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Accueil du site > Actualités > Politique > Le navire UMP à la dérive

Le navire UMP à la dérive

Affrété en 2002 par Jacques Chirac, ce beau bateau avait pour vocation de rassembler deux des grandes familles de la droite selon la distinction faîte par René Rémond. La famille bonapartiste prônant l’ordre social, l’autorité de l’Etat et la grandeur de la nation, incarné par le RPR, et la famille orléaniste attaché au libéralisme et rêvant d’une synthèse entre ordre et liberté, représenté essentiellement par l’UDF.

Ce navire n’avait connu jusque là que des eaux calmes et rencontré qu’un rafiot socialiste faible ne pouvant réellement le menacer. En 2002, le PS n’arrive même pas à accéder aux eaux du second tour, torpillé perfidement par le FN, tandis qu’en 2007, c’est un navire dirigé seulement par Mme Royal qui s’oppose à lui, où tous les officiers avaient déserté, voire rejoint l’autre bord. Il semblait alors que ce navire soit inébranlable, voguant tranquillement sur les eaux du pouvoir.

 
En 2010, la situation a bien changé, le capitaine Sarkozy tient toujours la barre, mais est contesté de toute part. De nombreux officiers tournent autour du poste de commandement, différentes tendances s’affrontent, et le bateau semble osciller vers différents caps en faisant du surplace. Et c’est au capitaine Sarkozy de s’assurer que cela ne tourne pas à la mutinerie générale.
 
François Fillon, à l’issue du remaniement, s’est véritablement détaché et affirmé face au président Sarkozy, tout en renouvelant son serment d’allégeance au président. Il semble être le mieux placer pour succéder à Sarkozy, aussi bien dans les sondages auprès des citoyens que parmi les parlementaires. Face à lui, l’ambitieux Copé visant déjà 2017, qui a pris les rênes du parti et compte en faire un mouvement de « diversité dans l’expression, mais d’unité dans l’action ». On peut imaginer que si Sarkozy a maintenu Fillon à son poste, et confié le parti à Copé, c’est pour appliquer le fameux « diviser pour mieux régner », mais d’un côté, Sarkozy prend un risque. Copé aurait en effet peut-être tout intérêt à voir Sarkozy perdre en 2012, entraînant avec lui Fillon, lui permettant de s’affirmer en leader de l’opposition durant le quinquennat socialiste et se poser en candidat naturel de la droite en 2017.

Un autre duel est apparu à l’issue du remaniement, celui entre le premier ministre reconduit François Fillon et l’ancien ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo. Le grand perdant dans la course à Matignon est un animal politique blessé, et on sait que c’est à ce moment qu’il est le plus dangereux. Le sobriquet de « zozo » dont l’a affublé le 1er ministre en privé lui a vraiment fait mal. La haine que voue désormais cet avocat d’affaire, ancien ministre de la ville, à ce bourgeois du monde rural, s’est traduite dans cette allusion durant son diner républicain où il fustigea ces « conservateurs qui ont l’air raisonnables, sérieux, bien coiffés ».

En évoquant ces combats de coqs, peut-on penser qu’une alliance entre les deux familles de la droite n’étaient pas possibles dès le départ ? Surement pas, mais il y a des tensions que l’on ne peut ignorer aujourd’hui, et qui peuvent reprendre de manière plus vivace encore si les belligérants reprennent ses luttes fratricides à leurs comptes.

Borloo a toujours été affilié à l’UMP, et même si il est président du parti radical, n’avait jamais réellement songé à se lancer dans une aventure solitaire. Hors le « gouvernement de combat » de Fillon, composé essentiellement d’ex-RPR, et mettant à mal la famille centriste, a réveillé les tensions entre les deux grandes familles de la droite. Borloo semble aujourd’hui en phase de reprendre un combat mené par Hervé Morin, François Bayrou ou encore Dominique de Villepin car il sait qu’il peut incarner une synthèse gauche-droite, en raflant les voix du centre, d’une partie des écologistes et d’UMP modérés. Ces hommes là sont tous persuadés qu’il y a un espace politique vide depuis la création de l’UMP, occupé en 2007 par Bayrou (qui aujourd’hui ne semble plus en mesure de s’en servir), et qui représente un électorat à ne pas négliger dans le cadre d’une élection présidentielle, qui sera probablement très serré, beaucoup plus qu’en 2007. La présence d’un candidat de centre droit permettrait un report de voix favorable au second tour pour l’UMP, si ce candidat n’est effectivement pas qualifié pour le second tour.

De l’autre côté, Copé veut incarner une droite recentré sur ses fondamentaux, comme il le disait dans sa tribune publié dans le Figaro « comment gagner en 2012 » avec ses compères chiraquiens Bruno Le Maire, François Baroin et Christian Jacob. Il a beau avoir nommé Hervé Novelli et Marc Philippe Daubresse comme adjoints, et vouloir diriger l’UMP avec les « cinq doigts de la main » (RPR, centristes, libéraux, radicaux et la nouvelle génération), il semble vouloir aller chasser sur ce qui fait le terreau électoral du FN, qui reprendrait actuellement ses électeurs volés en 2007 par Sarkozy. Copé veut ainsi relancer le débat sur l’identité nationale, alors que même le gouvernement est plus que sceptique sur la question. Plus que présent sur la question de la burqua, volonté d’une politique sécuritaire, Copé s’immisce dans chaque polémique où le FN a bon dos, d’où sa proximité avec le collectif de députés « droite populaire » sur de nombreux projets. Il n’en est néanmoins pas encore au stade de Christian Vanneste, député du Nord, qui avait « suggéré » une alliance avec le FN, et qui a assisté récemment au lancement d’un mouvement catholique conservateur, « audace 2012 », qui souhaite démarcher les candidats en vue de la prochaine présidentielle pour prôner leurs idées.

L’UMP se retrouve ainsi à devoir jouer un numéro d’équilibriste où il est tiraillé sur deux bords, l’un l’appelant plus au centre, l’autre plus à droite, et qui risque d’être compliqué à réaliser sans prises de positions concrètes dans les prochains débats de société à venir.

Le vaisseau UMP, qui était destiné à éviter tout nouveau Trafalgar à la droite, fait figure aujourd’hui de véritable test pour son capitaine et équipage quand à la solidité du vaisseau de guerre électorale construit. Entre les volontés de changement de cap, les menaces de désertion, c’est la panique à bord. Nous verrons si ils arriveront à prôner l’union sacrée et réussissent à se fédérer, à établir une solidarité et une feuille de route commune dans la vue de la course à la présidentielle.

De plus, le vaisseau socialiste « semble » plus discipliné et assoiffé d’une élection qui lui échappe depuis 1988. Enfin, le FN, avec le ripolinage actuel, semble progressivement en mesure de faire un « 21 avril à l’envers », cauchemar qui hante tous les hommes de droite.

Espérons pour eux alors que ce navire ne devienne pas leur radeau de la méduse, et que le capitaine Sarkozy finisse par les mener à bon port.


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11 réactions à cet article    


  • Yohan Yohan 18 janvier 2011 23:26

    Vous écrivez «  le vaisseau socialiste « semble » plus discipliné »
     C’est une boutade bien sûr ?


    • Lemaïsjekiff Nestor 18 janvier 2011 23:47

      Bonsoir Yoan !

      Boutade ou pas j’en sais rien, mais je pense que l’ump comme le ps d’ici 2012 vont avoir l’un comme l’autre besoin de ton scaphandre, pas facile dans les profondeurs sans scaphandre ... Parce que les bouteilles à une certaine profondeur c’est plus de 10 voir 12 heures de décompression avant de refaire surface ... 

      Regarde Après 2007 François Bayrou a plongé et il n’a toujours pas décompressé !


    • Lemaïsjekiff Nestor 18 janvier 2011 23:48

      Oupsss → Yohan !


    • Yohan Yohan 19 janvier 2011 00:01

      Bayrou, il est encore dans le caisson. Une petite bulle qui lui est montée au cerveau. D’autres célébrités politiques vont bientôt le rejoindre. On ne bafoue pas impunément la loi de Mariotte


      • hans 19 janvier 2011 08:49

        Espérons surtout le contraire de votre dernière pharse,  smiley


        • non666 non666 19 janvier 2011 10:07

          L’UMP etant une création artificielle sensée livrer TOUTES les droites, surtout les plus nombreuses, au libéralisme apatride, son echec etait gravé dans son acte de naissance.

          D’abord pretexte pour en finir avec le Gaullisme , qui est un nationalisme, de la part de Chirac.
          Puis arme supreme pour unifier toutes les droites derriere celle qui voulait livrer la France aux etats unis et à la mondilisation , la droite liberale.
          Il est intéressant de noter que si des resurgence se manifestent coté nationaliste§souverainiste (FN/DeVilliers/NDA) vraies ou fausses, si la meme chose se produit chez les chretiens democrates (Nouveau centre, Modem, radicaux (la aussi vraies ou fausses alternatives), RIEN n’apparait pour reprendre les liberaux depuis le suicide politique de madelin.
          Il faut dire qu’avec l’UMP, le liberalisme n’a jamais été aussi haut...

          Passer de 3,5% a 30% c’est son plus haut historique, meme si cela s’est fait en, abusant les autres familles. Plus dure sera la chute.


          • fwed fwed 19 janvier 2011 14:26

            l’UMP c’est l’UMPS : l’Union pour le Maintien en Place du Sytème


            • dogon dogon 19 janvier 2011 14:59

              Plus nous approcherons de la date des élections et plus ces messieurs devront se différencier les uns des autres. Mais comme ils ont tous les mêmes bases, ça ne se fera que sur des points de détails.
              Comme d’habitude, ils ne leur restera qu’à chercher une nouvelle façon de noyer le poisson.

               smiley


              • Peachy Carnehan Peachy Carnehan 19 janvier 2011 16:35

                Selon moi la déroute va être telle lors des prochaines élections que l’UMP va exploser en plein vol. Après le désastre des présidentielles et la débacle des législatives tout ce bric-à-brac va voler en éclats. Une partie des électeurs et des élus vont rejoindre le centre-droit, une autre le Front National, et au milieu ne subsistera que Copé avec son conventicule de néolibéraux. L’UMP deviendra ce qu’il aurait dû être dès sa création : un groupuscule inaudible.


                • patroc 19 janvier 2011 17:03

                  Bien d’accord avec vous !.. Et sarko, encore jeune pour un ancien président, de passer son temps devant les tribunaux pour répondre à toutes les affaires qui n’attendent que 2012 pour démarrer !.. La présidence à oublier..


                • BOBW BOBW 19 janvier 2011 17:12

                  Espérons que sur notre « Titanic » (passagers et équipage, comme vient de le faire le peuple tunisien) destituent le dangereux et égoïste « pacha » actuel , le laissent dans un canot avec 2 rames et quelques biscuits secs et reprennent la barre en cogestion, loin des « écueils et brisants » meurtriers du libéralisme. alors Bon Vent pour nous !

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