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Le monde et la crise selon Nicolas S.

Une semaine jour pour jour après la forte mobilisation sociale, Nicolas Sarkozy s’est invité sur les écrans cathodiques des français afin de leur tenir leçon de pédagogie quant au cap de la relance par l’investissement qu’il est bien décidé à maintenir pour faire face à la crise, désormais planétaire, qui souffle en tempête sur l’économie du pays. Quatre vingt dix minutes pour convaincre la nation, c’était bien peu dans un contexte global pétri de doutes et de défiances, alors même que la gouaille du bonimenteur, proche du chaland, n’aura certainement pas permis de retourner une tendance lourde et noire, comme un ciel qui gronde sa menace.

Nous étions bien loin du style outre-atlantique déjà imposé par un Barack Obama très volontaire, calme et posé, mais surtout non velléitaire, auquel notre président serait bien inspiré d’emprunter quelques solutions opportunes et de bon sens. Loin d’avoir était rassurant, la prestation s’avère plutôt fortement anxiogène tant le discours est allé dans tous les sens, affirmant tout et son contraire, dans un vaste fourre-tout improbable aux contours dessinés d’une démagogie ahurissante (suppression de la taxe professionnelle, fin des délocalisations...).

Tel un Bonaparte à la bataille, bien loin du pédagogue que certains éditorialistes avaient annoncé, Nicolas Sarkozy est resté campé sur son plan d’action, refusant tout compromis avec les propositions faites par les centrales syndicales et l’opposition qui espéraient qu’un peu de pouvoir d’achat serait rendu aux citoyens en augmentant aussi bien les salaires que les minima sociaux. Certes il y aura la rencontre du 18 février où tant de sujets promis seront mis sur la table, laissant croire qu’il débattra bien volontiers de moult propositions plus alléchantes les unes que les autres, tout en affichant sa volonté de mener à bien les réformes engagées quoi qu’il advienne.

26 milliards d’euros pour 1000 projets, soit une goutte d’eau au regard du PIB, voilà tout. Il faut maintenant en attendre les effets escomptés, quasi miraculeux si on écoute sieur Devedjian, notre cher et dévoué nommé aux cordons de la bourse du plan de relance. Le président restera ici bien plus prudent, que les autres se brûlent les ailes à sa place, faisant ici la preuve d’un pragmatisme politicien incontestable.

Mais, soyons sérieux, car au regard du déficit budgétaire qui a volé en éclat par rapport au chiffre prévu lors du vote des comptes de la nation, soit plus de 56 milliards d’euros contre 52,1 initialement inscrits au budget [1], il va sans dire que la solution ne viendra pas de cette initiative trop limitée pour avoir un effet décisif sur l’évolution de la machine économique du pays. Le nerf de la guerre ce sont les finances, et qui peut affirmer qu’elle permettront la relance si brillamment vendue aux téléspectateurs alors que la dette publique du pays reste abyssale.

De plus, très peu sur la croissance verte, alors que nombre de spécialistes s’accordent à penser qu’il y a dans ce domaine un potentiel inestimable en matière de stimulation économique. Tout du long de sa chaîne, la filière est porteuse de belles perspectives, que ce soit de la phase innovation jusqu’à sa traduction dans le domaine industriel et commercial, nul besoin d’être devin pour prendre conscience de cela, d’autant plus qu’il en va de l’avenir de l’humanité. A contrario, c’est le nucléaire qui est privilégié, confortant la France sur cette voie énergétique historique.

Et bien non, chers concitoyens, il faudra attendre que seules les promesses faites fassent leur effet, même si le président oublie facilement ces dernières. Aussi, faudra-t-il que soit érigée une stèle nationale afin de lui rappeler ses propos, à l’image de cette parole donnée à Gandrange gravée depuis hier dans le marbre, face à un parterre d’ouvriers de la métallurgie désormais bouillants comme du métal en fusion. Trahison que voilà, sont-ils en droit de penser, alors qu’il eut mieux valu ne rien promettre mais faire du mieux que possible, et surtout être honnête. Mais la réponse avait bien été préparée, retournant la situation à son avantage arguant que la demande de l’acier avait diminué de moitié et que rien n’était encore joué, puisqu’il s’en retournera bientôt au pays de l’acier porter à nouveau la bonne parole. Emporté par une certaine mégalomanie omnipotente, force est de constater combien notre président se laisse aisément griser par un sentiment incompatible avec toute bonne gouvernance. Si, au moins, il pouvait faire acte de contrition, à l’image d’un président américain reconnaissant ses erreurs, dont la posture empreinte d’humilité n’aura point d’effet délétère sur le ressenti de la population. Nous en étions bien loin lors de cette prestation télévisée qui n’aura pu que conforter un sentiment de malaise diffus auprès d’un électorat qui se demande bien s’il a fait le choix le plus judicieux voilà bientôt deux ans. En période de croissance, la prestation de l’illusionniste aurait pu être parfaite, mais tel n’est pas le cas, puisque les prévisionnistes tablent sur un recul de deux points de notre croissance, le pays marchant désormais vers une décroissance à pas forcés, et non négociable. Pourtant, l’homme vise encore le plein emploi, sans complexe, fustigeant encore les 35 heures, garantissant au peuple qu’il s’occupe personnellement de son mieux être, se voulant le grand protecteur de tous en annonçant même qu’il fera en sorte que « le pays rentre le plus tard possible dans la crise et en sorte le plus tôt possible ». Mais, Nicolas Sarkozy devrait se faire bien plus prudent dans ses annonces, les chaussures ayant ces derniers temps une fâcheuse tendance à voler en direction de certains dirigeants entrés en disgrâce.

Face aux français, face à la crise, face aux journalistes, il aura eu beau s’agiter tel un moulin à vent, le spectacle donné a laissé comme un goût désordonné d’impuissance, même si une certaine fermeté rigide était de mise. Le populisme ne prend plus, la sauce volontariste affichée risque de tourner vinaigre pour un chef de l’État qui est apparu plus que jamais grand prestidigitateur.

Pour autant, nous n’en sommes pas là, trois années encore lui faut-il présider aux destinées d’un pays qui pourrait faire preuve d’impatience si la situation était amenée à se dégrader encore plus largement.

Certes il y a eu élection et nous devons en respecter le verdict car telle est la règle démocratique clairement posée. Mais, parce qu’il y a un mais et qu’il faut bien l’envisager, si les révolutions ne se font que lorsqu’un système dans son ensemble touche historiquement à sa fin, n’est-on pas en droit d’imaginer, au regard des signes objectifs affichés par une planète globalisée au bord du précipice, qu’un tel mouvement n’est pas à exclure ? Partant, la mise en cause dépasserait de loin la simple personne de notre président, ce dernier ne devenant que le prétexte à l’expression d’un malaise ô combien plus profond, soit une véritable pathologie de civilisation dont le symptôme principal s’incarnerait dans cette vertigineuse crise de folie d’un capitalisme finissant.

Mais de cela il n’aura pas été question, tout juste la moralisation du système annoncée, éreintant largement les paradis fiscaux pour faire bonne mesure, mettant sur la table le partage des bénéfices, mais là il faudra l’éclairer à la lumière de la réalité, alors que la situation des pays les plus pauvres aura été passée par pertes et profits, un signe profondément révélateur de la prise de conscience de l’état du monde.

Notre président s’est évertué à répondre comme un candidat participant à l’émission questions pour un champion, ponctuellement, sans développer et sans véritable fond, mais sachant jouer le faux modeste comme jamais, tout en manipulant aussi bien les journalistes que les auditeurs, se permettant même de voler au secours de Bernard K dans un numéro de haute voltige remarquable.

Bien plus malin que brillant rhétoricien, c’était bien vite oublier combien le monde en crise selon Nicolas S. est simple, binaire et dénué des subtiles nuances que les poètes lui prêtent, laissant croire qu’il suffit de vouloir pour pouvoir. Enfin, les sondages d’opinion parleront pour nous dire dans quelle mesure le chef de l’État aura réussi son numéro de grand magicien funambule, alors que seul le temps sera porteur de vérité.

 

[1] Consulter l’avis critique de la cour des comptes quant au déficit budgétaire de la nation
Photo : Radio France, capture d’écran.


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4 réactions à cet article    


  • geko 6 février 2009 13:42

    Niveau com il est très fort, il vous vendrait un frigot à un esquimau et sur sa prestation d’hier soir il m’a fait penser à ce sketch des guignols de l’info lorsqu’on le voit arriver incognito dans une fête de village se faire potes avec tout le monde et repartir en catastrophe sur les 12 coups de minuit !

    Plus sérieusement j’ai été choqué par l’association d’un revenu à 900 euros avec la classe moyenne ! Ca en dit long sur les intentions soujacentes !

    Sarko est pris dans un étau qui se resserre : D’une part les revendications sociales se font de plus urgentes et font de plus en plus l’unanimité. D’autre part, répondant à une logique d’actionnaire les multinationales semble opérer un repli stratégique dans leur pays d’origine pour raison de crise financière mais aussi énergétique qui change la donne. Le dumping social semble moins intéressant si on tient compte de la hausse des coûts de transport. Alors, et c’est clairement le discours provocateur de Laurence Parisot, les français doivent travailler au tarif du roumain parceque lui aussi européen. Il est navrant de constater que la lutte ouvrier/patron bien typique de la France semble bel et bien d’actualité ! Remember le paquet fiscal en guise de bienvenu !

    Je rajouterai que l’affaire Kouchner, dont les éléments semblent être connus depuis longtemps, n’est pas innocente dans ce contexte ! Il y a du rififi à l’UMP semble-t-il !


    • hans lefebvre hans lefebvre 6 février 2009 18:46

      Tout à fait d’accord Geko, l’étau se resserre et les chaussures volent !
      PS : Concernant les chiffres annoncés sur la TP, il y a comme un décalage, non ?


      • dalat-1945 8 février 2009 23:47

         Gardez votre souffle pour chier !

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