Affrété en 2002 par Jacques Chirac, ce beau bateau avait pour vocation de rassembler deux des grandes familles de la droite selon la distinction faîte par René Rémond. La famille bonapartiste prônant l’ordre social, l’autorité de l’Etat et la grandeur de la nation, incarné par le RPR, et la famille orléaniste attaché au libéralisme et rêvant d’une synthèse entre ordre et liberté, représenté essentiellement par l’UDF.
Ce navire n’avait connu jusque là que des eaux calmes et rencontré qu’un rafiot socialiste faible ne pouvant réellement le menacer. En 2002, le PS n’arrive même pas à accéder aux eaux du second tour, torpillé perfidement par le FN, tandis qu’en 2007, c’est un navire dirigé seulement par Mme Royal qui s’oppose à lui, où tous les officiers avaient déserté, voire rejoint l’autre bord. Il semblait alors que ce navire soit inébranlable, voguant tranquillement sur les eaux du pouvoir.

Un autre duel est apparu à l’issue du remaniement, celui entre le premier ministre reconduit François Fillon et l’ancien ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo. Le grand perdant dans la course à Matignon est un animal politique blessé, et on sait que c’est à ce moment qu’il est le plus dangereux. Le sobriquet de « zozo » dont l’a affublé le 1er ministre en privé lui a vraiment fait mal. La haine que voue désormais cet avocat d’affaire, ancien ministre de la ville, à ce bourgeois du monde rural, s’est traduite dans cette allusion durant son diner républicain où il fustigea ces « conservateurs qui ont l’air raisonnables, sérieux, bien coiffés ».
En évoquant ces combats de coqs, peut-on penser qu’une alliance entre les deux familles de la droite n’étaient pas possibles dès le départ ? Surement pas, mais il y a des tensions que l’on ne peut ignorer aujourd’hui, et qui peuvent reprendre de manière plus vivace encore si les belligérants reprennent ses luttes fratricides à leurs comptes.
Borloo a toujours été affilié à l’UMP, et même si il est président du parti radical, n’avait jamais réellement songé à se lancer dans une aventure solitaire. Hors le « gouvernement de combat » de Fillon, composé essentiellement d’ex-RPR, et mettant à mal la famille centriste, a réveillé les tensions entre les deux grandes familles de la droite. Borloo semble aujourd’hui en phase de reprendre un combat mené par Hervé Morin, François Bayrou ou encore Dominique de Villepin car il sait qu’il peut incarner une synthèse gauche-droite, en raflant les voix du centre, d’une partie des écologistes et d’UMP modérés. Ces hommes là sont tous persuadés qu’il y a un espace politique vide depuis la création de l’UMP, occupé en 2007 par Bayrou (qui aujourd’hui ne semble plus en mesure de s’en servir), et qui représente un électorat à ne pas négliger dans le cadre d’une élection présidentielle, qui sera probablement très serré, beaucoup plus qu’en 2007. La présence d’un candidat de centre droit permettrait un report de voix favorable au second tour pour l’UMP, si ce candidat n’est effectivement pas qualifié pour le second tour.
De l’autre côté, Copé veut incarner une droite recentré sur ses fondamentaux, comme il le disait dans sa tribune publié dans le Figaro « comment gagner en 2012 » avec ses compères chiraquiens Bruno Le Maire, François Baroin et Christian Jacob. Il a beau avoir nommé Hervé Novelli et Marc Philippe Daubresse comme adjoints, et vouloir diriger l’UMP avec les « cinq doigts de la main » (RPR, centristes, libéraux, radicaux et la nouvelle génération), il semble vouloir aller chasser sur ce qui fait le terreau électoral du FN, qui reprendrait actuellement ses électeurs volés en 2007 par Sarkozy. Copé veut ainsi relancer le débat sur l’identité nationale, alors que même le gouvernement est plus que sceptique sur la question. Plus que présent sur la question de la burqua, volonté d’une politique sécuritaire, Copé s’immisce dans chaque polémique où le FN a bon dos, d’où sa proximité avec le collectif de députés « droite populaire » sur de nombreux projets. Il n’en est néanmoins pas encore au stade de Christian Vanneste, député du Nord, qui avait « suggéré » une alliance avec le FN, et qui a assisté récemment au lancement d’un mouvement catholique conservateur, « audace 2012 », qui souhaite démarcher les candidats en vue de la prochaine présidentielle pour prôner leurs idées.
L’UMP se retrouve ainsi à devoir jouer un numéro d’équilibriste où il est tiraillé sur deux bords, l’un l’appelant plus au centre, l’autre plus à droite, et qui risque d’être compliqué à réaliser sans prises de positions concrètes dans les prochains débats de société à venir.
Le vaisseau UMP, qui était destiné à éviter tout nouveau Trafalgar à la droite, fait figure aujourd’hui de véritable test pour son capitaine et équipage quand à la solidité du vaisseau de guerre électorale construit. Entre les volontés de changement de cap, les menaces de désertion, c’est la panique à bord. Nous verrons si ils arriveront à prôner l’union sacrée et réussissent à se fédérer, à établir une solidarité et une feuille de route commune dans la vue de la course à la présidentielle.
De plus, le vaisseau socialiste « semble » plus discipliné et assoiffé d’une élection qui lui échappe depuis 1988. Enfin, le FN, avec le ripolinage actuel, semble progressivement en mesure de faire un « 21 avril à l’envers », cauchemar qui hante tous les hommes de droite.
Espérons pour eux alors que ce navire ne devienne pas leur radeau de la méduse, et que le capitaine Sarkozy finisse par les mener à bon port.

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