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Accueil du site > Actualités > Politique > Le congrès 2012 de l’UMP : la désarkozysation (2/3)

Le congrès 2012 de l’UMP : la désarkozysation (2/3)

La bataille de l’UMP fait rage. Copé versus Fillon. Habituée aux rivalités de personnes, la droite retrouve sa tradition querelleuse. Pourtant, il ne s’agit pas d’un clivage idéologique. Il s’agit surtout de configurer le paysage politique français pour les cinq voire les dix prochaines années. Deuxième partie.

Après avoir évoqué l’importance du congrès de l’UMP qui se tiendra le 18 novembre 2012, je passe en revue les deux candidats, Jean-François Copé et François Fillon.


François Fillon (58 ans)

Contrairement à sa réputation, François Fillon est loin d’être un "mou". Déjà, il a réussi à tenir cinq ans à Matignon (record de longévité derrière Georges Pompidou), ce qui nécessite de la solidité à rude épreuve, surtout sous Nicolas Sarkozy (alors qu’on évoquait déjà sa démission dès l’automne 2007, remplacement également évoquée aujourd’hui pour Jean-Marc Ayrault).

Ensuite, il n’est pas le "peureux" qu’on décrivait, soi-disant incapable de prendre des risques. Au contraire, dès le 30 juin 2012, il fut le premier à se déclarer officiellement candidat à la présidence de l’UMP, ce qui a démarré les "hostilités" (il l’avait déjà annoncé informellement le 23 mai 2012). Le risque, il l’avait pris aussi bien plus tôt avec la tentative des rénovateurs en suivant en avril 1989 son mentor Philippe Séguin.

Enfin, il n’est pas le "grand baron" (note sémantique : le "baron" est chez les gaullistes ce que l’éléphant est chez les socialistes) éloigné des militants, produit des médias et des sondages et distant du "peuple". Pour preuve ses quarante-cinq mille parrainages revendiqués qui ont donné un coup de massue à l’équipe de Jean-François Copé qui n’en revendiquait que trente mille (près de quarante mille depuis "Questions d’info" sur LCP le 19 septembre 2012). Donc, Jean-François Copé n’a même pas l’avantage numérique de l’appareil qu’il contrôle pourtant depuis deux ans.

Député à 27 ans, ministre à 39 ans. De nombreuses fois ministre depuis 1993 (pendant plus de douze ans : à l’Enseignement supérieur et à la Recherche du 30 mars 1993 au 11 mai 1995, à la Poste du 19 mai 1995 au 2 juin 1997, aux Affaires sociales et au Travail du 7 mai 2002 au 30 mars 2004, ) l’Éducation nationale, Enseignement supérieur et Recherche du 31 mars 2004 au 31 mai 2005, à enfin Matignon du 17 mai 2007 au 10 mai 2012), il fut en particulier chargé de la réforme des retraites en 2003, ce qui lui fera dire un peu énervé de son éviction du gouvernement en 2005, par un « accès de colère et de vanité », en parlant de la Présidence de Jacques Chirac : « On ne se souviendra de rien, sauf de mes réformes. » ("Le Monde" du 4 juin 2005) avant de remarquer : « Il y a ceux qui se font mousser devant les caméras tous les soirs, et puis il y a ceux qui font des réformes dont on parlera encore dans vingt ans. » ("Les Échos" du 18 mai 2007).

François Fillon n’a plus de preuves à fournir concernant les affaires de l’État : stature, responsabilité, discernement. En revanche, son caractère réservé, sa personnalité d’apparence effacée (mais caractère bien trempé malgré tout) sont pour lui des handicaps s’il s’agit de chercher les suffrages du peuple. C’est un point faible comme pour Lionel Jospin (et Dominique Strauss-Kahn). Sa réserve n’exclut pas quelques excentricités puisque s’il n’a pas passé ses vacances au bord d’un yacht ni roulé en Porsche, il a tout de même était surpris en accident de scooter (des mers ?) le 30 juillet 2012 dans la villa illégale du patron de Ferrari, Luca di Montezemolo, à Capri et il n’hésite pas à piloter régulièrement des voitures courses (sa passion).

Aujourd’hui, il peut se présenter comme l’homme raisonnable, clairvoyant (ne disait-il pas même avant la crise de 2008 que l’État était en faillite ?), perspicace et surtout, celui qui disait la vérité aux Français (titre d’un de ses bouquins : "La France peut supporter la vérité", 2006) face à un pouvoir socialiste incapable de prendre les bonnes décisions et plombé par les promesses irréalistes. Il est le côté acceptable du sarkozysme politique et pour certains élus de l’UMP, le garant du retour à la "normalité".

Désormais député de Paris, initialement pour reprendre la mairie de Paris délaissée en mars 2014 par Bertrand Delanoë (et Anne Hidalgo ne semble pas avoir les reins assez solides pour assurer la succession), François Fillon n’a jamais caché qu’il pourrait être le bon candidat pour l’élection présidentielle 2017. Il aura cependant déjà 63 ans, à peu près l’âge de Jacques Chirac ou de François Mitterrand à leur première élection.


Jean-François Copé (48 ans)

Si sa candidature ne fait aucun doute, elle ne fut officialisée que le 26 août 2012 à Châteaurenard « pour rassembler tous les talents de [sa] famille politique, dans sa diversité ; pour construire une opposition tonique contre la gauche ; et pour conduire l’UMP à la victoire en 2014, à l’occasion des prochaines élections municipales. (…) Préparer cette reconquête des territoires perdus est la mission numéro un du prochain président de l’UMP. ».

Le ténor UMP plus éloigné du sarkozysme en 2007 (oublié, même, dans la composition du gouvernement) est aujourd’hui celui qui se revendique le plus de Nicolas Sarkozy, n’hésitant pas à marteler le thème de la droite décomplexée (titre de son récent bouquin : "Manifeste pour une droite décomplexée", 2012) et de l’impératif sécuritaire. Jouant sur les mêmes peurs que Nicolas Sarkozy, il a récemment réussi à occuper le terrain médiatique pourtant fort encombré avec son "racisme anti-blanc" et son "pain au chocolat" d’autant moins pertinent que le Ramadan a eu lieu cette année pendant les grandes vacances scolaires. Jean-François Copé se verrait bien comme le premier enfant d’un couple composé de deux hommes, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. L’intelligence de Juppé et l’audace de Sarkozy.

Car c’est cela qui choque d’un premier abord dans les débats télévisés : Jean-François Copé ne manie pas la langue de bois, il manie la mauvaise foi, tellement bluffante que son interlocuteur peut rester silencieux de stupéfaction. Très intelligent, il sait se faire candide et pose les questions aux journalistes à la mode très sarkozyenne. C’est d’une efficacité redoutable. Esprit brillant, il sait aussi tisser tout un réseau d’amitiés sur du long terme (il n’avait que la présidence du groupe à l’Assemblée Nationale, il en a profité pour prendre en charge tous les nouveaux députés UMP en 2007).

Député à 31 ans, ministre à 38 ans. Contrairement à François Hollande, Jean-François Copé a déjà eu une expérience ministérielle convaincante (le poste crucial du Budget du 7 mai 2002 au 15 mai 2007, sauf quand il fut délégué à l’Intérieur du 31 mars 2004 au 29 novembre 2004, et pendant ces cinq ans, porte-parole du gouvernement) mais il lui manque incontestablement un grand ministère régalien pour se mettre en stature présidentielle. En ce sens, il est bien en retard de stature par rapport à son concurrent François Fillon. Même face à Manuel Valls (celui de sa génération qui a le plus de chance d’hériter du PS), il est en retard d’expérience régalienne. Il a sans doute raté le "coche" de novembre 2010 en refusant obstinément le Ministère de l’Intérieur pour garder le secrétariat général de l’UMP (il affirmait aussi à l’époque qu’il préférerait garder la tête de l’UMP à être nommé à Matignon). Son refus de responsabilités ministérielles serait cependant validé s’il était élu président de l’UMP le 18 novembre 2012. Sinon, il aurait beaucoup de mal, à part sa dynamique personnelle (aussi forte que celle de Nicolas Sarkozy), à rattraper, dans l’opposition, son retard de "stature" avant 2017.

Il y a même une sorte de malaise dans la situation actuelle où l’arrogance verbale ne cohabite pas aisément avec le statut d’outsider des médias. Car contrairement à ce qu’il pourrait faire croire, il a peu de chance de réussir son pari. La popularité de François Fillon est en effet très élevée tandis que la sienne est d’autant plus faible qu’il est détesté par une certaine partie des électeurs (on peut justement lui reprocher son "culot" et son ambition clairement affichée). Là où Jean-François Copé est clivant, François Fillon est rassembleur. Si les sondages ne sont pas en capacité d’évaluer l’état réel de l’opinion parmi les seuls adhérents de l’UMP (et donc, il faut rester très prudent sur l’issue du duel, la victoire d’Eva Joly sur Nicolas Hulot le 12 juillet 2011 a montré que les sondages des sympathisants pouvaient ne pas refléter la réalité), il peut y avoir chez les adhérents de l’UMP le même phénomène que pendant la primaire du PS, à savoir choisir la personnalité la plus populaire.

Les propos provocateurs de Jean-François Copé ne sont pas très significatifs : Jean-François Copé était jusqu’à l’élection de 2012 un "second couteau" et comme "lieutenant" d’un leader, il devait faire les tâches salissantes, le sale boulot, aller au charbon tous les jours et lancer invectives et remarques désobligeantes à ses adversaires. Jacques Chirac faisait de même au début de sa carrière dans les années 1970, tout comme Alain Juppé et Nicolas Sarkozy dans les années 1980-1990. Nicolas Sarkozy n’était pas non plus très populaire dans les années 1990 et il affichait également une ambition démesurée et cela ne l’a pas empêché de susciter une future popularité et d’imposer sa future candidature. Probablement qu’en position de leader unique de l’UMP, Jean-François Copé prendrait de la hauteur et laisserait à ses proches amis le soin de dégommer ses opposants pour son compte.

Justement, ses amis sont éclatés et je pense que c’est là ce qu’il a le plus perdu de son pari de 2010. Au fil des mois, il avait réussi à installer dans l’opinion publique l’idée qu’il avait regroupé "la bande à Copé" comme il y a eu la "bande à Léo" dans les années 1980 (François Léotard, Alain Madelin, Gérard Longuet et Philippe de Villiers). Et que c’était un tour de force car tous ceux de "sa bande", précisément, étaient des personnalités très ambitieuses : François Baroin, Bruno Le Maire, Luc Chatel, Valérie Pécresse, etc.

Aujourd’hui, cette bande de quadragénaires a éclaté. Certains sont encore derrière lui (Luc Chatel) mais d’autres sont clairement derrière François Fillon (Valérie Pécresse) ou encore à leur compte, comme Bruno Le Maire etc. Jean-François Copé a visiblement eu beaucoup d’amertume au lâchage de François Baroin. Et enfin, de sa génération (mais pas de "sa bande"), il y a aussi NKM (la plus ambitieuse) ainsi que Laurent Wauquiez (très entreprenant contre l’asistanat). Comme Jean-François Copé n’a pas réussi à fédérer cette génération derrière son nom, il perd ainsi un avantage décisif, celui du changement de génération, même s’il garde l’avantage de sa relative jeunesse (il aura 53 ans en 2017 et pourrait se représenter plusieurs fois à l’élection présidentielle).


Et les autres ?

Parmi les autres dont on n’entend plus beaucoup parler, il y a bien sûr Nicolas Sarkozy, silencieux dans la vie politique française (mais pas auprès des Brésiliens) mais qui, selon certains proches, observe avec beaucoup d’attention ce qu’il se passe à l’UMP et qui sourit des déboires de son successeur à l’Élysée en laissant entendre qu’il était décidément meilleur Président que lui (un sondage affirmait que 44% des sondés pensaient que Nicolas Sarkozy ferait mieux que François Hollande en mi-septembre 2012 !). Probablement sera-t-il tenté de laisser courir la rumeur d’un possible retour sur le devant de la scène politique (les circonstances !), histoire de prendre une revanche que son unique prédécesseur qui a lui aussi échoué à une réélection, Valéry Giscard d’Estaing, n’avait jamais réussi à prendre ? Probable aussi que la roue tourne et que Nicolas Sarkozy sera d’autant plus apprécié qu’il se taira (le contraire de Valéry Giscard d’Estaing après 1981). En mai 2017, il aura 62 ans.

Il y a aussi Alain Juppé, la "malheureuse" victime des affaires de Paris, qui l’ont mis hors-jeu dès 2004 (tout comme Laurent Fabius avait été mis présidentiellement hors-jeu en 1995 à cause du sang contaminé). Le premier président et fondateur de l’UMP, non seulement n’a pas pu empêcher ce duel fratricide, mais il n’a semble-t-il plus beaucoup d’influence parmi des cadres ambitieux qui préfèrent des locomotives bien plus rapides. Il est clair qu’il ne représente pas l’avenir ni du pays ni de son parti. En mai 2017, il aura 71 ans !

Enfin, il y a les autres, ceux qui ont compris avec la primaire socialiste de 2011 et les candidatures d’Arnaud Montebourg et de Manuel Valls que prendre date, se marquer, se placer pouvait donner un petit coup d’accélérateur à leur trajectoire.


Conséquence de deux mois de rivalité personnelle

Certains pensent que la lutte acharnée pour la présidence de l’UMP laissera des séquelles profondes et qu’il y a risque de sécession. Je pense que le risque était plus grand en été 2010 lorsqu’il y a eu le fameux discours de Grenoble. À l’époque, d’ailleurs, loin de s’opposer à la parole présidentielle, Jean-Louis Borloo se préparait à occuper Matignon pour incarner le tournant social du quinquennat.

Ce dernier a donc raison de penser aujourd’hui que la querelle Copé/Fillon n’est pas idéologique et que l’UMP restera l’UMP quelle que soit l’issue de la désignation interne. Il pourrait évidemment y avoir du manque d’enthousiasme et ce sera au président élu d’avoir l’intelligence de donner une activité honorable au perdant.

Si Jean-François Copé gagne, il aura beau jeu de proposer à François Fillon la conquête de la mairie de Paris (que semble aussi envisager Jean-Louis Borloo). Mais dans le cas contraire, si François Fillon gagne, il faudra bien trouver à Jean-François Copé une responsabilité au sein de l’UMP où il s’épanouira, car sinon, il s’épanouira à l’extérieur (et il ne lâchera pas son ambition présidentielle pour autant). Je le verrais donc bien dans le rôle de construire un nouveau projet présidentiel, d’autant plus qu’il a déjà son réservoir à idées avec son think tank Génération France.

La création de l’UDI le 21 octobre 2012 pourrait aussi remettre en cause le leadership naturel de l’UMP dans l’opposition. Ce n’est pas un hasard si à la fois Alain Juppé, François Fillon et Jean-François Copé ont mis en garde contre des risques de division. On se rappelle que c’est l’argument massue utilisée depuis quarante ans (déjà à l’époque de Jacques Chaban-Delmas !) par les gaullistes pour assurer leur hégémonie. S’ils ont réagi si promptement, c’est que le danger est réel et pris au sérieux. Jean-Louis Borloo n’a pas tort de vouloir reconquérir cet électorat du centre droit laissé en jachère depuis la période Sarkozy.


Un pouvoir en proie aux doutes

François Hollande a de quoi s’inquiéter pour sa réélection. Ne même pas être capable de garder un semblant de popularité à peine quatre mois après son arrivée, c’est très fort ! Et la manière dont il s’y prend pour juguler le déficit public (en augmentant les impôts alors qu’il faudrait réduire les dépenses, pire, il augmente même les dépenses, avec 40 000 postes supplémentaires dès 2013 à l’Éducation nationale) risque fort bien de faire stagner la croissance et faire monter encore le chômage.

Le vainqueur du 18 novembre 2012 à l’UMP aura donc gagné une étape décisive dans la marche présidentielle de 2017. Quoi, déjà la future élection de 2017 ? Il n'aurait pas fallu voter pour le quinquennat. Et puis, oui, quatre ans, ce n’est pas trop pour préparer un nouveau Président de la République. Ségolène Royal n’a mis que six mois et on voit ce que cela a donné…


Débat télévisé sans précédent

Ce jeudi 25 octobre 2012 à 20h30, les deux compétiteurs François Fillon et Jean-François Copé s’affronteront dans un débat télévisé sur France 2. Si ce genre de débat interne a déjà eu lieu à gauche, c’est une première historique à droite. L’exercice de communication politique sera donc périlleux mais intéressant à observer : prendre avantage sur l’autre sans rien exclure pour l’avenir. Une mission impossible que Martine Aubry et François Hollande avaient su, malgré tout, remplir le 12 octobre 2011.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon.
Jean-François Copé.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Un sérieux rival pour l’UMP ?

 
yartiUMPA03

 


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1 réactions à cet article    


  • Mwana Mikombo 25 octobre 2012 16:21

    @l’auteur

    « Jean François copé ... le premier enfant d’un couple composé de deux hommes, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ». Qui a dit que l’homosexualité signifie l’infécondité ?

    Cela étant, votre série d’articles apporte des informations aussi pertinentes qu’intéressantes sur la scène politique française actuelle. J’attends avec impatience la dernière épisode, le congrès 2012 UMP 3/3. Je vous remercie. 

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