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Le Conseil constitutionnel s’est-il exclu lui-même de la République ?

Comment l'une des plus prestigieuses institutions de l'Etat, jusqu'à récemment, a-t-elle pu se parjurer à ce point ? Pourquoi son président de l'époque, Dumas, a-t-il décidé en 1995 de sacrifier Lionel Jospin au profit de Chirac ? Le Conseil constitutionnel peut-il encore se prévaloir d'être un conseil des sages ? Est-il encore légitime pour vérifier les comptes des candidats à l'élection présidentielle de 2012 ?
 
Retour sur une affaire qui aurait dû faire tomber la 5ème République et qui n'a finalement fait trembler personne !
 
Le Figaropourtant journal de droite − publiait en 2010 : "En 1995, les Sages ont validé les comptes de campagne d'Edouard Balladur, malgré l'avis défavorable des rapporteurs. [...]. La décision du Conseil constitutionnel de valider les comptes de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en octobre 1995, n'a certainement pas fini de faire parler d'elle. Dans le cadre de l'enquête préliminaire du juge Van Ruymbeke, chargé du volet financier de l'affaire Karachi, les enquêteurs de la Division nationale des investigations financières ont découvert en octobre un compte-rendu de trois rapporteurs, issus du Conseil d'Etat et de la Cour des Comptes, qui avaient demandé à l'époque le rejet du compte de campagne de l'ex-premier ministre".
 
Ces 3 rapporteurs "Martine Denis-Linton, Rémi Frentz et Laurent Touvet, y font part de leurs doutes sur l'origine des 10,25 millions de francs en liquide versés le 26 avril 1995 sur le compte de campagne du candidat. Une somme que les familles des victimes de l'attentat de Karachi soupçonnent aujourd'hui de provenir de rétrocommissions perçues en marge de la vente de trois sous-marins au Pakistan. Les rapporteurs notent ainsi que "le candidat ne sait manifestement pas quelle argumentation opposer » aux questions [...]"".
 
"Mais malgré cet avis [...] présenté lors de la séance du 3 octobre 1995, les Sages ont validé les comptes de campagne d'Edouard Balladur au cours d'une séance houleuse, le 11 octobre. Une décision sur laquelle Roland Dumas, qui présidait alors le Conseil constitutionnel, semble avoir pesé de tout son poids. Dès le début de la séance, selon les informations du quotidien Le Monde, le socialiste met en garde les huit autres membres du Conseil : il leur explique que les comptes de campagne de Jacques Chirac, le nouveau chef de l'Etat, présentent aussi des recettes injustifiées et des dépassements « beaucoup plus sérieux » que ceux d'Edouard Balladur : « Peut-on prendre le risque d'annuler l'élection présidentielle et de nous opposer, nous, Conseil constitutionnel, à des millions d'électeurs et ainsi remettre en cause la démocratie ? » aurait demandé Roland Dumas".
 
Non, Dumas Roland… vous avez tort ! La démocratie, celle de notre pays, n'est pas celle imaginée par Laurent Gbagbo que vous assistez, pas non plus celle de l'affaire Elf.
 
Notre démocratie, celle de la France, exige que les tricheurs, les voyous, les délinquants, les malfrats et les mafieux − de droite comme de gauche − qui ont été élus par des moyens délictueux soient poursuivis, punis. Punis, notamment d'inéligibilité et de privation de leurs droits civiques pendant 5 ans !
 
Notre démocratie exige aussi, pensons-nous, que des tricheurs ne peuvent pas, non plus, contrôler d'autres tricheurs. Par cette affaire, vous avez mis le Conseil constitutionnel en dehors de notre démarche démocratique.
 
Votre comportement ne vous honore pas. Quel exemple donnez-vous à notre jeunesse en recherche inlassable de repères de plus en plus ténus et fuyants ?
 
Mais revenons à nos moutons. En agissant ainsi, le Conseil constitutionnel a volé l'élection à Lionel Jospin. Jospin, l'un des rares politiques de l'époque aux "mains propres".
 
Ayant été parjure une fois, en 1995 − quid pour les élections d'avant ? −, le Conseil constitutionnel ne nous a-t-il pas non plus volé l'élection de 2002 ? Et celle de 2007 ?
 
Le Conseil constitutionnel nous volera-t-il à nouveau l'élection de 2012 ?
 
Comment être sûr que cette fois-ci tout sera conforme aux lois, non-interprétées politiquement, de notre démocratie ?
 
Aujourd'hui, les 9 membres du Conseil constitutionnel, tous, ont été nommés par une personne de l'UMP ou apparentée à cette organisation politique. Comment être sûr pour 2012 ? Là est toute la question, la vraie... celle fondamentale, organique !
 
Certains disent qu'il faudra que le Conseil constitutionnel publie rapidement ses PV, dès mai 2012. Mais cela ne changera rien ! Les PV de Balladur et de Chirac étaient des faux !
 
Peut-être faudra-t-il réformer tout cela et faire comme aux États-Unis d'Amérique. Entre l'élection et la prise réelle du pouvoir il se passe 2,5 mois… durant lesquels tout est revérifié. Mais, là encore rien n'est parfait. L'élection de Bush contre Kerry en 2004, a prouvé que leur système n'empêchait pas toutes les tricheries.
 
Est-ce tout simplement le risque que doit prendre et payer une démocratie ?
 
En attendant, les mauvais exemples aux plus hauts sommets de la République continuent d'être érigés en règle de droit commun. Règle que les jeunes et moins jeunes, qui manquent de plus en plus de repères, s'empressent malheureusement de reproduire, de copier !



par Aimé FAY vendredi 30 septembre 2011 - 36 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Aldous (---.---.---.209) 30 septembre 2011 12:13
    Aldous

    Une question aussi se pose :

    Un homme qui ne peut pas se présenter comme témoin devant un tribunal pour cause d’anosognosie peut il siéger au conseil constitutionnel ?

    Logiquement...

  • Par Senatus populusque (Courouve) (---.---.---.130) 30 septembre 2011 11:34
    Senatus populusque (Courouve)

    Le Conseil constitutionnel devrait être irréprochable, force est de constater qu’il ne l’est pas. En dehors de l’affaire des comptes des candidats en 1995, sa composition (pas de limite d’âge ni de compétences juridiques requises) n’est pas satisfaisante, sans parler des membres à vie qui assistent ou n’assistent pas aux séances au gré de leur volonté. La révision de la loi organique régissant le C.C. devrait être au programme des candidats aux prochaines présidentielles.

  • Par devphil30 (---.---.---.62) 30 septembre 2011 10:53
    devphil30

    « Non, Dumas Roland… vous avez tort ! La démocratie, celle de notre pays, n’est pas celle imaginée par Laurent Gbagbo que vous assistez, pas non plus celle de l’affaire Elf. »


    Effectivement avec le recul , on est en droit de se poser des questions 

    Philippe 
  • Par Fergus (---.---.---.98) 30 septembre 2011 10:04
    Fergus

    Bonjour, Aimé.

    Malgré l’antipathie que j’éprouve pour Roland Dumas et en dépit des excellents arguments que vous avez avancés pour condamner la validation des comptes de campagne de 1995 par le Conseil constitutionnel, je vais me faire l’avocat du diable.

    Le système français est ainsi fait qu’il faut des semaines, voire des mois pour que ces comptes soient validés. Dans le cas de l’élection de 1995, il ne fait aucun doute que l’invalidation de Balladur eût également entraîné l’invalidation de Chirac. Dès lors la question qui se posait était celle de l’invalidation, par un petit groupe d’hommes, d’un président élu par les Français. Guère imaginable, sauf à ouvrir de manière impromptue une grave crise institutionnelle. D’où la décision, juridiquement et moralement inacceptable, du Conseil constitutionnel.

    Contrairement à vous, je souhaiterais que l’on s’oriente vers une solution à l’américaine en dissociant d’au moins 3 mois la date de l’élection de la date de prise de fonction. Un délai qui permettrait de valider les comptes de campagne d’une part, mais aussi de valider la situation de l’élu sur le plan fiscal et judiciaire, d’autre part.

    Rien n’est parfait, mais le système actuel, adapté à une élection locale, n’est évidemment pas satisfaisant au niveau national.

    Cordialement.

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