutenue à la fois par des copéistes et des fillonistes.
Le couperet des 8 000 parrainages
Le 18 septembre 2012, la première étape a été franchie : il s’agissait de recueillir 7 924 parrainages d’adhérents à jour de cotisation au 30 juin 2012 pour pouvoir se présenter à l’élection prévue deux mois plus tard. Ce sont les "petits" candidats qui auraient subi les conséquences de cette très forte contrainte : Nathalie Koscisko-Morizet, Bruno Le Maire, Henri Guaino, Christian Estrosi, Dominique Dord et Xavier Bertrand ont dû renoncer faute de parrainages suffisants ou faute de soutien dans les sondages (la plupart de ces ex-candidats ont d’ailleurs revendiqué avoir recueilli assez de parrainages ou presque assez). En effet, rien n’est vraiment sûr dans leurs affirmations et peut-être leur faible audience leur permettait de quitter cette compétition sur la pointe des pieds avec le moins de déshonneur possible.
Donc, comme prévu, il n’y aura que deux candidats pour la présidence de l’UMP : l’ancien Premier Ministre François Fillon et le secrétaire général sortant Jean-François Copé. Comme ce fut envisagé depuis la fin 2010, mais finalement, on aurait pu le prévoir dès la fin 2007. Les deux personnalités sont des "animaux politiques" (comme on dit), des personnes qui se sont engagées très jeunes et qui ont pris très rapidement des responsabilités.
Petite suspicion émise par Jean-Claude Gaudin lui-même, très bon connaisseur des affaires politiques et qui s’est étonné de la forte proportion de parrainages de part et d’autres. En comptabilisant tous les parrainages, y compris ceux des petites candidatures avortées, on peut facilement arriver à …près de cent dix mille parrainages pour un parti qui doit compter dans les cent quatre-vingt mille adhérents, ce qui reviendrait à dire qu’il y aurait eu dans les 60% de mobilisation pour non pas voter mais parrainer, ce qui est un acte fort d’engagement. La participation du 18 novembre 2012 sera donc un indicateur intéressant de la véracité de ces parrainages, car s’il s’avérait qu’il y ait plus de parrainages émis que de votes exprimés, cela poserait un gros problème sur la sincérité de cette compétition (tout comme l’élection de Martine Aubry comme première secrétaire du PS le 25 novembre 2008).
Préfiguration du paysage de 2017

| Don défiscalisé 10€ ou plus |
|
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.
|
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
petit rappel pour la route : On avait certainement bien lu le projet du B’nai (...)
25/10 14:19 - non667copé comme son coreligionnaire D.S.K. qui à un journal juif déclarait que tout les matins il (...)
25/10 14:16 - non667@l’auteur Vous tenez à tout prix occuper du terrain sur AV et pour ça vous vous (...)
25/10 11:52 - filo...on entend qu’eux en s’moment , c’est vrai qu’ils sont comique chico et (...)
25/10 08:46 - chmollAvant 2017 l’UMPS aura explosé en plein vol et gare aux dégâts collatéraux. Ah çà ira, (...)
25/10 08:42 - apopiUne belle bande de fachos déguisés en démocrates, ça puire. Comment défendre (...)
25/10 02:42 - superyeti
L’Agora reçoit Alain Minc !
Journée mondiale de la liberté de la presse : quel bilan en Europe ?
L’étoile du nord : un théâtre dédié aux auteurs contemporains
Le contrôle des médias, une question d’actualité brûlante
Odyssées : un projet et une distribution internationales Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
Mentions légales Charte de modération