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Le « Nouveau parti anticapitaliste » ou le retour vers un passé qui ne passe pas

Ce si sympathique Monsieur Besancenot ! Il est tellement convaincant dans sa dénonciation des dérives du système, que les Français le considèrent comme le meilleur opposant de Nicolas Sarkozy et qu’il est devenu le chouchou des médias. Et son Nouveau parti anticapitaliste (NPA), né sur les ruines de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) devrait faire un très bon score (autour de 10 % selon les sondages) lors des élections européennes, une partie des déçus du PS risquant encore de grossir ses rangs. C’est d’ailleurs aujourd’hui qu’il présente ses candidats pour ces élections qui seront son baptême du feu.

Mais que propose exactement Olivier Besancenot pour remédier aux injustices du monde dans lequel nous vivons ? Car s’il excelle dans la critique (tâche aisée par les temps qui courent), il se montre infiniment plus discret sur les solutions qu’il préconise s’il arrive au pouvoir. Et les médias se montrent peu curieux d’en savoir plus, comme si l’écume des déclarations du si sympathique facteur de Neuilly leur suffisait.

Ne reculant devant aucun sacrifice, je me suis donc plongé dans la lecture des « Principes fondateurs du NPA ». C’est, disons le tout net, un retour vers le passé, un passé sanglant fait de dictature et de guerre. Leur lecture est tout bonnement effarante : on se croirait revenu en 1917, une dose d’écologie et de féminisme en plus. La société que propose le NPA est tout bonnement le retour au bon vieux communisme, celui-là même qui s’est effondré en 1989. Certes, on nous promet que, cette fois-ci, on ne refera pas les mêmes « erreurs » : « rien à voir avec la Chine ou l’ex-URSS », prend la précaution de proclamer le NPA au cas où certains en douteraient à la lecture des « principes fondateurs ». Mais ce que refusent de voir les tenants de ce néocommunisme, c’est que leurs « principes fondateurs » mènent tout droit à la dictature et non à la société sans classe dont ils rêvent. Qu’importe, entend-on, ils ne parviendront jamais au pouvoir et donc on se fiche bien de ce qu’ils proposent. Là aussi, pourtant, l’histoire montre qu’on a toujours eu tort de ne pas s’intéresser aux textes fondateurs des partis radicaux qui ont toujours été mis en application par leurs auteurs lorsque, par un accident de l’histoire, ils sont parvenus au pouvoir. Donc, avant de voter pour le si sympathique Monsieur Besancenot, plongeons-nous dans son programme.

Lenin D’abord, puisque c’est l’objet de ce blog, l’Europe. Après tout, c’est en combattant le traité constitutionnel européen au nom d’une « autre Europe » que Besancenot a percé dans les sondages. Or, elle est quasiment absente des « principes fondateurs ». Ceux-ci proclament simplement que le NPA mettra immédiatement « fin » — j’imagine qu’il veut dire que la France les quitterait et non qu’il les atomisera — aux institutions internationales « qui jouent un rôle croissant contre les intérêts des salariés et des peuples : Banque centrale européenne, Organisation de coopération et de développement économique, Fonds monétaire international, Banque Mondiale, Organisation mondiale du commerce, OTAN ». Par quoi serait donc remplacée l’Union européenne ? Par un miracle digne de la multiplication des pains, « toute victoire anticapitaliste en France ou dans un pays voisin aurait immédiatement vocation à s’étendre en Europe et plus largement dans le monde ». Si on suit bien, pour le NPA, nos partenaires succomberaient immédiatement aux charmes du NPA triomphant en France, créant des NPA chez eux (puisqu’un tel parti n’existe quasiment nulle part), leur donnant la victoire à travers toute l’Europe afin qu’aucune compromission avec le capitalisme ne soit possible. Car le NPA reconnaît que le socialisme ne pourra « pas être construit en restant à l’intérieur des frontières hexagonales ». Faut-il comprendre qu’à défaut d’une contagion rapide dans toute l’Europe, le NPA jettera l’éponge ? Ce sera donc la victoire totale en Europe ou rien ? Curieux. Quoi qu’il en soit, c’est tout pour l’Europe.

Alors, plongeons-nous dans cette société idéale que va mettre en place le NPA et qui charmera le reste de l’Europe. Le NPA est un parti révolutionnaire ce qui veut dire qu’il n’est pas démocratique même s’il affirme le contraire. Car la démocratie suppose le compromis ce que refuse le NPA. Il le dit sans ambages : « nous resterons fidèles à ce pour quoi nous luttons et ne participerons à aucune coalition contradictoire avec ce combat  ». Il vient d’ailleurs de refuser le « front de gauche » avec le PC et les amis de Mélenchon. Donc ce sera la révolution, même si elle doit être menée par une minorité : « une domination de classe ne peut pas être éliminée par voie de réformes. (…) En 1789, la domination de la classe privilégiée de l’Ancien Régime n’a pas été abolie par des réformes. Il a fallu une révolution pour l’éliminer. Il faudra une révolution sociale pour abattre le capitalisme ». Et la Révolution sera forcément violente : « En finir avec le système capitaliste, suppose à la fois un bras de fer de longue durée, la force du nombre et une rupture avec l’État et les institutions dont il s’est doté, avec les institutions européennes et mondiales au service des classes dominantes ».

Donc, il faut « en finir avec l’exploitation, donc avec la propriété privée des principaux moyens de 1917petrograd_milice production, d’échange et de communication, qui en constitue la base. Le système financier, les services essentiels à la vie, les grandes entreprises devront passer sous le contrôle des salariés et de la population ». Par la population, cela veut dire par l’État, évidemment. Et dans une société de services comme la nôtre, cette nationalisation ira forcément très loin puisque le secteur secondaire n’est plus dominant comme au début du siècle dernier. Bien sûr, les licenciements seront alors interdits, la « compétitivité » n’étant plus une valeur dans un monde gagné à la révolution du NPA. À moins que constatant l’absence de contagion, le NPA ne décide de fermer les frontières, créant une nouvelle Corée du Nord en Europe afin de protéger sa révolution et ses entreprises non compétitives.

De toute façon, l’État NPA sera totalitaire puisqu’il s’agit de faire le bien du peuple. La liberté de pensée n’a qu’à bien se tenir : «  une critique radicale du système capitaliste, sérieuse et cohérente, ne peut se faire sans critique radicale de la culture, de l’art et des médias puisqu’ils sont les verrous de l’idéologie dominante et, par conséquent, un obstacle important à l’émancipation de toutes et tous. La société libérée du capitalisme garantira l’accès de tous les individus à ces productions et mettra fin à leur marchandisation. La réappropriation démocratique de la culture, de l’art, des médias est un enjeu de premier ordre  ».

L’État de droit, reflet de l’ordre bourgeois, sera lui aussi mis à bas. Les choses ne sont évidemment pas dites aussi clairement, mais c’est la conséquence logique de ce genre d’affirmation : « l’appropriation sociale du produit du travail » se fera « par l’expropriation sans indemnisation des grands groupes capitalistes ». Or, le Conseil constitutionnel exige une telle indemnisation (le PS en 1982 s’en souvient). On imagine donc que ledit Conseil sera supprimé et les juges mis au pas.

Cela vous rappelle quelque chose ? Rassurez-vous : « attention, rien à voir avec la Chine ou l’ex-URSS : nous voulons avancer vers l’auto-organisation et l’autogestion démocratiques de la société, et cela implique les plus larges libertés d’organisation et d’expression politiques, syndicales et associatives (…) Le socialisme, c’est bien le règne de la démocratie la plus réelle et la plus étendue ». Oui, mais que faire si les bourgeois ne veulent pas se laisser déposséder, si les juges donnent tort à l’État, si la rue se retourne contre le NPA, si le NPA perd ensuite les élections, un instrument de la domination bourgeoise ?

Après cette lecture édifiante, que personne ne vienne dire qu’il ne savait pas ce qu’il faisait en votant pour ce parti. Voter pour le NPA, ce n’est pas « protester », « ancrer le PS » à gauche et autres billevesées. C’est voter pour un parti autoproclamé révolutionnaire et profondément antidémocratique et antieuropéen. Voter pour un communisme qui a montré ce dont il était capable au siècle dernier.

N.B. : La "résolution élections européennes 2009" est une resucée de ce programme révolutionnaire,)erreurs factuelles en plus (style "le Parlement européen n’ayant quasiment pas de pouvoir de décision"). 

par Jean Quatremer (son site) mardi 10 mars 2009 - 306 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.14) 10 mars 2009 12:44
    Voltaire

    On devrait toujours lire le projet de société du parti pour lequel on vote. Hélas, ce n’est pas chose courante... Mais le vote en faveur des extrêmes est rarement un vote d’adhésion, plutôt un vote deprotestation. Le NPA remplace assez bien le syndicalisme revandicateur : protester et demander l’impossible pour avoir un peu. Le seul problème est que le syndicalisme n’a bien que cette fonction sociale, tandis qu’un parti politique a pour objectif la prise du pouvoir pour appliquer son projet (en théorie bien sûr, nous avons en France de nombreux partis dont le seul objectif est d’assurer une rente à ses élus).

  • Par J. GRAU (xxx.xxx.xxx.72) 10 mars 2009 13:02

    Bonjour.

    Il faut évidemment être très prudent à l’égard de tout parti politique, qu’il soit révolutionnaire ou non. Je tiens d’ailleurs à préciser que je n’appartiens à aucun parti. Mais l’analyse de M. Quatremer ne me satisfait pas entièrement. . D’abord, il me semble faire parfois un procès d’intention au NPA. Par exemple, il écrit :

    Donc, il faut « en finir avec l’exploitation, donc avec la propriété privée des principaux moyens de production, d’échange et de communication, qui en constitue la base. Le système financier, les services essentiels à la vie, les grandes entreprises devront passer sous le contrôle des salariés et de la population ». Par la population, cela veut dire par l’État, évidemment. Et dans une société de services comme la nôtre, cette nationalisation ira forcément très loin puisque le secteur secondaire n’est plus dominant comme au début du siècle dernier.

    La lecture que fait M. Quatremer du programme du NPA est réductrice, puisqu’il ne parle que de nationalisations, alors que le NPA parle aussi et d’abord de faire passer les grandes entreprises "sous le contrôle des salariés". Entre l’étatisation et la propriété privée des moyens de production, il est toute une gamme d’appropriation sociale des entreprises...

    Autre exemple :

    De toute façon, l’État NPA sera totalitaire puisqu’il s’agit de faire le bien du peuple. La liberté de pensée n’a qu’à bien se tenir : «  une critique radicale du système capitaliste, sérieuse et cohérente, ne peut se faire sans critique radicale de la culture, de l’art et des médias puisqu’ils sont les verrous de l’idéologie dominante et, par conséquent, un obstacle important à l’émancipation de toutes et tous. La société libérée du capitalisme garantira l’accès de tous les individus à ces productions et mettra fin à leur marchandisation. La réappropriation démocratique de la culture, de l’art, des médias est un enjeu de premier ordre ».

    Là où le programme du NPA parle de "réappropriation démocratique", M. Quatremer parle de totalitarisme. Peut-être a-t-il raison. On sait bien que les politiciens (révolutionnaires ou non, encore une fois) disent souvent le contraire de ce qu’ils ont en tête. Il n’empêche que la lecture de M. Quatremer est une interprétation fort contestable. Vouloir changer radicalement l’économie des média et des biens culturels n’est pas forcément vouloir un recul des libertés. Force est de constater que le système actuel n’est que très partiellement démocratique. Un exemple mille fois cité mais significatif : la manière dont la plupart des media (y compris France Culture) a fait une propagande massive pour le traité constitutionnel européen en 2005. On a bien vu à cette occasion à quel point les journalistes influents (chroniqueurs, rédacteurs en chef...) étaient déconnectés de la population et tentaient de la manipuler grossièrement.

    Dernière remarque : il est facile de ridiculiser des idées inhabituelles, cela ne veut pas dire qu’elles sont totalement sottes. Exemple :

    Par quoi serait donc remplacée l’Union européenne ? Par un miracle digne de la multiplication des pains, « toute victoire anticapitaliste en France ou dans un pays voisin aurait immédiatement vocation à s’étendre en Europe et plus largement dans le monde ».

    L’analyse du NPA est peut-être un peu naïve, mais elle n’a rien à voir avec la croyance en la multiplication des pains. Si je l’ai bien comprise, elle part d’un constat sur lequel M. Quatremer lui-même semble d’accord : à moins de transformer la France en une nouvelle Corée du Nord, il est impossible d’y produire un changement durable sans modifier profondément les institutions et la politique européennes. C’est pourquoi le NPA espère - peut-être à tort - une contagion des idées révolutionnaires. Or, il n’est pas ridicule d’espérer une telle contagion. Les exemples historiques abondent : 1848, 1917, 1968... Face une crise grave - comme celle que nous vivons actuellement - il suffit souvent qu’une révolution ou un grand mouvement social survienne dans un pays pour susciter de l’espoir et de la combativité dans d’autres pays. Maintenant, que de tels bouleversements aboutissent nécessairement à un progrès social et démocratique, rien n’est moins sûr ! Mais cela est un autre problème...

  • Par Axior (xxx.xxx.xxx.237) 10 mars 2009 16:33

    Une institution est bonne et on la garde, ou elle est mauvaise et on la remplace.

    Je voudrais bien que l’auteur de l’article nous explique clairement ce qu’il trouve bon dans :

     La Banque centrale européenne
    - Le Fonds monétaire international
    - La Banque Mondiale
    - L’Organisation mondiale du commerce
    - L’OTAN
    - La propriété privée des principaux moyens de production, d’échange et de communication
    - Les licenciements
    - La marchandisation de la culture, de l’art et des médias
    - La domination des grands groupes capitalistes 
    Et qu’il nous donne des exemples concrets de démocratie participative totalitaire.

    S’il arrive à me convaincre sur ces points, alors je veux bien voter pour son Sarkozy ou sa Royale.

  • Par Emile Red (xxx.xxx.xxx.230) 10 mars 2009 14:44
    Emile Red

    " c’est en fait un retour terrifiant vers un systeme totalitaire "

    De qui parlez vous ? Des gens de gauche ?

    Ou bien de ceux qui enferment des citoyens qui se baladent, qui punissent les gens qui pensent, qui enferment des gosses dans des geôles moyennageuses, qui s’entourent de centaines de sbires, qui s’acoquinent avec la finance, qui précarisent le peuple en surenrichissant les riches, qui octroient des passe droit aux amis, qui condamnent avant d’avoir juger, qui veulent tout contrôler, qui veulent tout contrôler ? 

    Alors entre totalitarisme rampant et fantasme pétochard, on voit où sont les valeurs républicaines et qui les défend.

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