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Le MoDem, un Mouvement vraiment démocrate ?

Annoncé comme le parti de l’innovation démocratique, le Mouvement Démocrate est cinq mois après surnommé le MoNoDem. En témoigne, après l’addition d’auto-désignations, la commission électorale réunie jeudi soir dernier en catimini, et en dehors de toute règle statutaire, pour investir les candidats. La fronde lancé à Lyon, puis sur toute la France, par le rassemblement militant Génération Démocrate qui a créé un véritable « buzz » en exigeant des pratiques transparentes et démocratiques dans la désignation des candidats aux prochaines élections, fera-t-elle changer la donne à cette extraordinaire contradiction politique ?

Rappel des faits d’un accouchement qui s’annonce difficile.

Le 24 mai 2007, au lendemain des élections présidentielles où il a atteint un score sans précédent, François Bayrou annonce la création d’un nouveau parti, le Mouvement Démocrate.

Cette annonce est publique, devant une foule compacte réunie au Zénith de Paris.

Le discours est effectivement empreint d’innovation, de créativité et de fraîcheur : ne plus se positionner sur l’échiquier politique (ni gauche ni droite ni centre) mais représenter l’échiquier lui-même, proposer et promouvoir une génération politique nouvelle, inventer de nouvelles pratiques, l’éthique et la vérité au centre de tout, retrouver l’enracinement intellectuel de l’action politique... Et surtout, en souveraineté, la démocratie comme idéologie.

Immédiatement ces intentions emportent une large ferveur, les dizaines de milliers d’adhérents qui ont rejoint le MoDem s’organisent en réseau, via essentiellement internet, pour mettre en action le discours de François Bayrou.

Partout des groupes se forment dans un bouillonnement intellectuel : anciens Vert, PC, PS, UMP, actuels UDF ou simples nouveaux militants, main dans la main pour créer ici une charte des valeurs, là une organisation avant-gardiste fait de bottom-up ou autre magma, encore ici une charte éthique, etc. Et toujours la démocratie comme précepte.

Et puis...

Viennent les premiers problèmes, que l’on nomme en entreprise, la réticence au changement. Au MoDem, on dit le canal historique, la vieille garde UDF qui n’a pas rejoint le Nouveau Centre, et qui voit d’un mauvais œil et pour plusieurs raisons cette nouvelle génération pleine de fougue arriver.

Le débat sur l’opportunité ou non d’un parti confédéral est alors né.

Et puis... Seignosse !

Un mot peut résumer cette université d’été : hyper-contradiction.

Alors qu’une synthèse de 700 contributions présentée le dernier soir provoque à nouveau l’approbation et l’enthousiasme général, les militants disent percevoir des dirigeants une dissonance entre les intentions et les actes.

En effet, derrière la volonté d’ouverture et d’union, les élus parmi les principaux encore restants sont conspués en public.

Le parti est toujours dirigé par un cercle très restreint qui semble agir et décider seul. On se demande alors comment le style régalien peut se fondre dans un mouvement se voulant être démocratiquement exemplaire.

Durant le grand débat du samedi soir, pas un mot concret de François Bayrou sur la fameuse synthèse, sur l’énergie exprimée par les militants et sur les voix dissonantes qui s’élèvent de plus en plus.

Un goût amer s’est incrusté chez beaucoup de militants durant le forum, celui d’une désynchronisation entre le son et l’image.

Et puis...

Des protestations naissent parmi les militants ou sympathisants. François Bayou est peut-être pour la première fois bousculé. La note de Thierry Crouzet (ici-même ou sur son blog), non-adhérent et simple invité à Seignosse, résume parfaitement cet état d’esprit.

Et puis...

L’heure des auto-désignations aux élections municipales est arrivée. On connaissait le cas de Marielle de Sarnez à Paris, cristallisant déjà beaucoup de mécontentement.

Vient ensuite celui de Michel Mercier, président du Conseil général du Rhône et chef de fil des centristes au Sénat. Et donc candidat auto-proclamé à la mairie de Lyon.

La réaction très négative des militants est amplifiée par le numéro de charme effectué de ces deux « candidats » devant la majorité actuelle.

Marielle de Sarnez, voyant un refus par anticipation de Bertrand Delanoë pour une éventuelle alliance (qui n’en a franchement pas besoin pour gagner), se rapproche, à l’étonnement de tous, de Françoise de Panafieu. Rappelons que les voix parisiennes qui se sont portées sur François Bayrou au premier tour de la présidentielle ont largement profité à Ségolène Royal au second tour.

Inutile également de préciser que ce rapprochement n’a jamais fait l’objet ni de consultation ni de débat auprès des militants.

Michel Mercier prône lui rien de moins qu’un rapprochement François Bayrou-Nicolas Sarkozy ! Il faut dire qu’il est annoncé au gouvernement en janvier et qu’il existe localement grâce aux voix UMP.

Bref, le temps de l’éthique, de la vérité, des nouvelles pratiques politiques, des changements de génération est déjà loin.

Et puis...

Le coup de grâce ! Jeudi soir, se sont réunis plusieurs cadres de l’UDF et du MoDem dans le cadre d’une commission électorale pour, à quelques-uns, investir 41 candidats.

La composition de cette commission est pour le moins cocasse : la présence de J. Arthuis (anti-MoDem), M. Mercier, F. Bayrou et Marielle de Sarnez démontre qu’il s’agit d’une commission UDF, mais dans ce cas-là où est D. Bariani et que font ici C. Lepage et J,-L. Benhalias ? Nous sommes alors peut-être dans une commission MoDem ? Sauf que le parti n’a pas encore de statut pour la simple raison qu’il n’existe pas encore...

Ce fonctionnement curieux, sans rappeler une certaine proximité soviétique, est donc prévu en dehors de tout cadre statutaire. Nous sommes dans le simple fait du prince.

Cette commission se réunira, de plus, toutes les semaines pour poursuivre son travail.

A ce moment précis, c’est la démocratie tant vantée qui semble oubliée !

Et puis...

La fronde des militants. A Lyon, un rassemblement militant, nommé Génération Démocrate, entend déjouer ce jeu un peu trop facile.

A partir d’une lettre ouverte à Michel Mercier qui a circulé dans la blogosphère démocrate et dans différents médias, Génération Démocrate a réveillé les consciences et sonné la protestation si bien que François Bayrou réserve finalement sa décision sur l’investiture lyonnaise et annonce un déplacement dans la ville.

Le mouvement s’est propagé, c’est Paris qui emboîte le pas, puis Lille, pour finalement devenir une action nationale. L’ampleur est à la mesure du malaise ressenti.

Génération Démocrate entend d’une part exiger une désignation démocratique des candidats, mais également garantir l’identité et les premiers principes du MoDem. Mettre enfin en action, comme l’a demandé François Bayrou, les raisons qui ont poussé tous ces citoyens au rassemblement.

Une revendication qui semble finalement tellement évidente pour un mouvement démocrate qu’elle est presque étonnante.

par Benjamin Sauzay (son site) mardi 16 octobre 2007 - 49 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.148) 16 octobre 2007 14:02
    LE CHAT

    Le modem ressemble de plus en plus à un panier de crabes où les plus anciens jouent des pinces pour garder leur place et empêcher tout renouvellement de génération politique ! j’ai eu ce sentiment en assistant comme témoin au premier rassemblement modem dans les Bdr ,les anciennes gloires de l’udf locale bataillaient ferme pour rester en tête de gondole ! finalement , des politiciens comme les autres ! smiley

  • Par Benjamin Sauzay (xxx.xxx.xxx.35) 16 octobre 2007 14:52

    @Cedric

    Au risque de te surprendre, je suis absolument d’accord avec toi. Seulement voilà, aujourd’hui le MoDem doit son existence et sa chance au nombre incroyable d’adhérents qui l’ont rejoint (UDF compris). Des adhérents volontaires, créatifs, "qui en veulent" et qui ont surtout un immense espoir avec ce parti. Le MoDem a cette responsabilité.

    Qu’adviendrait-il si cette force était rapidement déçu et se détournait du mouvement ? Le MoDem serait une coquille quasi-vide, un concept, point.

    Or, depuis plusieurs mois, on additionne les signes négatifs (que je résume dans l’article) jusqu’à commencer à franchement faire douter les militants.

    Ce que je veux dire en fait : oui le MoDem n’existe pas, oui il n’a donc pas d’organisation, de statuts, oui tout ce que tu dis est vrai. Alors, on le sait bien, dans cette phase là, ce qui compte ce sont les symboles. Et pour le moment les symboles envoyés ne sont pas encourageants. Aucune explication, aucune écoute, aucun débat. Là est l’erreur importante de la direction. Une sorte de dissonance préoccupante.

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.37) 17 octobre 2007 09:20
    Voltaire

    La popularité des partis politique comme celle des principaux responsables politiques est mesurée tous les mois dans le sondage TNS-Sofres pour le Figaro. Il suffit de vous y rapporter.

    Pour le reste, vous êtes libres de vos commentaires, mais, pour répondre à d’autres intervenants, je pense que vous faites une erreur fondamentale. Je n’ai pas l’impression que la popularité du MoDem ou de Bayrou repose sur un simple rejet des autres partis. Depuis la prise de pouvoir de Nicolas Sarkozy à l’UMP et l’absence de réforme du PS, il existe trois visions politiques assez claires ne France :

     celle de N. Sarkozy, basée sur le modèle libéral anglo-saxon (républicain) américain (qui privilégie l’individualisme) (le modèle plus gaulliste défendu par de Villepin est actuellement très minoritaire)

     celui de F. Bayrou, basé sur le modèle démocrate à l’européenne

     celui du PS, encore un peu floue en l’absence de réforme, mais basé sur le modèle interventioniste de l’Etat à la Française, type années 80.

    Il me semble que l’adhésion à F. Bayrou, au delà de sa personalité, est largement liée à l’adhésion à son modèle de société. Quant à la cuisine interne, elle est pour moi assez peu importante, mais je trouve assez comique et très française cette propension à saborder une idée qui marche, come l’on si bien fait les Verts.

  • Par Pelletier Jean (xxx.xxx.xxx.17) 16 octobre 2007 23:18
    Pelletier Jean

    @Manuel de survie,

    c’est vrai une fois de plus les italiens nous donnent l’exemple et on ne peut pas dire que les médias français se soit fait franchement l’écho de cette belle leçon de démocratie qui a porté le maire de Rome M. Veltroni au poste de secrétaire général du parti de la gauche italienne.

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