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Le défi de Besancenot

Un nouveau tournant dans la vie politique française ?

L’annonce faite par Olivier Besancenot de fonder sous peu un grand parti à la gauche de la gauche risque fort de diminuer un peu plus la marge de manoeuvre d’un PS déjà à la peine. La lutte pour la survie serait-elle engagée ?

Le séisme politique des années 2000 résulta en France de l’émergence d’une nouvelle droite, que les commentateurs de tous bords aiment à décrire comme décomplexée : il faut entendre par là que cette droite assume alors, pour la première fois depuis longtemps, la mise en avant sans concession des valeurs républicaines essentielles. Comme cela avait été le cas pour la gauche dans les années 70 avec François Mitterrand, cette nouvelle force s’est construite autour d’un homme, Nicolas Sarkozy. L’apogée de son ascension irrésistible a bien entendu été son élection récente aux présidentielles, dont les conséquences dues à son souci constant de rupture n’ont pas fini de déstabiliser et d’agacer une partie des commentateurs et acteurs politiques.

Cette élection a elle aussi été synonyme de bouleversements : elle a vu tout d’abord un recul significatif du Front National, dont beaucoup ont oublié, étrangement, de se réjouir ; elle a permis ensuite la tentative d’affirmation d’un centre qui se voulait autonome, et qui en tant que tel séduisit les électeurs... jusqu’à ce qu’il s’allie plus ou moins explicitement au PS, ce qui se confirmera nécessairement lors des prochaines municipales ; enfin, elle a amené le PS au bord de l’implosion, apparaissant plus que jamais enferré dans les luttes d’appareils et de personnes, désemparé face à la politique d’ouverture de Sarkozy et au plébiscite qu’elle rencontre, et définitivement englué dans l’attentisme mortel que lui a inoculé Hollande à la sortie de l’élection perdue de 1995, qui tel un prêtre égyptien embaumeur a pris le soin extrême durant ces années de préserver son parti de l’influence conjoncturelle.

C’est dans ces conditions, alors que suite à la défection apparente de DSK dans la course socialiste les forces restant en présence pensaient pouvoir tranquillement préparer le congrès de 2008, qu’Olivier Besancenot vient fort à propos ébranler le sol socialiste. Fort de ses 4,08 % aux dernières présidentielles, le voilà qui est prêt à dissoudre son propre parti, la LCR, pour mettre au point une force de gauche - d’extrême gauche serait plus exact - susceptible de faire entendre en France une alter-voix : "La Ligue communiste révolutionnaire doit désormais être dépassée et tourner une page sans renier son héritage", déclare en effet le chef de file de la LCR dans une interview au Parisien de vendredi. "Nous voulons rassembler tous les anticapitalistes et tous les partisans d’un changement de société dans une nouvelle formation", qui ne sera pas "un énième cartel d’organisations mais une opportunité pour la gauche radicale d’écrire une nouvelle page de son histoire". Toujours bon à savoir, cette nouvelle force ne négociera "aucun accord parlementaire ou gouvernemental avec un parti social-libéral".

Cette entrée en lice tonitruante de Besancenot pourrait bien avoir des conséquences énormes sur la rénovation fastidieuse du PS, dont l’aile gauche piaffe déjà d’impatience, et ce depuis plusieurs mois. Le PS peinait à se trouver un leader à même de concurrencer le charisme de Sarkozy et sa capacité à surprendre, c’était évident ; mais c’était un "simple" problème de personnalité, à la rigueur. Désormais, il lui faudra non seulement un chef de file charismatique, mais aussi un penseur politique, capable d’affirmer avec autorité au sein d’un projet inédit une ligne synthétique et fédératrice. Le PS n’a plus droit à l’erreur : sa survie est désormais en jeu.

Face à une droite ouverte et plus solide que jamais, collée à un MoDem bien encombrant, le PS cherchait dans la douleur un moyen d’apparaître encore comme un parti de gauche crédible. A compter d’aujourd’hui, sa marge de manoeuvre se réduit à un trou de souris, du fait de la détermination nouvelle de Besancenot à rendre au mot "gauche" sa portée contestataire absolue. Si le PS ne devient pas très vite un parti social-démocrate moderne, c’est dans les livres d’histoire qu’il terminera sa course piteuse.

par damocles (son site) lundi 27 août 2007 - 102 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Bérenger (xxx.xxx.xxx.22) 27 août 2007 12:04

    La démarche d’Olivier Besancenot s’inscrit dans une logique prévisible et louable. La demande est forte d’une reviviscence d’une Gauche vraie, au service des attentes et des convictions de tous ceux qui ne se reconnaissent plus dans un PC mort-vivant, et surtout plus dans ce qu’il est encore convenu (dans la presse officielle) d’appeler le PS.

    Besancenot a pour lui la jeunesse, la crédibilité et un certain charisme. Il a contre lui la dimension archaïque de la Ligue Communiste Révolutionnaire, cette vieille mécanique soviétiforme où le "nous" l’emporte sur le "je", et qui se réfère au fondateur de l’Armée Rouge (référence libertaire s’il en est !) et à un obscur appareil du nom de IVème Internationale (dont la plupart d’entre nous ignorent de quoi il retourne, sinon que cela a des relents de Kremlin). Il faudra faire plus simple et surtout plus glamour pour convaincre la jeunesse des banlieues de rejoindre ce mouvement, condamné sinon à grossir le lot déjà prolixe des groupuscules à vocation subversive, et qui bon an mal an ne produisent que de la réunion et des livres blancs voués au pilon sans avoir été parcourus par quiconque.

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.148) 27 août 2007 12:40
    LE CHAT

    c’était l’occasion ou jamais pour le petit facteur de vouloir bâtir un parti vraiment de gauche en croquant dans un ps en voie d’éclatement ; j’ai écrit qu’il était le seul à avoir fait une bonne campagne de gauche ( et avec peu de moyens ! ) , il y a de la place pour faire un tel parti , à l’exemple de ce qui a été réalisé aux pays bas . L’electeur est demandeur de gens ayant des positions claires !

  • Par Christophe (xxx.xxx.xxx.234) 28 août 2007 06:10

    @ l’auteur

    Lu sur le blog de Jean-Jacques Urvoas, Premier secrétaire du Parti Socialiste du Finistère :

    Olivier Besancenot veut construire d’ici un an un nouveau parti « anticapitaliste » qui supplanterait la LCR, c’est ce qui ressort de leur université d’été de ce week-end.

    Rien de neuf en réalité. Au hasard de mes archives, je viens de remettre la main sur une déclaration d’Alain Krivine du 16 juin 1998 « Il faut rassembler au sein d’une organisation révolutionnaire les forces radicales » et faire « un grand parti anticapitaliste ». Il se disait même prêt « à changer de nom » de son organisation.

    Et au lendemain de l’élection présidentielle de 2002, on retrouve une tribune libre parue dans Marianne, le 17 juin, où Besancenot se prononce pour « un grand parti de la gauche radicale et anticapitaliste » qui rassemblerait, précisera-t-il le 20 novembre dans le Figaro « des militants de la gauche plurielle, des organisations révolutionnaires et des militants actifs dans le mouvement social ».

    En janvier 2003, dans Libération, il confirme qu’il s’assigne « comme premier objectif la construction d’une nouvelle force politique résolument à gauche et anticapitaliste ». Ce que reprendra Alain Krivine, le 1 août dans le même quotidien en affirmant « Ce qui rend plus que jamais nécessaire pour nous la création d’un grand parti à gauche de la gauche, résolument anticapitaliste ».

    Puis le 2 novembre 2003, le 15ème congrès de la LCR, se clôt par l’adoption d’un appel à la création d’un « parti anticapitaliste de masse, écologiste et féministe ».

    http://www.urvoas.org/2007/08/27/fe...

  • Par mcm (xxx.xxx.xxx.27) 27 août 2007 13:23

    L’union de la gauche ? L’oignon de la gauche oui !

    L’oignon épluché pour faire larmoyer le peuple, mais l’union c’est l’éclatement entre plusieurs chefs : Bové, Schivardi, LO, PCF, Verts, une volière réunie autour du cadavre du PS, lui même éclaté entre plusieurs chefs.

    Camarades citoyens unissez vous tous autour de nous, qui n’avons jamais été capables de nous unir !

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