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Accueil du site > Actualités > Politique > Le délabrement du débat politique

Le délabrement du débat politique

L'état actuel du débat politique est régi par la dictature des agences de communication. Les éléments de langage sont dictés à l'avance, soufflés aux oreilles des politiciens, qui s'appliquent à les répéter lors des conférences de presse et autres rassemblements publics.

Une bonne formule de comm' rime souvent avec vulgarisation. « Il faut que les gens te comprennent », « sois accessible dans ton discours ». Ces rappels sont souvent les maîtres mots des conseillers. On laisse de moins en moins de place à l'improvisation, le discours doit être cadré de A à Z, en étant focalisé sur des thèmes clés. Le travail consiste à apprendre par cœur une partition, pour jouer sur les cordes sensibles de l'audimat. La complexité des dossiers n'a pas à être mise en avant, tant elle risquerait, selon les communicants, d'avoir un effet pesant. Cette norme contribue à aseptiser le débat politique national, au profit de discours prémâchés. Ces moments de préparation, toujours loin des caméras, sont parfois filmés, comme ce fut le cas avec le film « Le président », qui retrace une élection menée par Georges Freche.

 

Le président de région savait manier la langue et les artifices sémantiques mieux que personne, sa nature authentique et son franc parlé lui ont valu maintes réélections. Malgré ses dérapages, et son exclusion du parti socialiste, sa cote de popularité n'a jamais baissé. Aujourd'hui il est presque impossible de trouver un homme politique libéré à ce point des astreintes policées du verbiage issu d'écoles de marketing. Il s'agit de vendre. Se vendre soi-même pour commencer, et ensuite vendre ses idées. Notez que la première catégorie supplante toujours la deuxième. Ce sera à qui apparaîtra le plus télégénique, le plus esthétique. Les caméras font triompher les hommes politiques depuis le premier débat télévisé. Un soir de septembre 1960, Kennedy alors opposé à Nixon, sut tirer avantage des conditions du plateau télévisé. Le candidat républicain était mal habitué aux caméras, et sa barbe légère faisait apparaître une fine zone sombre sur son visage à cause du contraste. Ayant refusé tout maquillage, sa transpiration et donc son anxiété, se fit très présent, et cette accumulation de détails a eu une grande influence sur le résultat final. Cet exemple utile pour révéler les critères inconscients de sélection n'en est qu'un parmi tant d'autres. Un exemple qui doit nous interroger sur l'importance des idées par rapport à l'importance du paraître.

 

Guy Debord a très vite compris et commenté la situation, en indiquant que l'individualité et les traits de caractère seraient effacés au profit des normes spectaculaires. Plus qu'un effacement, il s'agit d'un processus de reniement. La télévision opère comme un philtre magique. Passer à la télévision, c'est presque un argument qualitatif, du moment que la célébrité est au rendez-vous, et que vous vous faites remarquer. Certains élus sont issus d'un autre monde, qui n'a rien à voir avec les spécificités du clivage politique. Que ce soit Robert Ménard, David Douillet, Bernard Laporte, tous ont su profiter de ce tremplin qu'était la télévision, pour se faire connaître par les électeurs, et ainsi migrer d'une discipline à une autre. La renommée des uns sert celle des autres. Ainsi, lors des grands meetings présidentiels, gauche et droite s'affrontent sur un domaine particulier, celui des stars. Ce sera à qui rassemble autour de lui le plus de personnalités. Yannick Noah contre Johnny Halliday, Gérard Depardieu contre Christian Lacroix. Autant de folklore et de faux semblants qui nuisent au débat politique. Les théories et les raisonnements sont éclipsés par l’industrie du divertissement.

 

Les journalistes sont parmi les premiers responsables de ce délabrement. L'un des meilleurs représentants de cet état de fait est Éric Zemmour. Anonyme parmi tant d'autres, il se révèle lors d'une intervention chez Ardisson. Capable de soulever des questions sensibles et de leur donner un semblant de fond, Zemmour suscite l'intérêt des producteurs, doués pour déceler ce qui dopera l'audimat. Le critère centra est bien le score médiamétrie, et non pas la cohérence et la finesse des analyses. Le duo mené avec Naulleau pendant des années a d'ailleurs servi à créer une arène aux allures de cirque. Mais un cirque rentable, qui sait habilement vendre les œuvres culturelles présentées par les auteurs. La rentabilité occupe également une place centrale. Les débats sur les chaînes d'info en continu (I-télé & BFM) ne sont possibles que par le concours des annonceurs, et tant pis si chaque intervenant a 5 minutes pour exposer son point de vue. Les mêmes contraintes se retrouvent à la radio, où chaque commentaire est chronométré pour laisser vivre les spots publicitaires. Dans la presse écrite, les articles ne doivent pas dépasser une certaine taille, et sur internet, on doit souvent souffrir devant une pub avant d'avoir accès à une vidéo. Les émissions ayant essayé d'avoir une approche désintéressée, et plus cohérente, ont été freinées dans leur course. C'est le cas pour « arrêt sur images », qui a disparu des écrans du service public. « Ce soir ou jamais » est passé à un rythme beaucoup plus restreint. Aujourd'hui il faut bien admettre qu'il est de plus en plus rare de pouvoir suivre un débat entre deux intellectuels à la télévision.

 

On laisse donc une grande partie de la réflexion aux politiques, c'est à travers leur discours que la majorité des téléspectateurs apprennent à jongler avec différents arguments, qu'ils soient économiques, sécuritaires, ou éthiques. Mais avec le constat que nous venons de faire, il apparaît difficile d'imaginer que quelque chose de foncièrement positif pourra ressortir de ces heures devant l'écran. Le débat politique lui-même est biaisé d'avance, chaque candidat doit suivre une ligne de route, qui correspond à une stratégie collective, instaurée par le parti. Peu importe si l'idée du camp adverse est bonne, peu importe si la stratégie du parti ennemi est intelligente, tout ce qui compte, c'est de tirer la couverture sur soi, s'attirer les louanges, et accéder aux commandes du pouvoir. Avez-vous souvenir d'une collaboration réflective entre différents partis politiques ? Il y a certes quelques rapprochements entre différents partis centristes, et une union à l'extrême gauche, mais jamais deux antagonistes ne s’afficheront publiquement en train de réfléchir ensemble.

Ils se serviront systématiquement de l'outil télévisuel pour rabaisser le bilan d'en face, et ils n'admettront jamais leurs erreurs. Les réformes affluent, mais elles ne sont jamais plébiscitées que par ceux qui les ont votées. Or on peut constater certains effets positifs qu'elles peuvent avoir, mais le même temps, rien n'est fait pour dire en quoi elles ont permis une avancée. Vous n'entendrez jamais un politicien dire à un autre « Vous avez eu raison de faire ça », ou « Il s'est avéré que nous avons fait fausse route ». Les politiciens français n'assument que trop rarement leurs torts, et vivent dans la culture de l'excuse. Ce manque de remise en question peut être expliqué par un dogmatisme des théories politiques. Chacun croit avoir la bonne formule, et ne s'imagine pas que quelques ingrédients du camp d'en face pourraient être susceptibles d'apporter une harmonie ou un bénéfice à l'ensemble.

 

Si la bêtise politique ne s’exprimait qu’à la télévision, ce serait peut-être tolérable. Influencés par le modèle télévisuel , la perception du politique par les citoyen change. Impossible aujourd’hui de maintenir un débat tourné vers les idées si l’on prononce le mot ‘politique’, celui-ci est automatiquement associé aux notions de conflits, partis, personnalités et élections ; on invente des expressions pour se ne pas avoir à employer ce mot. Il est très commun d’assister à un plébiscite de la “démocratie directe” accompagné d’un commentaire tel que “Moi je ne fais pas de politique.” Pourtant, c’est bien d’affaire publique de la cité dont on parle ici. La confusion est totale, si vous dites que vous êtes démocrate, vous aurez à répondre des faibles scores que font les partis affiliés, vous annoncez être socialiste là on vous prend pour un bobo caviar, libéral alors ? affairiste qui vend des armes en Afrique. Ecolo ? décroissant illuminé qui vit dans les arbres. Communiste ?coopérativiste envoyé du Kremlin. Frontiste ? patriote isolationniste complotiste et raciste . L'étiquette fait tout et l’idée est absente partout.

On a tendance à reproduire ce que l'ont voit, depuis le clientélisme des journaux jusqu’à l’électoralisme des candidats. Banalité qu'on retrouve jusque dans les discours précuits en famille, entre le dessert et le fromage. Le sketch de l’année c’est “quand madame michu s'essaie à la comm’ de masse” on en rit, et ça ne coûte pas un rond, mais ça occupe l’esprit. On se répond du tac au tac, ça donne l’air de savoir de quoi on parle. personne ne s’écoute, tout le monde parle en même temps comme à un auditoire invisible pour lequel on se bat. Proposez une idée hors des clous on vous rétorque “mais pourquoi tu te présentes pas aux élections si t’es si malin” ? L’élection est bien perçue comme une sacralisation d’une intelligence supérieure. La mauvaise foi en religion d’État ça n’est pas sans conséquence sur le français moyen qui aurait bien besoin d’espaces et d’échanges libres, mais protégés contre la médiocratie. Une conscience citoyenne ça ne se construit pas avec le débat d’entre deux tours, ça se construit individuellement, bien avant, en confrontant ses idées propres à celles des autres dans un contexte posé et respectueux de chacun. Le débat citoyen est aujourd’hui complètement étouffé, et devrait être renouveler. Trouvons des consensus, pas des compromis, fabriquons du sens ensemble plutôt que de laisser le monopole de la parole à celui qui manie le mieux les faux-semblants


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13 réactions à cet article    


  • gogoRat gogoRat 17 mai 2014 14:10

    une idée hors des clous ? ...

     essayer de tirer parti des bons côtés du théorème du jury de Condorcet en partageant chacun un égal pouvoir d’expression sur toutes les doléances citoyennes concevables


    • Alain Astouric Alain Astouric 17 mai 2014 16:38

      La tyrannie du marketing  : un livre qui dénonce les conséquences du marketing et de la pub sur l’environnement, sur notre alimentation, sur la liberté des médias, sur le surendettement ... et même leur capacité à décrédibiliser la politique. En vente dans toutes les librairies de France, Belgique et Suisse.


        • Dany romantique 17 mai 2014 17:17

          Eric Zemmour qui était sociologiquement de droite -le Figaro- a en fin de compte une lecture révolutionnaire authentique de la situation économico-politique, dénonçant les dogmes Bruxellois sous emprise des valeurs néo-co et marchés américains, qui fait la nique à la bien pensance. 

          Il n’y a plus d’auteurs aussi libres que lui,

          lequel ne craint pas la perte de la rente de situation du pouvoir des médias qui le détestent et qui ne savent plus quoi en faire. Son quota est passé par une éviction de Fr 2 puis par une diminution de ses chroniques sur RTL. 

          Il est tarabusté par des Claude Ascolovitch le ventriloque de la pensée bourgeoise Cohn Bendit/BHL

          Sa voix est une bouffée d’oxygène qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Et la France d’en bas c’est le peuple.

          • Zeb_66 17 mai 2014 18:17

            Suivre à la TV des débats politiques, ou autres d’ailleurs ?

            Quelle idée saugrenue !

            À la rigueur pour évaluer la combativité et la réactivité des intervenants,

            sans plus.

            Les paroles s’envolent, que retenir de ces pseudo débats menés au sprint,

            ou l’on se coupe la parole, ou le plus souvent, les protagonistes n’arrivent

            même pas à terminer leur propos...

            Le Net regorge d’informations écrites, nettement plus satisfaisantes.

            Ah oui, c’est fatigant, il faut chercher, trier, comparer, analyser.

            C’est tellement plus cool de regarder la TV, bien calé dans un fauteuil et

            une bonne mousse à la main, non ?


            • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 17 mai 2014 19:28

              Les médias sont les armes létales du temps de cerveau disponible :
               PSYWAR - la guerre psychologique.
              Telle que la définit le Département américain de la Défense :
              « L’Utilisation planifiée de la propagande et autres actions psychologiques dans le but d’influencer les opinions.  »

              Les Français ne sont pas dupes, près de 80% ne font pas confiance aux médias.

              Dans le programme de l’ UPR il y a diverses mesures pour rendre son indépendance de la presse :
              * Interdiction de poséder un média par une entreprise qui travaille dans d’autres secteurs
              * Interdiction dans la Constitution d’une prise de contrôle d’un média de masse par un fonds de pension ou une multinationale.
              * renationalisation de TF1 et de TDF - Respect du rôle originel de l’ AFP.
              * diversité politique dans les débats etc etc
              «  Programme de Libération nationale » de l’ UPR


              • zygzornifle zygzornifle 18 mai 2014 10:05

                Délabrement habituel....« Il faut faire barrage au FN, lutter contre le racisme et l’extrême droite et contre l’homophobie »....Voila le discours pour relancer la machine moribonde. S’il y a des millions de pauvres et de sans emplois on s’en bat les c......  De toute façon les pauvres et les désespérés ne votent pas, ils ont compris eux au moins que ça ne changerait rien pour eux, les gouvernements successifs leurs passent dessus comme un TGV sur un escargot ....


                • claude-michel claude-michel 18 mai 2014 10:22

                  bof...les politichiens racontent tellement de mensonges que plus personne ne fait attention aux discours de ces bras cassés.. !


                  • Le421 Le421 18 mai 2014 11:07

                    Notez, mon cher, et j’en ai fait l’expérience, les gens honnêtes avec des convictions ne sont jamais élus.
                    Pour accéder au trône, même dans une sombre ville de province, vous êtes plus reconnu par votre entregent et vos influences (afin d’arranger Pierre, Paul ou Jacques, les nantis du coin) que par vos réelles compétences.
                    Si on fouinait réellement dans les avoirs de nos élus, mêmes les « simples » maires, on aurait des surprises incroyables... Le règne des pots de vin a de beaux jours devant lui.
                    Par contre, dire que tous les gens qui font de la politique* sont pourris, c’est aller un peu vite en besogne... Même si mon parti est loin de faire la majorité, je revendique une honnêteté de très bon niveau et une conviction plus que certaine.
                    Mais je ne serais jamais élu.
                    Même président d’une association**.
                    Parce que je ne supporte pas les magouilles.
                    C’est tout !! CQFD
                    *je me suis présenté aux Municipales
                    **association de compétition automobile locale (19 années membre, pilote, directeur de course national et 6 championnats nationaux à mon actif...)
                    http://autocross-sarlat.ze-forum.com/t121-photo-team-421-loupiac.htm


                  • claude-michel claude-michel 18 mai 2014 11:18

                    Par Le421...Vous avez entièrement raison...du plus bas de l’échelle au plus haut nous retrouvons la même manie politicienne de la magouille...(j’ai pu en faire l’expérience au plus bas de l’échelle..)


                  • omnilink 18 mai 2014 22:16

                    L’idée de l’article n’était pas de pointer du doigts les politiciens en disant « tous pourris » mais de dénoncer le mécanisme qui nous a mené à cet état de fait.


                  • zygzornifle zygzornifle 18 mai 2014 11:10

                    Les discours des politiques sont comme les prospectus que les hypers mettent dans les boite aux lettres.....c’est direct poubelle.....


                    • Singe conscient Singe conscient 18 mai 2014 19:43

                      Bon article, bien détaillé. Par contre je trouve que vous tournez autour d’un problème, sans le relever clairement et qui, pourtant, semble être à l’origine de ce mal que vous décrivez ; à savoir la compétition politique, le fait de devoir se combattre pour attirer l’attention, le fait que la politique soit « professionnelle »...

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