La bataille de l’UMP fait rage. Copé versus Fillon. Habituée aux rivalités de personnes, la droite retrouve sa tradition querelleuse. Pourtant, il ne s’agit pas d’un clivage idéologique. Il s’agit surtout de configurer le paysage politique français pour les cinq voire les dix prochaines années. Troisième et dernière partie : le débat télévisé.
Comme je l’annonçais dans mon précédent article, le débat télévisé qui a opposé François Fillon à Jean-François Copé dans l’émission "Des Paroles et des actes" animé par David Pujadas ce jeudi 25 octobre 2012 a été sans précédent car c’est la première fois qu’un débat interne à une formation de droite a été projeté sur la scène nationale.
Plus un entretien de recrutement qu’un duel politique
Les deux "belligérants", comme on serait tenté de dire, ont déçu ceux qui, justement, s’attendaient à une "guerre", et en particulier les journalistes (et plus précisément David Pujadas) qui n’ont cessé, tout au cours de cette (trop longue) émission d’essayer de titiller l’un contre l’autre. Sans succès.
En ce sens, David Pujadas s’est trompé de sujet. Il ne s’agissait pas d’opposer politiquement les deux candidats à la présidence de l’UMP mais surtout, comme l’a rappelé souvent Jean-François Copé durant cette prestation, de savoir qui, des deux, serait le plus apte à s’opposer au gouvernement socialiste, à remobiliser l’UMP et à préparer les échéances municipales de mars 2014. Chacun des deux interlocuteurs a donc cherché à éviter l’expression de trop qui pourrait ensuite coller durablement sur le débat politique (comme "gauche molle" jetée par Martine Aubry sur la face de François Hollande le 12 octobre 2011). Ils ont surtout critiqué l’autre par ellipses, allusions et analogies implicites.
L’émission était longue car il y avait d’abord une double interview traditionnelle avec François Fillon puis avec Jean-François Copé, pendant trente-six minutes chacun, puis (enfin) la "confrontation" entre les deux pendant quarante-six minutes.
Match nul ?
Comme toujours, il est très difficile de savoir qui des deux a gagné ce débat et j’aurais tendance à dire "match nul" en sachant que ce n’est pas vraiment un match.
D’un point de vue dynamisme et combativité, il n’y a pas photo ; Jean-François Copé l’a largement emporté, mais d’un point de vue réflexion et capacité à rassembler, c’est François Fillon qui s’est posé en homme d’État pour le futur. L’un a dix ans de moins que l’autre mais aussi bien moins d’expérience. À l’évidence, Jean-François Copé s’exprimait exclusivement aux militants de l’UMP, largement convaincus politiquement et seuls électeurs de la bataille de la présidence de l’UMP, et François Fillon, avec plus de recul et de prudence, parlait à l’ensemble des Français dans une position d’aller convaincre des non convaincus, chose bien moins aisée.
Dans l’ensemble, les deux protagonistes ont été plutôt bons pour répondre à des questions parfois difficiles, même si François Fillon a nettement montré qu’il se bridait un peu plus que Jean-François Copé pour ne pas décevoir certains adhérents UMP (qui sont très "décomplexés" face au pouvoir socialiste).

Alors que Jean-François Copé détournait régulièrement les questions sur ses différences avec son rival en attaquant, voire pilonnant le gouvernement socialiste (en particulier, sur l’annonce anticipée d’une décision du Conseil Constitutionnel par un Premier Ministre, fait sans précédent !), François Fillon préférait insister sur la période tragique dans laquelle la France se trouvait et sur la mauvaise direction prise par la nouvelle majorité, tout en concédant quelques mesures positives (comme la création de la banque pour l’investissement industriel ou l’action du chef de l’État au Mali).
Fuyant ou arrogant ?
Le début de l’émission fut marqué par les adjectifs qui collaient (selon un sondage) aux deux candidats, un positif et un négatif. François Fillon serait "rassembleur" mais "fuyant" tandis Jean-François Copé serait "fonceur" mais "arrogant".

François Fillon a rejeté "fuyant" en se disant surtout "réservé" avec "certains" médias mais il n’a jamais esquivé les débats, ayant lui même mis en œuvre des réformes (celles des retraites en 2003 et 2010) malgré les manifestations dans les rues. Jean-François Copé, lui, a fait dans le classique d’un entretien de recrutement en retournant la médaille du défaut en qualité ; il a admis bien volontiers qu’il pouvait être perçu comme "arrogant" par ceux qui ne le connaissaient mais ceux qui le voyaient agir trouveraient au contraire qu’il serait "pugnace".
Un pouvoir amateur
François Fillon a beaucoup développé sur l’impréparation des socialistes à gouverner et leur croyance que l’éviction de Nicolas Sarkozy aurait pu à elle seule redonner à la France la prospérité et la croissance. La démonstration est maintenant là que c’était faux et que l’antisarkozysme n’était pas un programme de gouvernement.
L’ancien Premier Ministre a également recommandé à François Hollande de se hisser à la tête de la nation et de ne pas être seulement prisonnier du programme du candidat Hollande. En particulier, qu’il s’agissait maintenant de prendre des décisions pour l’ensemble des citoyens et pas seulement pour ce mythique et exclusif "peuple de gauche". Ainsi, dans une période de doute et de manque de confiance en l’avenir, François Hollande serait bien avisé de ne pas mettre en débat aujourd’hui des sujets qui peuvent profondément diviser la société, comme le mariage des couples homosexuels ou le droit de vote des étrangers qui remettraient inutilement en cause les bases même de la cohésion sociale.
S’opposer et militer
Jean-François Copé n’a pas hésité, quant à lui, à donner la définition du prochain président de l’UMP : être le premier opposant au pouvoir actuel et être le premier militant à être sur le terrain. Ah, le terrain, voici un thème que Jean-François Copé a répété inlassablement jusqu’à la nausée. Car lui, le député-maire de Meaux, n’a pas hésité à faire l’opposition entre les parisiens, ceux de Saint-Germain-des-Prés, et lui, qui serait au contact avec la réalité, qui serait sur le terrain, qui connaîtrait le pays réel (avec même l’audace de parler d’un jour où il avait "marché sur Paris" pour faire adopter la loi interdisant la burqa !).
Tiens, justement, si François Fillon n’a pas montré toute la dextérité verbale de son rival, il n’a jamais hésité à répondre à chaque critique implicite à son encontre. J’ai relevé ainsi un certain nombre de ripostes très convaincantes de sa part.

Sur la burqa, justement, François Fillon a dénié le fait que ce fût Jean-François Copé l’initiateur de la loi en rappelant que c’était Nicolas Sarkozy qui l’avait demandé dans son allocution à Versailles devant le Parlement réuni en Congrès. Il a rappelé également que lors des auditions de la commission sur la laïcité présidée par Bernard Stasi, il fut le seul membre du gouvernement auditionné, en tant que Ministre des Affaires sociales, et avait alors donner sa position d’interdire la burqa à une époque où cela paraissait inopportun.
Sur la suppression des 35 heures, alors que Jean-François Copé a insisté sur le fait que c’était une mesure qu’il avait proposée en 2008 et que le gouvernement (donc François Fillon) n’avait pas voulu suivre, François Fillon a rappelé qu’il l’avait proposée dès le printemps 2002 quand il était chargé du projet présidentiel de Jacques Chirac et qu’il l’avait reproposée dans son livre paru en 2006, à savoir de ne plus instituer de durée légale du travail et de la définir uniquement par des accords d’entreprises (Jean-François Copé a proposé des accords de branches). Mais ni Jacques Chirac ni Nicolas Sarkozy n’avaient voulu l’écouter, ce dernier ayant préféré la méthode "douce" en "réhabituant" les Français au travail par les heures supplémentaires détaxées.
Sur l’Europe, François Fillon a bien dû admettre que, influencé par son mentor Philippe Séguin, il avait voté non à Maastricht en 1992, mais depuis la crise de 2008, le monde avait changé avec l’émergence de la puissance économique asiatique et il était donc nécessaire de créer un grand ensemble européen pour faire face à la mondialisation des échanges.
Sur la fidélité et la proximité à Nicolas Sarkozy, un élément déterminant si on considère que les plus de deux cent soixante mille adhérents l’ont été surtout par l’attraction de Nicolas Sarkozy depuis 2004, François Fillon a rappelé qu’il avait mis en œuvre toutes les actions du quinquennat et surtout, qu’il avait rejoint Nicolas Sarkozy en 2004 à une époque où sa candidature n’était pas encore incontestée.




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