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Le parachutage est un sport électoral

Les élections législatives sont encore loin mais les annonces de parachutages vont bientôt être terminées. Le parachutage est une pratique condamnée par tous les politiques... quand ils n'en ont pas besoin. Et cette pratique est aussi répandue à droite qu'à gauche, chez les anciens comme chez les modernes, chez les jeunes comme chez les vieux, y compris chez ceux qui prétendent faire de la politique « autrement ».

Pour pouvoir voter dans une commune, il faut être inscrit sur les listes électorales de cette commune et pour cela, soit avoir son domicile ou sa résidence dans la commune, soit être assujetti aux impôts locaux depuis 5 ans au moins. Pour être candidat dans une commune lors des élections municipales, il faut soit y être domicilié, soit y payer des impôts locaux. Ce n'est pas le cas pour les élections législatives. Le parachutage est donc parfaitement légal, l'élu n'est pas député de telle circonscription mais député du peuple français, élu dans telle circonscription.

Les exemples plus ou moins connus de parachutages sont nombreux.

Hier, Michel Debré : après avoir été élu et battu en Indre-et-Loire, décide en mars 1963, de se présenter à la Réunion. Arrivé dans l'île en avril 1963, il est élu le 5 mai ! C'est une véritable opération de commando mais en pays conquis d'avance comme souvent dans les parachutages.

Avant-hier, Léon Blum  : battu aux élections législatives de 1928 dans le département de la Seine par Jacques Duclos, profite d'une élection partielle en 1929, à Narbonne, pour retrouver le Parlement grâce à l'appel de la fédération socialiste de l'Aude.

Aujourd'hui, les exemples sont nombreux de candidats cherchant une circonscription qui leur permettrait de défendre l'intérêt national. Ainsi Malek Boutih a échoué lors d'un parachutage, avec l'appui de l'appareil du PS, dans la quatrième circonscription de Charente aux législatives de 2007 face à la candidate, soutenue par la quasi totalité des élus PS du département. En 2012, il veut se présenter dans la 10ème circonscription de l'Essonne dont le député sortant est son ami Julien Dray qui ne devait pas se représenter mais quI... que ne ferait-on pas pour un ancien ami ? Ici, après un parachutage manqué, ce serait plutôt un retour au source, difficile, Malek Boutih étant membre du PS dans cette circonscription.

Jack Lang, le spécialiste : connu pour ses activité professionnelles à Nancy, il a été successivement membre du Conseil municipal de Paris, député élu dans le Loir-et-Cher, député européen, conseiller municipal et maire de Blois, conseiller régional du Nord Pas de Calais, député élu dans la 6ème circonscription du Pas-de-Calais dans laquelle il ne se représente pas, en 2012, par « choix politique et personnel ». Quasiment par dévouement féministe, une femme se présente pas dans cette nouvelle circonscription. Mais ses camarades ne se sont pas disputés pour le retenir.
Il est, pour l'instant, en attente d'une nouvelle circonscription... Dans ce long itinéraire, il a même visé un moment la mairie de Paris dont il a été détourné par une habile nomination au gouvernement Jospin.

Il est des parachutages plus glorieux comme celui de François Hollande après la victoire de Mitterrand qui est envoyé en mission face à Jacques Chirac, r son propre terrain.

Conseillère municipale de Villeneuve-Saint-Georges, Val-de-Marne, conseillère régionale de l'Île de France, élue dans le Val-de-Marne, Cécile Duflot sera candidate dans la sixième circonscription de Paris où Me Danièle Hoffman-Rispal (PS), élue au second tour avec 57,81% des voix en 2007, ne se représente pas. Me Cécile Duflot ne prend pas de grands risques et ne fera pas augmenter le pourcentage de femmes à l'Assemblée nationale... Mais c'est une circonscription qui a été réservée par le PS pour des raisons internes. Est-ce pour Cécile Duflot le début d'une aventure qui vise, au moins, la mairie de Paris ?

C'est au moins la mairie de Paris qui semble visée par un parachutage sans risque à droite. Depuis 1981, François Fillon a été député, maire de Sablé-sur-Sarthe, président du Conseil général de la Sarthe, président du conseil régional des Pays-de-Loire, conseiller municipal de Solesme, sénateur de la Sarthe.

Pensant à son avenir, François Fillon se verrait bien élu député à Paris. Courageux mais non téméraire, il ne cherche pas une place à conquérir mais une place déjà conquise où il est assuré d'une élection facile. Même s'il n'est pas très chevaleresque pour cette personnalité « vieille France » de convoiter une circonscription en concurrence avec une femme (parité ! parité !), d'origine modeste, symbole de la diversité...

En effet, Rachida Dati, la maire du VIIème arrondissement, a des vues sur cette circonscription dont elle se pensait la légitime propriétaire. Malgré les faveurs dont bénéficie le premier ministre auprès des membres de leur organisation commune, Me Rachida Dati n'accepte nullement de céder sa place de parachutée à ce nouveau parachuté sur sa terre d'adoption...
Car en fait de parachutage, François Fillon ne fait que suivre l'exemple, avec 3 ans de décalage, de son ancienne ministre, qui a par ailleurs, tout au long de sa carrière mouvementée, bénéficié de nombreux et puissants parrainages, y compris celui du président de la République.

En suivant les déclaration des uns ou des autres, François Fillon étant le plus discret mais non ses francs-tireurs, ce combat de parachutés éclaire sur les mœurs de la République. Me Dati est « choquée que Fillon soit plus préoccupé par son avenir personnel que par la situation des Français »... « Il a dit à des ténors de la majorité qu'il allait être battu dans la Sarthe...Je veux une circonscription acquise à la droite ». Elle a affirmé que cette circonscription lui était réservée par le président de la République ce qui ne témoigne pas comme le parachutage de Fillon d'un « mépris pour la démocratie et les électeurs »... Elle dénonce par ailleurs la distribution d'avantages en échange de soutiens intéressés...

En face, une « camarade » de parti pense qu'elle « a été bien servie sur un plateau en or massif », maire du VIIème arrondissement et député européenne. Si certains pensaient que ces fonctions étaient des charges...

Mais derrière ce conflit banal entre carriéristes d'un même parti se profile une bataille plus importante entre le Calife et prétendants à la succession du Calife.


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2 réactions à cet article    


  • paul 23 décembre 2011 17:15

    Sans vouloir défendre Fillon, il y a bien longtemps que la sarkozette Dati a atteint son niveau d’incompétence ( principe de Peter ) avec son poste en or ( vu l’activité qu’elle y déploie ) de députée européenne .

    Parmi les parachutages de personnalités, il ne faut pas oublier celui de Ségolène Royal en Charente Maritime . Implantée depuis 1988 dans les Deux-Sèvres grâce également à un parachutage, elle s’est vue attribuer par la commission électorale du PS, le siège laissé vacant par Maxime Bono, député maire de La Rochelle : désignation faite au mépris du rôle du patron de la Fédération PS du département, Olivier Falorni, sous prétexte de parité . Une succession monarchique de type royal en somme !


    • paul 23 décembre 2011 20:35

      J’ai omis de rappeler que l’impétrante est tout de même présidente de la Région Poitou-Charentes, ce qui, selon elle, lui donnerait toute légitimité pour le poste qu’elle convoite .

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